‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 191 sur 398 · JE A · texte numérisé non relu

JE A

JEA

cent beaucoup plus lût, sous le règne de Çlaude, paraît être un fait constant et avéré; il n'est sans doute pas en opposition directe avec la translation de Jean à Rome sous Donatien, et son supplice dans l'huile bouillante, mais si Tertullien et Jérôme racontent ce dernier fait, le silence d'Eusèbe et d'irénée semble le démentir. C'est pendant son séjour à Paimos que l'apôtre fut honoré de ces magnifiques révélations qu'il écrivit plus tard pour l'édification et l'instruclion des fidèles, v. Apocalypse. A son retour à Ephèse, Jean trouva l'Eglise en désordre et ses membres dispersés. C'est là que prend place l'histoire bien connue, racontée par Eusèbe, Chrysostome et Clément d'Alexandrie, du jeune homme qui s'est joint à une bande de voleurs, et que Jean, déjà vieux, poursuit jusque dans les montagnes. A supposer qu'en passant de mains en mains cette anecdote se soit revêtue d'ornements étrangers, le fait lui-même n'en paraît pas moins avoir eu lieu, et plusieurs témoignages respectables le confirment. Enfin, Jérôme nous a conservé un dernier trait qui clôt dignement la sainte carrière de l'ami de Jésus. Vers la fin de sa vie, il était trop faible pour se rendre a pied aux assemblées des frères, il était trop faible même pour parler aux jeunes gens; mais il répétait cependant toujours : Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres; et quand on lui demandait pourquoi il insistait sur ce devoir, il répondait : « C'est que c'est le commandement du Seigneur. • Les anciens sont unanimes à lui donner un grand û^e; il a vu, selon Irénée, l'avènement de Trajan , en 98, et il est mort à Ephèse, où l'on a longtemps montré son tombeau ; quoiqu'on l'ait appelé martyr, il ne parait pas que sa mort ail été violente. Un malentendu sur les paroles de Christ, Jean 24 , 22. 23., a accrédité parmi les anciens le bruit que Jean n'était pas mort, et qu'il ne mourrait pas jusqu'à la fin du monde, tandis que Jésus n'avait parlé que de la destruction de Jérusalem; on l'a en conséquence cherché longtemps sur la terre, tout en oubliant qu'il parle et qu'il vit encore dans ses écrits. Son grand âge est pour nous un précieux gage de la canonicité des écrits du N. T., et l'on ne peut douter que ce témoin, qui a vu l'Eglise se former, n'ait aussi eu l'influence d'un témoin sur les livres qu'on admettait comme authentiques, et dont on faisait usage dans l'Eglise, et que le témoignage qu'il a rendu à la vérité des autres Evangiles n'ait contribué à confirmer aux yeux de tous leur authenticité.

Quant au caractère de Jean, c'est un mélange admirable de force et de douceur; une espèce de charme l'entoure, c'est le charme des dons de l'Esprit, la paix de Jésus, l'humilité, la charité, l'amour, la piété la plus profonde; c'est le

charme d'un grand zèle et d'un grand sérieux, mêlé de douceur et de bonté. Si la paix est le trait saillant de son cœur et de son activité, ce n'est pas qu'il ait manqué d'énergie , au coutraire; mais ses vertus douces nous font oublier ses vertus fortes, parce qu'il n'est pas dans notre nature de comprendre à la fois deux extrêmes, et les hommes sont rares qui, renommés pour leur douceur, eussent écrit ces paroles de 2 Jean 10. : « Si quelqu'un vient à vous et qu'il n'apporte point cette doctrine, ne le recevez point dans votre maison, et ne le saluez point..» Plusieurs traits semblent montrer aussi que, dans sa jeunesse, et avant d'avoir eu la pleine connaissance de la vérité , Jean avait un caractère plus vif, plus impétueux, plus ardent qu'on ne se le figure d'ordinaire : cela se voit par son opposition au disciple qui faisait des miracles sans suivre Jésus, Marc 9, 38., par la demande qu'il fait à son maître d'appeler le feu du ciel sur une bourgade des Samaritains, qui avait refusé de les recevoir, Luc 9, 54. , par la requête orgueilleuse de Salomé en sa faveur et en faveur de Jacques , son frère, Matlb. 20, 20., enfin par le nom de Boanergès, q. v., qui fut donné à ces deux frères.

Evangile. Ce n'est pas une histoire proprement dite du ministère de notre Sauveur; on pourrait l'appeler plutôt ses mémoires ou ses pensées. 11 parait supposer la connaissance des trois autres évangiles, et passe sous silence presque tous les faits rapportés dans ces derniers, la naissance du précurseur, celle du Messie, son baptême, sa tentation, l'appel définitif de plusieurs des apôtres, le nom qu'il leur donne, leur mission, l'envoi des Septante, un grand nombre de miracles et de paraboles, plusieurs des instructions de Jésus, et en particulier le sermon sur la montagne, la transfiguration , l'institution de la cène, les angoisses de Gethsémané, l'ascension ; il omet ou se borne à rappeler ce qui est connu , et se montre original dans toute son étendue. La plupart des faits qu'il rapporte ont eu lieu à Jérusalem ou dans les environs, et il désigne avec plus d'exactitude que les trois synoptiques, le lieu, le temps, les personnes, les circonstances, les usages. Les miracles qu'il raconte (il y en a sept) sont principalement ceux qui sont liés aux enseignements du Sauveur, ou qui ont fait quelque sensation publique. On ne peut nier qu'il n'y ait une grande différence, entre cet évangile et les autres; Luther appelle cet évangile - unique et délicat ; » cependant il ne faut pas exagérer cette différence, comme le fait très bien remarquer Tboluck; et si l'image qu'il nous donne des discours, de la vie, de la personne de Christ, est plus grandiose, elle n'est cependant pas autre ; De Welle lui-même, qui cherche

JEA

JEA

plutôt les différences que les ressemblances, avoue que dans ce cas particulier les différences sont dans la forme plutôt que dans le fond, et qu'elles se comprennent facilement. Notre plan ne comporte pas un examen détaillé des rapports qui se trouvent entre Jean et les synoptiques : on les retrouvera dans les ouvrages spéciaux, parmi lesquels nous recommandons surtout Sander, traduit en français, avec une excellente préface de M. de Rougemont sur le même sujet (Neuchâtel). Frappés de la différence qui existe, soit pour la forme, soit à quelques égards dans les idées, entre l'évangile et l'Apocalypse, plusieurs théologiens, et à leur tête De Wette, puis Lttcke, Reuss, Colani, etc., ont cru pouvoir établir que si Jean était l'auteur de l'un, il ne pouvait pas avoir écrit l'autre. M. Réville a réfuté, péremptoirement, selon nous, mais par des arguments que nous ne saurions admettre, le caractère incontestable de ce dilemme, et il se prononce pour la johannicité de l'évangile, de l'Apocalypse, et de la 4" épttre, inclinant à attribuer les deux antres au presbytre Jean. Jean a écrit son évangile à F.phpse, quoique plusieurs auteurs prétendent qu'il l'a composé pendant les loisirs de Patmos. Jrénée et Jérôme sont positifs dans leur témoignage, tandis qu'un écrit apocryphe (les Douze Apôtres) est la première source connue de la tradition en faveur de Paimos. Quant au temps, les uns (Basnage, Lampe, Wegscheider, Lange) veulent que Jérusalem subsistât encore lorsque Jean a fait son travail, cf. 5, 2., et ils mettent la composition de cet évangile environ vers l'an 67. D'autres pensent que Jean l'a écrit avant l'exil de Patmos, et par conséquent avant l'Apocalypse ; ils s'appuient sur ce que, Apoc. 4, 5. 9., Jean dit qu'il a rendu témoignage à Jésus, paroles qu'ils estiment se rapporter nécessairement a son évangile; mais cette preuve suppose résolue la date même de l'Apocalypse. Reste enfin la troisième opinion, qui place la rédaction de l'évangile après celle de l'Apocalypse; elle est appuyée par Irénée, Jérôme, Epiphaneet Eusèbe; le style de l'évangile a en effet quelque chose de plus soigné, de plus calme, de plus mûri, comme celui d'un nomme plus habitué â écrire et plus versé dans le maniement de la langue grecque, et les idées ellesmêmes semblent indiquer un progrès dans le sens du spiritualisme chrétien , opposé au particularisme juif.

Quant aux nombreuses attaques dont l'évangile de Jean a élé l'objet depuis quelques années, en Allemagne d'abord de la part de l'école de Tubingue, puis en France de la part de plusieurs des savants qui se groupent antour de la Revue de Théologie de Strasbourg, et qui, d'année en année , ont donné un caractère plus

négatif à leurs études critiques, il est impossible de méconnaître, ici plus qu'ailleurs, qu'elles découlent de préoccupations dogmatiques. Les uns rejettent cet évangile parce qu'il glorifie trop, selon eux, la personne de Jésus, le Verbe de Dieu : ils n'admettent pas qu'un disciple immédiat du Sauveur ait pu faire son apothéose avec un pareil manque de mesure; ils relèguent donc ce livre au deuxième siècle. D'autres acceptent que l'évangile est bien de Jean, mais ils lui contestent toute inspiration, et pour ainsi dire toute aulorité; Jean a mis, disent-ils, Jean met constamment ses propres pensées dans la bouche du Sauveur; Jean reproduit en détail de longs discours, dialogues, conversations, dont il est impossible qu'il ait pu garder la mémoire, et qu'il a certainement altérés sous l'influence de ses propres conceptions mystiques ou théosophiques. D'autres enfin estiment que Jean ne pense qu'à se glorifier lui-même et à se mettre en relief, mécontent que les premiers évangélistes ne lui aient pas fait une plus belle part. Indépendamment de cette dernière objection qui ne mérite pas une réfutation sérieuse et qui mérite à peine d'êlre mentionnée, on voit que la question est double : 4° Comparé avec l'Apocalypse, l'évangile ne saurait être du même auteur. 2° Comparé aux synoptiques, si l'évangile de Jean est vrai, les autres ne le sont pas; si les synoptiques nous donnent une vraie vie de Jésus, l'évangile de Jean est faux dans sa couleur générale et dans ses détails. Des volumes ont été écrits sur ce sujet depuis quinze ans, et n'ont abouti jusqu'à ce jour, qu'à montrer les contradictions nombreuses de la critique ellemême, et l'arbitraire dont sont obligés d'user ceux qui refusent d'admettre l'authenticité d'un livre que le consentement de l'Eglise universelle a reconnu dès les temps les plus anciens.

On comprend qu'un écrit aussi beau et aussi important ait trouvé de nombreux commentateurs; nous n'indiquerons, parmi ceux de la Réforme, que Zwingle, Luther, Mélanchthon, Calvin et Bèze ; puis, au siècle dernier, en 1 72i, Lampe d'fJtreeht, plein d'érudition, de sagacité et de chaleur chrétienne. Parmi les auteurs plus récents, nommons Kuinœl, bon répertoire; Liicke; Clarke; Lange; Olshausen (trad. en français); elTholuck : ces deux derniers sont les plus connus, et peut-être aussi les plus dignesde l'être. Olshausen parait avoir mieux senti, Tholuck avoir mieux compris saint Jean ; mais tous les deux l'ont commenté en chrétiens, et leurs travaux resteront. Tholuck réunit à la brièveté le mérite de fournir tous les moyens exégétiques de lire avec fruit cet évangile, comme en général les autres écrits du N. T. qu'il a commentés. En français il a paru ré-

JEA

JÉC

cemmenl deux excellents commentaires sur saint Jean ; l'un, de M. le prof. Àstié (Genève, 1863); l'autre de M. le prof. Godet (Paris, 4864).

Epitres de saint Jean. Elles sont au nombre de trois, el quoiqu'elles ne portent point de nom d'auteur, non plus que l'évangile, elles ont été aitribuées à cet apôlre, la première presque sans contestation, les témoignages anciens ne laissant aucun doute à ce. sujet. La première porte le nom de catholique, parce qu'elle a été adressée à un ensemble de congrégations, el l'on admet généralement que Jean renvoya de Patmos aux Eglises de l'Asie Mineure el à celle d'Ephèse en particulier, malgré certains témoignages apocryphes d'après lesquels l'apôtre l'aurait destinée aux Parthes ou aux Juifs convertis d'entre ceux qui étaient exilés parmi les Parthes, au delà de l'Euphraie. Jean y combat les mêmes erreurs que dans son évangile; on y retrouve le même plan, le même style, le même vocabulaire peu riche, et dont l'amour semble Taire le fond. L'Homme-Dieu y est annoncé d'une manière éclatante; la manière claire et précise dont y est présentée la doctrine de Dieu a fait donner à Jean le nom de théologien par excellence; il expose que la Parole était au commencement, qu'elle était avec Dieu, qu'elle était Dieu lui-même; il appelle anlichrists, menteurs et faux prophètes ceux qui le nient, et comme ces séducteurs ennemis de la croix commençaient a mettre en avant leurs doctrines déjà vers la fin du premier siècle, saint Jean, le dernier des écrivains du N. T., a élevé ce boulevard inébranlable contre lequel se meurtriront les faux docteurs de tous les temps. La seconde et la troisième épitre sont adressées à des particuliers ; on leur donne quelquefois pour auteur Jean, l'ancien, ou le presbylred'Epbèse, sur lequel on ne sait que peu de chose ; mais le témoignage d'irénée repousse cette supposition, el le style, comme aussi la pensée intime, affectueuse el dogmatique, rappelle la manière de saint Jean l'apôtre, celle de l'évangile, celle de la première épitre.

On a voulu entendre, par la dame élue, une Eglise particulière; d'autres mème(comme Hammond) l'ont entendu de l'Eglise chrétienne tout entière. Ce sont des jeux d'esprit. Le plus simple est de prendre les mots pour ce qu'ils sont; l'épitbète élue se rapporte soit à quelque distinction terrestre, suit plutôt à l'élection du Sauveur. L'époque de la rédaction est incertaine, mais elle se place dans l.i vieillese de l'apôtre.

La troisième épitre enfin est adressée à un certain Gaïus, qui parait avoir été converti par l'apôtre, v. 4., et qui est aussi différent du Gains dont il est parlé Rom. 46, 23. 1 Cor. 4, 14., lequel était un enfant spirituel de Paul. Date incertaine; probablement contemporaine

de la seconde. Jean loue Gaïus de l'accueil bienveillant et hospitalier qu'il accorde aux frères missionnaires, el il blâme la conduite d'un certain Diotrèphe, orateur, s'évaporant en mauvais discours, inhospitalier pour son compte et cherchant à propager sa présomptueuse intolérance, parce qu'il aime à êire le premier.

apocalypse, v. cet article.

3° Jean, Act. 4, 6., sacrificateur, peut-être le fils d'Anne, dont Josèphe parle à plusieurs reprises. Il est nommé parmi ceux qui assistèrent à la comparution de Pierre et Jean devant le conseil, après la guérison de l'impotent.

4° Jean. v. Marc.

JEANNE, Luc 8, 3., épouse de Chuzas et Tune des pieuses femmes qui ont consacré, pendanl plus de trois années, une partie de leur fortune à l'entretien du Christ el des douze missionnaires qui voyageaient avec lui. Fidèle au Sauveur jusqu'à sa mort, elle vint lui faire une visite au sépulcre avec Marie Madeleine et les autres amies de Jésus, et ne l'ayant point Irouvé, elles allèrent raconter ensemble aux apôtres l'apparition des anges, les paroles qu'ils leur avaient dites, et la résurrection de leur maître, Luc 24, tu.

JÉBUS, Jébusiens, Gen. 40, 46., peuplade de la famille des Cananéens. Lors de l'entrée des Israélites en Palestine, il* occupaient, avec les Hélhiens et les autres tribus de la même race, les montagnes situées entre le Jourdain et la Méditerranée, Nomb. 43, 30. Jos. 9, 4. 44, 3. Ils se gouvernaient monarchiquement, Jos. 40, 4 . 23. Ils s'allièrent à Jabin, roi de Ualsor, pour faire la guerre à Israël, mais Josué les défit après plusieurs batailles, et les mit pour plusieurs années hors d'état de recommencer, Jos. 44, cf. 24, 4 t. iQuanl à Jébus, leur ville principale, celle qui porta plus tard le nom de Jérusalem (q. v.), il ne parait pas que Josué ait entrepris de la réduire, et dans tous les cas elle resta au pouvoir des Jébusiens jusqu'aux jours de David, qui en fit la capitale de son royaume. Jos. 45, 8. 63. 48, 28. 2 Sam. 5, 6. 4 Cbr. 11,4. Sous les juges, les Jébusiens apparaissent comme la plus forte des tribus cananéennes, Jug. 19, 41.; un petit nombre d'Israélites seulement réussissent à s'établir dans leur ville, Jug. 4, 24., cf. 3, 5.; même lorsque Jébus est conquise, les Jébusiens ne peuvent en être entièrement chassés, 2 Sam. 24, 46. 48., et Salomon doit encore lutter avec eux pour achever de les soumettre au iribut, 4 R. 9, 20. On retrouve des Jébusiens jusqu'après l'exil, Esd. 9, 4.

JÉCHONIAS (que l'Eternel établit), fils de Jéhojakim et pelil-fils de Josias, porlail aussi les noms de Chonja et de Jéhojachin, 4 Cbr. 3, 46. Mallh. 1, 42. 2 R. 24, 6. i Cbr. 36, 8. 11 fut,

JÉH

Page 1