OPH
et sur la supposition que la flotte qui parlait pour Ophir faisait en même temps le voyage de Tarsis (Cadix), et franchissait le détroit de la Méditerranée.
D'autres pensent qu'Ophir désigne l'Arabie, et ils présentent deux arguments; le premier est tiré du fait qu'Ophir est compté parmi les flls de Joktan qui ont occupé l'Arabie ; le second, c'est le nom d'Ophir, El Ophir ou Ophar, que Seclzen a trouvé dans la province d'Oman, au sud-est de l'Arabie. On peut ajouter que selon Eupolemus dont un fragment nous a été conservé par Eusèbe (Prép. év., 9, 30.), Ouphré (Calmet porte Durphé) serait une ile de la mer Rouge, et cet auteur la regarde comme une partie du pays d'Ophir.
Selon d'auires commentateurs, c'est dans les Indes qu'il faut aller chercher celte contrée. Ils s'appuient sur ce que les Septante écrivent toujours ^ophir, nom que les Cophtes donnent encore aux Indes; sur ce que la version arabe traduit Ophir par El Hend ; sur ce que dit Josèphe (Arch., 8, 20, 4.) que Sopbira est une contrée de l'Inde; sur ce que les objets que Salomon tira d'Ophir sont des produits que l'on trouve en effet dans les Indes; et que les noms donnés aux singes et aux paons sont des noms indiens (koph est le sanscrit kapi, thukiim esl le lokei de Malabar); sur le temps que prenait ce voyage, puisque le retour n'avait lieu qu'au bout de trois ans, ou si l'on veut dans le cours de la troisième année; enfin sur ce qu'il y avait prés de Goa dans l'Inde, un endroit nommé Suppara, et chez les Arabes Soupbara, ce qui expliquerait l'orthographe suivie par les Septanie. Le Père Poivre dit que les îles malaises produisent beaucoup de bois de teinture, et il ajoute : On y trouve plusieurs mines d'or, que les habitants de Malacca et de Sumatra nomment Ophirs, etc. (Voyages d'un philosophe, «797.)
D'autres ont cru qu'il s'agissait de l'Afrique, et ils trouvent Ophir sur la cote orientale, à Sofala, vis-à-vis de Pile de Madagascar; on assure que les habitants de celte contrée ont des traditions et même des livres qui portent que Salomon y envoyait une flotte tous les trois ans pour chercher de Por; le Portugais Jean dos Sanlos ajoute qu'il y a, non loin de là, une montagne abondante en minerai d'or et qui porte le nom d'Afura. Si l'on pouvait se lier à ces données, elles seraient certainement intéressantes; toutefois le nom de Sofala dans lequel on pourrait, à toute rigueur, trouver celui d'Oi hir, rappelle plutôt dans les langues sémitiques le nom de slicplidah qui signifie côte, rivage-, ce serait ainsi une désignation lout à fail générale , un nom que tous les pays maritimes pourraient revendiquer.
Notons enfin l'opinion de M. Newenham, qui a paru pour la première fois en 4852 dans un journal d'Irlande, le Cork Constitution, et qui a été développée avec a sez de vraisemblance. S'appuyant des différents textes, des connaissances maritimes des Phéniciens, de la direction suivie, des produits rapportés, et de quelques traditions, il montre la flotte de Salomon longeant la mer Rouge, touchant Ceylan pour y prendre de l'ivoire, Sumatra pour y prendre des paons ou des faisans, Java ou Bornéo pour s'y approvisionner de singes, et enfin Ophir, la Nouvelle-Hollande, qui lui donnait son or, ses bois d'almughim, d'ébène, de sandal ou d'acajou, et ses pierres précieuses : ce trajet était facile, même naturel; la Nouvelle- Hollande a été connue des Chinois et des Indous depuis une haute antiquité, et les Phéniciens qui connaissaient l'Inde, peuvent avoir connu l'Australie. L'argent esl la seule matière qui ne fût pas en abondance dans les pays indiqués par cet itinéraire.
Au milieu de ces incertitudes, il faut commencer par réduire à leur juste valeur deux données dont on a exagéré l'importance. Ophir pouvait fort bien n'être qu'une ville de commerce abondamment pourvue de tous les produits de l'Orient et du Midi, et dans laquelle Salomon envoyait régulièrement et à des époques déterminées, des vaisseaux pour approvisionner sa cour, son harem et son royaume. L'or d'Ophir (évidemment déjà travaillé, ou tout au moins épuré), pouvait avoir reçu ce nom, sans être un produit du pays, mais parce que c'était là qu'il était le mieux purilié et le mieux mis en œuvre. D'ailleurs, comme on l'a vu plus haut, le nombre des pays où l'on trouve de l'or est assez grand pour que ce caractère doive cesser d'être un guide dans les recherches. — En second lieu, la durée du voyage ne peut pas non plus servir à lixer même d'une manière approximative la distance à laquelle Ophir devait être de Jérusalem, car l'or arrivait dans le pays chaque année, 4 R. 40, 4 4. 2 Chr. 9, 43.; il n'est pas dit que le voyage de trois ans fût le voyage d'Ophir, 4 R. 40, 22. ; quand cela serait encore, cela ne prouverait rien, attendu l'extrême lenteur de la navigation des temps anciens, les détours possibles, les séjours plus ou moins prolongés que les vaisseaux pouvaient faire dans les ports intermédiaires pour attendre soit des vents favorables, soit des vaisseaux en retard ou n'arrivant qu'une fois par année. Saint Jérôme nous dit (Ep. 95), que dans le cas le plus favorable, un vaisseau avait besoin d'au moins six mois pour parcourir le golfe Arabique dans sa plus grande longueur, et de nos jours encore, les vaisseaux marchands ne font qu'une fois par année le
Ai