‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 259 sur 398 · MO A · texte numérisé non relu

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liles, au moins la partie méridionale du pays et les tribus transjourdaines ; mais, au bout de quelque temps, ils furent vaincus à leur tour, et soumis par Ehud, Jug. 3, 4 2. 30. Le livre de Ruth semble indiquer une époque d'alliance, ou, tout au moins, de relations amicales entre les deux pays. Puis, sous Saùl, les hostilités recommencèrent, et David imposa aux Moabites un tribut en menu bétail (1 Sam. 14, 47. 2 Sam. 8, i. 2 R. 3, 4.). qu'ils payèrent dans la suite aux rois d'Israël, jusqu'au jour où ils trouvèrent le moyen de s'en affranchir, après la mort d'Achab, 2 R. 4, 3, 4. sq. ; cf. Es. 4 6, 2. Le roi Joram leur fit la guerre pour les soumettre de nouveau-, mais, quoiqu'il envahît leur pays après les avoir vaincus, on ne trouve plus aucune mention d'un tribut qu'ils auraient payé, 2 R. 3, 4. 2 Chr. 20, t.; il paraît qu'ils se relevèrent sous Joas, mais que Jéroboam II les soumit de nouveau, 2 R. 13, 20. 14, 25. Am. 6, U. Après que les tribus transjourdaines eurent été emmenées en captivité par les Assyriens, les Moahitcs s'emparèrent peut-être de toute la contrée qu'elles avaient occupée, peutêtre aussi furent-elles bientôt refoulées au delà de l'Arnon par l'invasion de Tïglalh-Pilézer, qui eut lieu peu de temps après, 4 Chr. 5, 26. C'est peut-être à cette époque que se rapporte l'oracle d'Esaïe(15 et 46), ainsi que celui de Jér. 48. Les Moabites, soumis par l'armée caldéenne, et rendus tributaires de Nébucadnetsar, conservèrent cependant leurs propres chefs, et mirent bientôt au service du conquérant des troupes auxiliaires qui agirent de concert avec lui contre Juda, 2 R. 24, 2.; puis, lorsque l'armée caldéenne eut quitté la Palestine, les princes moabites, avec les chefs de quelques Etats voisins, cherchèrent a détourner Sédécias de la fidélité qu'il avait promise, comme vassal, à Nébucadnetsar, Jér. 27, 3. On ne connaît pas le résultat de cette démarche; mais on sait qu'après la ruine de Juda, sous son dernier roi, les Moabites firent éclater, sur les malheurs de ce royaume, une joie maligne que les prophètes leur reprochent amèrement, Soph. 2, 8. Ez. 25, 8., ce qui n'a pourtant pas empêché quelques Juifs, fuyant la guerre des Caldéens, de trouver un asile parmi eux, comme on le voit Jér. 40, 41. Josèphe (Ant. Jud., 10, 9, 7.) rapporte que, cinq ans après la destruction de Jérusalem, Nébucadnetsar Ut la guerre aux Moabites, et qu'il les subjugua. Cependant la date de cette expédition n'est pas très sûre; il paraîtrait même qu'elle doit être placée encore onze ans plus lard, après la prise de Tyr, qui eut lieu seize ans après celle de Jérusalem. Quand les Juifs furent rentrés dans leur pays, au retour de la captivité, le pays de Moab était habité comme auparavant, niais la population

était mélangée; on voit même, Esd. 9, 1. Néh.

13, 23., que beaucoup de Juifs avaient épousé des femmes moabites et hammonites. Dès lors, le nom de Moab se perd; il n'en est plus guère fait mention que Dan. 41, 44., et Jos., Ant., 13,

14, 2. 15. et \., Guer. des Juifs, 3,3, 3., et il se confond probablement sous le nom plus général d'Arabes.

Le nom des Moabites apparaît souvent dans les oracles des prophètes, mais il est toujours accompagné de menaces et de malédictions qui se rattachent aux rapports politiques et religieux de Moab et d'Israël depuis les jours de Ralaam, Es. 44, 44. 45, 16. 25, 10. Jér. 48, Am. 2, 1. Soph. 2, 8.; cf. Ps. 60, 8. 83, 6., etc.

Le pays de Moab, une partie du Kérek de nos jours, était en général montagneux, mais coupé de riches vallées et de plateaux fertiles, arrosé, par les eaux de l'Arnon, du Sércd, et du torrent du désert, Am. 6, 14. Es. 15, 7. (mal traduit dans ce dernier passage la vallée des Arabes): le blé, la vigne et les arbres fruitiers y étaient cultivés avec avantage, et le bétail y prospérait, Ruth 1,1. 2 R. 3, 4. Es. 16, 8. Aujourd'hui toute la contrée présente le tableau d'une morne désolation.

La capitule du pays était Har-Moab, ou Rabbath-Moab (Arcopolis), située près de l'Arnon, à 6 lieues est de la mer Morte, et à 42 lieues sud-est de Calirrhoé : on remarquait encore la forteresse de Kir-Moab, et dans la partie méridionale du pays Tsohar^t Luhith, Es. 15, 5.

Nous avons peu de données sur la constitution politique et religieuse des Moabites ; ils paraissent avoir été régis monarchiquement, Nomb. 2i, 4. Jug. 3, 12. 4 Sam. 22, 3. Jér. 27, 3., et avoir conservé leurs rois (vassaux) même sous la domination des Israélites, 2 R. 3, 4.; mais à côté de ces rois se trouvaient, comme chez les nations voisines, les chefs de famille, anciens et seigneurs, espèce d'aristocratie dont les prérogatives modéraient ce qu'il y avait de trop absolu dans l'exercice de la royauté, Nomb. 22, 8. 4 4. 23, 6. La religion de Moab était un culte (voluptueux) de la nature, Nomb. 25, 1 ., de Bahal-Péhor, et de Kémos, Nomb. 21, 29. 25, 3.; des sacrifices humains sont aussi mentionnés 2 R. 3, 27.

MOINEAU. Ce désagréable petit oiseau, midomestique, mi-sauvage, au nom duquel Buffon donne la même étymologic qu'au nom de moine, à cause de son caractère solitaire, et de son isolement habituel, est compris en grec sous le nom général de crpsuôi&v, puis désigné plus spécialement sous celui de -rporf Xcn;ç : le premier seul apparaît dans l'Ecriture, Matth. 10, 29. Luc 12, 6., mais peut signilier aussi l'hirondelle, cf. Tobie 2, 9.; il correspond à l'hébreu tsippor, qui s'applique aux oiseaux purs

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dont la chair n'était pus défendue par la loi, ei petit désigner le passereau, le moineau ou l'hirondelle, quoiqu'il y ait pour ce dernier oiseau un nom particulier. On peut conclure des deux plissages du N. T. cités plus haut, que la chair du moineau, qui est très abondante eu Orient, servait parfois de nourriture aux pauvres gens.

HIOIS. Les mois des Israélites étaient lunaires, et le nom de mois était chez eux, comme dans plusieurs langues modernes, le même que celui de lune; en allemand monut et numd, en anglais, moon et mont h. Le mois commençait avec la nouvelle lune, et toute l'organisation des fêtes mosaïques est basée sur l'année lunaire; v. année. Pour marcher avec la lune, les mois durent être d'abord alternativement de 30 et de 29 jours; on appela les premiers pleins, et les seconds caves, ou vides : plus tard encore on s'aperçut qu'outre les 29 jours et douze heures il y avait un surplus d'environ 3/4 d'heure (ii' et 3"), tellement qu'au bout de 32 lunaisons on se trouvait eu relard d'un jour; on ajouta donc ce jour chaque troisième année qui compta ainsi 353 jours au lieu de 35 i, et qui fut appelée abondante; mais comme celte quantité était un peu trop forte, on dut retrancher de temps en temps un jour à l'année qui ne fut ainsi que de 3o3 jours, et fut nommée déficiente (Heidegger).

Le premier jour du mois, ou la néoménie, était celui qui suivait h- renouvellement de la lune, et commençait immédiatement après qu'on avait constate, le soir, ce phénomène, ou phase. On ne pouvait hésiter qu'entre le 29° et le 30° jour : si le 29 on apercevait la nouvelle lune, le moh était «ave, et les solennités étaient célébrées; si, à cause du temps couvert, on n'avait pu observer a Jérusalem le phénomène, le sanhédrin examinait les témoignages de ceux qui avaient pu, ailleurs, apercevoir le mince filet du premier croissant, et clans ce cas la journée, même avancée, comptait pour le premier du mois. Si rien n'avait tic constate, le mois échu comptait comme plein, et c'était, sans autre observation de la lune, le 30 au soir, que commençait la célébration de la néoménie.

Les Hébreux ne distinguèrent d'abord les mois que par leur rang dans l'année, le premier, le second, etc., v. Gen. 7, 11. 8, 3. 4. 2 K. 25, 27. Jér. 52, 31. Ez. 29, 1. On trouve cependant quelques mois désignés par leurs caractères : ainsi celui d'abib ou des épis, Ex. 13, 4. 23, 13. Ueul. 16, 1.; c'est celui dans lequel tombait la Pàque, et qui fut plus tard le nisan; le zif, ziv, ou mois de la floraison, 1 R. 6, 1. 37.; le bul, qui signifie peut-être le mois des pluies, 1 R. G, 38.; et l'elhauim, ou mois des gros torrents, 1 R. 8, 2. (l'est surtout à

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l'époque de David et de Salomon que prirent naissance ces noms appellalifs; nous ne n nnaissous que ces quatre appartenant à o\k époque. Après le retour de la eaptivile, les Juifs adoptèrent les noms en usage parmi les peuples chez lesquels ils avaient été esclaves, noms qui sont évidemment d'origine cahléemv. i l'exception de adar qui est syrien, 2 Mue. 15, 37. : ainsi on lit chez le^ auteurs postérieurs les noms de nisan, sivan, kish u. lebeth. sébaf, et elul, Est. 3, 7. 2, 16. 8,9. Z.ich. 1,7." I. Nëh. 6, 15.; mais l'usage si naturel de désirer les mois par leur rang dans l'année ne fulp int abandonné entièrement, comme on peut le voir Agg. 1,1.2, 1. Néh. 8,2. Dan. 10, 4. Esd.3.1. Est. 9, 1., etc. Les Quakers ont conservé m a'iopté le même usage.

MOÏSE, chef et législateur des Juifs, descendant de Lévi, fils d'Hamram et de Mebed, Lx. G, 20, 2, 1. sq., naquit en Egypte pendant les jours de l'esclavage (1735 av. C.); il était divinement beau, dit l'Apôtre, Hébr. 11, 23.11 fut adopté par une princesse égyptienne, qui lui donna, en souvenir de sa naissance et de m délivrance, le nom qu'il a toujours porte depuis (en égyptien mû signifie l'eau, et ysés ou outlschê sauvé, d'après Jahlonsky ; ou bien, selon Kenaudot, moou signilie l'eau, et si tiré). L'Histoire saiute se tait presque entièrement sur les quarante premières années de sa vie; elle raconte seulement qu'il fut instruit dans toute la science des Egyptiens, et le Penlateuque porte partout l'empreinte des profondes connaissances qu'il avait acquises; Moïse y ;)pparjit comme un homme versé dans toutes les spérialilés. Au dire de Josèphe, il aurait cura nantie une armée contre les Ethiopiens. Entoure de pompes et d'espérances, avec, la pers|ective peut-être de monter sur le trône des Pharaons, il préféra le ciel à la terre, et l'opprobre de Christ à la gloire de ce mon. le : par l.i foi il quitta la cour et voulut devenir semblable à >es li ères qui gémissaient sous l'ignominie et l'oppression; il voulut les secourir, tua un Egyptien, essaya d'intervenir comme médiateur entre deux Hébreux, et comprit par la réponse qu'il reçut de l'un d'eux, que l'heure de ia délivrance n'était pas encore arrivée, Ex. 2.13. Menacé de mort, il s'enluit en Madian, et, aliw d'un prince berger, Réhuel, il acheva de ftùrir pendant quarante années de solitude, en gardant les troupeaux de son beau-père, les projets qu'il avait formés en faveur de son peuple; l'indépendance de sa nation pouvait être différée, mais elle ne pouvait être perdue pour toujours; on peut croire aussi que vieillissant ri n'affaiblissant, il en vint à ne plus former que de simples vœux, renonçant pour lui-même a l'honneur qu'il avait rêve plus jeune, d'affran-

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dur son peuple de tant de misères. Les noms qu'il donna à ses deux tils, Guersom et Eliézer, prouvent à rux seuls déjà, qu'il ne se regarda jamais comme établi chez les Madianites ; il se sentait, au milieu d'eux, étranger et voyageur, et n'oublia ni i'aflVctiou qu'il avait vouée ù son peuple, nj les espérances que Dieu lui avait permis de concevoir. Une vision miraculeuse, celle du buisson ardent, Ex. 3, i. sq., accompagnée de grands prodiges et de paroles sublimes, vient dans sa quatre-vingtième année l'arracher aux travaux paisibles dont il avait pris l'habitude, et faire d'un conducteur de brebis un conducteur d'hommes vivants. Faible, craintif, irrésolu, se défiant de lui-même, et s'exprimant avec peine, Moïse avait besoin de miracles pour se décider, et il les obtint : la puissance de Dieu se manifesta dans son infirmité, ses résistances furent vaincues, et le futur législateur, accompagné de son frère le futur pontife d'Israël, part et vient sans mystère déclarer au monarque polythéiste les desseins du seul vrai Dieu, Celui qui est. Les efforts réunis des deux frères, leurs menaces, leur parole accomplie, dix plaies qui frappent successivement l'Egypte en éparguant les Hébreux, ouvrent à ceux-ci le chemin de la liberté, Ex. 6- H. Moïse conduit au désert ce peuple d'esclaves, leur fait passer de pied sec la mer Rouge, leur donne la loi en Sinaï, les organise en nation, règle, leur culte et leurs institutions religieuses et politiques, ne les nourrit, ne les conduit, ne les protège, ne les entretient que par des miracles, ne voit chez eux que murmures et incrédulité, révoltes et idolâtrie, Ex. 1 1-40. Nomb. 10-1 3. Sur le point d'avoir achevé son laborieux voyage, après une année d'épreuves, en vue des montagnes de Canaan, et lorsqu'il peut espérer de fouler bientôt ces plaines découlant de lait et de miel, il doit obéir aux vœux du peuple qui demande que des espions aillent verilier si le pays est réellement aussi beau que Moïse l'a dit, Deul. \, 22. sq. Nomb. 13, 2. sq. Les douze espions reviennent après une exploration qui ne laisse rien à désirer; il semble qu'il n'y ait plus qu'à marcher en avant; mais les hésitations recommencent: Le climat est-il sain? Les habitants du pays se laisst ront-ils facilement déposséder? C'était la dernière heure de la patience de Dieu, cf. Ps. 95, 8-11.; c'était le moment de la crise. Désespérant enfin d'un peuple auquel il a tout donné, excepté le cœur et l'amour des grandes choses, Moïse sème et perd au désert ces hommes qui préfèrent des oignons à la liberté, laisse éteindre celte lâche génération d'esclaves, forme aux combats et à la prière des hommes nouveaux et libres, leur promet à eux seuls et à leurs efforts ta possession de ia terre saiule, abime les peu-

plades cananéennes situées en dehors des limites de la Palestine, et donne leur territoire à quelques tribus plus impatientes ; puis, a l'âge de cent vingt ans, il dépose son autorité entre les mains du tidèle Jostié, et meurt ou s'endort sur la montagne du haut de laquelle sa vue encore bonne a pu contempler la terre «près laquelle il avait longtemps soupiré, dont un mouvement d'incrédulité l'a banni lui même, et où il n'est entre entin que deux mille ans plus tard, lorsque Jésus fut transliguré sur la montagne, Matth. 17, 3.

La vie de Moïse embrasse les quatre derniers livres du Pentateuque, et c'est lui-même qui l'a écrite. Elle est trop connue pour qu il soit nécessaire de la raconter ici en détail, et se rattache d'ailleurs à une quantité de noms et de faits qui tous ont leurs articles spéciaux, v. Campements, Loi, Manne, Mer Rouge, Sephora, etc. Nous nous bornerons donc à éclaircir les points obscurs de sou histoire qui ne touchent qu'à lui seul, sans entrer dans l'examen de questions qui sont résolues ailleurs.

I" On ne peut ni prouver ni commenter les miracles, et l'histoire de Moïse en est pleine : la foi seule les admet, l'incrédulité les rejette ou cherche à les expliquer d'une manière naturelle. Quoiqu'il faille en générai se mélier des explications, il faut cependant éviter aussi de tomber dans l'excès contraire, qui cherche à multiplier inutilemeut une intervention du Très-Haut dans les événements de la nature, lorsque rien dans l'Ecriture ne justifie l'idée d'un miracle proprement dit. C'est ainsi qu'on a voulu voir un miracle dans la délivrance du jeune Moïse sauvé des eaux par une princesse d'Egypte ; à ce compte-là, toutes les préservations providentielles seraient des miracles, et si l'on veut en effet donner ce- nom à toutes les dispensalions divines, à la bonne heure; mais on doit se rappeler des faits tout semblables dans les histoires de Sémiramis, de Cyrus, de Ho.nulus, et d'autres personnages historiques arrachés à la mort contre toute probabilité humaine, mais par des moyens et des secours tout humains : c'étaient des cas, si I on veut, extraordinaires et inattendus, mais nullement miraculeux. La défaite des Hamalécites appartient à la même classe d'événements; ce fut une prière exaucée, mais la victoire d'armes terrestres. Il y a dans la vie de Moïse un second ordre de faits, c'est celui de miracles réels produits par des causes naturelles; ainsi, le passade de la mer Rouge, cf. Ex. Il, 21. ; ainsi, peut-être, quelques-unes des plaies de l'Egypte, le génie de lleisaléel et d'Aholiab, les cailles du désert i l .es maux qui s'y rattachèrent, la plaie de Sitlim, etc. Entin, l'on doit ranger dans une troisième classe la vision du buis&on ardent, les pouvoirs donnés à Moïse,

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la plupart des plaies, la manne, la nuée du tabernacle, l'eau du rocher, l'enirelien des vêtements pendant quarante ans, la mort soudaine de Nadab et d'Abihu, celle de Coré et de ses complices, le serpent d'airain, etc. Ces distinctions sont permises, niais elles ne sont justes qu'au point de vue humain; elles sont claires lorsqu'on délinit le miracle une perturbation momentanée des lois ordinaires de la nature : elles sont inutiles quand on admet l'intervention constante de Dieu dans tous les phénomènes, ordinaires et extraordinaires, du monde physique, et qu'on se rappelle que pas un cheveu ne tombe en terre sans la permission de Celui qui dirige les mondes dans leur cours, v. Miracles.

2° Un s'est étonné que Jokébed ait pu garder son fils pendant trois mois sans que rien l'ail trahie; que la prineesse ait pu élever le jeune flébreu a la cour de celui qui avait porté l'édit de destruction; et entin que Moïse, malgré ses relations avec la cour, soit représenté plus tard comme y étant complètement inconnu et étranger. Mais la première observation montre bien peu de connaissance du cœur d'une mère, de ce cœur habile à tromper tous les ennemis, à déjouer toutes les ruses, à écarter tous les dangers; l'on sait d'ailleurs, par des faits qui se reproduisent continuellement de nos jours encore, et sous nos yeux, qu'il n'est pas de lois, si sévères qu'elles soient, et souvent même en proportion de leur sévérité, auxquelles bon nombre d'individus ne réussissent à se soustraire. La seconde observation prouverait également peu d'intelligence des rapports d'une tille avec son père; il n'est pas de loi qui n'ait ses exceptions naturelles, et la prière d'une fille, dans un cas surtout qui semblait présenter si peu d'importance politique, a dû décider sans peine le monarque absolu de l'Egypte. On pourrait ajouter aussi que Pharaon étant sans enfants mâles, et sa tille étant sans enfants, l'adoption du jeune Moïse aurait été facilitée parcelle circonstance, et qu'elle aura pu sourire :iu vieux roi. D'anciens interprèles ont, en effet, compris Ex. 2, 40., comme si Moïse avait été destiné au trône de l'Egypte, et, si cette opinion a été abandonnée, elle n'est cependant pas absolument sans vraisemblance. Quant à l'objection tirée de ce que Moïse, reparaissant à la cour, semble ne pas y être reconnu, elle ne repose que sur le silence de l'Ecriture à cet égard, et non sur un texte quelconque. Rien ne dit que Moïse lût oublié ; comme aussi, à cause des rapports nouveaux de Moïse avec Dieu, rien ne nécessitait la mention de ses anciennes relations avec la cour : rappelons d'ailleurs qu'entre la fuite de Moïse en Madian et sa réapparition en Egypte, quarante ans s'étaient écoules, et que le sou-

venir d'un homme avait pu s'effacer dans cet intervalle, plusieurs rois s'étant peut-être succédé sur le trône, et tout le personnel de la cour ayant été probablement changé.

3° Il est digne de remarque que Moïse ayant entrepris la délivrance des Hébreux, à laquelle il était cependant destiné, échoua dans sa première tentative. C'est que son heure n'était pas encore venue; c'est que le peuple n'était pas mûr encore, il attendait sa délivrance d'un changement dans le personnel de la royauté, 2, u. au lieu de l'attendre de Dieu seul ; c'est que Moïse lui-même n'était pas mûr non ptus, il m comprenait pas encore que Dieu choisit les doses faibles de ce monde pour aboîir celles qui sont, l Cor. I, 28.; c'est aussi que, lorsque Dieu veut que l'homme accomplisse une œuvre, il ne suffit pas que l'homme l'entreprenne, il faut qu'il l'entreprenne au nom de Dieu, avec son secours, avec le Saint-Esprit pour guide, pour conseil et pour aide, non point de lui-même et par lui-même, mais par celui qui l'a envoyé. Dieu, en se servant des hommes pour l'accomplissement de ses desseins, veut toujours se glorifier dans notre infirmité. L'Ecriture uous présente un grand nombre d'exemptes de ce genre, et toutes les entreprises chrétiennes, individuelles ou générales, feront l'expérience de leur faiblesse, même dans le bien, quand elles voudront travailler eu dehors des inspirations divines, de leur force, même dans l'infirmité, quand elles iront en avant par la foi.

4° Par les dix plaies successives dont Dieu frappa les Egyptiens, il voulait leur rappeler qu'il était le vrai Dieu, et qu'il n'y en a point d'autre que lui. Les eaux du Nil changées en >ang, les grenouilles, les poux, les moustiques, la mortalité frappant le bétail, les ulcères, àts tempêtes effroyables, les sauterelles, les tei.ehres, et enfin la mort des premiers-nés, tout était calculé pour dire aux Egyptiens : vos dieux, votre Nil, votre lsis et votre Osiris, vos bestiaux, vos moissons, votre climat, la terre, le ciel, vos vies même, tout est entre les mains dn Dieu de Moïse, du Dieu d'Israël, et quand il commande, vous devez obéir. Ce n'étaient pas des miracles qui dussent seulement étonner ou effrayer; c'étaient des miracles qui devaient convaincre. Aussi, dès la troisième plaie, b magiciens reconnurent déjà le doigt de l'Eternel ; dès la quatrième, Pharaon commente à fairt des concessions; à la septième il dit : J'ai peek celle fois; l'Eternel est juste; à la huitième i. dit : J'ai péché contre l'Eternel et contre vous à la dixième il dil eulin : Allez, sortez du milieu démon peuple; servez l'Etemel comme vous en avez parlé, et bénissez-moi. Ex. 7, 47. a 32. Les deux dernières plaies, les ténèbres et le deuil, avaient eu outre pour but de donner

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aux Hébreux le temps et la facilité de disposer toutes choses pour leur départ, de rassembler leurs troupeaux, de s'organiser et de se teoir préls.

5° L'enlèvement des vases d'or et d'argent que les Israélites empruntèrent aux Egyptiens, et qu'ils ne leur rendirent p:is, Ex. 3, 22. 11, 2. 12, 35. 36., a servi de thème aux déclamations de bien des incrédules. C'est un vol, ni plus, ni moins, dès qu'on veut faire abstraction de tout ce qui l'a accompagné; ce n'en est plus un dès qu'on se rappelle (11, 2.) que les Hébreux empruntèrent de bonne foi et avec l'intention de rendre, et que les circonstances, la guerre étant survenue, ne le leur ont plus permis; chez les anciens, une déclaration de guerre faisait considérer comme butin tout ce que l'on possédait appartenant à l'ennemi. Ce n'est plus un vol quand on se rappelle que les Israélites abandonnaient, entre les mains des Egyptiens, les cultures de Goscen, et beaucoup d'autres propriétés dont la valeur était de beaucoup supérieure a celle des v;ises qu'ils emportaient. Ce n'était plus un vol enlin, parce que cet enlèvement avait lieu sur l'ordre de celui à qui toutes choses appartiennent ; de celui qui, après avoir prêté des richesses aux Egyptiens, jugeait a propos de les répartir autrement, de les donner à son peuple élu, de les faire passer en d'autres mains, alin que, plus tard encore, elles servissent à l'ornement de sa demeure. Les commandements que Dieu a donnés ne le lient point lui-même : il peut commander à Abraham le meurtre de son lils; aux Hébreux, l'extermination des Cananéens.*;. GrandPierre, Essais sur le Pentateuque.

6° On peut voir à l'art. Chronologie les raisons qui nous ont fait fixer a l'an 1735 av. C. la naissance de Moïse que d'autres placent en 1 571 , 1726, ou 1948, ainsi que la discussion sur la durée du séjour des Hébreux en Egypte, qui. d'après Ex. 12, 40., cf. Gen. 15, 13., "aurait été de 430 ans, tandis que, d'après Gai. 3, 17., ces 430 années dateraient de la promesse qui fut faite a Abraham. Si l'on ne peut admettre une contradiction entre les historiens sacrés, on est forcé d'admettre une altération dans les chiffres qui nous ont été laissés, v. Sardinoux, Comm. sur Gai. 3, 17.

7° Le nombre des hommes de guerre à la sortie d'Egypte étant de 600,000. Ex. 12, 37., sup pose une population totale d'au moins un million et demi de personnes de tout âge. chiffre imposant quand on se rappelle que c'était la postérité du seul Jacob venu auprès de Pharaon avec ses soixante-dix enfants et petits-enfants, mais dont l'apparente exagération diminue et s'explique facilement, v. Nombres.

8° La grande émigration du peuple juif a été

connue des Grecs et mentionnée par leurs historiens, ainsi que par les historiens latins (Tacit., Hisl., 5, 3. Justin, 36, 2. Diod. de Sic, 40, 1. 34, 1.); maisilsla racontent, d'après des données égyptiennes, comme une expulsion des Hébreux par les Egyptiens, nécessitée par une maladie épidémique, peste ou lèpre, qui aurait régné dans les rangs des Israélites, et menacé la santé publique, v. Lèpre. D'après Lysimaque, le roi Bocchoris aurait fait noyer les malades, et chassé les autres dans le désert. Les plaies envoyées sur les Egyptiens (Ex. 9) peuvent avoir donné naissance à cette tradition malveillante, et l'on comprend que le peuple païen ail saisi avec empressement un moyen de dénaturer la vérité, et de rendre suspects les esclaves qui avaient secoué leur joug. Ce ne serait pas, dans l'histoire, le dernier exemple de ce genre.

9° On a essayé de comparer à la disparition subite de Romulus, la mort de Moïse sur le mont Ného; on a voulu la rapprocher aussi de l'enlèvement d'Enoch et de celui d'Elie. Le choix de ces deux derniers exemples aurait, en tout cas, plus de valeur que le premier; mais tout ce qu'on a voulu voir de merveilleux dans la mort de Moïse, on a été obligé de l'y mettre. Le texte biblique nous dit clairement et simplement : « Moïse mourut là, selon le commandement de l'Eternel, et il l'ensevelit dans la vallée,» Deut. 34, 5. 6. Ce qui peut donner lieu à discussion, ce n'est donc point le fait de sa mort, mais ce qui est dit, Jud. 9., de la dispute du démon avec l'archange Michel^ au sujet de son corps, v. Michel. (D'après OEcuménius, le diable se serait opposé h ce que Moïse reçût une sépulture honorable, sous prétexte qu'il avait tué un Egyptien; et d'après Origène, Michel aurait reproché au diable d'être l'auteur de la mort de Moïse, en ce qu'il avait excité le serpent à séduire nos premiers parents.)

10° On croit que Moïse a employé les loisirs des quarante années qu'il passa en Madian à la composition de la Genèse, et peut-être du livre de Job; il aurait écrit les quatre autres livres qui portent son nom pendant le voyage des Hébreux dans le désert; v. Pentateuque. On croit que c'est aussi lui qui a composé le ps. 90. p. Psaumes. Moïse est le plus ancien écrivain connu, et si la personnalité de l'auteur se reconnaît au milieu même des mystères de l'inspiration, l'on ne peut trop admirer la sublimité en même temps que la simplicité de son style, la richesse et la sobriété de son imagination, la variété de ses connaissances en tous genres, la profondeur de sa philosophie, et l'élévation morale et paternelle de sa législation qui, en assurant à tous des occupations régulières, garantit également à tous le droit au repos, que notre société moderne n'a pas cn-

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core compris, malgré ses prétentions humanitaires. On peut comparer Moïse à tel écrivain de l'antiquité que l'on vomira, dans toutes les branches on le trouvera supérieur; sobre dans le récit de la création et du déluge, il est palliétique dans l'histoire de Joseph , dramatique dans celle d» voyage an désert, précis dans ce qui est du domaine législatif, toujours clair et toujours concis. — v. Hess, Gesch. Mos.

14° Le caractère de Moïse offre un singulier mélange de force et de faiblesse, d'énergie et de douceur ; on sent qu'il y a deux hommes en lui. L'Ecriture l'appelle le plus doux de tous les hommes, et nous le trouvons dès le commencement en lutte avec les Hébreux comme avec les Egyptiens; plus tard en guerre ouverte contre Pharaon lui-même; enfin, et pendant quarante ans, pesant de tout son poids sur un peuple de col roide qui ne veut pas se laisser délivrer, el qui s'insurge à chaque instant contre son libérateur, sans que celui-ci perde courage ou songe à laisser son muvre inachevée. La foi seule peut donner la clef de ce contraste. Moïse était, au point de vue humain et dans le sens le plus élevé du mot, un patriote : c'est le patriotisme qui l'inspire, el chez la lille de Pharaon il ne pense encore qu'a ses frères : toul ce qu'il apprend, tout ce qu'il acquiert, lout ce qu'il peut, il le consacre a son peuple, et si pendant longtemps les circonstances n'ont pas été favorables à l'action, il saisit cependant la première occasion qui se présente, il tue l'Egyptien pour faire comprendre* aux Hébreux qu'ils ont un défenseur à la cour du roi : mais ces moyens humains ne sont pas bénis de Dieu ; le jeune, l'intrépide patriote doit fuir, parce que la justice des hommes le menace, et quarante années d'exil semblent briser son avenir. Il peut considérer sa carrière comme terminée. Ce qu'il avait appris, il va s'occuper de l'oublier. Ses forces déclinent, ses facultés s'émoussent, sa langue s'épaissit, le jeune homme vigoureux devient un vieillard un peu mou -, il avait con duit des peuples et des années, il ne conduit plus que des troupeaux ; ses talents s'endorment el se perdent ; son patriotisme, sans cesser d'être ardent, a cessé d'espérer, et c'est à c( moment , lorsqu'il n'est plus rien, que Dieu vient remettre entre ses débiles mains le fardeau pour lequel il s'était trouvé trop faible dans la plénitude de sa vigueur intellectuelle et physique. En vain Moïse s'excuse el refuse, en vain il hésite cl regimbf : ce qu'il voulait faire quarante ans auparavant par patriotisme et dans le sentiment de ses forces el de ses talents, il doit le faire maintenant qu'il a perdu toute initiative; il doit le faire par obéissance, el il pourra comprendre par anticipation la parole de Paul : Quand je suis faible, c'est alors que je suis fort.

42° Le nom de Moïse, le plus grand homme qui ait jamais existé, le chef de l'ancienne alliance, reparaît constamment dans les Ecritures ; toul repose sur lui dans l'A. T., tout achève son oeuvre dans le Nouveau. Josue te rappelle A chaque page; les Juges, les Rois et les Prophètes, se réclament de son nom et de son autorité en rendant témoignage à la gloire et à la grandeur de sa mission, v. .los. 1 , t . 3,7.8,31. 9, 24., etc. 4 Sam. 12, 6. 1 R. 8, 53. Néb. 9, fi. Ps. 77, 20. 103,7. 105, 26. 106, 16., etc. Es. 63, 11.12. Jèr. 15, 1. Dan. 9, 11. Mich. 6, 4. Mal. 4, 4. — Dans le N. T. plusieurs de ses prophéties sont rappelées, Jean 1, 45. Act. 3, 22. 7, 37. Rom. 10, 49. : son nom sert a désigner non-seulement ses ouvrages, mais tous ceux qui furent écrits dans l'esprit de son économie, Matth. 8, 4. Marc 1, 44. Luc 2, 22. 20. 28. 24, 27. Act. 6, 41. 13, 39. 15, 1. Rom. 5, 14. 1 Cor. 9, 9. 40,2.Hébr. 3, 2. 7, 4 4. et ailleurs. Notons encore quelques expressions particulières, idlt s que celle de disciples de Moïse, opposée a celle de disciples «le Christ, Jean 9, 28. ; celle de chaire de Moïse, désignant la fonction de l'enseignement mosaïque, Matth. 23, 2.; celle de cantique de Moïse, comme symbole des chants de triomphe des rachetés à leur entrée dans la gloire, Apoc. 4 5, 3. L'Epllre aux Hébreux est une comparaison suivie des deux économies el de leurs chefs; d'autres comparaisons de détail se lisent Jean 6, 32. 1 Cor. 10, 2.2 Cor. 3, 7., etc.

MOISSON. C'est ordinairement vers le milieu d'avril, ou d'abib, que tombait et que tombe encore en Palestine, la saison des moissons, Jean 4, 35., quoiqu'en plusieurs endroits les épis commencent à mûrir déjà vers la tin de mars. La moisson était officiellement et solennellement ouverte le deuxième jour de Pàque, soit le quinzième de nisan, par l'offrande des prémices dans le sancluaire de la nation, Lév. 23, 10, et durait depuis ce moment jusqu'à la Pentecôte, c'est-à-dire sept semaines, comprenant les travaux de tous genres, depuis la faucille jusqu'à l'aire et au van, Deul. 16, 9. Ex. 23, 16. Lév. 23, 10. sq.; puis on offrait derechef à l'Eternel un gàlcau nouveau. On recueillait d'abord les orges, 2 Sam. 21 , 9. Ruth 1 , 22. 2, 3., puis vers la tin d'avril ou même plus tard le blé, Gen. 30, 14. Jug. 45, I. Ruth 2, 23. 1 Sam. 6, 13. 12, 17., et enlin l'épeautre. Partout on entendait les cris joyeux des moissonneurs, Es. 9, 2. Ps. 126, 6.; au milieu du jour ils se reposaient de leurs pénibles travaux, et se rafraîchissaient avec du pain trempé dans du vinaigre, Rnlh 2, 14. La faucille était, comme elle l'est encore en beaucoup de lieux, l'instrument du moissonneur, Deut. 16, 9. 23, 25. Le blé était ensuite lié en gerbes, que l'on amas-

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