‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 257 sur 398 · MIN · texte numérisé non relu

MIN

MIR

avior reçu son nom de son abondante et facile reproduction, parce qu'elle rend beaucoup plus que toute autre, et qu'un épi peut porter sinon mille grains, au moins un nombre très considérable (Martin, Lexic. étym.). Il est encore, selon Niebuhr, très abondant en Egypte et dans l'Arabie Heureuse, où il forme la nourriture la plus ordinaire des pauvres, mais il est si désagréable au goût que ce voyageur lui préfère de beaucoup le pain d'orge; on l'appelle durra. On en importe beaucoup en Angleterre pour engraisser la volaille. On a cru le reconnaître dans le dochan d'Ez. 4, 9., et dans le nisman d'Es. 28, 25. Il est probable, en effet, que par dochan il faut entendre une espèce de millet (holeus dochna L.) qui atteint une hauteur de 2 à 3 mètres, et dont les grains, a peu près semblables au riz, donnent une farine peu délicate; on en fait la moisson au commencement de novembre. Mais le passage d'Esaïe est moins facile à comprendre; quelques auteurs ont voulu lire sésame au lien de nisman, et l'on a fait plusieurs hypothèses de ce genre; d'autres, prenant nisman pour un nom de plante, Fout un peu au hasard traduit par millet, et lisent à la fin du verset : « Ne sème-t-il pas dans sa terre du froment, de l'orge, du millet et de la vesc?, chacun en sa place ; » nos versions sont meilleures, elles regardent nisman comme un adjectif pris adverbialement, et elles portent « l'orge en son lieu assigné. » Ce verset rappelle les soins minutieux que les Orientaux donnaient à l'agriculture; le laboureur met le blé en ligne, l'orge à sa pince, et l'épeautre pour bordure.

MILLO (plénitude). 4° 1 R. 0, 15. 24. v. Jérusalem.—2° Jug. 9, 6. 20., probablement château, ou citadelle de Sichem.

MINES. 4» v. Métaux. 2° Mine, monnaie greeque-attique, évaluée a cent drachmes, un peu plus de 80 francs de notre monnaie, Luc 49, 13. (dans le texte). La mine parait avoir été d'abord une mesure de poids, et c'est comme telle qu'on la trouve mentionnée 1 Macc. U, 24., cf. 45, 18.; le bouclier d'or dont il s'agit dans ce passage, aurait pesé, d'après l'évaluation ordinaire de la mine, plus de 440 kilos! — Les Hébreux avaient une mine différente de celle des Grecs, tout à la fois mesure de poids pour les vases d'or ou d'argent, 4 R. 4 0, 47., et monnaie fictive pour l'appréciation de sommes d'argent considérables, Esd. 2, 69. Néh. 7, 74 .; d'après 2 Clir. 9, 4 6. , cf. 4 R. 40, 47., elle pesait 400 skies; Ezéchiel, 45, 42., parle d'une mine plus petite, du poids de 60 sicles ou même de 50 seulement, si l'on admet la correction plus probable de cet obscur verset. « Alors (dans le nouveau royaume d'Israël) le sicle vaudra 20 oboles, une pièce de 5 sicles vaudra 5 sicles, une pièce de 40 en vaudra 40, et la mine en vaudra 50; « c'est-à-dire

que les poids et les monnaies une fois fixés, ne seront pas exposés à perdre de leur valeur par des altérations ou des dépréciations.

MINNITH, ville située au delà du Jourdain dans le pays des Hammonites, entre Hesbon et Rabbath-Ammon, dans une plaine riche en fourrages et en blés, Jug. 41, 33. Ez. 27, 47. Saint Jérôme l'appelle Mannith, et Eusèbe Maanith.

MIRACLES. L'A. et le N. T. sont pleins de récits de miracles ; le judaïsme et le christianisme semblent reposer, dès leur point de départ, sur des faits merveilleux, et presque toutes les religions, jusqu'au mahométisme inclusivement, ont invoqué, comme preuve «de leur divine origine, les pouvoirs extraordinaires de leurs fondateurs sur les consciences, sur les âmes et sur la nature. Il est peu de questions qui aient eu le don de passionner davantage les esprits. La définition du miracle, sa possibilité, sa convenance , sa nécessité, sa signification, son but moral, son authenticité, les explications qu'on en peut donner, sa perpétuité, ont tour à tour exercé les intelligences des penseurs et des théologiens, édifié ou troublé la foi des simples. C'est un sujet immense, et l'on ne saurait prétendre renfermer en quelques colonnes la substance des volumes qui lui ont été consacrés depuis les pères de l'Eglise jusqu'à nos jours.

On est généralement d'accord à définir le miracle un fait extraordinaire qui se passe dans le domaine matériel, mais qui devient religieux par l'élément positif et moral qu'il renferme, par l'objet qu'il se propose d'atteindre. On ne donnera donc pas le nom de miracle à l'œuvre directe de Dieu, à la création, à la marche régulière et normale de la nature, parce que ces faits s'accordent parfaitement avec l'idée que l'homme se fait de la seule cause, du seul agent auquel il puisse les rapporter, Dieu. On ne donnera pas davantage le nom de miracles aux phénomènes religieux proprement dits, à la régénération, à la conversion, non plus qu'à l'influence, même considérable, qu'un esprit pourra exercer sur d'autres esprits, les prophètes ou les apôtres sur les masses, un orateur ou un poète sur ses auditeurs. Enfin l'on ne comprendra pas non plus sous ce titre les faits purement merveilleux, étonnants, extraordinaires, les prodiges, les phénomènes en apparence surnaturels, inexpliqués et inexplicables, que l'on rencontre en assez grand nombre dans l'histoire du monde, et qui semblent devenir plus rares, sinon disparaître complètement, à mesure que s'étendent les découvertes des sciences, à mesure qu'on examine aussi plus scrupuleusement l'exactitude et la réalité de ces faits avant de leur accorder la créance qu'ils reven-

MIR

MIR

diquent. Nous ne voulons point nier absolument, d'ailleurs on ne le pourrait pas, l'apparition de ces phénomènes étranges (v. la Sorcière de Michelet, et les Tables tournantes de M. do Gasparin) ; nous disons seulement que, grâce à l'amour du merveilleux, on en a exagéré le nombre et l'importance, et qu'on a souvent rangé parmi les prodiges des manifestations qui ont fini par s'expliquer à mesure qu'on s'est mieux rendu compte des forces latentes du magnétisme animal, et du rôle que le système nerveux peut jouer en beaucoup de circonstances. Mais, tout en admettant la possibilité de ce qu'on est convenu d'appeler le prodige, ou le merveilleux , nous disons encore qu'il ne saurait se confondre avec le miracle; le prodige parle surtout à l'imagination, à l'intelligence; le miracle s'adresse à la conscience religieuse; il a pour but, non d'étonner et de surprendre seulement, mais de convaincre, de rendre attentif, d'humilier et de relever, de prouver, d'encourager et de sanctiûer. C'est si peu une distinction arbitraire qu'elle a été faite instinctivement dans tous les temps; les villes et les peuples peuvent avoir des prodiges dans leur histoire, les religions seules ont des miracles. Et si le caractère moral doit être considéré tout d'aborddans l'appréciation du miracle lui-même, il suffira de comparer les miracles de la Bible avec ceux de toutes les autres religions pour reconnaître que seuls ils possèdent le cachet de la vérité, quelque chose de pratique, de sérieux, de paternel et de bienfaisant, qui plaide tout ensemble en faveur de leur authenticité, et en faveur de l'origine céleste des livres qui nous les racontent.

I/incrédulité, le déisme même pourra les nier : le théisme les a toujours acceptés, comme une conséquence logique de ses prémisses. Une fois le Dieu personnel reconnu, son action demeure, et son intervention constante doit être admise comme possible : c'est sur la convenance de cette intervention que se rabattent surtout ceux qui sont tentés de rejeter les faits racontés dans les Ecritures, soit qu'ils trouvent certains miracles indignes de la grandeur du Tout-Puissant, soit qu'ils estiment qu'il y ail disproportion entre le but et les moyens employés. On connaît les procédés divers qui ont été mis en œuvre pour se débarrasser de la plupart des faits' miraculeux révélés dans nos saints livres : le vieux rationalisme leur trouvait des explications naturelles, plus étranges souvent que les miracles eux-mêmes, et réduisait tout a des illusions, à des escamotages, à des connaissances physiques supérieures, ou à des faits mal rapportés et mal compris : le rationalisme nouveau, plus tin, plus intelligent, a vu partout des mythes, c'est-à-dire, des phénomènes de la vie in-

térieure, traduits en un langage matériel, plus approprié aux besoins des peuples enfants, des espèces de fables dont l'humanité doit tirer la morale au fur et à mesure qu'elle croit et se développe : la fable n'est rien, ce n'est qu'une tiction, mais les leçons qu'elle emporte sont la vérité, et c'est dans ce sens que l'on peut appeler encore la Bible la Parole de la vérité. Mous n'avons pas à discuter ici ces théories, qui changent en fables les révélations de Dieu, tout en prétendant vouloir nous en donner la quintessence : nous laissons à l'apologétique sa tache, et nous plaçant sur le terrain historique, nous dirons avec M. Schérer : « Il n'est guère de fait historique mieux attesté, je ne dirai pas que les miracles, mais que la puissance miraculeuse de Jésus. » Revue de Théol. 4852. 1, p. m.

On pourra trouver notre point de vue bien arriéré, mais, à moins de prendre la position d'un missionnaire auprès des païens, nous ne nous résignerons jamais à discuter certaines questions théologiques avec ceux qui nieraient, par exemple , la résurrection de Jésus-Christ. Or, si l'on accorde un miracle quelconque, toutes les questions relatives aux miracles se simplitienl : la base étant admise, la discussion est possible.

Rappelons d'abord que l'A. T. est plein de miracles, sans parler même ni de la Création, ni du déluge, ni de la confusion des langues, ni de la destruction des villes de la plaine, ni d'autres faits semblables, dus à l'intervention directe et immédiate de Dieu. Nous avons surtout les miracles de Moïse, ceux de Josué, ceux de Samson, ceux d'Elie et ceux d'Elisée : dans le nombre il y a les plaies d'Egypte, l'entretien miraculeux d'un peuple entier dans un désert pendant quarante ans, la mer Rouge et le Jourdain traversés, la station du soleil, la chute des murs de Jéricho, le feu du ciel tombant sur les soldats d'Achazia, les scènes du Carme), des naissances inespérées, et des morts ressuscites.

Dans le N. T., nous avons les miracles de Jésus, q. v., puis ceux des apôtres, ceux des soixante-dix disciples, Luc 10, 9-20., ceux de Paul, Rom. 45, 49. 2 Cor. 42, 4 2., ceux d'Etienne, de Philippe, d'Ananias, Act. 6, 8. 8, 6. 7. 9, 47. 48., et ceux qui devaient être le partage de tous les fidèles, Marc 46, 17. Jean 4 4, 42. 4 Cor. 42, 9.28. Ce sont des guérisons, des châtiments soudains, des lépreux nettoyés d'un mot, des milliers d'hommes nourris avec quelques pains, des naissances en dehors des lois ordinaires de la nature, et plusieurs résurrections.

Au pointde vue du merveilleux, ce qui frappe tout d'abord, c'est que l'avantage est évidemment à l'ancienne alliance : en prenant les faits

MIR

MIR

tels qu'ils sont racontés, les miracles de Jésus et ceux de ses disciples n'ont pas le caractère grandiose des miracles de l'Egypte et du désert ; si Jésus a jeûné 40 jours, Moïse l'a fait aussi ; Jésus a marché sur la mer, Moïse a refoulé la mer pour livrer passage à son peuple; Jésus a nourri cinq mille hommes avec cinq pains, une fois, deux fois peut-être; Moïse a nourri des millions d'hommes, avec rien, et pendant quarante ans; Jésus a changé l'eau en vin, mais Moïse a fait jaillir l'eau du rocher : Jésus a été transfiguré sur la montagne, Moïse l'avait été sur le Sinaï. Nous ne relevons ces quelques détails, au milieu de beaucoup d'autres, que parce qu'on pourrait tirer du miracle en lui-même certaines inductions erronées, qui compromettraient la doctrine évangélique, au lieu de la servir. On a voulu prouver la divinité de Jésus-Christ par la grandeur de ses miracles, et l'on a prélé le flanc à de graves objections qu'il vaut mieux ne pas soulever en se plaçant sur un terrain qui n'est pas le vrai.

Pour bien comprendre la signification des miracles, le mieux est toujours de consulter l'Ecriture et ce qu'elle enseigne sur ce point. Or, elle renferme certaines déclarations caractéristiques sur lesquelles on a trop souvent fermé les yeux. On a longtemps cherché dans le fait des pouvoirs miraculeux qui étaient en Jésus, la preuve matérielle, le cachet, les lettres decréance de sa mission auprès des hommes, le moyen par lequel il devait se faire reconnaître, et produire la foi chez ceux qui ne croyaient pas. Mais nulle part on ne trouve rien qui justifie une semblable théorie, tandis que les déclarations contraires abondent dans les Evangiles. Jésus ne iieul faire beaucoup de miracles à Nazareth à cause de l'incrédulité de ses habitants, Matth. 13, 58. Jésus refuse à la génération corrompue et perverse les miracles qu elle demande, Matth. 12, 38-42.; cf. 16, 4. Luc 11,29-32. Il pourrait gagner le cœur d'Hérode, ou le frapper de terreur, en accomplissant devant lui un de ces prodiges qu'il désire voir, mais il refuse encore, Luc 23, 8. Il ne demande aucune publicité pour ses miracles; souvent même il défend qu'on en parle, Matth. 8, 4. 9, 30. 12, 16. Pourquoi donc, s'ils devaient produire la foi? Mais ils n'étaient pas destinés à cela, et Jésus dit clairement que la foi ne viendra pas de la vue des miracles quand il s'écrie : «S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne croiront pas quand même quelqu'un des morts ressusciterait, » Luc 16, 31.; ou encore lorsqu'il ditàThomas: «Bienheureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru ! » Jean 20, 29. Les passages que l'on allègue quelquefois pour établir que les miracles avaient spécialement pour objet de prouver la divinité de la mission de Jésus, savoir Matlb. 11, 21-

23. 12, 28. 11, 4-6., cf. Es. 35, 5. Jean 6, 36., sont loin d'avoir le sens spécial qu'on leur donne, et peuvent s'expliquer d'une manière plus large et plus générale, ainsi qu'on le verra plus loin.

Si, nous en tenant pour le moment aux miracles de Christ, nous nous demandons comment il se fait que ceux qui en furent les témoins ne se convertirent cependant pas; si même nous nous rappelons que c'est pour s'être assurés de la guérison de laveugle-né, et de la résurrection de Lazare, que les pharisiens irrités résolurent de faire mourir Jésus, « car, dirent-ils, il est constant qu'il fait beaucoup de miracles; » si nous examinons ces faits, et d'autres du même genre (p. ex. les miracles de Moïse sous Pharaon), en les expliquant par les déclarations de Jésus lui-même, on sera forcé de renoncer à l'idée téléologique du miracle, telle qu'on se l'est représentée jusqu'à ces derniers temps, et l'on devra chercher une autre explication de ces faits merveilleux.

Mais si la réponse donnée jusqu'ici n'est pas satisfaisante, cela ne tiendrait-il pas à ce que la question elle-même a été mal posée? On s'est demandé dans quel but, dans quelle intention Jésus faisait ses miracles; les Juifs lui demandaient simplement par quelle autorité il Taisait ces choses, et quelle était la puissance qui agissait en lui? On peut réduire la question à des termes plus simples encore, et demander ce qu'étaient les miracles dans l'ensemble de son œuvre, ce qu'ils étaient par rapport h sa personne. Ils nous paraissent extraordinaires, surnaturels; l'étaient-ils pour lui? Etaient-ils un phénomène juxtaposé à son œuvre, une annexe de sa mission , une espèce d'appendice ajouté à son caractère de Messie et de prophète, une sanction matérielle extérieure donnée de Dieu à la vérité qu'il venait annoncer à la terre? Et n'élaient-ils pas plutôt une partie intégrante de son œuvre el de sa personne elle-même ? Grave question, mystérieuse, qui semble cependant recevoir quelque lumière de plusieurs indications éparsesdans les Evangiles, et des déclarations de Jésus lui-même.

Avant tout , il faut se rappeler que l'Etemel Dieu manifesté en chair se présente toujours à nous, depuis son incarnation, comme le Fils de l'homme, et non pas comme Celui par la volonté duquel toutes choses ont été faites. Son œuvre dans son ensemble (par conséquent aussi ses miracles que Jean appelle habituellement ses œuvres, 4, 34. 17, 4.), son œuvre est la manifestation de son humanité, et non celle de sa divinité : ce que Jésus fait, il le fait comme homme et non comme Dieu ; s'il est puissant en paroles et en prodiges, c'est qu'il a atteint « la stature de l'homme parfait; » il est le second

MIR

Adam, l'homme modèle, l'homme normal, l'homme naturel, non déchu, et il possède en lui-même, grâce à celte humanité sans tache, les énergies et les puissances dont l'homme pécheur est privé depuis la chute. Si les uns se sont plongés dans d'inextricables difficultés en niant la divinité du Sauveur, les autres, eu n'admettant qu'une humanité nominale et apparente, se sont créé des difficultés non moins grandes, et l'on commence à comprendre enlin les dangers que le docétisme moderne fait courir à la vérité révélée, et les ténèbres dont il enveloppe les questions les plus simples. On dirait que ce soit en vain que Jésus ait voulu devenir semblable à nous en toutes choses , sauf le péché et ses suites : on persiste à l'élever tellement au-dessus de la nature humaine qu'on perd la mesure exacte de ce que doit être l'homme, et l'on en vient à donner le nom de surnaturel à ce qui serait réellement l'étal normal de notre race, si le péché ne l'avait affaiblie et dépouillée de ses forces originelles. Jésus-Christ faisait des miracles, comme il parlait ; c'était sa nature, l'expression de sa personnalité : dans certains cas il y avait en lui comme un léger effort, un frémissement; une vertu sortait de lui. Mais il ne songeait pas à rien prouver; il songeait seulement a guérir, à soulager, à faire du bien, et ses préoccupations du moment n'allaient pas plus loin : il fait ce qu'il fait, parce qu'il est ce qu'il est, et il relevé notre humanité par l'exercice de sa puissance.

11 la relève en même temps par l'exercice de sa bienfaisance et de son amour, car presque tous ses miracles, ou plutôt toutes ses œuvres ne sont que la manifestation visible de celui qui allait de lieu en lieu faisant le bien. Réparateur des brèches, il devait par sa mort opérer la rédemption de l'humanité ; par sa vie, il devait a la fois accomplir toute justice, et rappeler aux hommes, avec leur sainteté primitive, les glorieux privilèges de leur race et la possibilité d'un relèvement par la restauration de l'image de Dieu dans leurs cœurs. A ceux qui étaient devenus les faibles et malheureux esclaves du péché, du mal moral et de la souffrance, il venait annoncer la délivrance et la guérison ; il venait leur dire que le royaume de Dieu s'était approché. C'est le sens le plus complet de sa réponse a Jean-Baptiste, Mallh. \ 1 , 4-0. ; quand on lui demande s'il est le Messie; quand, en présence des miracles qu'il opère, et qui ne sont pas à la hauteur qu'avait rêvée le matérialisme juif, on lui demande des preuves de sa mission messianique, c'est à ces mêmes miracles qu'il en appelle, mais au lieu d'en relever le caractère extraordinaire, il »n relève le caractère humanitaire et moral ; il y a dans sa réponse une évidente gradation, comme l'indique la place

MIR

donnée à la résurrection, et le dernier terme de Ténuméralion qu'il fait de ses œuvres, c'est que l'Evangile est annoncé aux pauvres. Voila le vrai miracle ou plutôt l'œuvre essentielle qu'il est venu faire, celle qui prime toutes 1rs autres, et qui, seule, suffit à prouver qu'il esi bien le Messie prédit par les prophètes. Ses miracles sont peut-être sans éclat , il ne lient pas a faire du bruit, mais ils parlent tous Uq roi débonnaire qui s'avance pour régner eo justice, et du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis. En tout cas, même dans les passages cités plus haut, il détourne toujours I attention du fait extérieur et matériel vers iefaù intérieur et moral ; la place qu'il donne au surnaturel comme tel, est pour ainsi dire nulle , pour lui, le miracle est quelque chose de naturel, une conséquence logique de son apparition dans le monde, et c'est parce qu'il a fait le bien, non parce qu'il a fait des choses étranges, qu'il peut reprocher à Chorazin, à Bethsaïda, et aux Juifs en général, de n'avoir pas cru en lui. Ses miracles, par le fait même qu'ils contrastaient avec l'impuissance naturelle de l'homme, et par leur caractère généra), étaient la démonstration palpable de la puissance de Dieu qui agissait eo Jésus-Christ; et si l'apologétique doit renoorer a les exploiter comme argument, elle conserve le droit de les invoquer dans le même sens dans lequel le faisait Jésus, et l'on peut leur appliquer ce que disait saint Paul eu parlaut de la prophétie : Elle est un signe, non point aux infidèles, mais aux croyants, 4 Cor. 14, 22. Jean- Jacques Kousscau a pu dire : a Otez les miracles de l'Evangile, et toute la terre est aux pieds de Jésus -Christ. » La conscience chrétienne dira plutôt avec Néander : « Le christianisme repose sur les faits surnaturels; il demeure ou tombe avec eux. » La religion, c'est-à-dire la réconciliation de l'homme avec Dieu suppose en effet l'intervention immédiate et directe de Dieu, par conséquent la suppression de toutes les servitudes que le péché fait peser sur l'homme et sur la nature.

La plupart des miracles de Jésus sont des guérisons; il en est quelques-uns cependant qui ne rentrent pas dans celle catégorie, s» marche sur les eaux, le poisson au slalère, l< figuier maudit, elc. ; toutefois même ceux-U, bien compris, portent en eux-mêmes leur enseignement, eu rappelant que si le Fils <it l'homme est le maître du sabbat, il est également le mailre de la nature entière, puissant pour commander non-seulement aux bomrucs et aux esprits malins, mais encore à la nature inanimée.

Pour que Jésus pût agir, il fallait qu'il y eût entre lui et ses malades une communauté de foi, et comme un courant de sympathie personnelle ;

MIK

MIR

cela résulte de divers passages. Cependant on voit aussi que la foi des parents proGlait aux enfants; cille des amis prolita au parais tique, celle du centenier à son serviteur malade. Quelquefois, et notamment quand il s'agissait de ressusciter des morts, cette condition ne pouvait même être remplie en aucune manière, et la puissance de Jésus apparaissait d'autant plus éclatante. — Parfois le Seigneur ne se contentait pas de parler et de prier ; il venait en aide à la foi des faibles en employant des moyens extérieurs, de la boue, de la salive, de l'huile, en touchant leurs yeux ou leurs oreilles, etc.

Les observations faites au sujet des miracles de Jésus sont presque toutes applicables aux autres miracles racontés dans les Ecritures, il en est bien peu qui n'aient été passés au crible d'une crithpie plus ou moins négative, et ce serait un long et fastidieux travail que d'examiner en détail les discussions, même les plus récentes, qui ont eu lieu à ce sujet. Nier le surnaturel est uu système, mais quand on l'admet sur certains points, il ne vaut plus la peine de marchander sur le plus ou le moins des miracles de l'A. ou du N. T. Quand on croit a la résurrection de Jésus -Christ, il est puéril de discuter sur celle de Lazare, et quand on admet les merveilles du désert, on a mauvaise grâce à contester les trois jours de Jonas dans le ventre du grand poisson. Toutefois il faut se garder également de l'excès contraire; quelques personnes y sont tombées; elles ont vu des miracles partout, depuis les trois cents renards de Samson, depuis les abeilles dans la carcasse du lion, jusqu'à l'ânon détaché, et jusqu'à la vipère qui s'enroule autour de la main de saint Paul. C'est encombrer inutilement le livre des révélations que. d'y mettre ce qui n'y est pas, et quand un fait peut s'expliquer naturellement, il n'est pas nécessaire de l'interpréter miraculeusement, uniquement parce qu'il est dans la Bible.

On comprend que sur un sujet si vaste et si important, il se soit publie de nombreux volumes, et qu'il y ait de bonnes choses à glaner dans les points de vue les plus divers. Outre les écrits et les articles déjà mentionnés, nous rappellerons encore les travaux de Lulz, de Julius Muller, de Schleiennacher, d'Olsliausen, d'Kbrard, les Vie de Jésus de Néander et de Riggenbach ; l'art. YVundcr, de Kœstlin, dans l'Encyclopédie de llerzog; et uu travail spécial de C. Malan Gis (Les Miracles sont-ils réellement des laits surnaturels? 1863), dont la première partie surtout mérile d'être sérieusement examinée, quoique certains développements laissent beaucoup a désirer, v. aussi Busbnell, Nature and the supemalural (Londou 4803); Merle, Les Miracles ou Deux Erreurs, Archi-

nard, Possibilité et Nécessité des Miracles; Etude sur la religion de la Bible (Paris, 1853); DesMiracles,parJ.-C.D.(Paiis 4856); A.Bosl, Les Prophètes protestants desCèvennes; quelques mots de Pèlavel dans ses Remarques sur le Christianisme et l'Esprit moderne d'Arbousse- Bastide; une thèse intéressante d'Arm. Vaulier (Lausanne 4863), et Poulain, Qu'est-ce qu'une religion sans dogmes et sans miracles? (4864).

MIRAGE, phénomène des sables du désert, apparences trompeuses produites par l èvaporation forte et continue qui s'élève de la terre au matin, dans les pays chauds où la rosée est plus abondante que chez nous ; son nom hébreu est sharab qui emporte une idée de chaleur ; il en est parlé Es. 35, 7., et l'on peut croire que Jér., 15, 48., y fait allusion, quoiqu'il soit possible aussi que le prophète ait en vue ces sources éphémères que le voyageur trouve sur sa route, mais qui ne tardent pas à sécher ou à disparaître sous des collines de sable, et qu'on ne peut plus retrouver quand on les cherche de nouveau. Voici comment en parlent MM. Keilb, etc. (Les Juifs d'Eur. et de Pal., p. 35): « Nous vîmes dans l'éloiguement le phénomène bien connu du mirage auquel le prophète Esaïe fait probablemenlallusion,etc... Nous vîmes d'abord ce. qui nous semblait une rivière coulant paisiblement, et réfléchissant sur sa surface unie des arbres qui croissaient sur ses bords, tandis que quelque objet plus éloigné faisait l'effet d'une belle maison entourée d'arbres. Puis cette vue se transforma en châteaux entoure* de palmiers, sur le bord d'un beau lac qui s'étendait de notre côté. Ce changement continuel d'aspect, ainsi que la vapeur répandue dans l'atmosphère, sert à faire reconnaître 1 illusion du mirage. »

MIROIRS. Les miroirs de verre ne sont connus que depuis le treizième siècle; jusqu'à celle époque, les anciens ne se servaient, comme font maintenant encore presque tous les peuples de l'Orient, que de miroirs de métal poli, de cuivre, d'étain, d'argent ou d'un alliage d'étain avec l'un de ces deux autres métaux ; l'usage en était si commun déjà du temps de Pline, que les domestiques même avaient souvent des miroirs d argent. Cet objet de luxe et de propreté était une invention des Sidoniens. Les Hébreux le connaissaient, Job 37, 18., et il ressort de Ex. 38, 8., qu'il n'était point rare du tout, et que les femmes hébreues en possédaient un fort grand nombre; c'étaient peut-être des miroirs portatifs retenus à la ceinture par des agrafes, ou fixés sur les bagues en guise de chaton. Ces petits miroirs avaient leur rôle dans quelques cérémonies païennes, et les femmes, en les présentant à leurs déesses, semblaient leur rendre hommage et se mettre dans leur dé-

Page 1