POE
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l'humanité. La poésie est naturelle a l'homme, ainsi que le langage ; elle est la forme réelle qui convient à l'expression de certains senii ment» et de certains besoins : rependant c'est dans le monde et non dans l'Eglise que la Bible nous montre ses premières origines, et déjà, dès li s premières générations, dans la famille caïiiile, la poésie s'est mise au service de la chair et des passions violentes ; Lémec chante le meurtre en blasphémant, Gen. 4, 23. sq. : c'est la plus ancienne poésie connue. — Les saints livres renferment une foule d'allusions à des <-bants populaires, qui prouvent combien la poésie était généralement répandue chex les Hébreux des premiers âges; v. p. ex. des citations du livre des batailles de l'Eternel, Nomb. 21, 14. sq., 47. sq., 27. sq., des citations du livre de Jasar, Jos. 40, 43. 2 Sam. 4, 48. — Les bénédictions de Noé, celles d'I asc, celles de Jacob, le cantique de Marie, le dernier chaut de Muïse, Gen. 9, 27, 49; Kx. 15; Deut. 33, appartiennent a la poésie religieuse et prophétique : puis viennent la fable de Jolhani, les énigmes en vers de Samson, l'apologue de Joas, le chant des femmes célébrant les victoires de David, l'élégie de David sur la mort de Saul et de Jonathan, Jug. 9, 7. 4 4, 42. 2 R. 44, 9. 4 Sam. 4 8, 7. 2 Sam. 4, 17.
Ces divers exemples, auxquels on pourrait en ajouter d'autres encore, suffisent à montrer, non-seulement que la poésie date de loin chez les Hébreux, mais encore qu'elle tom bait a lotis les sujets, et qu'elle était réellement populaire, comme elle l'a été toujours ei presque partout en Orient. De celte riche littérature, nous ne possédons plus aujourd'hui que ce que les hommes de Dieu nous en ont conservé : ce qui était profane a été balayé par les siècles, et pour nous la poésie des Hébreux se résume tout entière dans les livres poétiques de l'A. T.
Si nous les divisons d'après les formes de notre e>tbétique, nous y trouvons des écrits didadiques et des poésies lyriques, les premiers s'adressant davantage a la réfl xion, les autre» au sentiment, au cœur. Quelques critiques, anciens ou modernes, ont voulu voir dans le livre de Job, et dans le Cantique des Cantiques, une troisième forme de poésie, un germe de poésie épique ou dramatique; mais ce point de vue, qui embrassait même le Pentaleuque, ne résiste pas à l'examen, et, réfuté depuis longtemps, il est presque généralement abandonné. — Eu tout cas, cette classification n'a rien d'absolu, car plusieurs oracles des prophètes sont un mélange, île | oesie lyi ique et de poésie didactique, comme aussi dans les écrits a proprement |wrler did »etiques, on trouve par intervalles des fragments purement lyriques.
La poésie a été chez les Hébreux ce qu'elle a
été chez tous les peuples du monde; elle a pris naissance dans de profondes et vives impressions, et s'est manifestée d'abord sous la forme qui exprime le mieux les émotions de l'àme» sous la forme lyrique; dans le principe, elle s'unissait presque toujours à la musique, peutêtre même à la danse, Jug. 46,25. 4 Sara 48, 6. De grands événements nationaux, de grandes victoires, de grandes délivrances, furent les premiers sujets des chants, et comme au point de vue des Hébreux fidèles, toutes choses procédaient immédiatement de Dieu, la poé>ie lyrique prit dès son origine une couleur théoerat ique, elle eut une tendance éminemment religieuse, et avec elle cet élan, celle hauteur, cette grandeur saisissante qui la caractérise. Il semble que des femmes surtout furent dès les premiers temps remplies de cet esprit lyrique; nous les voyons, en effet , se produire au milieu du peuple avec tout l'enthousiasme de l'inspiration, Ex. 45. 20. Jug. 5, 4. 44, 34. V, 24. 4 Sam. 48, 7. Ps. 68. 25. La poésie lyrique atteignit sa plus haute perfection sous David, regrand maître en qui elle se personnifia pour ainsi dire, et qui ne fut sans doute pas sous l'influence des écoles de prophètes autant qu'on a voulu le croire; il l'inlroduMt avec toute sa grandeur et sa pompe dans le sanctuaire national, où elle devint un «les ornements les plus beaux et les plus bénis du cuite pub'ic. Après David, il parait que les prophètes et les léviies continuèrent presque seuls de la cultiver, v. Coré; mais ils le tirent dans le même esprit que leur maître, et avec le même succès, la même force et la même fraîcheur, jusqu'aux temps qui suivirent l'exil, quoique l'on remarque parmi les grands chantres de celle époque, ces traces de fatigue ou d'épuisement, ces symptôme de décadence, qui accompagnent toujours la décomposition d'une nationalité, l'épuisement d'un pays qui va mourir* On n- saurait déterminer jusqu'à quel point la poésie lyrique fut appliquée par les Uébreuxde cette époque à des sujets profanes, à chanter l'amour, la joie ou l'amitié; il n'est pas même étab i qu'elle ail jamais perdu son caractère purement religieux, et Winer, qui insiste Mir l'existence d'une poésie profane lyrique des Hébreux, ne nuus parait pas avoir prouvé que Tholuek, en la niant, soit aveuglé par une « pédatitesque partialité. » Les passages qu'il cite. Es. 9, 2. Jér. 7, 34. 25, 40. 48, 33. Ara. 6, 5., ne prouvent pas nécessairement ce qu'il croit y voir.
Le recueil des poésies appartenant au genre lyrique comprend :
a) Des chants et des hymnes adressés à Dieu, soit comme dominateur du monde, Ps. 8 et 4 0*, soit comme chef de la nation, Ps. 47, 66, 67 et 73, soit comme providence particulière
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par rapport a quelques événements de l'histoire nationale, Ps. 46, 48, 75, etc. Un grand nombre de « es chants étaient spécialement destinés au cuire public, Ps. 45, 24 68. 81, etc., et l'on a cru pouvoir distinguer, dans plusieurs, des chœurs ei des voix s'entre-répondant. Le ps. 418 serait à cet égard l'exemple le plus frappant, et les divers essais qui ont élé faits pour retrouver la suite et le caractère des interlocuteurs (notamment le Cantique de la Victoire, de M. Bost), montrent que c'est un travail à la fois intéressant, utile et instructif. Il faut se rappeler d'ailleurs, que les psaumes se chantaient ordinairement par le maître-chantre, et que les chœurs n'intervenaient que pour certains répons, comme cela se voit encore dans les synagogues, et comme pour les prières on en trouve aussi des exemples dans les Eglises romaine et anglicane.
b) Des complaintes, élégies, et lamentations, ayant pour objet les malheurs des individus, ou ceux de la nation, quelquefois l'un et l'autre ensemble, cf. 2 Sam. 4. Lam, 4-5.; Ps. 7, 44, 56, 102, 409, etc. Le recueil des Psaumes peut être considéré comme une anthologie de la poésie lyrique des Hébreux; il renferme des morceaux des deux genres que nous venons d'indiquer. - On a voulu voir la trace d'uu troisième genre dans :
c) Le Cantique des Cantiques ; quelques-uns en ont conclu à l'existence d'une poésie plus ou moins erotique chez les Hébreux, et Winer répète ici l'un de ses mots favoris, c'est que la pédanterie dogmatique ou historique peut seule ne pas admirer dans ce cantique un chaut d'amour empreint de toute l'ardeur des passions de l'Orient. Il est possible, en effet, il est même probable que les Hébreux et leurs poètes ont connu et chanté ce qu'il y a de plus grand et de plus fort dans 1rs sentiments na urel> de l'humanité; c'est un des traits de leur gran deurd'éire restés hommes; mais partout aussi l'on trouve leur regard tourné vers les plus saintes affections, et l'amour seul ne suffit pas à expliquer le Cantique de Salomon.
Quant à la poésie didactique, elle paraît avoir pris naissance dans les proverbes, les dictons populaires, les sentences profondes, les énigmes; on a toujours remarqué, en effet, que ces résumés de la sagesse universelle affectaient volontiers une forme figurée et un certain rhylhme qui les fissent ressortir dans la mémoire et dans l'imagination, et nulle part ce te sagesse populaire n'est plus riehe, plus ancienne, plus profonde que dans l'Orient. Le livre de Job est peut-être, la plus ancienne apparition de ce genre de poé>if ; d> s sages s'entretiennent comme dans le Makt math des Arabes; leurs paroles ne s'élèvent pas toujours fort haut, mais la conclusion du livre est l'expression d'une
sagesse, peut-être peu étendue, mais sûre, morale, et ferme. Salomon forme une seconde époque, 1 Rois 10; ses proverbes réunis en recueil, avec les sentences de quelques autres sa;:es, l'Ecclésiasie, et un certain nombre de Psaumes, sont ce qu'il y a de plus caractéristique en ce genre dans la poé>ie hébraïque , Ps. 4, 133, 32, 50. etc.; on trouve quelquefois aussi dans les prophètes quelques oracles émis en forme de sentences, ou de paraboles, 2 Sam. 42, 1-4. Es. 5, 4-6. Les discours de Jésus portent presque tous le même caractère, et montrent combien ce genre était encore conforme à l'esprit des Juifs de son temps. Et I on n'a pas de peine a comprendre que lorsque la poésie venait donner une forme vivante, brillante, à des pensées déjà fortes en elles-mêmes, pleines dans leur brièveté, sublimes dans leur simplicité, elles exaltassent l'enthousiasme religieux, et produisissent des impressions tout à la fois rapides et durables, sur le génie des Hébreux.
On s'est donné beaucoup de peine pour découvrir dans la poésie hébraïque un mètre, des pieds, des vers, une rime, un rhylhme quelconque, mais tous ces efforts ont échoué; d'une part, parce que la véritable prononciation de la langue est perdue, parce que nous n'avons plus que des données incomplètes, souvent inexactes, sur les sons, la ponctuation, et la longueur des voyelles; de l'autre, parce que ces ornements de la poésie profane ancienne et moderne, paraissent avoir en effet manqué aux règles de la poésie des Hébreux. Ce qui la distingue en effet de la prose, outre un certain rhylhme, difficile a définir, c'est ce qu'on est convenu d'appeler le parallélisme des membres, parallélisme qui réunit pour les opposer, les comparer, ou les confirmer, plusieurs idées analogues, dans une seule et même phrase. Ce parallélisme est appelé synonyme quand les membres de phrases qui se correspondent, expriment une même idée en des termes différents, Gen. 4, 23. Jug. 4 4. 4 4. Ps. 2, 40. Jér. 2, 42. 27. ; antithétique, lorsque les membres de la phrase opposent deux idées l'une à l'autre, Ps. 20, 8. Es. 4. 3.; synthétique, lorsqu'ils expriment une même idée, mais avec une gradation dans le choix des mots, et d'une manière progressive, Ps. 49, 8. 40. 94, 43; dans ce dernier cas il y a identité quand, les mêmes mots étant reproduits, la force de la pensée ne consiste que dans l'addiiion d'images ou de définitions supp'èmeniaires, comme Ps. 48, 11. 42. 401, 48. Ce pa aUclisme des idées est souvent accompagné de la répétition des mêmes nuits, Gen 4, 23. Job 6, b. Ps. 49, 8. 20, 8. H8, 2. 3.; de la rime, Gen. 4, 23. Job 46, 42. : souvent aussi, la phrase se compose de plusieurs membres dont les deux pre-