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simaque, Molon, Tacite et Justin racontent que les esclaves hébreux furent chassés d'Egypte à cause de la lèpre dont ils étaient infectés; Tacite ajoute (Hist., 5, 3.) que ces malheureux, abandonnés dans de vasles solitudes, se laissaient aller aux larmes et aux plaintes, lorsque Moïse, plus résolu que les autres, leur dit qu'ils ne devaient attendre de secours ni de Dieu ni des hommes, et leur conseilla de l'accepter pour chef et guide, ce qu'ils firent. Peu importe le plaisir que celle anecdote a pu faire à tous les ennemis des Hébreux depuis Manéthon jusqu'à Shaftesbury, depuis Tacite jusqu'à Bolingbroeke; ce qu'il y a de mieux prouvé, c'est que la lèpre appartient à la terre d'Egypte, c'est que tous les anciens, Romains et autres, Pline et Lucrèce, sont d'accord à regarder cette maladie comme naturelle an pays, favorisée par les débordements du Nil ; c'est que, par conséquent, les Egyptiens étaient lépreux par eux-mêmes sans que les Israélites leur eussent apporté ce fléau, qu'ils n'ont appris à connaître eux-mêmes que depuis leur séjour en Egypte ; et comme le dit Cellérier (Espr. de la Lég. Mos., II, 320.), si les Egvptiens voulaient se délivrer radicalement de la lèpre, il était Inutile de faire partir les Hébreux, ils auraient dû partir eux-mêmes. Aujourd'hui encore la lèpre est endémique en Egypte, où l'expédition des savants français l'a retrouvée ; Larrey l'a décrite et guérie. Le récit de Tacite n'est donc qu'une évidente fausseté, y compris les invraisemblances qui l'accompagnent.
On peut croire cependant qu'à leur sortie d'Egypte un assez grand nombre d'Israélites étaient en effet souillés de celte maladie, jusqu'alors inconnue pour eux, et de laquelle ils n'avaient pas su se garantir; car etle joue dès lors un grand rôle, non-seulement dans la législation, mais même dans les miracles du législateur. Ex. 4, 6 8. Nomb. 12, -10-15.
Les lois de Moïse relativement aux lépreux, sont un développement des lois sur la pureté légale, en même temps qu'elles tendaient à prévenir la contagion de cette hideuse maladie. Aucun remède n'est indiqué; les sacrificateurs sont chargés d'examiner les premières traces du danger, et l'exactitude des distinelions établies par Moïse, la sagesse des diagnostics qu'il indique pour mettre les prêtres à même de prononcer avec connaissance sur l'existence du mal comme sur sa guérison, font encore aujourd'hui l'admiration des gens de l'art, v. Lév. 43, \. sq. 14. 1. sq. Nomb. 5, 4-4. Deut. 24, 8. 9. Lorsqu'un homme était reconnu lépreux, le sacrificateur le déclarait impur, l'excluait du commerce des hommes, le reléguait à la campagne dans la société d'autres lépreux, 2 K. 7, 3. Luc 17, 12., ou dans des lieux inhabités;
on lui déchirait ses vêtements en signe de deuil, et s'il voyait quelque él ranger s'approi her de lui sans défiance, il était tenu de l'avertir en lui criant de loin, Souillé! souillé! Aucun rang ne pouvait soustraire à cet isolement; la sieur de Moïse dut sortir du camp, Nomb. 12, 45., ei Hozias demeurait dans une maison écartée, 2 Chr. 26, 21. Cette solitude n'était cependant pas un emprisonnement, et on les voit dans l'Evangile, comme de nos jours encore en Arabie, se promener librement; il paraîtrait même, d'après Lightfoot, qu'ils étaient admis dans les synagogues. Lorsqu'un lépreux se croyait guéri, il allait se montrer au sacrificateur, sans la permission duquel il ne pouvait rentrer chez lui, et s'il était véritablement reconnu net, il passait par diverses cérémonies et purilicaiions destinées à représenter la purification de l'âme par l'aspersion du sang de Christ, puis il rentrait dans la société des hommes purs, et dans l'usage des choses saintes.
Cette maladie, apportée en Europe par les saints et galants chevaliers des croisades, a été dans un temps tellement commune, que l'on comptait jusqu'à 19,000 ladreries, lazareries, lazarets ou léproseries; maintenant elle a presque disparu de chez nous, ou du moins elle a changé de nature, et quelques habiles médecins veulent en reconnaître une variété dans les maux secrets; mais on la retrouve en Egypte et dans les deux Indes avec tous les caractères que nous avons mentionnés. Le voyageur Caunler raconte, dans les termes suivants, la rencontre qu'il fit un jour d'un lépreux dans l'Inde : « Pendant que je me promenais un soir sur le rivage de la mer, je vis venir vers moi un être si extraordinaire que je ne pus en détacher mes yeux ; c'était un homme vêtu seulement d'un morceau d'étoffe autour du corps (c'est le vêlement des castes inférieures de l'Inde). 11 avait la peau tout à fait blanche, comme si elle avait élé brûlée avec un fer rouge. Il avait la lêle nue, et ses cheveux, absolument de la couleur de sa peau, tombaient en longues mèches sur ses épaules décharnées. Ses yeux, à l'exception de la prunelle, étaient d'un rouge foncé; il les tenait constamment fixés vers la terre comme s'il lui eût été douloureux de regarder en l'air; il marchait avec lenteur et faiblesse, et sa maigreur était aussi effrayante a voir que celle d'un squelette vivant. Il s'arrêta à quelques pas de moi; je m'avançai, mais il recula. Alors il me supplia de lui donner quelque chose pour l'empêcher de mourir, parce qu'il était pour tous un sujet de mépris et qu'il ne pouvait aller ni chez lui, ni chez ses amis. Il me dit de ne pas m'approeher d'une créature souillée, objet d'aversion pour tout le monde, contre laquelle chacun levait la main et qui n'inspirait de pitié