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cependant par comprendre la nécessité de rédiger pour l'avenir l'histoire des faits dont les témoins menaçaient de disparaître dans un délai plus ou moins prochain. Déjà de nombreux écrits se répandaient dans le public (p. plus bas), et l'absence d'un contrôle sérieux risquait de laisser s accréditer de folles histoires et de fausses doctrines. Deux apôtres et deux disciples mirent successivement la main à l'œuvre, et leurs ouvrages, qui parurent, selon toute apparence, entre l'an 60 et l'an 90 de 1ère chrétienne, reçurent par excellence le nom d'évangiles. Des difficultés de divers genres se rattachent à leur origine, soit quant à leur date exacte, soit quant à leurs auteurs, soit quant à leur forme primitive. On les examinera à propos de chaque évangile en particulier; pour le moment nous nous bornerons à rechercher les rapports que ces quatre livres peuvent avoir les uns avec les autres, renvoyant pour les détails aux nombreux volumes qui ont été publiés sur ce sujet ces dernières années pur MM. Reuss, Schérer et Colani, Rev. de Théo).; G. d'Eichtnal, les Evangiles; Nicolas, Etud. criliq. sur le N. T.; Godet, Comment, sur saint Jean; et surtout Sander, Les Quatre Evang., trad. de l'allemand, avec une préface de M. F. de Rougemonl.

Les trois premiers évangiles, désignés sous le nom général de synoptiques, ont entre eux de nombreuses analogies : ils s'attachent principalement à raconter l'œuvre de Jésus en Galilée, tandis que Jean nous le montre surtout dans ses différenls voyages à Jérusalem et en Ju4ée> Les synoptiques sont davantage l'écho de la tradition ; ils rapportent les faits, les discours, les miracles, les conversations dont l'Eglise avait conserve le souvenir le plus vivant et le plus populaire; Jean, écrivant plus lard, passe sous silence ce qui est déjà suffisamment connu, il ne dit rien même de la sainte cène, il ne raconte que six ou sept des miracles du Sauveur, et seulement quelques-uns de ses discours, mais les plus importants et les plus intimes. Les premiers évangiles enfin nous mollirent surtout la fondation de l'Eglise, l'avénement du royaume de Dieu, tandis que Jean fait ressortir davantage la personne même du fondateur de l'Eglise, le Fils unique du l'ère, source de vie et de lumière pour le cro\ant.

Comparés entre eux, les trois premiers évangiles présentent des ressemblances et des différences qui ne s'expliquent pas plus les unes que les autres, et qui servent tour à tour d'arguments aux opinions diverses qui se sont formées sur la dépendance réciproque de ces évangiles. Celui de Marc est le plus court; il omet tout ce qui concerne l'enfance du Sauveur ainsi que ses principaux discours : il s'en

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lient aux laits, et ne renferme guère que trois ou quatre fragments originaux, qui ne se trouvent ni dans Matthieu, ni dans Luc, savoir : 4, 26-29. 7, 34-37. 8, 22-26., enfin 16, 9. sq. Matthieu et Luc racontent à deux points de vue différents les événements qui précédèrent et accompagnèrent la naissance de Jésus et ses premières années, Matthieu se caractérise en outre par ses nombreuses références à l'A. T.; écrivant pour les Juifs, il s'attache à faire ressortir l'accomplissement des prophéties : le sermon sur la montagne, plusieurs des paraboles du royaume, le mot relatif à Pierre, 16, 17., le slatère, le serviteur qui doit dix mille talents, les vignerons, les menaces coutre les pharisiens , les paraboles des derniers temps, enfin l'ordre de baptiser, ne se trouvent que dans saint Matthieu, et manquent dans les autres évangiles. Luc a d'autres lecteurs en vue, les chrétiens d'entre les gentils, et son travail s'en ressent : seul il raconte la première prédication de Jésus a Nazareth, et l'histoire de la pécheresse chez le pharisien Simon ; puis vient le long fragment 9, 11>. a 18, 14., comprenant entre autres l'envoi des 70 disciples, Marthe et Marie, le bon Samaritain, 1'hoinme riebe, l'économe inlidèje, l'enfapt prodigue, etc.: il raconte enfin l'histoire de Zacbée, la comparution de Jésus devant Hérode, l'apparition du Sauveur aux disciples d'Emraaùs, et l'Ascension, qui ne sont pas dans les autres synoptiques. Classant les évangiles au point de vue des rapports qui les unissent quant au fond, et les divisant en 124 fragments, M. Reuss conclut en disant : a II y a 17 sections qui sont propres à Matthieu, 2 qui n'appartiennent qu'à Marc, 38 qui reviennent a Luc seul; 12 sections se trouvent à la fois dans Matthieu et dans Març, 2 dans Matthieu et dans Luc, 6 dans Marc et dans Luc. Enfin 47 sections sont communes à tous les trois. Ainsi, en somme, sur les {24 sections, Matthieu en a 78, Marc 67, Luc 93. Ce dernier est donc le plus riche en fait de matériaux historiques; Marc est le moins complet. » (Rev. de théol., 1855. I, p. 81., cf. 1850. 1, p. 223 et 294. sq.) — Si les êvangélistes se sont copiés les uns les autres, on ne se rend compte ni des suppressions qu'ils ont failes, car le dernier devait s'efforcer d'être plus complet que les précédents, ni des divergences qu'ils présentent, ni des contextes différenls dans lesquels ils encadrent certaines paroles ou des discours de Jésus : à la rigueur on peut comprendre Marc taisant un extrait de Matthieu, mais on ne comprend pas que Matthieu ait eu Luc sous les yeux, ou vice versà. Pour expliquer, à côté de tant de diver^enus, des ressemblances si frappantes, non- seulement dans les faits, mais même dans les expressions, dans

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les citations, et jusque dans les fautes de construction (cf. Matin. 9, 6. Marc 2, 10. Luc5, 24.), on a eu recours longtemps à l'hypothèse d'un évangile primitif, auquel tous auraient puisé, mais on a dû renoncer à celte hypothèse devant le silence absolu de l'antiquité, et Ton admet plutôt aujourd'hui que tous ont écrit sous l'influence de leurs souvenirs et de la tradition orale : les premiers chrétiens avaient coutume de raconter l'histoire évangélique plutôl que de l'écrire; ils reproduisaient de préférence certains faits, certaines maximes, certaines paraboles, et à force de les reproduire, ils finissaient naturellement par les répéter en des termes identiques, ce qui expliquerait l'identité de forme de certains fragments chez ceux qui se décidèrent à les mettre par écrit, en même temps que les différences que l'on peut constater chez eux, suivant le but spécial qu'ils se proposaient; v. les différents articles.

L'Ecriture donne encore le nom d'évangélistes aux hommes chargés de faire connaître la mort et la résurrection bénie du Fils de Dieu ; ils sont distingués, Eph. 4, 4 4., des apôtres, des prophètes, et des pasteurs et docteurs, parce que leur mission était spécialement la prédication, plutôt que la cure d'âmes ou l'enseignement proprement dit. C'étaient des missionnaires chrétiens, comme paraissent l'avoir été Philippe, Act. 8, 5. 21, 8., Timotbée,2Tim. 4, 5., etc., sans doute aussi tous les autres apôtres, quoiqu'ils ne soient pas désignés sous ce nom. Cette charge, la plus grande et la plus belle de celles qui se trouvent sous le ciel, ne prend vie dans l'Eglise que lorsque l'Eglise elle-même a de la vie. Aujourd'hui un grand nombre de ces saints messagers parcourent le monde; les chrétiens ne peuvent faire mieux que de les assister de leurs dons et les soutenir de leurs prières : c'est l'œuvre directe du Seigneur. On donne plus ordinairement le nom de missionnaires aux évangélistes envoyés chez les peuples non chrétiens, quoique au berceau du christianisme, cette distinction n'existât point, et ne put même pas exister. Cette œuvre de l'évangélisation, qui a fait des prodiges, excite naturellement les méfiances et les antipathies de ceux pour qui la bonne nouvelle n'est qu'un système, et Jésus-Christ un sage, un saint et un ange, mais non l'incarnation de la divinité.

Des évangiles apocryphes, portant les noms d'apôtres ou d'évangélistes, ont subsisté dans l'Eglise jusqu'au 4e siècle. Quelques-uns sont arrivés jusqu'à nous; les autres ne sont plus connus que par le décret de Gélase et par quelques autres témoignages contemporains. L'histoire de Joseph le charpentier a été publiée à Leipzig en 1722; l'Evangile de l'Enfance à Utrecht en 1697; l'Evangile de Thomas l'Israé-

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