‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 246 sur 398 · M AN · texte numérisé non relu

M AN

avait recueilli beaucoup n'en avait pas plus, comme celui qui en avait recueilli peu n'en avait pas moins, c'est-à-dire qu'ils répartissaient entre eux, proportionnellement au nombre des membres de chaque famille, ce qu'ils avaient ramassé, de sorte que celui qui en avait trop communiquait de son superflu à celui qui n'en avait pas assez, et ramenait l'égalité voulue de Dieu. Le passage 2 Cor. 8, 45. semble établir ce sens, en même temps qu'il trace aux chrétiens une ligne de conduite qui n'est malheureusement que bien peu suivie. En commémoration de celte merveilleuse Providence qui nourrit pendant tant d'années un peuple tout entier dans un désert, Dieu voulut qu'un borner de manne fût recueilli dans un vase d'or et placé devant le témoignage à côté de l'arche sainte, cf. Hébr. 9, 4.

Cette nourriture comme telle, et cette substance considérée en elle-même, était quelque chose de tout à fait nouveau pour les Israélites, si bien qu'en la voyant pour la première fois couvrir le sol, ils se demandèrent les uns aux autres : Qu'est-ce? (hébr. man?), et ce nom interrogatif resta à ce pain descendu du ciel : man hou, qui signifiait qu'est-ce que cela? fut traduit : cela est de la manne. C'est la même question que firent plus tard les Juifs au sujet de Jésus le vrai pain céleste, Luc 4, 36., car il était pour eux une apparition également inconnue, mais plus bénie encore.

Outre les passages déjà cités, la manne est rappelée Néh. 9, 20. Jean 6, 34. 49. 58. Ps. 78, 51. Apoc. 2, 47. Ce dernier passage contient une allusion évidente à l'urne d'or renfermant la manne : la manne commune et corruptible du désert était la nourriture du corps mortel ; mais la manne cachée dans l'urne est incorruptible, c'est la nourriture du corps immortel.

Ps. 78, 24. 25. — «...bien qu'il eût fait pleuvoir la manne...; tellement que chacun mangeait du pain des puissants. » Nos versions rendent exactement le sens de l'hébr. abirim, mais la phrase n'est pas claire et ne se comprend pas : la Vulgate, l'anglais, et Luther ont « le pain des anges, » ce qui ne se justifie pas par l'usage de la langue ; Hengstenberg paraphrase : le pain venu des lieux habités par les anges (de même Calvin, Stier, de Mestral) ; Durck propose le pain des taureaux, qui, d'après l'analogie de Soph. t, 47., pourrait signifier la viande des taureaux; abirim a en effet quelquefois le sens de taureaux, Ps. 22, 42. 50, 43. 68, 30. Es. 34, 7. Jér. 50, 44., et l'auteur entendrait que, outre la manne, Dieu a aussi donné aux Israélites de la chair à manger, ce qui ne s'accorde ni avec le sens du passage, ni avec l'histoire du désert. Dimock pense qu'au lieu de abirim il faut lire Elohim, ou Abir

Jéhovah (cf. Ex. 46, 45-46. Jean 6, 33.), et traduire le pain de l'Eternel. Barris enfin prend abirim dans le sens d'ailes pour oiseaux, « chacun mangea (outre la manne) du pain des ailes, c'est-à-dire de la chair d'oiseaux ; il leur envoya de la nourriture à les rassasier. » Mais toutes ces explications sont un peu recherchées, et la traduction française, qui est la plus littérale, n'a besoin que d'être comprise dans le sens du génie de la langue hébraïque : le pain des puissants ou des riches, c'est un pain excellent, ou, d'une manière générale, une nourriture excellente. Dieu envoya aux Israélites la manne, le froment des cieux, tellement que (au lieu de disette) chacun avait en abondance un mets très recherché, une nourriture agréable et délicate.

L'auteur de la Sapiencc (46, 20. 24.) dit que la manne s'accommodait tellement au goût de ceux qui la mangeaient, que chacun y trouvait de quoi satisfaire son appétit, et quelques-uns l'ont entendu en ce sens qu'elle prenait pour chacun le goût particulier qu'il désirait y trouver. Josèphe dit plus simplement qu'elle était si excellente qu'on ne pourrait rien désirer de meilleur; et saint Augustin, qu'elle se conformait au goût de ceux qui en usaient, en faveur des enfants de Dieu, lesquels ne s'en lassèrent pas, tandis que pour les autres elle ne fut plus bientôt qu'un objet de dégoût, Nomb. 4 4,6.

La manne n'est pas une substance qui soit entièrement inconnue ou perdue : elle se retrouve encore en divers lieux, en Pologne, dans le Daupbiné, en Calabre, en Arabie, sur le Sinaï, sur le Liban, et ailleurs. La plus estimée est celle d'Arabie, espèce de miel condensé qui suinte des feuilles et des branches, et que l'on recueille quand elle a pris une certaine consistance. On peut augmenter de beaucoup la récolte qu'on en faii, au moyen d'incisions pratiquées à l'arbre, et c'est au mois d'août surtout que cette opération se fait avec le plus de succes; parfois c'est un petit insecte, le coocus, qui se charge de piquer l'arbre avec son aiguillon, et de provoquer ainsi l'écoulement de la résine. Saumaise pense que c'est de cette manne qu'il est parlé dans l'histoire du désert, et que le miracle a consisté moins dans sa production même que dans l'abondance et la régularité de cette production. Son opinion peut parfaitement se soutenir en ce sens qu'elle n'enlève rien à tout ce qu'il y a eu de miraculeux dans presque tous les détails de cette alimentation providentielle; en général on peut remarquer dans la plupart des miracles de la Bible, qu'ils ne contrarient pas la nature, qu'Us ne sont pas des monstruosités en dehors du court des choses; mais qu'ils se distinguent soit par des modifications apportées à certaines lois physiques, soit par l'accélération d'effets

MAN

qui se produisent également dans la nature, mais lentement et suivant certaines règles, soit enfln par la multiplication, l'augmentation en nombre ou en volume, des effets que des causes physiques auraient aussi produits, mais en moindre quantité. Admettant que la manne céleste n'ait pas été une création nouvelle, le miracle reste dans son abondance, sa régularité, sa périodicité, interrompue le sabbat, mais précédée d'une quantité double de nourriture la veille, sa prompte corruption pendant la semaine, et sa conservation au septième jour, sa production au milieu des sables, quand d'ordinaire elle ne se trouve que découlant des arbres, etc., tout autant de caractères qui ne sont point naturels, mais que Dieu a pu miraculeusement ajouter pour un temps a l'une des productions de la nature orientale, les uns pour conserver son peuple, les autres pour l'habituer au respect de la loi qu'il avait donnée. — Disons cependant que les voyageurs donnent à la manne du désert quelques propriétés qui ne rendent pas l'identité absolue. Cette gomme qui découle goutte a goutte ne se laisse ni piler, ni broyer, comme faisait la manne Israélite, et de plus elle a une vertu légèrement purgative et affaiblissante, qui se perd, il est vrai, pour celui qui, par un fréquent usage, en a pris l'habitude, comme on sait que l'estomac peut s'aecoutumer à une nourriture qui lui est naturellement contraire.

Les Hébreux et les Orientaux pensent, à l'inverse de Saumaise, que la manne était un miracle, jusque dans la nature même de sa substance, et c'est bien, à tout prendre, l'opinion qui paratt le mieux justifiée par la lettre de l'Ecriture; mais ils sont tellement jaloux de la grâce que Dieu leur fit en cette occasion, qu'ils vont jusqu'à prononcer l'anathème contre ceux qui ne partagent pas entièrement leur manière de voir à cet égard (Abcn Esra, ad Ex. 16, 15.J; c'est aller un peu loin.

On peut consulter sur ta manne la Physique sacrée de Seheuchzer avec les notes de Donat, la dissertation de Faber, l'Hist. de la manne de Buxtorf, Saumaise, les Notes de Rosenmuller sur Bochart, le Traité d'Allomare. et un art. dans lesComples rendus de l'Acad. des sciences, 4846, t. II.

MANOAH (repos), Jug. 43, 2., de Tsorhah, père de Sam son. Cet homme faible et craintif, mais bien intentionné, gémissait sur les malheurs que l'idolâtrie de ses compatriotes avait amenés sur la commune patrie, lorsque sa femme, plus pieuse apparemment, et plus éclairée que lui, vint lui annoncer que sa longue stérilité qui les affligeait l'un et l'autre, allait enfin cesser, et qu'un prophète de l'Etemel lui avait promis un fils; bien plus, ce fils devait

être le libérateur d'Israël, et pour le préparer à sa grande et sainte mission, elle devait ellemême observer jusqu'au moment de sa naissance toutes les prescriptions du nazaréat. Manoab, tout ensemble troublé et réjoui, demanda au Seigneur de lui faire voir à lui-même ce messager de bonnes nouvelles, afin qu'il pût apprendre de lui la conduite qu'il aurait à tenir à l'égard de ce fils béni. Bientôt après, en effet, l'ange apparut de nouveau à la femme, qui alla chercher son mari ; mais il ne répondit pas aux questions prématurées de l'humble Manoah ; il se borna à répéter à la femme qu'elle devait, pendant tout le temps de sa grossesse, vivre dans l'abstinence nazaréenne, et Manoah n'insista plus; mais désireux de retenir auprès de lui ce prophète de l'Eternel, et de l'honorer selon les usages de l'antique hospitalité, il lui offrit un festin; l'ange le refusa, mais engagea son hôte à présenter un holocauste à l'Eternel. L'ange refusa de même de déclarer son nom, car il est admirable, dit-il (cf. Es. 9, 5.}. Manoah qui jusqu'alors n'avait vu dans celui qui lui parlait qu'un simple prophète, ne tarda pas à comprendre que c'était l'Eternel lui-même; car lorsqu'il eut offert sou holocauste, et que la flamme s'élevant de l'autel vers les cieux, l'Eternel y fut monté avec la flamme, Manoah s'écria : Certainement nous mourrons, parce que nous avons vu Dieu! Sa fejnme comprit mieux que lui la faveur que cette manifestation divine leur promettait à eux et à leur fils ; elle y puisa de nouvelles forces, un nouveau courage, une nouvelle confiance dans la fidélité de Celui qui ne peut mentir. — L'enfant naquit au temps indiqué, mais il ne parait pas avoir, dans son éducation, subi ou accepté l'influence de son faible père. Sa jeunesse indomptée et ses fougueuses passions l'émancipèrent de bonne heure ; Manoah vécut assez pour voir, sans pouvoir l'empêcher, le mariage de son fils avec une Philistine, mais son nom qui ne reparaît plus que dans le nom de son sépulcre, 16, 31., porte à croire qu'il ne fut pas le témoin des derniers excès, de la gloire, et de la conversion de son fils.

L'apparition de l'ange à Manoah rappelle celles dont jouirent Abraham, Jacob et Gédéon : le refus de l'ange de se faire connaître, rappelle le même refus qu'éprouva Jacob dans sa lutte merveilleuse au bord du Jabbok, Gen. 32, 29.

MANTEAU. Ce mot qui a déjà un sens assez vaste dans notre langue, en avait un plus étendu encore en hébreu ; il s'appliquait à plusieurs espèces de vêtements, tunique, manteau, vêtement de dessus, etc. La pièce d'habillement dont il est parlé, Marc 12, 38., à propos des scribes, et qui peut aussi se traduire par man-

MAR

MAR

teau, élait un large pan d'étoffe, descendant jusqu'à la cheville du pied. t\ Vêlements.

MARAH (amertume). 1° Un»* des premières stations des Israélites dans le désert ; ils lui donnèrent ce nom à cause de l'amertume de ses eaux, Ex. 45, 23. Nomb. 33, 8. Les voyageurs ne sont pas d'accord sur la situation de ce lieu ; Sbaw a cru le trouver d;ins un endroit appelé maintenant Corondci ou Gharendel, où coule encore de nos jours un ruisseau dont les eaux sontamères; Niebuhr, dans le Aijun Musa (fontaine de Moïse), à 8 ou 10 kil. sud-est de Suez, à 2 du golfe d'Arabie; Burckhardt le place à 60 kil. plus au sud, où il a trouvé une source appelée Howara. dont les eaux sont si araères que les chameaux même refusent d'en boire, à moins qu'ils ne soient très aitérés; le même voyageur pense que Moïse se servit des baies du gharcad ou hatnra pour adoucir l'amertume de cette source ( Michaèlis raconte de même, qu'il y a aux Indes un arbre qui a la propriété de rendre douces les eaux devenues amères). L'opinion de Niebuhr est conforme a lu tradition, mais celle de Burckhardt paraît mieux justifiée géographiquement par la marche que suivaient les Israélites ; c'est celle qu'a admise Hœvernick.

i° Ce même nom est employé au duel Marathayim, Jér. 50, ai., où nos versions l'ont traduit par vous deux, rebelles. Le passage est difficile à entendre, mais il vaut mieux (avec Dahler) le rapporter au pays, et dire : marchez contre ce pays doublement rebelle, ou bien le regarder comme un nom symbolique de Babylone, marchez contre ce pays de Marathayim, ce qui renferme le même sens, mais exprimé d'une manière plus solennelle.

MARAN-ATHA, t. Interdit.

MARBRE. Substance bien connue pour sa dureté et le beau poli dont elle est susceptible. Quatre noms différents paraissent en avoir désigné différentes espèces dans la langue des Hébreux. Shesh ou shish, Cant. 5, 16. Est. 1, 6. 4 Chr. 29, 2. : la version syriaque le traduit par marbre blanc, ce qui s'accorde bien avec la comparaison du Cantique; il est également probable que ce devait être de celte espèce de marbre qu'étaient faites les colonnes du temple, el Pavid l'aura fait venir des contrées voisines de l'Arabie; Ha r ris compare le nom de shish avec la montée de Tsits, 2 Chr. 20. 46., qu'il pense avoir été la carrière, ou l'une des carrières où les Hébreux choisissaient leur marbre; mais c'est forcé, el l'hypothèse ne repose sur aucune autre preuve que celte lointaine analogie. Le marbre blanc du palais royal de Suze était tiré des carrières mêmes du pays, où il se trouve en abondance. Le sochereth, Est. 1,6., ne peut être déterminé d'une manière bien sûre ;

les Septante le traduisent comme le précédent, espèce de marbre blanc. Le bafiat. que le syriaque rend de même, est traduit par les Septante, émeraude, ce qui doit s'entendre non de la pierre précieuse de ce nom, mais d'un marbre nuancé de vert. Enfin le dar (ibid.) est traduit par l'arabe, perle, et par les Septante, pierre de perle; c'est aussi l'opinion de Bochart, mais elle cadre difficilement avec le contexte-, il faut plutôt l'entendre avec Michaêlis et AVîner, de l'albâtre qui, lorsqu'il est bien travaillé, peut dans une mosaïque faire l'effet de perles enchâssées. Il faut avouer, du reste, que ces significations ne sont que devinées ; aucun fil ne peut plus guider dans ces recherches, et les savants y dépensent inutilement leur esprit étymologique et scientifique. — On sait que les anciens attachaient beaucoup d'importance au luxe de leurs planchers, de leurs parquets, et des pavés de leurs cours ou de leurs jardins : nous en sommes venus au point, disait Sénèque, que nous ne voulons plus fouler que des pierres précieuses. El Apulée, décrivant le sol des appartements de Psyché, dit que les pierres précieuses dont il était composé, représentaient à l'œil, par leur disposition et la variété de leurs formes el de leur grandeur, des tableaux et des peintures de divers genres.

MARC (luisant, poli), l'auteur du second évangile, est probablement le fils de Marie; cousin de Barnabas, et peut-être comme lui Lévite de naissance, compagnon d'œuvre de Paul et de Pierre, il est désigné dans les Actes sous les noms de Jean Marc, 12, 42. 25., de Jean, 13, 5. 13., et de Marc, 15, 39. C'est dans la maison de sa mère que les apôtres étaient réunis après la mort de Jacques, lorsque Pierre fut délivré de son cachot et de ses fers, 12, 12. Quelques anciens veulent qu'il ait été au nombre des soixante-dix disciples, et Origène, Procope, etc., ajoutent qu'il se retira pour un temps du Sauveur, de même que Lue, à cause de ce qu'uvait dit le Messie : « Si vous ne mangez ma chair, vous ne pouvez avoir la vie en vousmêmes, » Jean 6, 53. Toutefois celte anecdote n'est rien moins que sûre, et si l'on en croit lrénée cl Papias, Marc n'aurait pas connu Jésus, et il aurait été gagné à l'Evangile par la prédication de Pierre. Ce lut Barnabas son parent qui l'introduisit dans la société des apôtres, el on le voit déjà compagnon de saint Paul, lors de son premier voyage missionnaire d'Autioche dans l'Asie Mineure, 12, 25. 13, 5. On ignore pour quels motifs, après avoir suivi ses compagnons de voyage dans l île de Chypre, à Salamis et a Paphos, il se sépara d'eux à Perge en Pamphylie, 13, 13. ; mais la manière donl Luc parle de cette séparation, 15, 38., semble jeter un certain blâme sur ses motifs,

MAR

et l'on suppose que cette vie agitée et l'éloigoement de sa patrie, avaient fatigué son zèle encore jeune, et sa loi encore peu éprouvée, peu habituée aux renoncements de la vie missionnaire. Marc rentra cependant dans la carrière, et probablement après un intervalle qui ne fut pas fort long; mais saint Paul ne le voulut pas d'abord pour compagnon de voyage, il prit Silas avec lui, tandis que Marc et Barnabas retournaient en Chypre. Aucun détail ne nous est donné sur les résultats de sa mission dans celte île, mais il faut croire qu'elle fut bénie, et qu'il se distingua par un redoublement de zèle pour faire oublier ses précédentes hésitations ; plus tard en effet, il est rentré en grâce auprès de saint Paul , qui le compte a Rome au nombre de ses compagnons d'oeuvre, Pbilém. 24., le recommande à l'Eglise de Colosses, Col. 4, 40., et prie Tiraothée de le lui ramener, 2 Tim, 4, 11. Il paraîtrait que, pendant l'espace de temps qui sépara les deux captivités de Paul, s'il y en a eu deux, ou peu avant sa captivité, s'il n'y eu a eu qu'une, Marc fut le compagnon de Pierre, auquel l'unissait une affection tiliale, et qui l'avait auprès de lui quand il écrivit sa première épilre, 5, 43. D'autres pensent que le Marc nommé dans ce passage était véritablement un fils de l'apôtre, ce qui serait bien possible, puisqu'il était marié; mais la tradition n'est pas favorable à cette opinion. D'autres encore, afin de multiplier autant que possible, les saints et les ëvèques des temps primitifs, et de pourvoir ainsi tous les év&hés, ont distingué trois Marc, le fils de Marie, le ûls de Pierre et l'évangélisle ; c'est encore plus improbable, et cette manière de voir n'a pas même pour elle les apparences. Si, comme on doit le conclure de 1 Tim. 4, 44., Marc assista aux derniers jours de Paul, on peut supposer qu'après la mort de cet apôtre, il revint en Asie, et qu'il y rejoignit Pierre. Une tradition ajoute quo Pierre l'envoya prêcher 1 Evangile en Egypte, qu'il fonda à Alexandrie une Eglise considérable, que ses travaux en divers lieux de la Basse et de la Haute-Egypte, et jusqu'à Cyrène, furent couronnés des plus beaux succès, et qu'enlin il fut massacré au milieu d'une féte païenne par les païens d'Alexandrie, irrités du grand nombre de prosélytes qu'il faisait chaque jour, et des attaques victorieuses qu'il avait portées à leur culte idolâtre; son corps fut brùlô selon les uns, transporté selon les autres à Venise, où un temple magnilique qui porte son nom lui aurait été donné comme mausolée. Tous ces bruits ont leur teinte fabuleuse, et l'on sera d'autant moins porté à y ajouter foi que déjà Cyprien, Terlullien et Augustin refusent a l'Eglise d'Afrique une origine apostolique.

Son Evangile est, à ce que l'on croit, le se-

cond en date : Eusèbe dit que c'est & Rome, à la demande des fldèles de cette Eglise, et sous les yeux de Pierre, qu'il l'a composé. Quelques manuscrits grecs, le perse, l'arabe, et le Pseudc- Damase dans sa vie de saint Pierre, ajoutent, en outre, que cet ouvrage a été primitivement écrit en latin, ce qui est aussi l'opinion de quelques modernes, Selden , Baronius, Bellarmin ; mais il n'est pas même sûr que ce soit en Italie que Marc a écrit, et plusieurs auteurs, cités par Chrysostome, portent que ce travail a été fait en Egypte et pour l'Egypte. Quant à la part que Pierre a prise à la rédaction de cet évangile, la tradition est assez unanime, au point que Papias, Athanase, Eutyche d'Alexandrie, et d'autres Pères grecs et orientaux, ont cru que cet apôtre l'avait dicté, et peut-être écrit de sa propre main. Supposé même que Marc eût écrit a Rome pour les chrétiens de cette ville, il ne serait pas prouvé qu il se fût servi du lalin : le grec était connu; les deux ouvrages de Luc sont en grec, et l'épitre aux Romains l'est aussi, sans que personne ait prétendu que Paul eût dû se servir d'une autre langue que celle qu'il parlait ordinairement en s'adressant aux païens. 11 y aurait bien un moyen de décider cette question, puisque le texte original de saint Marc se trouve encore actuellement à Venise, où il est soigneusement conservé, depuis 4ii6i (Calmcl),dansun caveau dont la voûte est plus basse, en tout temps, que la mer voisine; mais, malheureusement, ce manuscrit est tellement altéré et illisible, que l'on ne peut pas même en déchiffrer quelques lettres pour voir si elles sont grecques ou romaines. Ce manuscrit (qui est peut-être tout autre chose qu'un saint Marc) est écrit sur du papyrus d'Egypte extrêmement délicat, et Montfaucon le fait remonter au moins au quatrième siècle. Cet auteur veut y avoir remarqué des caractères latins ; mais un autre auteur qui l'avait vu avant lui, et, par conséquent, dans des conditions meilleures et dans une moins grande vieillesse et détérioralion, croit avoir distingué des lettres grecques. Ce débat, au reste, n'a plus d'importance, comme il ne se résoudra jamais non plus.

Quant au but que Marc s'est proposé en écrivant son évangile, on croit qu'il a eu sous les yeux uu travail antérieur, peut-être celui de saint Matthieu, et qu'il a voulu le mettre à la portée des lecteurs païens, en en retranchant tout ce qui se rapportait trop exclusivement aux mœurs, aux espérances et aux préjugés des Juifs : il a un but plus catholique que le premier des évangélistes, mais sa couleur, sous ce rapport, est moins prononcée que celle de saint Luc, qui l'a suivi. Il est, avant tout, historien évangélique ; il raconte ce que le Sauveur a fait, et l'on pourrait donner, pour épigraphe à son livre, ces paroles de Pierre, qui fui son cotnpa-

MAR

MAR

gnon et son père spirituel : « 11 allait de lieu en lieu, faisant du bien, » Act. 40, 38. Tout est rapide dans son récit, tout est bref, et le mot aussitôt (en grec) se rencontre neuf fois dans le chapitre premier; il dit les faits, et omet ou abrège les paroles et les discours. Le chap. 4 renferme déjà la mission de Jésus et celle du Précurseur, l'effusion du Saint-Esprit sur le Sauveur après son baptême, l'histoire de In tentai ion, la vocation de qualre apôtres, la guérison d'un démoniaque, celle de la belle -mère de Pierre, l'évangélisation de la Galilée, et la guérison d'un lépreux. Il ne fait guère de réflexions, et entre sommairement en matière. Cependant, il ne s'est pas borné à compléter saint Matthieu, et a donner à l'évangile un caractère universel; il le complète conformément à son plan, et Ton y trouve quelques faits que Matthieu n'avait pas rapportés, l'histoire de l'aveugle dont la guérison est progressive, celle du jeune homme enveloppé d'un linceul, qui suit la troupe qui vient d'arrêter Jésus, quelques mots sur Simon Cyrénéen, la pierre roulée à l'entrée du sépulcre, etc., ainsi qu'un grand nombre d'observations de détail qui donnent du relief à l'action, et trahissent le témoin oculaire qui a dirigé l'auteur. p. ex. : 4, 43. 20. 29. 33. 35. 45. 3, 5. 6. 4, 26. 5, 5. 43. 26. 6, 43. 4 0, 46. 50., etc. Il ajoute quelques traits de la vie de Pierre, et en omet d'autres qui seraient à l'honneur de cet apôtre, Matth. 4 6, 46. 47, 24. Il ne le nomme pas, non plus que Matthieu, dans l'anecdote de Malcbus. v. Evangiles.

On ne peut rien déterminer sur l'époque de la rédaction : au dire d'irénée, saint Marc n'aurait écrit qu'après la mort de Paul et de Pierre ; mais, comme la mort de Pierre n'est pas connue, cette vague indication ne suffit pas, etl'on doit, avec Valois, Heidegger, Calmet, consentir à ne rien décider.

MARCHANDS, v. Commerce.

MARCHÉ, v. Forum.

MARCHE, marcher. Expression qui revient fréquemment dans le N. T. pour désigner la conduite, la vie, les voies de la foi et celles de l'infidélité. Jésus marche au milieu des sept chandeliers, les rachetés marcheront avec lui en vêlements blancs, nous ne devons pas marcher selon la chair, etc.; cf. Rom. 6, 4. B, 4. 2 Cor. 5, 7. i'. Rossier, Etudes sur l'Apoc., 1. 1, p. 74. sq.

MARDOCHÉE (petit homme, ou adorateur de Mérodac, ou myrrhe broyée). Benjamite de naissance, fils de Jaïr, et arrière -petit-fils de Kis, l'un de ceux qui avaient été emmenés captifs avec Jéchonias, il demeurait à Suze avec Ester, sa cousine, orpheline de père et de mère. Il laissa sa jeune parente courir la carrière des honneurs, et la dirigea de ses conseils ambi-

tieux, sages et politiques : lui-même obtint à la cour une charge qui lui permit de correspondre avec Ester et de veiller à ses intérêts. C'est pendant qu'il faisait son service à la porte du roi, qu'il découvrit et déjoua une conjuration tramée contre Assuérus (Xercès) ; un si grand bienfait avait droit à une bien grande récompense; mais il fut d'abord oublié, et ce fut plus urd seulement que Dieu le remit en mémoire à celui qui en avait été l'objet. Mardochée nourrissait en son cœur une haine jalouse et violente contre Haman, le favori du roi, haine qui n'avait peutêtre d'autre motif qu'un instinct secret, un pressentiment confus, une mystérieuse antipathie, et la crainte de voir cet homme puissant travailler un jour à la perle de la favorite. Orgueilleux d'être Juif, orgueilleux d'être le plus proche parent de la reine, orgueilleux d'avoir sauvé la vie du roi, orgueilleux de trois titres qui, tous les trois, étaient oubliés ou inconnus, et dont seul il avait la conscience, il portait haut la tête, et refusait de se plier devant le visir qu'il haïssait et qu'il méprisait : il aigrissait imprudemment celui qui, d'un mot, pouvait le perdre, lui et sa nation tout entière. Et bientôt ce mot fut prononcé : dès qu'Haman eut connu l'origine méprisable de ce fils de captif, il demanda et obtint l'édit fatal, irrévocable (Est. 3, 4 2., cf. Dan. 6,8.4 5.), qui ordonnait la destruction de tous les Juifs par tout l'empire, au même jour. Mais Dieu en avait décidé autrement. Le roi, inquiet et agité, ne pouvait dormir : il se lit lire les annales de son règne, et le nom de Mardochée lui rappela qu'aucun honneur n'avait récompensé le zèle d'un serviteur auquel il devait la vie. Cependant Mardochée avait pris le deuil ; il se promenait par la ville, couvert du sac et de la cendre, remplissant l'air des cris que lui arrachait la proscription de son peuple. Ester, instruite de ces manifestations de désespoir, en fit demander la cause, et Mardochée l'instruisit et du décret obtenu par Haman contre les Juifs, et de la conduite qu'elle avait à tenir; ses paroles étaient fortes et pressantes : « Qui sait si tu n'es point parvenue an trône pour un temps comme celui-ci? » lui disait-il en terminant. Il reparut à la cour, mais refusa, derechef, de se courber devant Haman. Sa mort fut résolue : un gibet fut dressé, et If favori, invité ce jour-l;ï chez la reine, et devant y retourner le lendemain, se proposait de fairr pendre le Juif entre les deux repas; mais le roi le Ut mander de bonne heure : Haman, qui se croyait arrivé au faite de la grandeur, concourut, sans le savoir, à l'élévation de Mardochée, cl dut lui-même le revêtir, et le promener en triomphe par les rues de la ville. Le règne d Haman finissait, celui de Mardochée commençait. Après tous ces honneurs, Mardochée re-

MAR

>IAR

lourtia humblement à son poste; c'est aussi la que l'appelait son devoir, et sa présence a la porte du roi ne fut pas sans influence sur la scène qui se passa le soir au jardin, après la collation, et se termina par la disgrâce et la mort d'Haman. Dès lors la parenté d'Ester et de Mardochée, bien loin d'être compromettante pour la première, fut un titre de plus à l'estime et à l'affection royale. Assuérus, ayant éprouvé la fidélité de l'un et de l'autre, dut désirer de s'attacher Mardochée, sûr de trouver en lui un soutien du trône; il lui remit l'anneau royal, et le nomma grand visir à la place de son prédécesseur. Ester, en même temps, lui confia l'intendance des immenses propriétés d'Haman, qui avaient été confisquées. Mardochée se servit du pouvoir en faveur de ses coreligionnaires, et ne pouvant annuler un décret royal par un autre, ne pouvant révoquer Tordre de destruction qui avait été envoyé contre les Juifs, il le neutralisa en prévenant ceux-ci, et leur permettant de s'armer pour leur défense. Dans cette lutte, les Juifs furent les plus forts, et probablement aussi les plus acharnés; ils tuèrent 75,000 hommes dans un seul jour, et le lendemain, par une faveur spéciale et exceptionnelle, le roi fit pendre les dix fils d'Haman pour plaire à Ester, à qui, sans doute, Mardochée l'avait demandé afin d'étouffer toutes les ambitions d'une famille rivale. Le premier ministre ne prévoyait pas sans doute autant de meurtres et d'assassinats ; il n'avait voulu que sauver les Juifs, et si les passions profitèrent de la lettre d'un décret pour se baigner dans le sang, il serait injuste de l'en rendre entièrement responsable. D'un caractère fort et allier dans l'abaissement, mais toujours jaloux de la dignité de sa nation, et poursuivi de l'idée qu'il doit veiller à la sûreté de ses frères, confiant aussi peut-être dans des prophéties qu'il entend mal, ou dont il veut forcer et hâter l'accomplissement, ambitieux pour les siens plutôt que pour lui-même, il proteste, au péril de ses jours, contre une iniquité, et ne craint pas même de hasarder le bonheur et la vie de sa parente; il veut qu'au jour de la détresse on se mette à la brèche, et Dieu récompense sa courageuse fidélité. Comblé d'honneurs, serviteur d'un roi païen, il se montre toujours le représentant des Juifs, et leur assure dans l'empire une position tranquille et honorable. La faveur populaire ne lui défaut pas plus que la confiance royale, et des cris de joie saluent son avènement au pouvoir.

Quant à la chronologie de cette histoire, le livre d'Ester nous offre trois dates : Vasti fut répudiée la troisième année d'Assuérus (q. v.), 4, 3.; quatre ans après, dans la septième année de son règne, Assuérus épouse Ester, 2, 46.,

et le décret de destruction est lancé dans sa douzième année, 3, 7, L'année où Mardochée découvrit le complot des deux eunuques n'est pas déterminée, et les paroles, 2, 49., ne jettent aucun jour sur la question. Il n'y eut, entre le décret de destruction et celui de la révocation, qu'un intervalle de deux mois et dix jours, et nous pouvons apprendre de là que, même dans les circonstances les plus critiques et les plus désespérées, le peuple de Dieu peut toujours se confier, avec assurance, en celui qui seul dispose des événements, et qui a promis que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre son Eglise.

MARÉSA (possession), Jos. 45, 44., ville des plaines de Juda, que Roboam fit, plus tard, fortifier, 2*Chr. 4 4,8, cf. 44, 9. 40. Mich. 4, 45. Il en restait encore quelques ruines au temps d'Eusèbe. Josèpbe en fait une possession des Iduméens, mais qui leur fut enlevée, plus tard, par Alexandre (Ant. 42, 8, 6., cf. 43, 45, 4.)- v. Moréseth.

MARIAGE. Chez les Hébreux, comme en général chez les Orientaux, et de nos jours encore, c'étaient les pères, et, à leur défaut, les mères, qui arrangeaient seuls les mariages de leurs enfants, de sorte qu'il arrivait souvent que ceux-ci étaient fiancés avant de s'être jamais vus. Ordinairement la famille du fils faisait les premières démarches, et offrait une dot pour le prix de la jeune fille, vieille et universelle coutume toujours justifiée par les circonstances, que l'on retrouve chez les Grecs de l'antiquité, chez les Germains, les Babyloniens, les Assyriens, et maintenant encore en Arabie et dans le Kurdistan, ainsi que chez presque tous les peuples de l'Asie. Cette dot variait naturellement suivant la fortune et la condition des familles : un minimum de 50 sicles est indiqué, Deut. 22, 29., et n'a pas même toujours été donné, Os. 3, 2. D'autres fois l'époux devait, par son travail, mériter sa fiancée ; d'autres fois encore, celle-ci apportait elle-même quelque portion de bien que son père lui donnait. Qu'une femme eût à s'occuper de la recherche d'un mari, c'était considéré, par les Orientaux, comme une véritable calamité, et c'est dans ce sens qu'on peut comprendre Es. 4, 4 . Le consentement dçs frères, notamment du frère ainé, parait avoir été aussi requis pour le mariage de leurs sœurs. Le contrat était passé verbalement entre les parents en présence de témoins ; quelquefois le serment intervenait, Mal. 2, 4 4.; ce ne fut que plus tard, après les jours de l'exil, que les contrats par écrit furent connus. On trouvera ces détails sur le mariage chez les Hébreux, Gen. 24, 24, 29, 34, et 38; Ex. 22; Deut. 22; Jos. 45; Jug. I, et 44; 4 Sam. 48; 2 Sam. 3; 4 R. 2, et 3; Tobie 7; cf. lliad., 44, 224. Odyss., 3, 284. 8, 34 8. Tac,

MAR

Si8

MAR

Germ., 8. Hérod., 4, 196. 6, 127. Diod. Sic, i, iS. 64.

Il était, jusqu'à un certain point, permis à un homme d'avoir plusieurs femmes, r. Concubines, et Polygamie.

Les mariages étaient défendus, d'abord entre les Israélites eux-mêmes, dans certains cas de proche parenté, par consanguinité ou par alliante, Lév. 48 et 20, Deul. 27, Jos., Ant., 3,

42, 4., et celte prohibition avait pour sanction, quelquefois la peine de mort, d'autres fois une simple peine Ibéocratique, la privation d'enfants, soit qu'on doive l'entendre d'un simple vœu de malédiction prouoneé parle législateur, soit que Dieu rendit tout inceste stérile, soit enfin que la loi refusât de reconnaître ces enfants comme légitimes. Une pareille défense reposait sur le besoin de garantir les familles qui eussent été trop facilement envahies par l'impureté, de protéger les tilles et les sœurs contre des passions qu'un contact habituel, intime et familier, eût embrasées facilement si le mal n'eût été coupé d'avance dans sa racine, et si les esprits n'eussent été détournés par une loi positive, de nourrir avec complaisance un amour plutôt sensuel et voluptueux que conjugal -, c'était, eu outre, une barrière de plus, élevée entre le peuple juif et les nations qui l'entouraient, depuis l'Egypte jusqu'à la Syrie, où les mariages entre les plus proches parents n'étaient pas rares : la Grèce et l'Italie avaient déjà, sous ce rapport, des mœurs moins relâchées. On ne peut guère s'expliquer comment la princesse Tamar peut parler de la possibilité d'une union entre elle et son beau-frère Amnon, 2 Sara. 4 3,

43. : ce n'était peut-être, dans sa bouche, qu'un moyen de chercher à se soustraire à ses violences. — On voit, du reste, par Ezéifb. 22, 4 4 ., que les Israélites ne respectèrent pas toujours celte loi morale, et cela n'a rieu d'étonnant lorsqu'on songe à tous les autres crimes auxquels les poussa leur sensualité orientale. Les Hérodes, en particulier, ne se tirent pas faute d'alliances défendues, et l'on en voit un épouser la fille de son frère, Jos., Ant., 42, 4. 6. 47, 4. 3, etc.; cf. Malth. 4 4, 4. Tacil., Hist., 5, 5. 2. On se montra làchemt nt tolérant avec les prosélytes, et, sous prétexte que pour eux les liens du sang avaient été rompus par leur conversion, on leur permit des alliances moustrueuses, cf. 1 Cor. S. 4. Sur les conditions relatives au mariage des prêtres, ». cet article. — Les tribus pouvaient s'allier l'une à l'autre; il n'y a qu'une seule restriction à cet égard, relative aux héritières, qui devaient se marier dans leur tribu pour maintenir intacte la division des propriétés et des territoires, Nomb. 38,6., cf. Tob. 4, 3. (Une disposition semblable existait chez les Athéniens.) On remarque enfin que, dans l'an-

tiquité juive, comme de nos jours encore en Orient, les familles aimaient a maintenir leur unité par des mariages contractés entre parents aux degrés autorisés, Gen. 24, 4. 48. 26, 34. 28, 4. 8. 29, 49'.; pour les patriarches, un motif religieux se joignait aux motifs d'affection; ils tenaient et devaient tenir à ce que la vérité divine, qui leur avait été confiée, ne fût pas altérée par le contact de femmes païennes et idolâtres ; la même chose se voit encore en France où des familles protestantes, dispersées dans un grand nombre de villages, sont presque toutes parentes entre elles, et ne forment guère d'alliances an dehors.

Les mariages entre les Israélites et les Cananéens étaient de même formellement prohibés, quoique les premiers pussent épouser des femmes étrangères; les Cananéennes seules étaient exclues, et les autres devaient en outre être naturalisées, Ex. 34;Deut. 7 et 24; Gen. 24, 3. 28, 4. Ruth 4, 4. 4, 4 3. Nomb. 42-, 4 Chr. 2, 47. 4 R. 3, 1. 44, 21., etc. (cf. Jug. 3, 6. 44, 4. 4 R. 41, 4. 46, 3t.). Mais après l'exil, un rigorisme nouveau et légitime s'introduisit dans les mœurs ; on comprit que ces alliances étrangères, quoique permises, tendaient à compromettre la foi et le monothéisme; les prophètes, les législateurs, le peuple se prononcèrent énergiquement dans ce sens, Esd. 9, 2. 40, 3. Néh. 13, 23. (cf. Jug. 3, 6.).

Sur le Lêvirat, v. cet article.

De secondes noces n'étalent pas réputées très honorables chez les Grecs et chez les Romains, surtout de la part des femmes. Virg., ALn., 4, 23. Diod. Sic, 13, 12. Les Juifs pensaient de même; cependant ils étaient moins prononcés , et les pharisiens eux-mêmes avaient quelque tolérance sous ce rapport; le prêtre Josèphe, après avoir renvoyé sa première femme, procéda sans scrupule à un second mariage ; mais on regardait cependant comme plus conforme à la sainteté de la vie et au respect dû à la femme de ne pas se remarier, cf. Luc 2, 36. 4 Cor. 7, 8. Cette question a été l'objet de vifs débats dans l'Eglise primitive; elle a fini par être résolue dans le sens naturel, l'Ecriture ne renfermant aucune prescription positive à cet égard : les premières noces étaient appelées lex (la règle), ies secondes jus (le droit).

Les esséniens se distinguèrent par leur mépris pour le mariage, et c'était se distinguer, en effet, au milieu d'un peuple qui regardait la vie de famille, non-seulement comme honorable, mais comme ordonnée de Dieu, Gen. 1, 28.. cf. 1 Tim. 4, 3. L'âge de dix-huit ans était fixé par les rabbins pour le mariage d'un homme; une femme pouvait se marier depuis douze à treize ans, et devait le faire an plus tôt. Quelques récils ou paraboles du N. T. renfer-

mai;

MàR

ment des allusions aux coutumes pratiquées |>ar les Juifs dans les noces et dans les fiançailles, ainsi Luc 14, Jean 2, Malin. 25 et 23. cf. Ps. 45, Juu. 44, Ezéch. 46, 12., ele. W. Jowetl's missionary Researches; Miss Sardoe, Cily of ihe sullan; llartley's chrislian Researches; Maltby, Coulumes bibliques, Lamartine, Chateaubriand, eic. — v. encore les articles Adultère, Divorce, Laban, Eve, Femme, etc. — Plusieurs questions pratiques, relatives au mariage, ont été examinées récemment dans divers ouvrages et brochures, entre autres par Mad. de Gasparin, M. Cazalet, etc.

MARIE (hébr. Mlreyam, dame de la mer, ou élevée). 4° La sœur aînée de Moïse et d'Aaron, fille ou descendante comme eux de Hamram et de Jokébed, de la tribu de Lévi, Nomb. 26, 59. 1 Chr. 6, 3. Elle veilla sur le sort de son plus jeune frère déposé dans un coffret de jonc parmi les roseaux du Nil, Ex. 2, et sut avec autant de grâce que de présence d'esprit, rendre à sa mère le fils qu'elle croyait perdu. Plus tard elle mérita le titre de prophétesse, et rassemblant sur l'autre rive de la mer Rouge les femmes d'Israël au son du tambourin , elle chanta un cantique de délivrance et les actions merveilleuses de l'Eternel en faveur de son peuple, Ex. 45. Une tache apparaît dans sa vie et s'ajoute à tous les exemples qui prouvent que les personnes les plus saintes sont encore sujettes à faillir; elle eut avec sa belle-sœur, la femme de Moïse, une conlestation dont l'écrivain sacré ne nous dit pas la nature ; peut-être que jalouse de l'autorité de Moïse, et n'osant l'attaquer directement, elle reproche à la femme cusite sa qualité d'étrangère, afin de faire rejaillir sur son frère la honte d'une alliance antithêocrali.jue et indigne de lui. Aaron se joignit à sa sœur, ils parlèrent mal de Moïse, s'élevèrent contre son autorité, et se prévalurent des grâces que Dieu leur avait faites pour méconnaître le pouvoir législatif et civil que Dieu n'avait donné qu'au seul Moïse. Leurs paroles répétées dans le camp risquaient d'être accueillies avec trop d'empressement par les Israélites toujours disposés à se révolter contre leur chef, et Dieu ne fil pas attendre son jugement; Marie et ses frères, durent comparaître au tabernacle d'assignation, et la vengeance divine frappa d'une lèpre subite la sœur qui , dans son âge avancé, n'avait pas craint de troubler par ses médisances la paix d'une famille, et par son ambition l'ordre du camp d'Israël, Nomb. 42, cf. Deut. 24, 9. Mais à la requête de Moïse, la santé lui fut rendue, elle fut nettoyée de la lèpre, el les formalités nécessaires à ia purification des lépreux, un exil de sept jours hors du camp, furent la seule peine de sa révolte. Elle mourut au désert de Tsio, quelque temps avant la tin du

grand voyage, après avoir vécu cent vingt ans avec le frère dont elle avait été la jeune libératrice; on peut croire qu'elle avait au moins cent trente ans. Josèphe la fait épouse de Hur, l'ami de Moïse. — Quelques auteurs rapportent à la mort 1res rapprochée de Marie et de ses deux frères ce qui est dit Zach. 4 4 , 8 : « Je supprimai trois pasteurs en un mois, car mon âme s'est ennuyée d'eux. » Les noms de ces trois grandes autorités sont rappelés et réunis, Mich. 6, 4.; mais il ne paraît pas que Marie ait joui elle-même d'une autorité autre que celle que lui donnaient naturellement ses relations d'intime parenté avec le chef et avec le souverain ponlife d'Israël. — Ensèbe dit qu'on montrait encore de son temps le tombeau de Marie à Kadès.

2° Fille de Méred, inconnue, 4 Chr. 4, 17.

3° Marie, fille dTïéli et mère de Jésus; épouse fiancée à Joseph , mais encore vierge, elle vit s'accomplir en elle les antiques promesses faites à la maison de David, et servante de l'Eternel, cette humble femme donna la nature humaine à celui qui, à la fois homme et Dieu, devait délivrer les hommes de leurs péchés en vivant et en mourant pour eux. Dans une visite à sa cousine Elisabeth, qui portail comme elle en son sein un gage de la faveur divine envers elle et envers tous les hommes, elle composa le cantique si humble et si triomphant qui porte son nom, et qui rappelle les paroles d'Anne, la mère de Samuel ; puis lorsque le moment de la délivrance de sa cousine fut proche, Marie revint â Nazareth où elle habitait, et où elle se proposait d'attendre dans la retraite les jours de sa gloire; mais l'oracle de Michée, 5, 2., devait s'accomplir, et César Auguste, en ordonnant le recensement de la Judée, contraignit Joseph de se rendre à Rethléem , où Marie le suivit, soit qu'elle ne voulût pas se séparer de son époux dans les circonstances où elle se trouvait, soit qu'elle dût aussi, comme fille unique , héritière et propriétaire d'un immeuble dans sa tribu, se présenter elle-même au lieu où elle possédait. Mais son terme était accompli, elle enfanta dans une étable son fils premier-né, qui n'eut qu'une crèche pour berceau, et dont la royauté terrestre ne devait pas avoir un lieu où reposer sa tète. Cette humble fin de tant de glorieuses espérances devait être une déception pour Marie, qui ne comprenait pas encore la nature de la gloire et de la grandeur de Jésus; mais les manifestations célestes qui présidèrent â défaut de pompes terrestres â la naissance de l'enfant, furent pour la mère un enseignement qu'elle garda dans son cœur et qui lui devint clair plus lard, bien qu'elle soit restée de longues années encore avant de comprendre les mvMères qui l'entouraient (Luc 4, et 2.). Après avoir vu les mages d'Orient s'humilier aux pieds de son 01s,

MAR

ail

MAR

et lorsqu'elle eut accompli les quarante jours de purification exigés des jeunes mères par la loi de Mois»?, Lèv. 42,2., les jours de tribulalion commencèrent pour elle ; divinement avertie, elle partit pour Jérusalem, où elle offrit dans le temple le sacrifice des relevailles, et le vieux Siméon, heureux de tenir dans ses bras le gage de la rédemption d'Israël , bénit son jour, mais ne cacha point à Marie les peines qu'elle aurait a souffrir et l'épée qui devait percer son âme. Elle passa de Jérusalem en Egypte, où elle attendit la mort du tyran qui eut lieu dans le courant de la même année. Lorsque Jésus eut atteint Page de douze ans, sa mère, qui se rendait selon l'usage à Jérusalem pour y célébrer la Pâque, le perdit de vue et ne le retrouva qu'après trois jours de recherches; usant de son autorité maternelle, elle crut pouvoir adresser à l'enfant de tendres reproches, expression des inquiétudes auxquelles elle avait été en proie, mais elle ne comprit pas la réponse du Messie, sa justification *t la revendication de ses droits dans l'exécution de ses devoirs. Il ne parait pas même que dans les dix-huit années qui suivirent, elle ait fait des progrès dans la connaissance et dans l'intelligence de la vérité éternelle, car aux noces de Cana, où nous la retrouvons pour la première fois après ce long intervalle, elle s'attire de la part du Sauveur des paroles où l'on est obligé de reconnaître quelque dureté, Jean 2, 1-4. (cf. Jug. 11, 42. 2 Sam. 19, 22. 2 R. 9, 48., etc.); c'est ainsi que l'ont entendu les pères de l'Eglise les plus distingués, Chrysostome, Augustin, Thèophylacte, Origène et Calmet lui-même. Marie n'eut jamais aucune part au ministère de son fils, et lorsque Jésus fut appelé, soit par une folle béatification que l'on voulait faire de sa mère, soit à propos d'une interruption qu'elle occasionna en se présentant avec ses autres fils pendant que la foule, attentive à ses discours, l'environnait et l'écoulait avidement, à parler de celle à qui il devait son corps et sa nature humaine, ce fut pour répondre la première fois : « mais plutôt heureux ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la pratiquent, » Luc 1 1 , 28 . , et la seconde fois : « Qui est ma mère et qui sont mes frères? quiconque fera la volonté de mon père qui est aux cieux, » Matth. 42, 48. Marc 3, 35. Luc 8, 21. — Cependant l'époque où le Fils de l'homme devait être glorifié, approchait; Marie toujours bornée dans ses espérances, dans ses désirs et dans ses vues sur la grandeur de son fils à qui un trône était promis, n'était pas préparée aux scènes douloureuses dont elle devait être témoin ; elle monta encore de Nazareth à Jérusalem pour y faire la Pàque, et l'oracle de Siméon s'accomplit; elle accompagna vers le lieu du supplice le fils qu'elle avait

tant aimé sans le comprendre ; elle se tenait là avec ses pieuses compagnes; elle regardait de loin, Matth. 27, 55. Marc 15, 40. Luc 23, 49., et s'étant approchée pour recueillir en silence le dernier soupir du Juste condamné, elle eut le bonheur d'entendre encore sa voix qui la recommandait au disciple bien-aimé, léguant à celui-ci une mère, à celle-là un fils, Jean 19, 26. Elle se retira en effet chez saint Jean, et la tradition porte qu'elle passa onze années sous son (oit hospitalier; son nom se retrouve, Act. 1.44. avec celui des disciples réunis en prières après l'ascension du Christ ressuscité ; dès lors il n'en est plus question ni directement, ni indirectement dans aucun des livres du N. T., dans aucune des vingt et une épltres, qui traitent cependant de tous les dogmes et de toutes les vérités religieuses, non plus que dans la description que saint Jean (Apocalypse) nous fait de la demeure des bienheureux. Le silence de l'Ecriture, sous ce rapport, est la meilleure réponse à toute espèce de mariolâlrie. On ne sait, ni où, ni quand mourut Marie, mais elle devait avoir plus de soixante ans ; on ne sait pas non plus comment les papistes ont pu se procurer tout le lait qu'ils montrent de la sainte Vierge, et comme dit Calvin, elle eût été vache, et nourrice toute 4sa vie , que l'on comprendrait encore difficilement la prodigieuse quantité que l'on en vend en tant de lieux. 11 est affligeant pour le christianisme que M. de Chateaubriand ait osé parler de cette beauté qui s'interpose entre Dieu et les hommes; nous voulons aussi appeler Marie bienheureuse, mais c'est parce qu'elle a été reçue en grâce, parce qu'elle a eu un Sauveur; le silence des livres saints, aussi bien que la manière dont ils parlent de Marie, quand ils le font, doit nous rappeler qu'un seul est adorable, qu'un seul est intercesseur. — Quant à la question si controversée de la virginité de Marie, v. Jésus 5°, et les nombreux écrits . volumes ou brochures publiés depuis quelques années sur ce sujet par MM. Louis Durand, Malan, Roussel, Puaux, Rost, etc. Les catholiques se sont affaiblis en en faisant un dogme.

4° Marie Magdeleine (v. Magdala), Matth. 27 et 28, Marc 45 et 46, Luc 8,23, et 24, Jean 49 et 20. Elle est toujours, sauf Jean 49, 2b., nommée la première parmi les pieuses femmes qui accompagnaient le Christ et qui le soutenaient de leurs dons, même avant la femme de Chuzas intendant d'Hérode, et l'on en a conclu qu'elle appartenait probablement a la haute classe de la société, et qu'elle jouissait d'une fortune assez considérable; rien du moins ne peut faire croire le contraire. Elle fut délivrée par la puissance du Sauveur de sept esprits immondes dont elle était possédée, et celle dé-

Page 1