JAS
iîî
JEA
ihèle donnée probablement à Tiglath-Piléser, et qui signifie adversaire, vendeur ou médiateur; selon d'autres, le roi Jareb signifierait un roi grand et puissant, litre que prenaient assez volontiers les rois d'Assyrie, cf. 2 R. 18, 19.
JARED, ou Jéred, fils de Mabalaléel, vécut neuf cent soixante-deux ans (de 4385 à 3423 av. C). Il devint père, à I âge de cent soixantedeux ans, d'Hénoc, à qui il survécut quatre cent trente-cinq ans; il est, après son politfils Métuusèlah, celui des patriarches qui a atteint le plus long âge, Gen. 5, 16. 4 Chr, 1,2. Luc 3, 37.
JARHAH, serviteur égyptien de Sésan, probablement affranchi et prosélyte, épousa une des filles de son maître, 1 Chr. 2, 34., seul fait de ce genre qui soit rapporté dans I Ecriture; il se place à l'époque du séjour en Egypte.
JARMUTH, 1° ville des plaines de Ju.ta, Jos. 15, 35. Néb. 11, 29., ancienne résidence d'un roi cananéen, Jos. 10, 3. 42, 11. 15, 35. Saint Jérôme la place à 4 milles d'Eleulbéropolis, ailleurs à 10 milles de la même ville, ce qui est probablement une erreur. — 2° Ville lévitique de la tribu dlssacar, Jos. 21, 29., la même qui est appelée Kemeth dans le passage parallèle, 49. 21.
JASAR, 2 Sara. 4, 18., auteur inconnu d'un recueil historique et poétique, si l'on admet la version de nos Bibles. Mais il vaut mieux traduire ce nom qui signifie le juste, le droit, et y voir le titre du même livre du Drolturier déjà nommé Jos. 10, 13., ainsi que probablement Nomb. 21, 14., dans une note du texte hébreu. On a cru, il y a quelques années, avoir retrouvé, dans une bibliothèque de l'Orient, ce livre si longtemps perdu.
JASOBHAM, 1 Chr. 11, 11., appelé Joseb- Basébeth dans le passage parallèle 2 Sain. 23, 8., où il porte aussi le nom ou surnom de Hadino, à moins qu'en admettant une corruption du texte, on ne doive, avec Gesenius, traduire ce mot et le suivant, et rendre ainsi la. lin du verset : « c'est lui qui, brandissant ta lance, eut le dessus sur 800 hommes, etc., « traduction qui est autorisée par la comparaison de 1 Chr. 41, 44. Le nom de Joseb-Basébeth signifie celui qui habite dans la paix. Jasobbam, fils de Uacmoni, était le chef des trois principaux guerriers de David, et par conséquent le pre roter de ses hommes d'élite après Joab, qui était établi sur tous, 2 Sam. 23, 8. 9. Il n'est connu que par l'exploit mentionné dans ce passage, et comme l'un des trois chefs qui exposèrent leur vie pour procurer un peu d'eau à leur roi. — p. Abisaï.
JASON, parent de Paul, Rom. 40, 21., et son hôte à Thessalonique, Act. 17, 5. Il dut compa railre devant les gouverneurs de la ville, en
l'absence de Paul, que les Juifs, ses ennemis,
n'avaient pu retrouver. Accusés de sédition et de complots politiques, Ja*on et se* amis ne purent être convaincus, et furent relâchés sous caution. On pense que Jason accompagna l'apôtre à Corinlbe. Les Grecs le font ovêque de Tarse en Cilicie.
JASPE, Ex. 28, 48. 39, 14. Ez. 28, 43. Apoc. 21, 19. Sorte de calcédoine opaque, ordinairement colorée pur la présence de matières étrangères, et qui, dans presque toute les langues connues, porte le même nom dérivé de l'hébreu yashpèk, de sorte que l'identité n'est pas difficile à établir. Le plus beau jaspe est vert, avec des veines blanches et des taches jaunes et rouges; on estime aussi le jaspe incarnat, le pourpre et le rose. Les anciens faisaient grand cas d'ornements et de bijoux de jaspe, et Pline dit que si celle pierre est surpassée en beauté par plusieurs, elle conserve toujours le prestige que lui donne sa priorité et l'usage qu'on en a fait de tout temps.
JÀTBA (et non Jolba, comme le portent nos versions), lieu de naissance de Messulléroet, mère du roi Amon, % R. 21, 19., antique ville de la Judée, dit saint Jérôme.
JATHSA. v. Jahats.
JATT1R, ville lévitique des montagnes de Juda, Jos. 15, 48. 21, 14.; cf. 1 Sam. 30, 27. 4 Chr. 6, 57. Eusèbe la nomme Jélbeïra, et la place à 20 milles d'Eleuthéropolis, non loin de Malatlia, dans le district de Daromas, qui était tout entier peuplé de chrétiens.
JAVAN, quatrième fils de Japhet, et père d'Elisa, Tarsis, Kit lira et Dodaoim, Gen. 4 0. 2. 4. Sun nom se retrouve encore Et. 27, 49. Zacb. 9, 43., et ailleurs. On est d'accord à penser qu'il désigne la Grèce, l'Ionie; son nom hébreu n'est même pas autre chose que Jon, et dans l'Iliade, 43, 685., les Ioniens sont appelés Jaoniens. Plus lard, les Grecs prirent le nom d'Hellènes, et celui d'Ioniens fut réservé à quelques-uns d'entre eux seulement, qui passèrent dans l'Asie Mineure, dont ils peuplèrent une partie des côtes.
JEAN. L'Ecriture mentionne quatre personnages de ce nom, le Baptiste, le fils de Zébédée, un juge de la race sacerdotale, et le disciple plus ordinairement appelé Marc. Ce nom, en hébreu Jocbannan, signifie accordé parla grâce de Dieu, et correspond ainsi, pour le sens, aux noms de Samuel, Mathanaël, Nalhanja, Matthieu, Théodore, Diodati, Dorothée, Adéodat, de.
1° Jean- Baptiste, fils do Zacharie el d'Elisabeth, Lévite et de la race sacerdotale, Luc 4, 13., fut le dernier prophète de l'ancienne économie, et le précurseur immédiat du Messie. Sa naissance fut miraculeuse comme celles d'Isaac, de Samson, de Samuel, et l'ange qui l'an-
JEA
nonça dans le temple lai imposa aussi le nom qu'il devait porter. Il naquit six mots avant Jésus, dans les montagnes de Juda, peut-être à Hébron ou à Jutta (Jos. lt, 46.)» et resta dans ces solitudes jusqu'au commencement de sa vie publique, environ l'an 15 de Tibère. Il apparut au monde avec toute l'austérité de vie des anciens prophètes, Nazaréen dans la sobriété de sa nourriture et la simplicité de ses vêlements. Il demeurait non loin de la mer Morte, et c'est là qu'il exhorta le peuple a la repentanee et a un complet changement do vie, l'engageant a fuir la colère à venir, lui administrant le signe symbolique du baptême pour marquer que toutes choses devaient être faites nouvelles , et lui annonçant que le royaume de Dieu était arrivé, Marc 4, 15. Le peuple accourait a lui de toutes parts; riches et pauvres, pharisiens et sadducéens , tous s'empressaient auprès du prophète qui venait, après plusieurs siècles de silence , faire entendre de nouveau les avertissements et les oracles de l'Eternel ; tous espéraient trouver dans les eaux du Jourdain l'expiation de leurs péchés. Us semblaient voir dans le baptême de Jean une magique vertu d'ablution qui devait les dispenser de la pureté intérieure, et cette superstition, si répandue encore chez quelques sectes chrétiennes, leur faisait espérer l'impunité dans le mal. Mais Jean ne leur cacha point la vérité; il les repoussa sévèrement, leur montrant dans la purification du cœur le vrai remède, le seul moyen d'échapper aux justes jugements de Dieu. Surpris de tant d'autorité, admirant la sainteté du prophète, le peuple se demandait si cet homme n'était peut-être pas le Messie; mais Jean ne les laissa pas dans celte fatale erreur : il baptisait d'eau, le Messie devait baptiser du Saint-Esprit; il prêchait la repenlanre, le Messie devait prêoher le salut et le pardon; entre l'un et l'autre il y avait toute la différence qu'il y a entre l'A. et le N. T., et Jean n'hésita pas à le leur dire : Je suis la voix qui crie au désert : aplanissez le chemin du Seigneur; mais il en vient un après moi, plus puissant, dont je suis indigne de délier la courroie des souliers. — Parmi ceux qui venaient pour se faire baptiser, Jean vit un jour un de ses parents, Jésus de Nazareth, Jean 4, J9. : on ne peut douter qu'il ne le connût, il le regardait même comme un prophète plus grand que lui, plus saint que lui. Peut-être tous les mystères de la naissance et de la vie de Jésus lui étalent-ils encore inconnus, et Jean ignorait-il officiellement que son cousin fût le Messie promis; mais il pouvait le soupçonner, puisque déjà il s'humiliait devant lui; peut-être un pressentiment divin lui faisaitil entrevoir la vérité. Il refusa d'abord de le baptiser, et ne céda que lorsque Jésus lui eut
fait sentir qu'il était venu pour accomplir toute justice. Une vision merveilleuse révèle à Jean la plénitude de l'Esprit qui demeure en Celui qu'il vient de baptiser, et la voix de Dieu achève de dissiper tous ses doutes. Dès lors, Jean- Bnptistese borne à rendre témoignage au Messie, qu'il a fini par reconnaître; il le montre à la foule, il le montre aux disciples André et Jean , et comme le peuple cesse d'accourir auprès de lui pour se faire baptiser, et qu'il s'attache a Jésus, les disciples de Jean, peinés decet abandon, le font remarquer à leur maître; mais il leur répond simplement en parlant du Seigneur : Il faut qu'il croisse et que je diminue.
Hérode Antipas ayant ouï parler de Jean- Baptiste, l'attira auprès de lui, plein de respect pour une sainteté qu'il ne se sentait capable ni d'Imiter ni de contraindre; il lui demanda ses conseils et l'écoutait volontiers, faisant même le bien que Jean lui disait de faire (Marc 6, 30.), toutefois sans préjudice à ses honteuses passions, et lorsque Jean eut condamné le mariage adultère qui l'unissait à sa belle-sœur, il fut mis en prison, et bientôt après décapité, sur la demande de cette femme Impure et cruelle.
C'est dans la forteresse de Machœrus ou Macbéronte que se passa, au dire de Josêphe, ce drame inique et sanglant. Celte tour, bâtie avec magnificence par Hérode, était située à une grande hauteur sur le penchant de la montagne de Nébo, dont les parois de rochers descendent dans la mer Morte. Des ravins escarpés l'entourent au nord et au midi.
Il n'est pas douteux que Jean-Baptiste n'ait exercé une grande influence et joui d'une grande considération à l'époque où II vécut. Ses prétentions eussent suffi pour diriger sur lui bien des regards; sa sainteté et l'austérité de ses mœurs appuyaient d'une manière puissante les titres qu'il revendiquait, et l'on voit combien le nombre de ses adhérents était considérable ei combien ces disciples étaient jaloux pour sa doctrine et pour sa gloire, Matth. 3, 5. 9, 4 4. Jean 40, 44. Le grand sanhédrin luimême s'était ému et avait député auprès du précurseur quelques-uns de ses membres , pharisiens et sacrilicateurs, pour l'interroger sur sa mission, Jean 4, 49. SI. Enfin Hérode le courtise, et quand il voit plus tard Jésus faire des merveilles de puissance, il se demande si ce n'est pas le Baptiste ressuscité, Matth. 44, S. Jean n'a pas été seulement précurseur, il a été aussi docteur; il devait préparer la voie au Messie, et pour cela, il ne suffisait pas de l'annoncer, il fallait encore disposer les cœurs à le recevoir ; il a donc prêché la repentance, la contrition intérieure sans laquelle personne n'acceptera le salut, parce que personne u'eii sentira le besoin. Il a été chef d'une école, et celle
JEA
JEA
école a compté des disciples en dehors de la Judée, dans l'Asie Mineure, en Grèce, peut-être même à Alexandrie, Act. 48, 25. 49, 3. On voit par Luc 44, 4., qu'il avait été jusqu'à leur donner un modèle de prière, ce qui indique à la fois une grande spiritualité dans sa manière de comprendre le royaume de Dieu, une grande étendue dans la portée de ses enseignements, et une grande autorité sur l'esprit de ses adeptes. Mais on se demande avec quelque surprise comment il se fait qu'il y ait eu une si longue rivalité entre ses disciples et ceux du Messie, Matin. 9, 44., Luc 5, 33. 44, 4., rivalité qui se produit soit à propos du jeûne, soit à propos de la prière, soit à propos du baptême et des succès croissants de l'œuvre de Jésus ? On se demande pourquoi, si Jean a reconnu son parent pour « celui qui devait venir, » il ne s'est pas joint à lui avec tous ses disciples, pourquoi il a continué d'exercer son activité d'une manière si indépendante, au Ijeu de se subordonner au Messie et de devenir l'un de ses agents? Pourquoi, puisqu'il ne se considérait que comme le précurseur, n'a-t-il pas envoyé ses disciples a celui qu'il regardait comme le chemin, la vérité et la vie? Pourquoi n'a-t-il pas déclaré sa tache accomplie dès le moment où le Saint- Esprit fut descendu sur Jésus aux bords du Jourdain ? Il faut peut-être, pour le comprendre, admettre que le Baptiste a partagé jusqu'à un certain point le préjugé d'un règne temporel du Messie et les espérances qu'une interprétation trop littérale de l'A. T. avait fait naître chez les Juifs même les plus pieux. Il se regardait comme l'avant-coureur officiel du roi du monde, et pensait peut-être que son œuvre ne devait s'arrêter que lorsque le Messie lui-même se serait officiellement déclaré comme tel. Or, aussi longtemps qu'il voyait Jésus faire des miracles, prêcher, gagner les âmes à lui, mais vivre dans l'obscurité, dans le renoncement à lui-même, ne faire que des conquêtes spirituelles, et souffrir, ce qui, pour les disciples même du Messie, était encore une énigme impénétrable, il pouvait croire que sa mission de préparateur n'était pas achevée, et refuser de licencier ses disciples pour les adresser à un chef qui ne se présentait pas avec un caractère public. A sa mort, ses disciples continuèrent d'attendre le Messie, mais ils restèrent en l'état où Jean les avait laissés; ils n'avancèrent pas en lumière, et leur secte, devenue stationnaire, ne fil pas un pas vers Jésus; privés d'un maître qu'ils avaient grandement honoré, ils eussent cru se montrer infidèles à sa mémoire s'ils se fussent tournés vers Celui dont leur chef n'avait été que le précurseur : ils annoncèrent encore le Messie, mais ils ne le virent pas, ils ne le reçurent pas, ils ne le reconnurent pas malgré
toutes les manifestations de sa gloire, et de nos jours encore, on trouve en Orient une secte qui porte le nom des disciples de saint Jean (les Mandéens, Nazaréens, ou Sabians), dont les livres religieux sont empreints du gnosticisme le plus complet.
On peut dont regarder comme une ombre dans la vie du Baptiste, comme le fruit d'une trop prudente irrésolution, la prolongation de son ministère de précurseur. C'est aussi peutêtre à un affaiblissement momentané de sa foi que l'on doit attribuer l'étonnante question qu'il fit faire à Jésus par deux de ses disciples : Es-tu celui qui devait venir, ou si nous devons en attendre un autre P Malin. 44,2. Luc 7. 49. Quelques auteurs pensent que Jean n'envoya des disciples à Jésus que pour fortifier leur foi incertaine et les affermir dans la vérité; mais il serait étrange que des hommes aussi dévoués à leur maître n'eussent pas reçu son témoignage sur ce qui faisait la partie la plus essentielle de son œuvre, et que Jean eût dû les persuader en les envoyant auprès de celui dont ils étaient jaloux et en qui même ils ne croyaient pas. D'autres théologiens pensent que sous la forme d'une question, le prophète qui était dans les fers voulait engager le Seigneur a hâter sa manifestation, à accélérer l'exécution de ses plans de miséricorde et de royauté, à venir le délivrer lui-même de la prison dans laquelle il languissait, n'ayant d'espérance que dans le Messie, et voyant la réalisation de ces espérances indéfiniment ajournée. Cette dernière explication se rapproche davantage de ce qui nous parait être la vérité; mais il faut en retrancher l'espèce de conseil que Jean aurait l'intention de donner à Jésus. La manière même dont la question est posée prouve qu'en la faisant Jean pensait plus à lui qu'à Jésus, plus à sa position personnelle qu'à la mission de Christ; et c'est dans l'àme du prisonnier plus que dans son esprit que le doute qu'il présente a dû prendre naissance. L'expérience intérieure, dit Olshausen, peut seule nous faire comprendre la pensée de Jean-Baptiste. Il y a dans la vie de chaque fidèle des moments où les convictions les plus fortes et les mieux assises viennent à être ébranlées; les ténèbres succèdent à la lumière, et l'on est comme abandonné du Saint-Esprit; or il est à croire que Jean a eu ses moments de faiblesse et de doute comme nous tous. On s'habitue trop en général à considérer les caractères bibliques comme étant tout d'une pièce, fermes et inébranlables; on les divinise, et en les élevant trop au-dessus de l'humanité on leur fait perdre ce qu'il y a pour nous d'instructif dans leur foi triomphant de leurs doutes; en tout cas, on sort de la vérité. Un seul a vécu sans passer alternativement du bien au mal et du mal au
JEA
JEA
bien; un seul a vécu immuable dans sa force, parce qu'il était lui-même le Fort, le Puissant; tous les autres ont dû lutter contre les ténèbres intérieures, et tous ont pu succomber, pour tous il a pu y avoir des jours d'obscurcissement. Et si l'on se représente le précurseur dans son cacbot, on ne sera pas surpris qu'il ail eu ses heures d'angoisses, qu'en de pareils moments la tranquille et lente activité de Jésus lui ail paru peu divine, suspecte peut-être, et qu'il ait oublié toutes ses expériences précédentes pour se laisser aborder par des doutes. Mais dans ces doutes encore, que de confiance! dans cette hicrédulité, que de foi ! C'est à Jésus lui-même qu'il s'adresse dans son incertitude, el sa question n'est autre que cette prière : « Je crois, Seigneur, aide-moi dans mon incrédulité! » Il ne s'interroge pas lui-même, il ne va pas auprès des docteurs et des pharisiens, il va droit à Jésus. Et certes, celui qui demande à Dieu s'il est Dieu, et au Sauveur s'il est Sauveur, celui-là n'est pas en dehors de la foi : un seul rayon du ciel dissipera l'obscur nuage qui pèse sur sou ame. Aussi ne voyons-nous aucune contradiction dans les doutes de Jean et le témoignage que Jésus lui rend immédiatement après avoir répondu aux deux messagers; c'est bien par rapport à Jean que Jésus dit : Bienheureux celui qui n'aura pas été scandalisé en moi ; mais ces paroles sont tout ensemble un encouragement et un avertissement. Le Sauveur est bref parce que ces combats intérieurs doivent être livrés intérieurement, et que le secours même ne peut venir du dehors; il voyait d'ailleurs que, pour Jean, la victoire était proche. Puis, quand les messagers sont partis, il s'adresse a la foule et leur demande: Qu'étes-vous allés voir au désert? Vous n'y êtes certainement pas allés pour voir seulement des roseaux ou d'autres objets de ce genre : vous avez voulu voir un prophète, et vous l'avez vu ; c'est même plus qu'un prophète, c'est l'Elie qui devait venir. Peut-éire aussi le roseau et l'homme vêtu de précieux vêtements se rapportaient-ils directement à Jean et étaient-ils une allusion à la fermeté de sa foi et à la sévérité de sa vie. Quoi qu'il en soit, Jésus reproche à la foule d'avoir été seulement pour voir cet homme admirable, pourvoir un prophète, comme s'il y avait la quelque chose à voir, etde n'avoir pas compris qu'il fallait surtout entendre, écouter ses exhortations, les mettre en pratique, et forcer le royaume des cieux. Jean a été appelé par Jésus le plus grand des prophètes, et c'est lui aussi qui termine la longue liste des prophètes de l'ancienne alliance, en même temps qu'il sert de point de départ au ministère de la nouvelle économie, Mal. 4, 5. Luc 4, 47. Act. 4, 22. 40, 37. Matth. 44 , 44. 43., etc. Esaïe l'avait annoncé (40, 3.), de même
que Malachie 3, 4., et ce dernier prophète (4,5.) l'avait fait l'égal du plus grand des prophètes, Elie, le contemporain d'Achab. Jean-Baptiste a sur Elie l'avantage d'avoir vu sa mission couronnée d'un grand succès, et si le premier Elie a fui dans les déserts pour y désespérer, le second a vécu dans les mêmes solitudes, mais pour accomplir son œuvre, prêcher et baptiser. — Heureux ceux qui croient, car le plus petit sous la nouvelle économie est plus grand encore que Jean-Baptiste, et les doutes du précurseur ne sont plus permis à ceux qui savent que le Christ est mort et qu'il est véritablement ressuscité.
Les reliques de ce prophète sont malheureusement nombreuses. Son visage se trouve à Amiens et à Saint-Jean d'Angely, son front er. Espagne el à Malte, sa mâchoire à Besançon et a Paris. Sa tête est, en outre, tout entière à Rome, sans parler d'une masse « de lopins » qu'on en montre encore a Lucques, a Salnt- Flour, à Noyon ; il y en a pour la grosseur de la tête d'un bœuf, dit Calvin. Et, quant au doigt dont il montra l'Agneau de Dieu, il est a Besançon, à Toulouse, a Lyon, à Bourges, a Florence, et dans un village près de Mâcon.
2° Jean, l'apôtre, d'abord pêcheur de poissons, puis pêcheur d'hommes, était fils de Salomé et de Zébédée; cf. Matth. 27, 56. Marc 45, 40. Ses parents paraissent avoir été du nombre de ceux qui attendaient la consolation d'Israël ; aussi voyons-nous Zébédée laisser aller son fils au moment où Jésus l'appelle, et consentir aux sacrifices nombreux que Salomé fait pour Jésus. Ils étaient de Bethsaïda, ce que l'on conclut de leur association pour la pêche avec les familles de Pierre, d'André et de Philippe, qui appartenaient à ce village, cf. Matth. 4, 4 8. 24 . Jean 4 , 44. 24 , 3-7.; peut-être étaientils comme eux domiciliés a Capernaum, Luc 4, 34. 38. Marc 4, 24. 29. Quoi qu'il en soit, ils demeuraient au bord du lac de Génésareth, sur les rives duquel une école de prophètes avait écouté les enseignements d'un grand maître sous l'ancienne alliance ; la première école de la nouvelle économie devait partir des mêmes rivages. Quelques anciens auteurs ont cru que la famille de l'apôtre était pauvre : c'est l'opinion de Chrysoslome, qui le conclut de ce que Zébédée élevait ses fils dans son propre métier, de ce qu'il raccommode lui-même ses filets, de ce qu'ils pèchent non point dans la mer, mais dans un petit lac. enfin de ce que les pêcheurs sont ordinairement misérables. Cette dernière raison n'en est pas une : quant aux autres, elles sont bien faibles, et l'on peut supposer au contraire que Zébédée jouissait d'une honnête médiocrité, car le lac de Génésareth était fort poissonneux et fournissait a ses riverains une
JEA
JEA
grande ressource commerciale. Zébédée a des ouvriers, Mare 4, 20., ce qui prouve tout au moins une certaine extension dans l'ensemble de ses travaux ; Saloraé assiste Jésus de ses biens et acbète de l'encens pour l'embaumer après sa mort ; enfin Jean parait avoir possédé une demeure à lui, Jean 49, 17.: tout cela marque suffisamment qu'il y avait plutôt de l'aisance dans celte famille, quoiqu'elle ne fût point riche. Quant aux rapports de Jean avec Caïphe, Jean 48, 43., ils prouvent peu de chose sur celle terre où le riche et le pauvre se rencontrent.
Si Jean était un homme sans lettres, Act. 4, 43., on ne peut douter qu'il n'ait été élevé dans la crainte de Dieu et dans l'attente du Messie ; il entendit les enseignements du précurseur, et fut baptisé par lui dans les eaux du Jourdain. Puis, lorsqu'il eut vu Jésus, ce disciple, avide de lumière, se tourna entièrement vers lui, l'accepta pour son maître, et Tut si captivé par une première conversation, qu'il resta avec lui depuis quatre heures du soir jusqu'à la nuit, Jean 4, 39. Néanmoins la sagesse de Jésus ne donnant jamais aux esprits au delà de ce qu'ils peuvent porter, il se borna pour cette première fois à jeter la semence dans l'àme du disciple, et il l'y laissa germer; ce ne fut que quelque temps après que Jésua, sur les bords de la mer de Galilée, appela le jeune homme, qui le suivit aussitôt. Il jouit dès lors non-seulement de ses enseignements, mais de son amitié toute spéciale, et Jésus, après lui avoir accordé la faveur d'assister à la guérison de la belle-mère de Pierre, Marc 4, 29., à la résurrection de la fille de Jaïrus, 6, 37., à la transfiguration sur le Thabor, 9, 2., et a l'agonie de Gelhsémaué, 44, 33., lui légua encore sa mère en quittant la vie, Jean 49, 86. 11 a pu être appelé celui que Jésus aimait, comme Abraham avait été nommé l'ami de Dieu; et dans les scènes du Calvaire, il lui fut seul fidèle. Sans doute il s'enfuit avec les autres au premier moment do l'arrestation, mais il revint plus tard (l'anecdote racontée Marc 4 4, 54 . 5a. se rapporte plus probablement à Marc lui-même qu'à Jean, quoique celte dernière opinion ait ses défenseurs)) il entre dans la cour du palais de justice, il se montre au pied de la croix, lui seul entre les douze; il recueille l'héritage de son ami, il le voit expirer, il voit l'eau et le sang jaillir d'une blessure qui lui est faite d'un coup de lance, et il peut sceller le témoignage qu'il rend de ces paroles : Celui qui le témoigne l'a vu, Jean 49, 35. Au troisième jour il arrive le premier au sépulcre, et il croit le premier à la résurrection de son maître, Jean 20. Pendant les quarante jours qui s'écoulent entre la résurrection et l'ascension, il demeure avec les autres apôtres, il fait avec eux
le voyage de la Galilée, et lorsque Jésus se fait voir sur les rives du lac, c'est encore lui qui le reconnaît le premier. Le même jour a lieu la réintégration de Pierre dans l'apostolat, et Jean, qui avait été le témoin du reniement, fut aussi le témoin du pardon. Après l'ascension de Jésus et l'effusion du Saint-Esprit, il demeura à Jérusalem, probablement encore quelques années; on le volt surtout avec Pierre, Act. 3, 4. 4, 43. 8, 4 4. Ensemble ils guérissent un impotent; ensemble ils sont accusés, détenus et relâchés: ensemble ils vont bénir la Samarie et faire descendre le Saint-Esprit sur ces bourgades sur lesquelles Jean, dans le premier zèle de son ignorance, avait voulu faire tomber le feu du ciel, Luc 9, 54. Paul, lors de son premier voyage à Jérusalem, avant l'an 40, n'y trouve point Jean, Gai. 4. 48. 49., mais à son second ou troisième voyage, il l'y trouve fixé et établi, et l'appelle une des colonnes de l'Eglise. Gai. î, 9. Dès lors le N. T. garde le silence sur la vie de cet apôtre, dont 11 ne mentionne plus que l'exil à Patmos. Il paraît qu'il resta à Jérusalem jusqu'à la mort de Marie, dont la date est incertaine, et que pendant quelques années il vécut missionnaire, évangélisant, à ce que l'on croit, le sud-est de la Palestine; mais il est probable que plus tard il alla vivre au milieu des Eglises de l'Asie Mineure, et qu'il fixa sa résidence à Ephèse (60-66). Il devint doublement nécessaire dans cette grande ville quand Paul, et après lui Timothée, eurent abandonné ce champ de travail si important, qui se trouvait placé comme un point central entre l'Asie et l'Europe. On comprend qu'il ail exercé une suprématie de fait sur toutes les Eglises environnantes. C'est à Ephèse qu'une maison de bains a dû s'écrouler sur Cérinlhe, et que Jean a dû ressusciter un mort (Euseb. H. E., III, 4 8), deux miracles qui n'ont rien de surprenant si l'on se rappelle que l'antiquité lui en attribue un grand nombre, et que la vertu des miracles résidait abondamment dans la personne des apôtres, si bien que leur ombre même guérissait les malades. On peut reléguer sans risque au nombre des légendes l'histoire de la coupe de cigué qui lui fut donnée à boire ; cette anecdote ne repose sur aucune preuve authentique, et nous ne la rappelons que parce que saint Jean est quelquefois représenté, dans les statues qu'on lui élève, tenant à la main une coupe au fond de laquelle se trouve un serpent.
Une violente persécution ayant éclaté en 95, sous le règne de Domitien, plusieurs Eglise* furent privées de leurs chefs, et l'on admet généralement que Jean fut envoyé en exil à Patmos, l'une des Sporades, non loin d'Epbèse. Cet exil , dont la date cependant ne peut être déterminée, car quelques auteurs anciens le pla-