‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 331 sur 398 · S AL · texte numérisé non relu

S AL

SAL

prélre delà famille d'Aaron, 4 Chr. 6, 42. 43. — Ce nom élail fort commun.

SALMA. 4° Arrière-pet it-lils d'Ephrata , et père ou prince de Bethléem, 4 Chr. 2, 54. 2° Salma, 4 Chr. 2, 4 4., appelé aussi Salmon, Matlh. 4. 4. Luc 3, 32. Rulh 4, 20., élail fils de Nahasson ; il épousa Rachat) de Jérico, dont il eul Booz. Son nom se trouve dans les deux généalogies du Seigneur.

SALMAN, Os. 40, 4 4., ou

SALMANÉSER, 2 H. 47, 3. 48, 9., roi d'Assyrie, successeur de Tiglalh-Pilëser, et prédécesseur de Sargon, contemporain de So, roi d'Egypte, 47, 4., fondit sur Israël au temps de Hosée, 729 av. C, le soumit, et se le rendit trihuiaire; mais Dosée s'élant allié avec I Egypte, et ayant cru, au hout d'un certain temps, être assez fort pour pouvoir se soustraire au payement du tribut, Salmanéser revint et assiégea Samarie; Sargon la prit au bout de trois ans, dans la neuvième année de Hosée, s'empara de la personne du roi, l'emmena en esclavage avec la plus grande partie de son peuple qu'il dispersa en Assyrie, et mit fin au royaume des Dix tribus. C'est cette castatrophe que prédit Esaïe, 40, 9. Les chap. 4 5 et 4 6 du même prophète, sur les Moabites, et notamment le dernier verset de cet oracle, paraissent également annoncer les combats et les victoires de Salmanéser; Moab était sur le chemin du guerrier qui marchait d'Assyrie en Ephraïm, et tout rend probable que ce fut lui que Dieu chargea d'exécuter ses menaces, et d'accomplir ses prophéties; on n'a, du reste, pas d'autres détails sur ces campagnes. Salmanéser, d'après Ménandre, s'empara encore de la Phénicie, mais échoua contre l'île de Tyr. L'histoire profane a conservé son nom; Osée, 40, 44., l'a abrégé, v. No.

SALMON. v. Salma.

SALMONE, Act. 27, 7., promontoire delïle de Crète, nu nord-est, vis-à-vis de Guide ou Rhodes (Strabon 40, 474.) aujourd'hui cap Sidéro.

SALOMÉ, femme de Galilée qui accompagnait, avec d'autres, notre Seigneur dans ses voyages, Marc 45, 40. 46, 4. Il ressort de la comparaison de ces passages avec Matth. 27, 56., qu'elle était mère de Jacques et de Jean, par conséquent épouse de Zébédée. Les anciens en font une fille de Joseph, le père légal de Jésus; d'autres la tiennent pour l'épouse de ce Joseph auquel elle donna deux filles; d'autres, enfin, la font fille d'un frère du sacrificateur Zacharie, le père de Jean-Baptiste; mais tout cela est incertain. Quoi qu'il en soit de ces dernières données, la première est sûre; elle était mère de Jacques et de Jean; c'est elle qui, avec l'idée d'un règne terrestre du Messie,

et voyant les adhérents du roi futur se multiplier autour de lui, douze apôtres d'abord, puis soixante-dix disciples, et d'autres encore, s'empressa de recommander ses deux enfants à la protection particulière du maître, en demandant pour eux les deux meilleures plates dans son royaume. D'un mot, Jésus renver-a l'échafaudage d'espérances charnelles qu'elle avait élevé dans son cœur, et, lorsqu'elle suivit le Seigneur au lieu du supplice, elle put se convaincre mieux encore qu'en effet son règne n'était pas de ce monde; sa résurrection, dont elle fut témoin lorsqu'elle vint avec ses compagnes pour embaumer le corps, acheva de l'éclairer sur la nature du maître de ses fils, sur son royaume, et sur sa gloire. — Les prétentions de Salomé, pour n'être pas repoussées comme ridicules, devaient être fondées sur une position sociale plus relevée que celle des autres apôtres, et ce fait tendrait à prouver que Zébédée n'appartenait pas aux classes intérieures de la société. Le secret de cet entretien ne fut pas gardé; car, peu après, on voit les apôtres irrités contre les deux frères, qui avaient assisté à la présomptueuse demande de leur mère, et qui paraissent si bien l'avoir appuyée, que saint Marc, 40, 35., la leur attribue, comme si c'étaient eux qui eussent porté la parole. On voit, par l'histoire de Salomé, combien l'amour maternel peut égarer les meilleurs esprits : heureux si l'on peut apprendre avec elle que, pour être grand dans le royaume des cieux, il faut devenir petit à ses propres yeux! — Salomé élail aussi le nom de la fille d'Hérodias, q. v.

SALOMON fils de David et de Bathsébah, le dixième fils de David selon la liste de 4 Chr. 3, 5., et son successeur sur le trône de Joda. Son règne de quarante années va de 4040 a 970 av. C. Son histoire est renfermée dans les onze premiers chapitres du premier livre des Rois, et racontée de nouveau sous un autre point de vue, et avec quelques omissions importantes, 2 Cbr. 4 -9. Elève de Nathan, il était appelé au trône par les promesses que Dieu avait faites à David, son père, 2 Sam. 7, 42. 4 Chr. 47, 44 . Ps. 432, 44. 4 R. 8, 20. Une conspiration ayant pour but de le renverser hâta son couronnement. Il fut présenté au peuple par Nathan, Tsadoc et Bénaja, reçut avec modestie les applaudissements de la multitude, déjoua, par son élévation, le complot qui devait lui ravir la couronne avant qu'elle fût posée sur sa tète, et pardonna à son imprudent et malheureux frère Adonija, n'exigeant de lui qu'un avenir de fidélité pour expiation d'une révolte passée. On suppose que c'est à l'âge d'environ vingl ans qu'il monta sur le trône; Josèphe ne lui donne que quatorze ans, d'au-

SAL

SAL

très encore moins, à cette époque de sa vie.

Des révoltes à peine étoflffées, des guerres à peine finies, l'habitude de l'agitation chez le peuple, des haines de famille , des rivalités sacerdotales, voilà ce que le jeune roi trouvait sur le trône à un âge où l'on n'a pas encore d'expérience, et après une éducation qui, en l'éloignant du tourbillon de la vie publique, n'avait pu remplacer pour lui l'expérience. Des troubles politiques et des troubles religieux I Mais le ciel ne resta pas longtemps sombre : les nuages se dissipèrent, et le soleil parut.

Quelques actes énergiques commandés par une sage politique, et par le testament de David, firent connaître au peuple que Salomon régnerait avec Justice et fermeté. Joab fut mis à mort comme meurtrier d'Abner et d'Haroasa; Adonij», qui renouvela sous une forme détournée ses prétentions à la couronne, fut puni de mort; Simhl, qui avait enfreint la condition de son pardon, fut puni de mort; Abiathar, qui avait trempé dans la conspiration d'Adonija, vit la peine de mort commuée en celle de l'exil, en considération des services qu'il avait rendus à son père ; Banillaî et ses enfants reçurent la récompense de leur fidélité. — En exerçant ainsi la justice, en montrant qu'il ne s'arré.ait pas au rang du criminel, mais qu'il frappait le crime, quel qu'en fût l'auteur, Salomon affermit le sceptre entre ses mains. Jusque-là il n'avait fait que suivre les inspirations de son père, et il avait réussi; il devait apprendre à régner seul. Il assembla le peuple à Gabaon, où était encore le tabernacle, et il y offrit mille holoraustes à la fois, splendide inauguration d'un règne qui devait rétablir et achever de régler le culte. La nuit suivante, Dieu lui apparut en songe, et lui demanda de choisir ce qu'il désirait, grave et solennelle épreuve pour le cœur d'un jeune homme! (On se rappelle involontairement l'épreuve de Pâris sur le mont Ida). Salomon répondit par une prière touchante et pleine d'humilité, et, sage, il demanda la sagesse. Il éprouva ce que l'homme a tant de peine à croire, que toutes choses sont données par-dessus à celui qui cherche premièrement le royaume des deux et sa justice, Mattb. 6, 33. Dieu lui accorda la sagesse qu'il avait demandée, les richesses et la gloire qu'il n'avait pas demandées. Plein de joie, il revint à Jérusalem achever devant l'arche sainte les sacrifices qu'il avait commencés devant le tabernacle à Gabaon. Il fut bientôt appelé à donner publiquement une preuve de sa sagesse, et l'bistoire des deux femmes réclamant l'une et l'autre, comme le leur, un même enfant, est un des plus beaux épisodes de sa vie, une des plus belles et des plus naïves peintures de la vie et des mœurs judiciaires de

l'ancien Orient. Bientôt la gloire de Salomon se répandit au dehors; sa puissance s'affermit sur tous les pays compris entre l'Euphrate et le torrent d'Egypte; les trésors affluèrent à Jérusalem. En paix avec tous ses voisins, il vit tout prospérer a l'intérieur : le commerce par terre et par mer se développa considérablement; des vallées furent comblées; Jérut-alem fut ceinte de remparts; des palais furent construits; des villes et des villages s'élevèrent et s'agrandirent; Palmyre fut fondée au milieu des déserts vaincus et peuplés; de glorieuses alliances le mirent en contact avec tous les princes de son temps, qui vinrent le visiter et admirer sa sagesse autant que ses (résors; « l'argent enfin, et l'or, nous dit l'historien, pour résumer en un mot la splendeur de ce régne, n'étaient pas plus estimés à Jérusalem que les pierres, ni les cèdres du Liban que les figuiers de la plaine. »

Le culte de l'Eternel ne pouvait rester oublié au milieu de la prospérité générale ; le temple dont David avait conçu le dessein et dont Dieu avait promis l'exécution à Salomon, ne pouvait pas tarder à s'élever et devait éclipser en splendeur tout ce qui avait été fait jusqu'alors. Le moment était venu de fixer l'arche et le tabernacle qui, depuis des siècles, avaient été errants de Silo a Nob, puis A Bahalé, puis à Gabaon, puis à Jérusalem, d'abord chez Hobed- Ertom, puis sous une lente élevée par David; le moment était venu de réunir d'une manière stable les divers objets du culte jusqu'alors dispersés, et de donner à la religion juive un centre où le peuple vint adorer une magnificence qui répondit aux charnelles objections des idolâtres, qui excitât l'esprit charnel des Hébreux indifférents. David avait déjà assemblé les premiers matériaux, 1 Chr. 22, 3.; Salomon continua ; ses rapports avec le roi de Tyr lui rendirent la tâche plus facile; des ouvriers lyriens et les bois du Liban furent mis à sa disposition; plus de 150,000 hommes, 4 R. 5, 45., travaillèrent à ce grand ouvrage qui, entrepris dans la quatrième année du règne de Salomon, fut entièrement achevé en sept ans et demi. La dédicace du temple eut lieu l'année suivante et dura sept jours, puis vint se confondre avec la fête des tabernacles qui commençait. Une foule immense était venue de toutes les parties du royaume; l'arche fut conduite avec pompe, accompagnée de tous les chefs d'Israël, et déposée solennellement dans le lieu très saint ; au moment où le voile qui devait la cacher aux yeux du peuple fut abaissé, la nuée de l'Eternel remplit le temple, et Salomon prononça la magnifique prière de consécration que l'Ecriture nous a conservée ; après s'être levé il bénit le peuple, le feu du ciel tombe et consume les

SAL

holocauste»; la nuée sainte se répand dans le temple, et le peuple entier se prosterne comme un seul homme. Pondant cette double féte qui dura deux semaines, les sacrifice», les holocaustes, les chants sacrés continuèrent sans interruption; Jérusalem, ornée de feuillage, embellie par ses nouveaux bâtiments, animée par la présence de ses innombrables hôtes, fut ce jour-là la reine du monde et devait présenter un coup d'œil enchanteur; la chair de 28,000 bœufs et de 420,000 brebis offerts en sacrifices par Salomon , servit aux festins de ces nombreux convives qui remportèrent dans leurs tribus, dans leurs villes et dans leurs campagnes, bien des joies et de beaux souvenirs.

L'Eternel apparut alors une seconde fois & Salomon; en lui rappelant les promesses de Gabaon, il lui rappela aussi que sa prospérité dépendrait de sa fidélité. Cet avertissement était nécessaire à ce roi de trente-deux ou trente-trois ans; il était â craindre que tant d'élévation ne loi donnât le vertige. Salomon ne répondit rien. Quelques années heureuses et pures s'écoulèrent encore. Le fils de David avait épousé une Pharaon, convertie sans doute au Dieu d'Israël, mais toujours considérée par le peuple comme une étrangère, et ce fut probablement pour céder à l'opinion publique, peut-être aussi par un scrupule personnel, que Salomon ne permit pas qu'elle habitât la maison de David où l'arche était restée quelque temps. Cette Egyptienne était la reine de l'empire, de préférence aux autres épouses de Salomon, parmi lesquelles on trouve encore plusieurs païennes d'origine, Hammoniies (Nahama), Moabiles, Hélhicnnes, Sidoniennes, etc. 4 H. 44, 21. 81. 2 Oir. 12, 43. Si l'on se rappelle les paroles de Moïse, Deut. 23, 7., on ne peut s'empêcher de trouver un excès de susceptibilité religieuse soit chez le peuple, soit chez le roi, dans le refus de la laisser habiter la maison de David ; et si cet excès vaut mieux que l'excès contraire, il faut avouer aussi que bien souvent l'un sert à cacher l'autre.

La visite de la reine de Séba est la dernière gloire de ce règne, et servit peut être de transition aux désordres qui en déshonorèrent la fin. On voudrait presque ne lire l'histoire de Salomon que dans le livre des Chroniques qui la termine ici. La prospérité, l'achèvement de ses travaux, le repos perdirent le plus sage des rois; des femmes égarèrent son cœur; il se forma un immense harem, et l'impureté poussa â l'idolâtrie le fils de David, le constructeur du temple, le restaurateur du culte; il consacra aux idoles des hauts lieux que Josias détruisit plus lard, 2 R. 23, 43.; ses concubines voulurent rester fidèles à la religion de leurs pères, et chacune sut entraîner te grand roi dans son

SU

idolâtrie. Une troisième fois l'Eternel lui * parut, mais ce fut pour lui annoncer la divisi < qui déchirerait son royaume après sa mort: ;• châtiment n«< frappa que lorsque l'heure t.i sonné, mais U se fit pressentir; le tonnent gronda longtemps avant qu'où ne vit tomber a foudre; la révolle bientôt éloufTée de Haroaii. 2 Cbr. 8, 3., appartient sans doute à ces sigw qui devaient annoncer la fin d'une paix de qnrante années; le retour de Hadad eo Iduni*, les courses de Rézon eo Syrie, 4 R. 4 4, tt les oracles d'Ahija, les sourdes menées de Jcroboam, tout grondait, et Salomon dut coop rendre que sa gloire était passée. Ainsi «pt Dieu le lui avait annoncé, sa vie ne fut pow prolongée; il mourut âgé d'environ soixkr ans, laissant une immense réputation dans tout l'Orient, et rappelant à tous les Israélites pim que celui qui est debout doit prendre gardr qu'il ne tombe.

Quelques observations détachées acbètrronl de faire comprendre son règne et son h*toire.

1° Le nom de Salomon qui signifie le paisible, le pacifique, était, comme les noms de David et de Saûl, parfaitement d'accord are k caractère et la vie de celui qui le portait, U correspond à l'allemand Friederich. Salon*» parait avoir été d'un naturel tranquille et doux, plus ami de l'éclat que du bruit, des fêtes religieuses que des réjouissances politiques, drf études paisibles que des glorieuses aventures; plutôt porté â la clémence qu'à la sévérité ; deste, mais sage et ferme, ayant toutes les qualités qui peuvent assurer à un monarque 1» conservation de ses frontières, et le calme à l'intérieur. Ses études et ses travaux littéraires furent immenses; outre les Proverbes, l'Ecclésiasle et le Cantique, dont il est parlé ea leur place, il a écrit des ouvrages d'histoire naturelle dont la science plus que la foi peut regretter la perte, mille cinq cantiques (et non cinq mille, comme le portent par erreur presque toutes les éditions de Martin) ou chants lyriques destinés au culte, dont le psaume 427 et peut-être le 45 ont seuls survécu; enfin trois mille paraboles, fables, apologues o dont les unes ont été conservées dans le recueil des Proverbes, les autres peutêtre dans les fables orientales auxquelles Pilpay, puis Esope, ont plus lard donné leur nom. 4 R. 4, 32. Sa sagesse se montra encore dans ses jugements, et son esprit, ami des luttes pacifiques, dans les jeux d'énigmes auxquels il 6e livrait avec les rois voisins, comme on le voit par I histoire de la reine de Séba : la tradition veut même que des correspondances de ce genre entre Hiram et Salomon aient longtemps été conservées dans les archives de ka

sa

SAL

ville de Tyr, et Josèpbe cite à cet égard les assertions de Dion et de Ménandre.

2° La sagesse que Dieu accorda à la demande de Salomon, et qui ne l'empêcha pas de succomber aux plus déplorables tentations, n'était point celte sagesse dont il est parlé Jacq. 4,5.; c'était purement el simplement la sagesse administrative et gouvernementale; Salomon n'en avait pas demandé davantage, 4 R. 3, 9. : c'était la sagesse terrestre, Jacq. 3, 45. Le roi était sage, l'esprit de l'homme pouvait l'être aussi ; le cœur ne l'était pas nécessairement, et la splendide histoire de ce règne de quarante ans ne le prouve que trop : Dieu éclaira son esprit, agrandit ses vues, développa son intelligence, remplaça pour lui l'expérience par une profonde sagesse et par une connaissance instinctive des affaires, mais laissa son cœur libre, et ne contraignit sa volonté ni vers le bien, ni vers le mal. On comprend dès lors que le plus sage des rois ait pu devenir le plus faible des hommes, et que l'idolâtrie ait pu se glisser dans son cœur a la suite de la volupté. A la sagesse politique Salomon joignait des talents particuliers, et sa facilité naturelle pour apprendre trouva de grands avantages dans les loisirs de la paix, dans les découvertes des voyageurs, dans les rapports qui l'unissaient avec les roi9 des contrées voisines, dans les produits étrangers que lui apportaient d'apnée en année ses navires de commerce, et dans les impots en pâture ou dans les cadeaux que les pays tributaires faisaient affluer à sa cour. La richesse vint en aide à la science.

3° Quant au commerce de Salomon , quant aux pays d'Qpbir, de Tarsis, et aux produits ou aux objets de ce commerce, on trouvera aux articles spéciaux les détails et éclaircissements nécessaires. Nous croyons seulement que toutes ces belles entreprises furent plus conformes a la sagesse humaine qu'a la sagesse divine; plusieurs étaient positivement contraires au texte de la loi, notamment les amas de chevaux que Salomon faisait venir d'Egypte, et si ladministratiop sembla d'abord y trouver une source de prospérité, le royaume ne tarda pas a apprendre que ce n'est pas Impunément qu'on transgresse les ordres de pieu. L'industrie vint à la suite du commerce, les arts et métiers fleurirent ; les constructions nombreuses entreprises par Salomon favorisèrent le développement de l'architecture, de la sculpture, de l'ébènisterie, de l'orfèvrerie, de la byoutci ie, el si les travaux les plus Dus et les plus délicats furent d'abord confiés à des étrangers, il est bien probable que ceux-ci laissèrent des élèves, el que l'industrie devint nationale en Israël.

4» Mais l'industrie et le commerce amenèrent le luxe à leur suite» avec le luxe la pauvreté,

et des germes de mécontentement : le peuple* destiné à la culture de la terre, voulut imiter la pompe de la cour et du culte ; la simplicité des mœurs avait disparu, l'orgueil avait pris sa place, et les murmures de la nation ne furent étouffés que par la grandeur et la puissance d'un roi qni n'avait rien a redouter: à sa mort Ils éclatèrent, et les successeurs de Salomon durent comprendre que la sagesse dans l'obéissance eût mieux valu que la simple science de la royauté. Le grand commerce de Salomon ne fut que le prélude de ses autres infidélités, et |e commencement de la fin.

5° On a beaucoup discuté, et même plaisanté, à propos des immenses richesses de Salomon, et vraiment il n'en valait pas li peine. Dieu lui avait promis les richesses, il les lui a données j)ar les voies les plus naturelles. Les guerres victorieuses de David avaient rapporté au trésor de riches butins; d'immenses contrées tributaires apportaient chaque année leur offrande a Jérusalem ; Israël en paix fécondait ses champs et ses montagnes; aucun fléau, ni guerre, ni armée, ni sécheresse, ni famine, ne forçait une année i nourrir l'année suivante , et chacun jouissait en plein de son revenu du moment; tous les bras étaient occupés; les travaux étant nombreux, le salaire était suffisant, les vivres étaient à la portée de tous, et il n'en faudrait pas davantage A nos nations modernes pour qu'elles s'estimassent heureuses et prospères. Or, Salomon avait davantage encore ; et le commerce qui fil seul la richesse de l'Espagne et du Portugal il y a quelques siècles, le commerce qui place l'Angleterre et les Etats-Unis a la tête des peuples modernes, le commerce vint faire regorger de ses riches produits les coffres déjà pleins de Jérusalem. Toutes ces causes de prospérité font paraître, non point ordinaire sans doute, mais bien naturel, un état de choses qui semble au premier abord presque merveilleux, et la seule chose dont on s'utonne, c'est qu'on ait pu être étonné de cet assemblage de richesses, dont l'absence seule, en d'aussi propices circonstances, aurait le droit de surprendre. Ajoutons, et ce sera peut-être une restriction, que c'est le roi et non point le royaume qui profitait directement de ces richesses ; les sujets n'en subissaient que l'heureux contrecoup, leur abondance n'était que le reflet de la prospérité du monarque. Salomon avait le bénéfice de tous les transits, le monopole de tous les commerces; rien ne se faisait qu'en régie, el l'Orient ancien n'est a cet égard encore que le frère aîné de l'Orient moderne, où la cour est plus que la nation. La liste civile en provisions de bouche pour chaque jour était considérable, 4 R. 4, M., et douze commissaires, établis sur autant Oe district», avaientlour à tour A pourvoir

SAL

SAL

aux besoins de ta table royale ; la vaisselle d'or abondait et absorbait une partie des capitaux nationaux ; le vestiaire ne le cédait en rien en magnificence aux splendeurs de la table et à la richesse des appartements et du trône; un sérail, composé en grande partie de femmes étrangères, représentait au sein de l'Etat un Etat privilégié qui dépensait sans rien produire. Le peuple, de son côte, contribuait à donner de l'éclat au trône, et s'il en recevait quelque bien, il lui donnait cependant davantage; les impôts et les corvées fournissaient à bien des besoins, mais n'enrichissaient que le roi ; le peuple était épuisé, 4 Cbr. 29, 6., et il finit par le montrer. — S'il restait encore des doutes sur les énormes richesses dont pouvait disposer le fils de David, ils devront céder devant une considération qui n'est pas une preuve, et qui peut être davantage : ces richesses sont de notoriété publique ; Salomon a laissé dans tout 1 Orient la réputation du plus riche des rois, et des réputations de ce genre ne s'usurpent jamais.

6° On verra, à l'art. Temple, ce qu'il y a à dire sur le matériel de cette construction. Bornons-nous pour le moment à une observation. Le temple qui dans l'idée de David devait être un hommage de plus rendu à l'Eternel, qui pour Salomon était tout à la fois un acte de piété ei un acte de splendeur, n'a pas rendu de grands services a la religion; il l'a plus centralisée, il l'a rendue encore plus nationale qu'elle n'était auparavant, mais il l'a matérialisée, fixée, Ûgée ; il en a fait un opus operatum ; on a rendu à ses ornements plus d'honneur qu'à la simplicité du tabernacle du désert, et plusieurs se sont fiés sur des paroles trompeuses, en disant : C'est ici le temple de l'Eternel, le temple de l'Eternel, le temple de l'Eternel I Jér. 7, 4. 11 semble que le judaïsme déjà, et par les deux plus grands de ses rois, ait dû protester contre le culte des formes. Les Juifs avançaient assez lentement dans les voies de la piété, retenus qu'ils étaient par la pesanteur de leur sensualisme , sans qu'il fût nécessaire de les rattacher encore à la matière, et ce que Salomon fit pour l'extérieur du culte, il le lit au détriment du culte intérieur; il ne fut pas le dernier à en faire l'expérience personnelle. L'autorisation que Dieu donna à l'érection d'un temple n'est pas une approbation, c'est à peine un consentement ; il dit à David ; je n'en ai pas besoin, ton fils me bâtira une maison. 11 semble protester pour sa part, constater un fait, et en laisser l'auteur entièrement responsable.

7° La visite de la reine de Sèba est mentionnée avec une sorte d'éclat au milieu de toutes les autres visites qui furent faites à Salomon. Les offrandes qu'elle apportait, la beauté et la grandeur de son cortège, son admiration pour

la science et l'esprit du roi hébreu, sont rapportes avec complaisance; ses discours semblent annoncer qu'elle était digne de l'hôte qu'elle venait admirer. Notre Seigneur, en la louant de ce qu'elle avait fait, Maltb. 12, 42. Luc 41, 34., blâme les Juifs de ne pas pressentir le roi de gloire, la sagesse éternelle qui est au milieu d'eux. — Une tradition éthiopienne porte que la reine de Séba eut de Salomon un fils, Ménibélek, duquel les rois actuels d'Abyssinie prétendent encore descendre en ligne directe, v. Scéba.

8° La relation des Chroniques est en général plus courte que celle des Rois ; elle supprime certains détails qui ne manquent pas

d'importance,

la chute et l'idolâtré

de Salomon, et les exécutions qui inaugurèrent son règne; elle va même jusqu'à colorer d'un motif religieux, 2 Cbr. 8, 44 ., la construction d'un palais spécialement affecté au service de sa femme, la tille de Pharaon ; scrupule religieux que le livre des Rois ne parait même pas connaître, 4 R. 9, 34. Le plan particulier de ces deux livres explique ces différences, et en explique d'autres encore : les Rois racontent, ainsi que leur titre l'indique, l'histoire des rois; les Chroniques racontent davantage l'histoire du royaume théocratique. Plusieurs actes de Salomon, sa chute entre autres, furent des actes personnels, et c'est moins pour ménager sa gloire que pour s'en tenir à ce qu'exigeait leur plan, que les chroniques ont passé silence des faits, instructifs san histoire d'un individu, mais presque sans relation avec l'histoire du royaume. Si l'on se rappelle ensuite que les Rois sont l'histoire des prophètes et, pour ainsi dire, du culte libre, et que les Chroniques nous racontent l'histoire dans ses rapports avec le culte iévitique, national, on comprendra certaines autres variantes, omissions, ou additions, telles que 2 Cbr. 2, 47., cf. 4 R. 6, 43. 2 Chr, 5, 44-44., cf. 4 R. 8, 40. 2 Chr. 8, 42., cf. 4 R. 9, 25. v. les commentaires.

9* Que Salomon soit revenu de ses égare ments avant de mourir, c'est ce qui ne nous laisse pas l'ombre d'un doute, mais le récit biblique se tait sur ce point. Le fils de David, le coustructeur du temple, l'auteur de trois des livres du canon, ne saurait être un réprouvé ; il a pu tomber, mais il a dû se relever, et si la réprobation pesait sur lui, le livre des Chroniques ne nous laisserait pas sous l'impression de sa fidélité : ce n'est même que parce qu'il s'est repenti que l'auteur des Chroniques a pu passer sa chute sous silence. Une chute n'était qu'un fait; une apostasie finale eût modifié, ou plutôt changé complètement le jugement que ( histoire doit porter sur ce monarque; et si Dieu l'a

SAL

SAL

jugé digne de lui dénoncer lui-même les châtiments qui fondraient sur son royaume, c'est que Dieu ne le rejetait point ; il est d'ailleurs probable que cette vision, et le trouble de ses derniers jours, furent les moyens dont Dieu se servit pour le ramener à lui.

10° La tradition et les légendes se sont emparées de cette vie si riche et si grande, et l'Orient chante encore Salomon : nous n'avons pas à nous en occuper; le seul fait a signaler est la durée de quatre-vingts ans que Josèpbe donne à ce règne ; en faisant mourir Salomon à quatre-vingt-quatorze ans, il en fait une sorte de Louis XIV, moins les guerres et les persécutions religieuses.

11° Le nom de Salomon est souvent rappelé dans l'histoire de ses successeurs, ou à propos du temple et du culte. En dehors des livres historiques de l'A. T., on le trouve Ps. 75, 4. Jér. 52, 20. Néb. «3,26. Matth. 6, 29. 42, 42. Luc 41, 34. 43, 27. Jean 40,23. Act. 3,44.5,42. 7, 47., et il est à remarquer que dans tous ceux de ces passages où 11 sert de terme de comparaison, il est nommé avec défaveur et comme terme inférieur.

Le parallèle suivant complétera ce qui a été dit du caractère de ce monarque, et contribuera à jeter du jour sur sa vie, sa philosophie et ses récits, Une étude profonde du sujet, et une intelligence parfaite du sens hébreu, ont seules pu inspirer à M. F. de Rougemont ce remarquable fragment. « David et Salomon s'expliquent l'un l'autre par l'opposition de leurs caractères. Le premier est un homme pratique dont la vie agitée est pleine de faits intéressants ; le second est un homme théorique, et ses Jours s'écoulent uniformes et tranquilles en un temps de paix. Le premier a la conscience très délicate et le cœur droit et sincère, il sent vivement et ses péchés et les grâces que Dieu lui a faites, et il exprime avec une extrême vérité toutes ses impressions personnelles; le second a plus d'intelligence que de sens moral, il généralise sesexpérlence3 intimes, et trouve une vérité et une sentence où son père n'aurait vu qu'un sentiment individuel. David parle dans ses Psaumes au nom de tous les fidèles et même du Messie, parce qu'il est par son cœur intimement lié au grand corps de l'Eglise; Salomon reste plus en dehors de cette sainte communauté, et lui apporte bien moins son cœur que ses écrits, où il a consigné des vérités générales. La foi et la sainteté sont le tout de David -, Salomon est en outre savant, philosophe, poète, il est le seul artiste et le seul littérateur du peuple hébreu. David possède les choses seules nécessaires et concentre sur elles toute son âme; Salomon embrasse par sa pensée une sphère plus vaste, il aime tout ce qui est

profond, sublime, mystérieux, grandiose. Ce contraste entre David et son (Ils se reproduit fréquemment dans l'histoire; un prince d'un génie excentrique remplace sur le trône son père, homme pratique et sage ; à Philippe de Macédoine surcède Alexandre le Grand ; à Pépin, Charles le Grand-, à Henri l'Oiseleur, Olhon le Grand ; à Louis XIII, Louis le Grand.

« La Bible nous donne elle-même la clef du caractère de Salomon, comme elle fait au reste pour la plupart de ses principaux personnages. Hénoch marchait avec Dieu, Gen. 5, 12., nous dit-elle; Elie se tenait devant le Seigneur, 4 R. 47, 4.; Abraham croyait en l'Eternel, Gen. 45, Rom. 4, 3.; David était un homme selon le cœur de Dieu, Act. 43, 22.; le cœur d'Asa était droit devant l'Etemel, 4 R. 45, 44. De Salomon, que l'Eternel aima dès son enfince, 2 Sam. 42, 24-25., il est dit qu'il aimait l'Eternel, 4 R. 3, 3.; nul autre homme n'a reçu dans l'A. T. un semblable témoignage.

« Salomon se place près de saint Jean, comme David près de saint Paul. Saint Jean est le représentant de la vraie mystique chrétienne, et les notions de la vie, de l'amour et de la parole occupent chez lui une place beaucoup plus grande que chez les autres auteurs du N . T. Ainsi Salomon donne au mot de p/e(j;u)Yj) le même sens profond que l'Apôtre; il a, le premier, exposé les relations de l'âme avec Dieu sous celles de l'épouse avec son époux, et c'est lui qui, seul d'entre tous les écrivains de l'ancienne alliance, nous parle de la sagesse qui est de toute éternité auprès de Dieu.

« Mais Salomon ne fut pas dans sa vie tout ce qu'il est dans ses écrits inspirés, et nous ne devons pas entendre par cet amour qu'il avait pour Dieu dès le commencement de son règne, celui qui s'appuie sur l'expérience du pardon et du salut, et qui procède tout entier de l'esprit de Dieu, Ps. 446; 48, 4. 11 y avait certainement dans ce sentiment de Salomon un élément naturel et terrestre, et nous le compterions parmi ces âmes qu'un penchant inné entraîne vers les choses invisibles, et qui, si Dieu ne les garde, se précipitent dans ce faux mysticisme qui est de toutes les contrées et de tous les siècles. Salomon aura été préservé de cet écueil par le caractère éminemment pratique et positif de la religion mosaïque et du peuple hébreu, et par l'éducation pieuse qu'enfant il avait reçue de son père et de sa mère, Prov. 4, 3.

• Mais le fanatisme n'est point l'unique écueil contre lequel viennent se briser ces âmes exallées ; elles doivent se tenir en garde de la volupté autant que de l'exaltation; et Salomon, dans sa longue prospérité, se laissa séduire par ses femmes, auxquelles tï s'était attaché avec passion, 4 R. 44, 2.; l'amour terrestre lui lit

Page 1