‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 309 sur 398 · PON · texte numérisé non relu

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Romains, existait cependant encore chei eux comme en Orient ; or, nous pouvons supposer que des hommes qui avaient deux ou plusieurs femmes se soient convertis; rien ue nous au torise à croire qu'en pareil cas les apôtres aien contraint le prosélyte a se séparer de ses fem mes. Calvin fait observer avec justesse que celte séparation, ce divorce, aurait été un nouveau crime ; l'Eglise ne pouvait donc faire autremen que tolérer les conséquences d'un fait qui s'était passé en dehors de l'Eglise. Toutefois, et c'est i ces cas que se rapportent les paroles de l'Apôtre, des hommes danb une position semblable, ne pouvant jouir de la considération dont un évéque doit être entouré, étaient exclus de l'épiscopal, ainsi que ceux qui s'étaient remariés après un divorce illégitime, ou ceux qui entretenaient une concubine a côté de, leur femme légitime. Heidenreich, dans son corn mentaire sur les éiptres pastorales, 4 8ÎG-I 828, a soutenu l'opinion que nous combattons, et la plupart de» sociétés de roissious agissent dans le même sens, en contraignant les prosélytes polygames à renvoyer toutes leurs femmes moins une : dans ce cas on peut se demander quelle est celle que l'époux gardera, et ce que deviendront les autres, et leurs enfants.

POMMIER. Hébr. thapouach. Cet arbre si connu, de la famille des rosacées, n'est nommé que Jocl t, M. Caot. a, 3. 8, 5., et ses fruits, Cant. 7, 8., où leur agréable odeur est compaée au souffle de la bien aimée. Rosenmulb r et d'autres ont cru, à cause décela, qu'il s'agissait dans ces passages du cognassier et du coing, dont l'odeur esl plus forte que celle de la pomme; mais lea pommes de Syrie, au rapport d'Avicenne, ont une odeur plus forte que l.*s nôtres, quoique line et délicate, el la comparaison du Cantique pouvait être facilement comprise. Un argument qui prouverait davan tage en faveur de l'opinion de Rosenmullcr, c'est que dans le langage de l'amour oriental, le coiug joue un rôle, plus ordinaire qu il ne fait et ne pourrait faire chez nous. 11 est possible au reste qu'en hébreu comme en grec, un même mol déaiguat l'un et l'autre fruit ; mais il ressort de plusieurs noms de villes, Jos. 45, 34. 47, 7., que le lhappuah était un arbre assez commun daus l'ancienne Palestine, et certainement la culture du pommier avec, son fruit légèrement acide, mais doux el rafraîchissant, était plus utile, plus recherchée, que celle du rude et âpre cognassier. Le Talmud d'ailleurs, par les détails qu'il donne sur le pommier, appuie sufflsammeul la traduction généralement adoptée.

PONT, contrée de l'Asie, nommée à côté de la Cappadoce, Ad. i, ». 4 Pierre 4,1., et qui, d après ce* passages, était habitée par des Juifs.

Le Pont, dont le nom, signilie mer, venait do voisinage du Pont-Euxin qui baignait au nord ses rivages, était borné au sud par la Cappadui e, à l'est par la Cohhide et la Gramle-Armenie, à l'ouest par la Galatie et la ." : blagonie, dont il était séparé par le fleuve Halys. Il était montagneux vers le suri-est ; le reste du pays était plat. Constitué en satrapie par Darius lih d'Hysiaspc, le Pont prit le litre de royaume sous Mithridale qui en fut le premier roi. L'avant-dernicr des Mithridates, Eupator, (il aux Romains pendant quarante-six ans uue guerre acharnée el cruelle; son fils, le parricide pharnace, soumit sa personne et ses Etais aux ennemis de son père (60 av. C), qui partagèrent le pays en plusieurs petites provinces ou royaumes indépendants, connus sous les Doms de Puni de Galatie, Pont de Cappadoce, el Ponl Polémouiaque,du nom de plusieurs roisPoleraon. dont le dernier fit une cession volontaire de ses Etats à Nérun. Cet empereur réunit le Ponl el la Cappadoce sous une seule administration.

PORC. La chair de cet animal élait mise par la loi de Moïse, au nombre des viandes impures et défendues, Lév. 4 4,7. Deut. 14.8., el les Juifs ont été dans tous les temps fidèles à l'horreur qu'elle leur inspirait, à tel point que p uieur» d'entre eux aimèrent mieux souffrir le martyre sous Anliochus Epiphanes, que de conenlir à en manger, ou même à faire semblant d'en manger, x Maec. 6, 48.7, 4., etc. L'épithète de mangeur de pourceau désignait les idolâtres es plus corrompus el les plus endurcis, Es. 65. 4. 66, 17. D'après plusieurs rabbins, les Juifs ne pouvaient pas même posséder des pourceaux, et les troupeaux mentionnés Malib. 8, 30., cf. Luc 45, 46., apparu naienl sans doute a les étrangeis, ou peut-être a des Galiléens,qui )ouvaient bien sous ce rapport, comme ils l'avaient fait sous tant d'autres, s'être relâchés de la sévérité des prescriptions de leur loi, eu nourrissant des animaux qu'ils ne devaient revendre qu'à des étrangers; d'ailleurs les Juifs modernes ne se font pas de scrupule à cet égard, et ils vendent des porcs aussi bien que des vaches. Ou peut croire qu'en interdisant comme impure l'usage de celte viande, le législateur avail un but diététique, attendu que celle nourriture forte et grasse favorise le développement des maladies de la peau, auxquelles les habitants de l'Orient ne sont déjà que trop sujets ; on du en particulier que le lait de truie engendre la lèpre. Les habitudes sales de cet animal, 2 Pierre 2, 22., et les boulons dégoûtants oont il esl fréquemment affligé, ne pouvaient qu'augmenter l'horreur des Juifs, en fortifiant la nécessité de l'interdiction ; il fût resté immonde quand il n'aurait pas été déclaré tel. Les anciens Egyptiens, les Arabes, les Ethiopiens, les Phé-

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niciens, et peut-être en quelques lieux les Indiens, partageaient le même dégoût, et Mahomet a imposé à ses sectateurs la même abstinence que Moïse au peuple de Dieu. Les Egyptiens cependant, et quelq tes autres peuples, offraient des porcs en sacrifiée à certaines divinités, et les Crétois regardaient cet animal comme sacré.

Le porc sauvage, ou sanglier, est nommé Ps. 80, 13.; terrible au sol, aux arbres, et aux jardins, il se trouve encore en Syrie et en Palestine. On a cru aussi que les bêtes sauvages des roseaux, Ps. 68, 30. .désignaient des sangliers, parce que cet animal s'établit volontiers dans les terrains marécageux, au milieu des jones; mais la définition est un peu trop vague pour qu'on puisse en Taire un trait caractérislique.

PORTES, Portiers, v. Maisons.

PORTIUS, v. Festus.

POSSESSION. Le terrain foncier, les biensfonds, sont la plus grande richesse d'un peuple adonné a l'agriculture, comme l'étaient les Israélites. D'après la constitution du piys, chaque individu, a l'exception des membres de la tribu de Lévi, avait droit à une portion du sol de la terre sainte, qui élait partagée au peuple comme une propriété de l'Eternel, et ce terrain appartenait à sa famille en propriété inaliénable, Lév. 25, 23. (La constitution de Lyeurgue avait introduit chez les Spar:iat> s une disposition semblable). Le propriétaire pouvait cesser un moment d'en être le possesseur; Il pouvait la vendre, l'aliéner pour éteindre des dettes, mais il conservait toujours la faculté, lui ou ses pins proches parents, de la racheter quand il le voulait, Lèv. 25, 25., cf. Jér. 32,7.; en outre, elle rentrait de droit dans sa famille l'année du jubilé, sans qu'il eût à en payer le rachat, v. Année. Ce principe prévenait dans le pays, d'un côté la mendicité, de l'autre l'aristocratie des richesses, la noblesse des terres avec ses suites économiques et politiques; il maintenait, ou ramenait bientôt l'égalité des citoyens, il stimulait ou favorisait l'agriculture, il détournait le peuple de ( industrie et du commerce avec les nations voisines. Le trop grand morcellement des propriétés, qui devait être la suite de leur division et subdivision entre les descendants du propriétaire primitif, pouvait être relardé, du moins pour un certain temps, pur le fait que lors du premier partage, il resta dans le pays une quantité de terres encore incultes qui, ne pouvant être travaillées par une population moins nombreuse, purent être cultivées plus tard, et partagées entre les descendants des premiers propriétaires. Cet inconvénient même n'aurait pas existé si, comme Hug le prétend, les aiucs héritaient seuls de la pro prié té foncière, mais ce n'est qu'une hypothèse qui ne s'appuie sur aucun texte, et qui semble

combattue par Deut. H, 17. Il pouvait arriver aussi des translations forcées d'une famille & une autre famille, lorsqu'un homme mourait sans enfants, ou ne laissait que des tilles qui en se mariant faisaient nécessairement passer sous un autre nom, et sans retour, la possession de leurs ancêtres. Et de toute, manière, si l'on lient compte surtout de la fécondité hébraïque, cette institution devait à la longue entraîner bien des Inconvénients, et finir par tomber en désuétude. Les privilèges accordés au premierné, qui obtenait la part de deux, Deut. 21, 17., mesure qui tendait à conserver à la famille sa possession, allaient d'un autre côté à ('encontre du but du législateur en rompant l'égalité de richesse, et ils contribuèrent pour leur part à l'abandon du principe constitutif de la propriélé. Aussi voit-on déj't dans l'A. T. des possessions acquises ou abandonnées, la suite dt-s héritiers de familles rompue, les riches entassant propriété sur propriété, joignant maison à maison, f | prochatil un champ de l'autre, Es. 5, 8. Mit-b. 2, 2., cf. Néh. 5, et les rois eux-mêmes s'apj ropi iant par des confiscations, judiciaires ou arbitraires et violentes, les propriétés des particu'iers, 1 R. 21, 16., cf. i Sam. 16, 4. Ez. 4">, 9. 46, 18. Après l'exil, après qu'un grand nombre de familles eurent par leur séjour prolongé dans la terre de leur captivité, renoncé de fait à leurs droits sur la terre d'Israël, après q;ie les limites des tribus elles-mêmes, et bien plus encore ce lés des héritages de familles, eurent été effacées, oubliées, transposées, les lois rcLtives a la fixité des possessions devinrent en plusieurs lieux Impossibles, partout difficiles à exécuter; elles furent presque généralement abandonnées, des métiers s'établirent, l'industrie rapportée de B ibvlone s'éleva à côté de l'agriculture, et de nombreux mendiants couvrirez le pays.

POSSESSIONS, Possédés. Ces affections malheureuses, affligeantes, effrayantes, dont les Evangiles renleiment divers exemples, appartiennent au nombre des faits qui ont suscité le plus de débats dans I Eglise chrétienne, et parmi les théologiens. Il est impossible d'approlondir ici tout ce qu'il y a de grave dans les questions qui ont été soulevées à ce sujet ; l'essentiel, les traits généraux devront suffire. L'Ecriture nous montre partout que la source du bien et du mal n'est pas dans l'humanité elle-même. Elle montre le bien comme quelque chose d'absolu, le mal com.i.e étant seulement relatif, quoique réel : le principe du bien existe seul, le mal n'est pas un principe, mais une position, une opposition, une négation. La rédemption n'est possible qu'autant que le mal est en dehors de l'humanité, dans une sphère d'esprits plus éle- |vés; si l'humanité était elle-même le mal, le

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péché, la corruption, il n'y aurait plus lieu à restauration, à rédemption; on ne rachète que ce qui est perdu, mais non le principe même de la destruction. De même que le principe du bien se manife>te dans les anges de lumière, le mal s'individualise d ins les esprits de ténèbres, et l'influence pernicieuse de ces forces occultes se révèle dans ceux que l'Ecriture appelle possédés, comme il se manifeste aussi d'une manière plus spirituelle, plus intérieure dans ceux qui sont appelés d'une manière générale les méchants. Les représentants du mal dans le monde sont d'une part les faux prophètes, les anlichrists, les méchants, qui ne sont jamais appelés des possédés, quoiqu'il soit dit de Judas Iscarlol que Satan entra en lui, Jean 13, 27.; de l'autre les possédés. Chez ces derniers, le mal moral est toujours accompagné de certaines affections maladives, principalement de crampes épil' pliques, en même temps que la conscience qu'ils ont d'eux-mêmes est émoussée ou détruite. Ces affections ne constituent cependant pas le caractère e\c usif, ni même dislinctif, de la possession, car elles peuvent se reproduire en d'autres circonstances purement accidentelles, sans qu'il s'y joigne aucune influence morale : un possédé est muet, Luc 41, 4 4., mais il peut se rencontrer des muets qui ne soient pas possédés, des hommes à qui l'on a coupé l.i langue, d'autres encore qui ont cette infirmité de naissance et qui glorifient Dieu dans leur vie : un possédé est fou, maniaque, mais un autre peut l'être aussi, peut avoir eu l'esprit dérangé par un accident, une peur, sans qu'on puisse conclure à une possession chez lui.

Si l'on rassemble les traits communs aux démoniaques dont parle l'Ecriture, on y voit le résultat d'un singulier mélange d'affections morales, et d'affections physiques antécédentes. La possession apparaît comme un châtiment.

En premier lieu, elle présuppose toujours un certain degré de culpabilité morale, de désordre, non que l'àme ail par méchanceté recherché le mal comme mal, mais asservie a un corps sensuel, elle s'est adonnée sous son empire aux plaisirs des sens et particulièrement à la volupté, tout en résistant intérieurement à des pèches qui lui répugnaient, qui la dégoûtaient. L'étincelle du bien n'était point éteinte; profondément ensevelie, elle fumait encore et n'attendait pour se rallumer que le moment où l ame, re trouvant la conscience de son affreux étal, soupirerait après la délivrance. — Il résultait de cet étal moral, et c'est un second trait caractéristique des démoniaques, un affaiblissement gênerai de l'organisme et noiamuienl du système nerveux ; et plus l'influence des nerfs sur les facultés est grande, plus cet affaiblissement devait réagir d'une manière fâcheuse sur l'or-

ganisme intellectuel, et sur l'harmonie de la vie intérieure tout entière. Ce désaccord moral, cette désorganisation, devait se produire avec d autant plus de force que le roa.ueureux avait davantage le sentiment qu'il était la seule cause de Sun malheur, qu'il était l'auteur de son mal, et que ce qu'il avait fait, il ne lui était pas possible de le défaire. Le méchant, celui qui a vécu dans de> pèches extérieurs plutôt qu'intérieurs, qui n'a pas ruiné son corps par le mal, conserve un c nain équilibre de ses facultés; il peut, comme Judas, être poussé &u désespoir et au suicide, mais non à la folie qui suppose de violents combats entre la conscience et l'esprit de ténèbres. — A côté de cet étal de faiblesse morale et physique, on remarque chez les possédés les ma adies qui découlent ordinairement d'un état semblable : des crampes, des courbatures, Luc 43, 44. cf. 46.; des attaques èpileptiques, Luc 9, 39. Malth. 47, 45.; le mutisme et la surdité, Malth. 9, 32. 4 2. 22., provenant, non d'une destruction des organes, mais de la paralysie continue, ou momentanée, des nerfs ou des muscles qui communiquent à la langue ou à i'oreille; surtout enfin une mélancolie touchant à la folie et paifois à la fureur, Malth. 8. 28. Marc 5, 2. Luc 8, 27. : après leur guérison, ils sont appelés sages, en bon sens, Marc 5, 45. Luc 8. 35. A ce point de vu*, l'oninion qui voit dans les possédés des malades, Malth. 4, 24. 8, 46. 4 5, 22. Ait. 8, 7. Luc 8, 2., se justifie parfaitement sans qu'il soit même nécessaire de recourir à toutes les citations de la médecine ancienne et moderne ; mais elle est fausse en ce qu'elle ne considère que le côlé exlé ieur, matériel du mal , tandis que l'Ecriture va jusqu'à la cause première de la maladie, la possession du pécheur par un esprit malin, impur. — En quatrième lieu, tous ces démoniaques semblent aspirer vers la délivrance, ils semblent attendre même la guérison ; ils se présentent, non comme les plus méchants, mais comme les plus malheureux des hommes, et s'il u'y a en eux qu'une étincelle de désir, d'espérance ou de foi, elle suffit à les rendre capables de recevoir les forces d'en haut que Jésus est venu leur apporter. Chez le méchant endurci, qui a laisse le péché prendre possession de son Ame el de son corps, ou ne trouve pas celle réceptivité; le lieu delà guérison n'existe plus. Chez les possédés, on voit la lutte entre le bien el le mai sous sa forme la plus hideuse, mais enfin c'est une lutte, el jusqu'à ce qu'elle soit terminée, il n'y a ni vainqueur, ni vaincu. La fui reste donc < n germe dans ieur cœur, et c'est à ce germe que peut se rattacher leur guérison. — Remarquons encore que la conscience individuelle semble par moments se fondre chez eux sous l influence ennemie de l'esprit des ténèbres. Ils parlent du

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point de vue des démons; le possédé parle comme s'il était possesseur, ou plutôt celui-ci parle par l'organe du premier, sans toutefois pouvoir jamais étouffer sans retour la conscienee individuelle du malheureux, qui continue de se faire entendre par moments. Cet étal rappelle l'exlase, la plénitude de l'esprit, les langues étrangères de saint Paul, 1 Cor. U, où l'individualité était nécessairement effacée par l'influence puissante de l'esprit de vérité et de sainteté. On ne doit donc pas se représenter le possédé comme une espèce d'être double, mais plutôt comme un individu en la puissance d'un autre, se débattant sous sa main malfaisante et obtenant quelques moments lucides où il reparaît comme libre avec son individualité personnelle. — Sixièmement enlin, la possession est toujours accompagnée, chez ses victimes, d'une espèce de seconde vue, d'une capacité de pressentiment plus grande, d'une clairvoyance somnambule, qui leur fait reconnaître en Jésus l'influence qu'il doit exercer sur le règne des esprits, Luc 8, 38., cf. 8, 2. 11,24.; ce phénomène concorde avec l'idée que nous avons admise, que les affections nerveuses sont le fondement, ta base de la possession en tant que maladie et dans sa partie physique, et l'histoire du magnétisme animal montre combien la faculté de seconde vue s'unit facilement et naturellement a une grande surexcitation nerveuse. On comprend aussi de celle manière les divers langages des possédés, qui tantôt jettent un coup d'œil vif et prorond dans le sanctuaire de la vérité, tantôt mêlent a leurs paroles de grossières rêveries, des mots qui n'ont point de sens; ils rappellent, par le décousu de leurs discours, ces fous dont quelques sentences, pour être frappantes de vérité, brillantes dans une nuit de ténèbres, n'en sont pas moins, au milieu de toutes celles qui les entourent, un douloureux témoignage du désordre ùffreux qui règne dans leur intelligence.

Les Juifs rapportaient, comme Jésus, à l'influence de mauvais esprits, plusieurs de ces cas de maladie, Act. 5, 46. 10, 38. Joseph? , pour sa part, mais ce n'est qu'une opinion individuelle, pensait que c'étaient les âmes des méchants qui, craignant de se rendre au lieu de leur supplice, cherchaient à s'emparer du corps d'un vivant pour y habiter. Chasser les démons hors du corps des possédés, les exorciser, étail le seul remède à ces terribles affections, cf. Mat th. 14, 27. Luc 9, 49. Act. 19, 13. Jésus, par une parole, opérait le miracle, mais le» Juifs avaient aussi des exorcistes, cl ceux-ci, nu dire de Josèphe, se servaient de formules magiques qu 'ils disaient avoir élé données par Salomon, el qui étaient en rapport avec certaines racines ou certaines pierres. Comme on avait remarqué que

les crises de la possession variaient avec les phases de la lune, au moins chez certaines personnes, et qu'elles paraissaient se rattacher à la lunaison, l'on avait donné à ces malheureux le nom de lunatiques, cf. Matin. 4, 24. 17, 15.

On distinguait l'obsession de la possession, la première étant une action extérieure et non intérieure du démon sur le corps et l'esprit: a peu près, dit Calmet, comme un importun qui suit et fatigue un homme dont il a résolu de tirer quelque chose. Ainsi Saûl, qui était de temps en temps animé d'un mauvais esprit, était regardé comme obsédé el non comme possédé, 1 Sam. 16, 23. -, c'est également une obsession du démon Asmodée qui faisait mourir les maris de Sara, «Ile de Raguel, Tobie 3, 7-9. Cependant cette distinction des Juifs est peut-être arbitraire, el les caractères qui distinguent l'obsession de la possession, ne sont pas tellement définis, qu'on puisse décider à laquelle de ces deux affections doivent appartenir certains faits où l'on reconnail cependant l'influence du mauvais esprit; si l'intermittence constituait l'obsession, elle se retrouvait pourtant chez des hommes que l'Evangile appelle possédés, .Math. 4, 24. 17, 15.

La frappante analogie qui se présente entre les cas de possession rapportés par l'Evangile et plusieurs maladies connues, a séduit bien des théologiens et leur a fait admettre une explication dite naturelle, la négation de la possession. Les forces prodigieuses de certains fous dans leurs moments de folie, la misanthropie d'autres individus qui ne veulent se laisser approcher de personne, tant de gens qui se croient changés en loups, eu chapeaux, en beurre, qui se croient rois ou prim es, d'un autre côté, les épilepliques avec toutes les horreurs de leur mal, toutes ces choses dont on peut trouver la cause prochaine dans un dérangement physique, un é< hauffemenl des intestins, une irritation de la bile, une lésion du cerveau, une affection des nerfs paraissent tenir de si près à l'organisme qu'on en est venu à méconnaître l'action, plus éloignée parce qu'elle est plus profonde, des méchants esprits.

D'un autre côté, l'on s'est demandé comment il se fait qu'il n'y ail plus de possédés. Avant de répondre, posons une question, et demandons-nous : N'y a-t-il en effet plus de possédés? La question peut évidemment se poser ainsi; tout dépend en effet des définitions : toutefois, nous n'essayerons pas de la résoudre pour le moment; rappelons seulement que plusieurs médecins distingués renoncent a expliquer, comme a guérir, certaines maladies qu'ils ne comprennent pas, et dont ils disent qu'elles ne sont pas naturelles, el demandons-nous quels noms les apôtres, s'ils entraient, de nos jours, dans quel-

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