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descendus en Egypte, Pharaon leur assigna une contrée à part, et comme en dehors de PEgyptP proprement dite. Il arrivait aussi que les Israélites et les Egyptiens ne pouvaient manger ensemble, s'ils ne voulaient se souiller les uns et les autres; car les uns s'occupaient et se nourrissaient de choses qui étaient presque invariablement réputées impures chez les autres. Gen. 43, 32. 46, 34.
3° De plus, nous voyons par la loi elle-même que Moïse avait aussi des motifs d'hygiène publique et privée : il importait, en effet, beaucoup à un bon législateur de veiller à la santé du peuple, surtout dans un pays aussi chaud que la Palestine, où le climat développe les germes de maladie avec une telle rapidité, qu'il leur fait prendre facilement un caractère épidémique, ou les rend presque inguérissables. En s abstenant ainsi de tout aliment qui prédisposait au moins à certaines maladies, s'il ne les produisait pas lui-même, non-seulement les Juifs n'engendraient pas ces maladies, mais ils se préservaient encore des maux épidémiques contagieux qui auraient pu se développer chez les peuples voisins.
4° Nous trouvons un dernier motif à ces distinctions dans l'influence incontestable que la nourriture exerce sur le tempérament et les facultés intellectuelles de l'homme. On a observé de tout temps que certains aliments développent on émoussent telles ou telles facultés, morales ou spirituelles, qu'ils rendent l'homme dur, sanguinaire, sensuel, stupide, ou doux, léger, bienveil lant, intelligent. Or, comme les Juifs devaient être un peuple religieux et moral, pur, propre à être guidé par l'influence de l'Esprit de Dieu et à recevoir ses révélai ions, il fallait leur interdire, entre autre choses, toute nourriture qui aurait favorisé et fortifié en eux des dispositions contraires. Il est évident que la nourriture, et en général la manière de vivre, rendent l'homme plus ou moins propre â servir d'organe à l'Esprit-Saint. Les observances do nazaréat sont tout entières fondées sur ce principe. LEglise chrétienne même, pour laquelle cette distinction détaillée entre aliments purs et impurs n'existe plus, Act. 10, 10. sq., a néanmoins toujours senti et reconnu la même vérité; c'est ce que les règles des anciens ordres monastiques, des anachorètes, et bien d'autres témoignages, suffisent amplement à prouver. — La chair de toute une série d'animaux, depuis les plus parfaits jusqu'aux plus imparfaits, contient une matière toute particulière, très acre et peut-être vénéneuse, qui en rend l'usage, comme nourriture, très désagréable, et qui répogne à la nature humaine : ce sont précisément ceux-là qui sont déclarés impurs par la Bible. La constitution intérieure de ces animaux correspond à cette
propriété de leur chair ; leur système ganglionnaire parait plus développé que celui des autres ; ceux en particulier que la loi mosaïque déclarait impurs étaient regardés par les Egyptiens et par d'autres peuples païens comme divinatoires ({Aav-rixâ), tels que les chevaux et les chiens, par exemple (Origène contre Celse, 4). Les Juifs croyaient que l'organisme intérieur de ces animaux les rendait particulièrement propres à subir l'influence des démons; cf. Malth. 8, 31. 32., et ailleurs.
Ces lois sur les bêtes pures ou immondes n'étaient pas des préceptes de religion de l'observation desquels dépendit le salut des âmes, et leur transgression ne constituait pas un péché proprement dit, mais une souillure légale : les étrangers qui séjournaient parmi les Israélites n'étaient pas même tenus de les observer. Le concile des apôtres, Act. 15, 29., n'interdit aux fidèles que les choses sacrifiées aux idoles, le sang et les bètes étouffées: pour tout le reste, l'Eglise donne liberté plénière de manger ou de ne pus manger, pourvu que l'on rende grâces à Dieu, avec reconnaissance, dans un cas et dans l'autre. La vision de saint Pierre, Act. 10, dans laquelle des animaux impurs sont déclarés purs sous la nouvelle dispensation de Christ, est expliquée par cet apôtre lui-même, v. 28 : « Dieu, dit-il, m'a montré que je ne devais plus estimer aucun homme, être impur ou souillé ; » les animaux immondes qu'il avait vus dans la vision représentaient les païens de toutes les nations.
ANNE(grâce). 1° L'épouse préférée d'EIkana, rivale de Péninna, stérile d'abord, puis mère de Samuel et de plusieurs autres enfants. 1 Sam. 1 . Son histoire simple et touchante nous apprend ce que pouvait être la foi des Hébreux, et comment ils étaient récompensés pour avoir cru en celui qu'ils ne voyaient pas. La foi d'Anne égalait sa soumission ; ses prières étaient humbles, mais persévérantes : elle obtint l'enfant qu'elle avait demandé, et sa reconnaissance éclata en un chant d'actions de grâces, 2, 1-10., que Zacharic et Marie, onze siècles plus tard, semblent avoir pris pour modèle, Luc 1, 68. sq. 46 sq., et dans lequel, v. 40., le nom du Messie apparait pour la première fois. Elle ne se contenta pas de remercier Dieu en paroles, elle lui consacra le fils qu'il lui avait donné, et cet enfant, élevé par Héli, devint le grand Samuel. Le sacrificateur la bénit, et elle enfanta encore trois fils et deux filles.
2Ô Fille de Phanuel, de la tribu d'Aser. Elle fut mariée de bonne heure, et resta veuve après sept ans de mariage. Dès ce moment , elle se dévoua tout entière au service de Dieu : tous les matins et tous les soirs elle assistait aux sacrifices qui s'offraient dans le temple. Elle avait quatre-vingt-quatre ans lorsque Marie vint y
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apporter son eufant quarante jours après sa naissance; et après que Siméon eut béni Dieu de lui avoir fait voir son salut, Anne, inspirée par le Saint-Esprit, loua l'Eternel, et dirigea sur Jésus l'attention de tous ceux qui croyaient aux promesses de Dieu , en le leur annonçant comme le Messie promis à leurs pères. C'est elle qui, la première après Zacharie, prononça le mot de délivrance , rachat ou rédemption (X'jrpwst;) en l'appliquant à l'œuvre que Jésus venait accomplir sur la terre. Luc 2, 36-38.
3° Anne, Hanan ou Annanus, souverain sacrificateur, fils de Seth et beau-père de Caïphe. Il eut plusieurs enfants, dont cinq fils qui remplirent successivement les mêmes fonctions que leur père, les uns de son vivant, les autres après sa mort. (L'un d'eux, pareillement nommé Annanus, présida, selon Josèphe, à la mort de l'apôtre Jacques.). Anne fut déposé de ses fonctions par Quirinus, légat impérial sous le règne de Tibère, mais continua d'exercer encore une grande influence sur les affaires ; il conserva le titre honorifique de souverain sacrificateur, Act. 4, 6., et fut probablement vicaire (ou safran) de son gendre, le grand prêtre Caïphe, ce qui explique pourquoi on leur donne à tous les deux ensemble le titre de souverains sacrificateurs, 3, 2. C'est devant lui que Jésus fut conduit d'abord après son arrestation, et, soit qu'il voulût se débarrasser d'une affaire désagréable, soit que. pour une cause de cette importance, il crût ue pas pouvoir la prendre sous sa responsabilité, it renvoya le prisonnier devant Caïphe, qui était le souverain sacrificateur de cette année-là, Jean 48, 13. L'un et l'autre furent persécuteurs des apôtres, et nous les retrouvons, Act. 4, 6. au nombre de ceux qui devaient Juger Pierre et Jean coupables d'avoir guéri un impotent. Il est presque le seul des ennemis de Jésus qui soit resté jusqu'à la fin en possession de ses charges et de la considération de ses compatriotes (Jos., Ant., 48, 4, 2 et 3), et cependant il fut le plus coupable.
ANNEAU, v. Boucles.
ANNEE. L'année des Hébreux se divisait en six saisons, composées chacune d'un mois et de deux demi -mois. Ils avaient deux époques, à dater desquelles ils comptaient le commencement de l'année, suivant les objets qu'ils avaient en vue : ils avalent ainsi deux années différentes qui s'enchâssaient l'une dans l'autre, l'année sacrée et l'année civile. Celte dernière commençait, comme encore chez les Juifs de nos jours, au mois de Tisri (mi-septembre); elle réglait les jubilés et toutes les affaires civiles, Uv.î5, 8-10. L'autre, l'année acrée, commentfil au mois d'Abib ou Nisan (mi-mars), parce que c'est dans ce mois que les Israélites furent délivrés de la captivité d'Egypte, Ex. 12, 2.
C'est d'après elle que se réglaient les fêtes et les services religieux; la fête de Pnque, qui tombait au milieu du premier mois, était comme la dédicace ou la mère des autres solennités.
Comme les mois des Juifs suivaient plus que les noires la marche de la lune, et qu'ils étaient alternativement de 29 et de 30 jours, leur année était nécessairement plus courte que la notre, et ne comptait que 354 jours et 8 heures. Pour la faire correspondre avec l'année solaire, ils devaient par conséquent intercaler tous les deux ou trois ans, un mois supplémentaire qui se plaçait après le mois Adar, le douzième de l'année sacrée, et qu'on appelait pour cette raison second Adar (Beadar ou Veadar) : l'année alors avait 1 3 mois et comptait environ 384 jours. Nous donnons ici les noms des douze mois, en renvoyant pour plus de détails soit a l'article Mois, soit à leurs articles respectifs, pour ce qu'il y a à dire sur chacun de ces mois en particulier.
Année civile. Tisri ou Ethanim (correspondant à notre fin de septembre et commencement d'octobre ; nous n'indiquons, pour abréger, que le mois de septembre) ; Marchesvan ou Bol (octobre); Kisleu (novembre); Tebeth (décembre); Sébat (janvier); Adar (février, suivi de Beadar quand il y avait lieu); Nisan ou Abib (mars); Jyar ou Zif ou Jiar (avril); Sivan (mai); Tnammuz (Juin); Ab ou Af (Juillet); Elul (août). Les noms de Tisri , Marchesvan , Jiar, Thammuz et Ab ne se trouvent pas dans l'Ecriture.
L'année sacrée, commençant avec le septième mois de l'année civile, et se rapprochant davantage de la nôtre, comptait donc les mois dans l'ordre suivant: 1° Abib (mars); 2° Jyar; 3° Sivan; 4° Thammuz; 5° Ab; 6° Elul; 7° Tisri; 8« Bul; 9* Kisleu; 40° Tebeth; 11» Sebat; 12° Adar; le mois intercalaire Beadar était le dernier de l'année sacrée, v. sur ce sujet le Traité de l'année juive de L. Bridel (Bâle, 1 81 0) ; la matière y est savamment traitée.
Nous avons à mentionner ici deux institutions mosaïques bien extraordinaires pour nos mœurs , mais dont l'intention , dans la pensée du législateur, ne saurait être douteuse, savoir l'année du sabbat et l'année du jubilé.
Il y avait année sabbatique ou de repos tous les sept ans. Les travaux de la campagne devaient être interrompus; on ne pouvait ni ensemencer les champs, ni tailler la vigne dans cette année extraordinaire, Lév. 25. Le propriétaire même ne pouvait pas jouir exclusivement des produits naturels de son domaine, et les fruits de la terre devenaient la propriété des pauvres, Ex. 23, 41. Les esclaves hébreux pouvaient être affranchis s'ils le voulaient. Pour rassurer le cultivateur inquiet, Dieu promit aux proprié' talrcs que l'année qui précéderait celle du sab-
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bal, il enverrait sa bénédiction sur la terre, de telle sorte qu'elle produirait pour trois années, Lév. 25, 21. Durant celte septième année, le livre de la loi devait être lu publiquement devant tout Israël, d'après un commandement exprès de Dieu.
La loi sabbatique fut probablement observée au temps de Josué et des anciens qui lui survécurent; puis Israël se révolta conlre l'Eternel pour servir Banal, et comme il n'en est plus fait mention postérieurement, la féte de la septième année ne fut probablement plus considérée que comme une division du temps, et comme une institution civile. Cette négligence, et le mépris de celte loi, fut l'une des causes de la captivité des soixante et dix années, 2 Cbr. 36, 21.
Dans quel but Moïse a-l-il pu donner une loi si contraire eu apparence au dessein qu'il s'était proposé, d'arracher les Hébreux à leur vie nomade, el d'en taire un peuple d'agriculteurs? Cette loi ne devait-elle pas d'ailleurs, sous un point de vue tout à fait matériel, fausser les notions agricoles des Hébreux, el nuire au sol plutôt que lui profiter? Remarquons à cet égard que, si chez nous un an de paresse pour la terre est comme un an de paresse pour l'homme et pour ses facultés intellectuelles, c'est-à-dire un lemps de détérioration, nous ne devons pas juger du climat et du sol oriental d'après ce que l'un et l'autre sont chez nous. Plus vigoureuse el plus féconde, la vigne de la Palestine pouvait mieux supporter une année de repos et de mauvaise taille ; et les champs autrement travaillés que les nôtres, plus fertiles, plusebauds, cl peul-èlre mieux entretenus dans la sixième année, pouvaient conserver pour l'année sabbatique une force naturelle qui les fît travailler même sans le concours de la charrue el des engrais. D'ailleurs l'Eternel avait promis sa bénédiction pour celte année qui devenait la sienne, et ceux qui se confient en l'Eternel connaissent la valeur d'une semblable promesse. On peut croire aussi que celle loi servait de transition entre la vie précédente nomade et la vie future des Hébreux; ce devait être pour eux comme un point de répit au milieu des rudes travaux de l'agriculture, qui les eussent effrayés sans l'espérance de cet otium dulce. Mais plus tard, accoutumés à ce nouveau genre de vie, ils voulurent l'utiliser tout entier, et négligèrent l'année de l'Eternel et des pauvres. De plus, en annonçant aux riches une année sans revenu, la loi les excitait au travail, à la prévoyance, a l'économie, lout comme elle y poussait les pauvres eux-mêmes, en leur donnant celte richesse passagère qu'ils devaient être jaloux de faire durer pendant les années qui devaient s'écouler jusqu'à la prochaine jachère septennale. Enfin, un dernier motif de ceUe loi, et qui certes n'é-
tait pas le moindre en importance comme en actualité : elle tendait à conserver au milieu des Hébreux le souvenir de la création et à augmenter leur respect pour l'institution d'un jour de repos au milieu d'eux. Aucun doute ne peut s'élever à cel égard, el l'on ne saurait méconnaître l'intention du législateur de rappeler encore au peuple, trop oublieux de ses devoirs, la nécessité d'observer le jour solennel du Créateur pour le sanctilier. Frappés par une loi de repos qui revenait de diverses manières et qui se présentait sous diverses formes, les Hébreux devaient y être rendus plus attentifs que si le sabbal leur eût été ordonné seul , isolé , sans dispositions analogues dans les autres parties de la loi générale du pays.
Celte dernière observation s'applique également à la loi de l'année du jubilé; elle venait tous les cinquante ans, après sept années de sabbat, et indiquait ainsi comme la clôture d'une semaine sabbatique, Lév. 25, 8-10. Le mot de jubilé auquel on a donné diverses èlymologies, vient probablement de Jobel, qui signilie le son d'une trompette, parce que c'était au son de cet instrument que le soir du jour des expiations on annonçait l'approche de l'année jubilaire; quelques rabbins prétendent même que chaque Israélite étaii obligé de sonner la trompette par neuf fois. Dès le moment où le bruit de l'airain sonore se répandait sur la surface du pays, les délies étaient remises, les esclaves hébreux recouvraient leur liberté, les terres sorties des familles, par ventes ou par échanges, retournaient à leurs anciens possesseurs ou à leurs héritiers. C'était l'année des privilèges el de la liberté, l'année du pauvre el de l'esclave; c'était aussi par excellence l'année de la nation juive, celle dans laquelle toutes choses rentraient dans l'état normal primitif, el où les propriétés reprenaient le nom de leur premier maître.
Plus étrange encore à nos mœurs que la précédente, cette loi qui, sans doute, fui aussi moins religieusement observée, avait une portée plus nationale encore et plus théocratique, en même temps qu'elle avait pour but d'empêcher une trop grande inégalité des fortunes de s'introduire a la longue :iu milieu des Hébreux. Nous avons indiqué déjà son rapport avec l'institution du sabbat. Dieu lui-même avait donné aux Israélites la lerre qu'ils habitaient, et il ne pouvait pas permettre qu'ils l'oubliassent. « La terre est à moi, «. dit-il Lév. 25, 23., et les Hébreux n'étaient que ses fermiers; s'ils eussent pu disposer à tout jamais des propriétés qui leur étaient confiées, ils eussent pu s'en croire les maîtres, et c'est ce que Dieu voulait empêcher. A cet égard la loi du jubilé était donc une loi fondamentale, et reposait sur celle idée, base de la constitution Israélite , c'est que Dieu ne
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traitait son peuple que comme des étrangers sur la terre, et qu'il leur refusait le droit de posséder.
Mais que devenait l'Hébreu que la misère avait fon-.é de vendre son champ ? La modique somme qu'il en avait retirée devait être insuffisante pour l'entretenir lui et sa famille pendant le temps où il en était privé, et il était quelquefois obligé de se vendre lui-même, mesure pénible qui n'imprimait cependant aucune flétrissure sur celui qui y était réduit, et dont l'Eternel avait adouci l'amertume en lui donnant le droit de se racheter en l'année sabbatique, s'il le désirait, et en l'affranchissant nécessairement lorsque l'époque du jubilé venait lui rendre sa richesse première, ses propriétés, et abolir ses dettes. Cet affranchissement, comme le retour des propriétés à la famille de l'ancien possesseur, marquait encore la puissance de Dieu, et la dépendance de la créature. Aucun homme ne peut en posséder un aufre, « car ils sont mes serviteurs, » dit l'Eternel, Lév. 25, 42. « Ils sont mes serviteurs, mes esclaves, et ne peuvent être possédés par personne; ils peuvent se mettre au service d'autrui pour un temps, mais personne ne peut réclamer sur eux des droits de propriété que moi seul je possède, moi l'Eternel. » Par la même, chaque Hébreu conservait, avec sa liberté, le sentiment de sa dignité ; la servitude n'avait rien de dégradant, parce qu'elle n'était que temporaire et en quelque sorte volontaire : l'esclave restait Hébreu, Ois d'Abraham, et le maître, sachant que le terme n'était pas éloigné où les fortunes redeviendraient égales, où son esclave redeviendrait libre comme lui-même, n'était pas tenté d'abuser d'une autorité qu'il savait n'être pas éternelle, et se rappelait que son serviteur était en même temps son frère. La différence des rangs ne devait donc pas s'établir d'une manière stable et permanente, et ne pouvait se trancher au delà de certaines limites.
Cette loi empêchait encore une trop grande disproportion des fortunes. Les terres, primitivement partagées par égales portions entre les familles hébreues, ne pouvaient en sortir que pour un temps, et devaient, chaque année jubilaire, retourner à leur premier maître, ou aux héritiers de ses droits et de son nom. C'était une entrave à la possibilité d'acquérir de grandes richesses : tous les cinquante ans le niveau repassait sur le pays. De plus, comme ces achats de terre n'étaient à proprement parler que des baux à longs termes, la terre n'avait pas une aussi grande valeur que si la vente en eût été réelle, effective; l'acheteur n'achetait pas grand'chose, et le vendeur ne relirait pas de sa propriété de quoi s'enrichir : il ne pouvait y avoir grande spéculation ni chez l'un, ni chez l'autre.
Enfin, par cette institution, les terres des di-
verses tribus leur étaient conservées; le cœur et le nom de chacun se rattachaient constamment à celte glèbe héréditaire, qui pouvait servir aux Hébreux de litres généalogiques; de sorte que la famille de Christ, comme celle de tout Juif, étant intimement liée à la possession d'une propriété, il était facile d'en suivre les traces et d'établir avec certitude la filiation de chacun jusqu'aux générations les plus reculées. On sait combien les Juifs tenaient à leurs généalogies, et l'on sait aussi pourquoi. La famille du Messie, habitant a Nazareth, avait ses titres et ses propriétés à Belhléhem : c'est là que la famille de David dut se faire enregistrer lors du dénombrement de César-Auguste ; Joseph et Marie descendirent au lieu de leur origine, et pendant ce voyage, notre Sauveur naquit au lieu même que les prophètes avaient annoncé.
L'année jubilaire est un type de la rédemption procurée par Jésus-Christ, Es. 61, 4. 2.. et le Sauveur lui-même établit cette analogie entre l'Evangile et le jubilé, Luc 4, 19.
ANTECHRIST, ou plutôt Jntichrist (opposé à Christ, ennemi de Christ, et aussi, vicaire, substitut de Christ), 1 Jean 2, 18. 4, 3. On désigne généralement sous ce nom un monstre de puissance et de méchanceté qui doit s'élever dans les derniers temps pour terminer la période des gentils, et hâter par sa chute la restauration d'Israël et le second avènement du Seigneur. L'esprit de secte a souvent dénaturé les caractères par lesquels l'Ecriture désigne ce personnage, et l'on y a vu, tour à tour et successivement, Mahomet elle pape, Luther et Napoléon, le papisme et l'esprit révolutionnaire des temps modernes. On l'a considéré dans le passé et non dans l'avenir, et on l'a assez généralement fait surgir de la partie occidentale de l'ancien empire romain. On peut consulter, sur ces divers points de vue, plusieurs ouvrages à la portée de tout le monde. Vivien sur l'Apocalypse, Gaussen sur Daniel, Rossier et B.-W. Newton sur l'Apocalypse. — Aucun de ces points de vue ne saurait être accepté d'une manière absolue; chacun a trop confondu PAntichrist avec les antichrists (cf. 1 Jean 2, 18.), les types avec Panlitype. Comme Christ a été le résumé divin de tout ce qui avait été :tvant lui, de tout ce qui après lui devait être né de Dieu, l'Anlichrist sera le résumé diabolique et infernal, l'incarnation, la personnification de ce qui, dans tous les temps, aura représenté le principe antichrétien, le principe du mal opposé au principe du bien. Caïn, dans sa lutte contre Abel, Pharaon opprimant Israël, Hamalec, Madian, Saiil luttant contre David, Nébucadnetsar, et surtout Antiochus Epiphanes (cf. Dan. 11.), ont été de vrais antichrists, de vrais types de l'Anlichrist; depuis les jours apostoliques.
Judas Iscariot, Néron et Donatien, Julien l'Apo- i stat, Mahomet, plusieurs papes, l'incrédulité 1 voltairienne, ont été de même, hommes ou sys- | ternes, de vrais antichrists, et le nomhre en est « considérable, mais seulement des types de I l'Anlichrist qui doit venir à la fin des temps et : que les prophètes annoncent, tant dans l'Ancien > que dans le Nouveau Testament, comme une i personnalité puissante et devant appartenir à l'ancien empire romain. Toute espèce d'opposi- ■ tion à Christ est un antichristianisme ; tout individu qui repousse ou nie Christ est un antichrist; et ce nom lui appartient, sinon à plus juste titre, du moins avec plus d'apparence, à mesure que son influence est plus considérable. Mais ce ne sont là que des hommes ou des systèmes animés de l'esprit de Satan ; l'Anlichrist en sera possédera plénitude de Satan habitera en lui, comme la plénitude de la divinité a demeuré en Christ; le mystère d'iniquité entrera en lutte avec le mystère de piété. Entre ces deux termes il y a parallélisme et corrélation. L'arrivée de l'Anlichrist sera le signal du dernier engagement, du la lutte définitive entre les deux principes qui se sont toujours partagé le monde. Satan viendra lutter en personne contre le peuple de Dieu, qui sera persécuté pendant quarante-deux mois, trop faible pour résister, mais qui triomphera lorsque Christ en personne apparaîtra pour combattre son adversaire. C'est cette dernière lutte qui fait presque tout le fond des prophéties de l'Apocalypse, et Hengstenberg a eu raison de dire, dans une série d'articles sur ce sujet, que la Béte était la clef de la Révélation ; v. son Comment, sur l'Apoc.
Les chapitres qui jettent le plus grand jour sur l'histoire de l'Anlichrist sont Es. 4 3, 14, et 30. Dan. î, 7, 8,eUt. 2 Thess. 2. 1 Jean 2. Apoc. 41, 43, et 17. Il est appelé roi de Babylone, roi d'Assur, Lucifer (étoile du matin), la corne qui a des yeux (symbole de force et d'intelligence), le roi pour lequel Topbet est préparée, l'homme de péché, le méchant, l'Anlichrist et la Béïe; c'est la onzième corne de la béte. — Son caractère est essentiellement impie, mais d'une impiété orgueilleuse et surnaturelle. Il dira dans sou cœur : « Je suis semblable au Souverain. » Il résistera contre le Seigneur des seigneurs; il s'élèvera par-dessus tout Dieu, contre tout ce qui est nommé Dieu, voulant se faire passer pour un Dieu; il niera le Père eL le Fils, et sa bouche sera pleine de blasphèmes contre Dieu; la Bêle est pleine de noms de blasphèmes. On peut voir également dans ces passages tout ce qui est dil de sa merveilleuse puissance, appuyée de miracles, et accompagnée d'un eulhousiame si général que les dix rois abdiqueront entre ses mains, et que
tous ceux dont les noms ne sont pas inscrits au livre de vie l'adoreront : caractère que l'on ne peut encore attribuer à aucune des puissances que l'on a voulu jusqu'à ce jour identifier avec l'Anlichrist. — Le lieu de son origine et de son séjour, et le centre de son activité ne sont que très vaguement déterminés : il sera assis en U montagne d'assignation aux extrémités de l'aquilon, entre les nues, sur la noble montagne de la sainteté ; il s'assiéra dans le temple de Dieu, — et fera cesser le sacrifice continuel; la béte sort de la mer (Méditerranée). La plupart de ces données, et spécialement celles qui concernent l'activité de l'Anlichrist, semblent se rapporter assez clairement à Jérusalem, et c'est à Jérusalem aussi que prophétiseront les deux témoins que l'Anlichrist fera mettre a mort. Un caractère, plus important qu'il ne parait d'abord, c'est que la seule fois où la Bêle apparaît avec un corps (partout ailleurs on ne voit que son horrible coiffure), elle a un corps de léopard (symbole de l'empire macédonien), des pieds d'ours (l'empire mède), et une gueule de lion (l'empire babylonien), Apoc. 43, 2., comme si le prophète voulait rappeler les visions de Daniel, et constater que l'empire de cette liètesélendra sur tout ce qui est compris sous le nom général des quatre monarchies. Ajoutons que si l'Occident a depuis quelques siècles joué un rôle immense, bien plus important que l'Orient, l'Orient semble de nos jours se réveiller et vouloir rentrer dans la carrière de gloire, de civilisation, de puissance, d'où son long assoupissement (le lion au cœur d'homme) l'a si longtemps exclu.
Sans entrer dans les détails du commentaire, nous résumerons en deux mots ce qui nous paraît être la vérité sur celte redoutable apparition. L'Anlichrist sera l'incarnation de l'enfer; il nailra sur les rives de la Méditerranée, cette grande mer des prophéties; il appartiendra peut-être, par son origine, à deux ou a plusieurs des quatre monarchies, plus spécialement à la monarchie macédonienne; il grandira dans une glorieuse infériorité jusqu'à ce qu'il dépossède celui qu'il aura servi; il s'emparera d'un ou de plusieurs trônes, et par ses qualités brillantes et chevaleresques, par ses dons miraculeux, il attirera à lui lous ceux qui ne seront pas de Christ (il séduirait même les élus s'il était possible); il régnera en Orient, et fera de Jérusalem le centre de ses opérations ; il y persécutera les Juifs pieux (la femme) qui s'enfuiront dans le désert; il enverra après eux une armée (le fleuve) qui sera détruite ou engloutie; il fora mettre à mort les deux témoins, et c'est à ce moment, à l'apogée de sa puissance, que par l'intervention directe de Christ son règne prendra fin. La pierre sera coupée sans main, le