‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 62 sur 398 · BEU · texte numérisé non relu

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Elle continua encore quelque temps d'être habitée par les Cananéens, Jug. I, 33. — 4° Ville d'issacar, Jos. 49, 22. — 5° Peul-êlre Héliopolis en Egypte, Jér. 43, 13. v. On 2°

BETH-SUR (maison du rocher), 2 Chr. 4 4, 7. ville de la partie méridionale de Juda , près d'Hébron. Elle joua un rôle considérable pendant les guerres des Maccabées. C'est près de là, sur le plateau, qu'une tradition fort ancienne place le lieu où Philippe baptisa l'eunuque de la reine Candace, Art. 8, 26. sq.

BÉTHUEL ou Bélhul (tiliaiion de Dieu), Jos. 49, 4. 4 Chr. 4, 30., ville delà tribu de Siméon, peut être la Bétlmlie de Judith, si tant est que celte ville ait jamais existé. — 2° Béthuel, Ois de Nacor et de Milca, cousin, par conséquent, d'Abraham, dont le père, Taré, était frère de Nacor; il fut père de Laban et de Rèbecca. Lorsque Elihéser fut venu, de la part d'Abraham, demander Rébecca pour Isaac, it n'hésita pas à la laisser partir, et son exemple nous montre que si Abraham fut choisi de Dieu, lui et sa des» cendance, pour être le dépositaire de ses oracles, cependant la foi en Jébovah n'était point entièrement perdue, quoique altérée, dans les branches latérales.

BETSALÉEL (sous l'ombre de Dieu), fils d'Uri, de la tribu de Juda, et Aholiab (tabernacle du père), fils d'Ahisamac, Danile, furent suscités de Dieu et chargés de veiller à la construction du tabernacle; c'était dans le désert, et Dieu avait commandé un travail magnifique, dont la confection eût exigé, en des temps ordinaires, toutes les ressources d'une ville grande et riche; mais quand Dieu commande, il donne aussi les moyens d'exécuter. Il remplit d'intelligence Betsaléel et Aholiab, pour inventer toutes sortes d'ouvrages de dessins, de broderie et de sculpture , et les matériaux ne manquèrent point. Il est évident, d'après Ex. 34, 3., que, dans cette circonstance, Dieu travailla lui-même avec ses chefs-ouvriers, en leur donnant une mesure plus forte d'intelligence et d'habileté; mais on sait aussi qu'à cette époque déjà, l'Egypte avait atteint un haut degré de perfection dans un grand nombre d'arts mécaniques et industriels, et l'on peut supposer que ces deux hommes, venant d'Egypte, en avaient rapporté quelques connaissances effectives, quoique, du reste, les Israélites n'y fussent guère initiés à d'autres mystères qu'à ceux de broyer la paille et le mortier pour en faire des briques. t>. encore Ex. 35, 30. 36, 4. 37, 4. 38, 22. 4 Chr. 2, 20. 2 Chr. 4, ii.

BETSER, c. Botsra.

BEURRE. On voit par Prov. 30, 33., que chez les Juifs le beurre était ce qu'il est chez nous, et non pas seulement de la crème, comme c'était ordinairement le cas en Orient. Les

Grecs d'alors étaient encore bien éloignés de connaître la fabrication de cet utile aliment; jusqu'à l'arrivée des Hollandais aux Indes orientales, le beurre y était pareillement inconnu; mais dans le pays de Canaan, le miel et le beurre étaient des mets fort communs, Es. 7, 45. 22. Chez les Arabes, on les envisage comme des raretés, propres seulement à la table des princes, et dont assurément les enfants ne goûtent guère. Laver ses pas dans le beurre, Job 29, 6., c'est jouir d'une grande prospérité. Les paroles d'un flatteur, dit le Psalmiste, 55, 22., sontplus douces que le beurre, r. Boeuf.

BÉZEK (éclair), ville de la tribu de Juda, sur le penchant oriental d'une montagne, à 3 kilom. de Belhsur. On suppose qu'Adoni-Bézek , qui fut pris et mutilé par les enfants de Juda, Jug. 4, 4.-7, était roi de Bézek. C'est là que Saûl, voulant marcher contre Jabès de Galaad, fit la revue de son armée, qu'il trouva composée de 330,000 hommes, 4 Sam. 44,8.

BIBLE. C'est le nom que l'Eglise, depuis le Ve siècle, donne au livre des livres, au livre par excellence, au volume sacré qui renferme l'unique règle de notre foi. de nos mœurs, et de notre conduite. Les juifs l'appellent la Mikra ou la Leçon. Les chrétiens la désignent par les noms suivants, à l'exemple des auteurs sacrés : 4° L'Ecriture, 2 Tim. 3, 46. Act. 8, 32. 2 Pierre 4, 20., ou les Ecritures, Maltu. 22, 29. Luc 24, 27. 32. Act. 48, 24.; 2° Les saintes Ecritures, Rom. 4, 2., ou les saintes Lettres, 2 Tim. 3. 45.; 3° la Loi, pour tout l'A. T., Jean 40, 34. 42, 34. 4 Cor. 44, 24.; 4° l'A. T., 2 Cor. 3, 44. — Le nom même de Testament (du latin testis, témoin) signifie tantôt une alliance contractée entre deux personnes, tantôt les dispositions suprêmes d'un homme qui règle ce qui devra se faire après sa mort. Dans les deux sens ce mot peut s'appliquer au livre de la Révélation; Dieu lui-même a bien voulu représenter comme une alliance ses rapports avec les hommes, avec Noé, Abraham, David, tout Israël, cf. Gen. 9, 41, 45, 48. 2 Sara. 7, 42. Ps. 89, 4. Es. 59, 24., et surtout Deut. 9, 9. Ex. 34, 28. Hébr. 9, 4., et la mort de J.-C. a scellé ses commandements et ses promesses. C'est l'idée d'alliance qui domine dans l'A. T., c'est celle de testament qui domine dans le N. Une alliance est dissoute par la mort d'une des personnes contractantes; un testament, au contraire, n'entre en vigueur qu'à la mort de celui qui l'a dicté. Le nom de T. ne devrait donc s'appliquer qu'au N. (Bengel, Gnom. sur Matlb. 26, 28.), et pour parler correctement, on devrait dire l'Ancienne Alliance et le N. T.; mais à cause des rapports intimes qui unissent ces deux parties d'un même tout, les mêmes mots ont été tour à tour emplovés pour les désigner, et celui de

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T., Hébr. 8, 9. sq. a fini par prévaloir. Tertullien (Adv. Marc. IV, 4) parle de <» instrument^ vel quod magis in usu est dicere, leslaraenti. •»

On désigne sous le nom de livres canoniques tous les livres de l'A. et du N. T. qui formant une autorité dans l'Eglise. Le mot grec Canon, ou canne, signifie une verge, une rt^le pour mesurer, et s'emploie de la règle du charpentier comme des règles de la grammaire : les alexandrins appelaient les grands écrivains classiques, le canon, ou le parfait modèle du style et du langage (v. Ducange, art. Canon). On comprend qu'il ait passé dans l'Eglise, et qu'il ait été appliqué au Code de l'alliance entre Dieu et les hommes : les Septante l'ont Jug. 4 3, 6., et on le trouve deux fois dans les épttres de Paul, 2 Cor. 40, 43-46. Gai. 6, 46. Chez les Pères il signifie une règle dans le sens le plus large du mot, la règle de la foi, de l'Eglise, de la vérité, et s'applique soit d'une manière abstraite à l'idéal représenté par l'Eglise vivante, soit d'une manière concrète, à la foi précise et déterminée, aux documents eux-mêmes desquels la vie se répand sur l'Eglise; c'est en ce sens que Tertullien emploie le mol latin régula (De Virg. velandis. I).

L'histoire du Canon de la Bible est hérissée de difficultés, et ne trouve guère quelques points de repère que dans la tradition. Les indications de l'Ecriture sont trop vagues pour donner aux recherches une base suffisante, bien que l'on rencontre ça et là des traces de collections commencées, Jos. 24, 26. 4 Sam. 40, 25. Prov. 25, 4. Es. 30, 46., cf. 29, 48. Il semble qu'il y ait déjà quelque chose de plus complet, Zacb. 7, 12. Dan. 9, 12. t?. plus loin.

La Bible a toujours été divisée en plusieurs livres, mais la division par chapitres et versets est d'origine assez récente. Il paraît, d'après Clément d'Alexandrie, Athanase, et quelques autres Pères, que dans les premiers temps du christianisme, Ie3 saintes Ecritures étaient divisées en courts paragraphes, dits parach's et haphtar's pour l'A. T.. stiqueset péricopes pour le N.; la division actuelle en chapitres est attribuée par les uns à Arlott, moine toscan, par d'autres, avec plus de probabilité, au cardinal Hugo de Saint-Cher (en 4262); par d'autres enfin a Etienne Langton, archevêque de Cantorbéry, vers l'an 4250. Quant à la division par versets, elle ne fut peut être iixée telle qu'elle est maintenant que vers l'an 4450 pour l'A. T., et vers l'an 4554 pour le N. C'est en 1450 que parut la Concordance hébraïque du juif Mardochée Nathan; et, en 4554, ce fut l'imprimeur genevois Robert Etienne qui divisa le N. T. en 7,956 versets; il modifia aussi la division de l'A. T., qui compta 23,205 versets.

La Bible entière se compose de l'A. et du N. T.; tous les livres du premier furent écrits avant l'incarnation de notre Sauveur, ceux du second le furent tous après sa résurrection. Ceux de l'A. T. sont écrits en hébreu, sauf quelques chapitres d'Esdras et de Daniel, et un verset de Jérémic, qui sont en caldéen ; ceux du N. T. sont en grec, mais fortement mêlés d'hébraïsmes. Il est à remarquer d'ailleurs qu'ils furent tous écrits, les uns comme les autres, dans la langue au moyen de laquelle ils pouvaient le mieux être compris par l'Eglise d'alors ; ce qui montre aussi qu'à mesure que la Bible parvient à de nouveaux peuples, il faut, par des traductions, mettre ce peuple en état de la lire et de la comprendre; il faut qu'il y ait effectivement partout des traditions vulgates, c'est-à-dire pour le vulgaire, pour le peuple ; c'est ce que l'Eglise romaine a compris dans le temps où on parlait latin. Depuis lors il y a eu, à cet égard comme à plusieurs autres, une variation dans sa manière de voir, à tel point que bulles et mandements proscrivent aujourd'hui la lecture de la Bible.

Vers le temps de notre Seigneur, les Juifs partageaient leur recueil sacré en vingt deux livres, selon le nombre des lettres de l'alphabet h hébreu. C'étaient :

Les cinq livres de Moïse, dits la Loi.

Treize livres des Prophètes, savoir : 4° Josué ; 2° Les Juges et Rulh ; 3° Les deux livres de Samuel ; 4° Les Rois et les Chroniques ; 5° F.saïe; 6° Jérémie et les Lamentations; 7° Ezéchiel ; 8° Daniel ; 9° Les douze Petits Prophètes; 40° Job; 44° Esdras; 42°Néhémie; 13° Ester.

Enfin quatre livres, dits hagiographes ou écrits saints : les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques. Ce dernier recueil portait encore le nom général de Psaumes. Ainsi, qui disait : « La loi, les prophètes et les psaumes » disait la Bible tout entière. Luc 24, 44.

Les Juifs modernes comptent vingt-quatre livres, auxquels ils assignent une autorité inégale. Avant tous marchent a) les cinq livres de Moïse ; puis viennent 6) les livres de Josué, des Juges, de Samuel, des Rois, d'Esaïe, de Jérémie, d'Ezé< biel et des douze petits prophètes; ils sont inspirés aussi, mais d'une inspiration et d'une autorité intérieure à celle des premiers. Quant aux autres, c) Ps., Prov., Job, Cant. , Rulh, Lam., Eccl., Ester, Dan., Esd., INéhém., Chron., c'est à peine s'ils admettent quelque intervention surhumaine dans leur composition ; Daniel q. v. est en complète défaveur auprès d'eux : la clarté des soixante et dix semaines est pour quelque chose dans leurs résistances; ils prétendent d'ailleurs que le pre-

mier ministre des rois de Babylone n'appartenait pas à l'ordre des prophètes.

La manière dont les chrétiens ont divisé les livres de TA. T. est plus rationnelle. En téfe se trouvent les livres historiques, plus Faciles à comprendre, et dont il est nécessaire de connaître et d'avoir compris le contenu, pour l'intelligence des doctrines et des prophéties ; puis les livres sentencieux, de doctrine, ou d'instruction ; enfin les Prophètes. Si l'on voulait les ranger dans l'ordre des temps, le livre de Job occuperait peut-être la première place ; puis la Genèse, l'Exode, le Lévilique, les Nombres, etc., jusqu'à 2 Samuel ; puis les Psaumes, les Proverbes, l'Ecclésiaste, le Cantique de Salomon, Jonas, Amos, Osée, Joël, Nahum, Esaïe, ■Nichée, Sophonie, Ilabacuc, Jérémie, Lamentations, Abdias, Ezéchiel, 1 et 2 Rois, Daniel, Augée, Zacharie, Esdras, 1 et 2 Chroniques, Ester, Néhémie cl Malachie. v. ces art.

Les livres du N. T., comme ceux de l'A., se divisent en historiques, dogmatiques et prophétiques; ils disent la fondation, la foi et les destinées de l'Eglise; l'amour, la pensée et les Jugements de Christ. Les quatre Evangiles et les Actes racontent l'histoire du salut et la fondation de l'Eglise ; les Epîtres, au nombre de vingt et une, appartiennent & la seconde classe; l'Apocalypse est le seul livre de la troisième, le seul essentiellement et entièrement prophétique. Quant à leur classement chronologique, il règne à cet égard une incertitude complète, et il n'y a pas deux auteurs d'accord sur ce point.

Voici, en effet, l'ordre dans lequel les classe Bickersteth : An 38, Ev. saint Matthieu ; 52, 1 et 2 Thess., Gal.; 56, 1 Cor.; 57, 2 Cor.; 58, Rom.; 61 , Eph., saintJacques; 62, Philip., Col., Philém.; 63, saint Luc, Hébr., Act.; 64, 1 Tim.. Tite, 1 Pierre ; 65, saint Marc, 2 Tim.; 66, 2 Pierre; 70, saint Jude; 90, 1, 2 et 3 Jean; 95, Apoc; 97, Ev. saint Jean. — Voici maintenant Horne (Introd. to the Sludy of tbe Bible) : An 37 ou 38 (ou 61), Matin.; 5î, 1 et 2 Thess. et Gai.; 56, 1 Cor.; 57, Rom.; 58, 2 Cor.; entre 60 et 63, saint Marc; 61, Eph., et saint Jacques; 62, Philip., Col., Philém.; 63, Hébr., saint Luc, Act.; 64, 1 Tim., Tite, 1 Pierre; 65, 2 Tim., 2 Pierre, Jude; 68 ou 69, 1, 2 et 3 Jean; 97, Apoc; 98, Jean. - D'après Archibald Alexander, il faudrait les classer de la manière suivante, les livres historiques n'étant pas comptés : 1 et 2 Thess., Gai., 1 Cor., 1 Tim., Jacq., Rom., 2 Cor., 1 et 2 Pierre, Eph., Col., Philém., Philip., Hébr., Tite, 2 Tim., Jude, I, 2, 3 Jean, Apoc. — D'après Oishauscu, pour quelques èpUres seulement : 1 et 2 Thess., Gai., 1 et 2 Cor., Rom., Eph., Col., Philém., Philip. — D'après A. Bost : 1 Pierre, 1 et 2 Thess., Gai., 1 et 2 Cor., Rom., Jacq., Philém.,

Philip., Eph., Col., Hébr., 4 Tim., Tite, î Pierre. 2 Tim., Jude, 1, 2, 3 Jean, Apoc. — D'après Reuss enfin : 1 et 2 Thess., Gai., Tite,

1 Tim., 1 et 2 Cor., Rom., Eph., Col., Philém.,

2 Tim., Philip.

Il n'est pas besoin d'un plus grand nombre d'exemples pour prouver que la solution exacte de ces questions est impossible. Depuis Marcion, qui met l'épitre aux Galates en tête, jusqu'à Schrader qui la met en queue de toutes celles qui ont été écrites par saint Paul, il y a ample marge pour les variantes , et elles n'ont pas manqué.

Plusieurs livres mentionnés dans l'A. T. sont perdus. Ce sont : 1° le livre des guerres de l'Eternel, Nomb. 21, 14; 2° le livre de Jahzer, ou du droilurier, Jos. 10, 13. 2 Sam. 1, 18; 3° le droit du royaume, 1 Sam. 10, 25, ouvrage de Samuel sur la Constitution hébraïque; 4° le livre des faits de Salomon, 1 Rois 11, 41; 5° un livre des Chroniques des rois de Juda et d'Israël, 1 Rois 14,19. 29. 15, 17.; 6° les divers livres scientifiques et poétiques de Salomon, 1 Rois, 4, 31-33.; 7° les Chroniques du roi David, 1 Cbr. 27, 24.; 8° Vie de David, écrite par Samuel, Gad et Nathan, 1 Chr. 29, 29.; 9° Vie de Salomon, par Nathan, Abija el Jeddo, 2 Chr. 9, 29.; 10° Vie de Roboam, par Semahia et Hiddo, 2 Chr. 12, 15.; 11° Vied'Abija, par Hiddo, ib. 13, 22.; 12° Vie de Hosias, par Esaïe, 2 Cbr. 26, 22.; 43° Vie d'Ezécbias, par Esaïe, 2 Chr. 32, 32.; 14° une Vie de Manassé, par Hosaï (ou : par quelques prophètes), 2 Chr. 33, 18.; 15° des Lamentations, ou chants funèbres, sur Josias, 2 Chr. 35, 25.; 16° les Paroles anciennes, 1 Chr. 4, 22. Est-ce un livre ou là tradition? — Ajoutons qu'au temps de Salomon l'habitude d'écrire était déjà si répandue, que le Sage a pu dire : « Il n'y a point de fin à faire beaucoup de livres. >» Eccl. 12, 14.

Il ne parait du reste pas que ces livres, quelle que soit l'autorité personnelle de leurs auteurs, aient jamais été regardés comme inspirés el jouissant de l'autorité divine; cependant ils sont cités par les écrivains sacrés comme utiles à consulter et dignes de confiance.

Quanl au N. T., si dans les premiers siècles du christianisme divers hérétiques tentèrent d'introduire de faux Evangiles, de faux Actes et de fausses Epilres, la fraude fut bientôt découverte el jugée par l'Eglise, v. Apocryphes.

Il paraît qu'avant le règne de Josias les saints écrits, peu lus et négligés, étaient devenus rares en Israël ; ce qui explique à la fois la joie et la surprise pleine île crainte qu'éprouvèrent ce pieux monarque et scb courtisans lorsque flilkija le sacrificateur eut trouvé dans la trésorerie de la maison de l'Eternel le livre de la Loi (quelques-uns pensent 1'aulograpbe de

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Moïse), comme enseveli sous la poussière ou sous les ornements du temple, 2 Rois, 22, 8. Jusqu'à cette époque , les livres saints avaient été déposés successivement devant l'Eternel, près de l'arche de l'alliance. Deut. 17, 1H. 3t, 9. 26., usage que l'on retrouve chez presque tous les anciens peuples de l'Orient, et notamment en Egypte et à Babylone. Dès lors ils continuèrent d'être lus et conservés ; mais au temps de la captivité des Juifs, de leur retour et de la construction du second temple, des circonstances nouvelles rendirent nécessaire un nouveau mode de conservation pour les livres saints. C'est à Esdras que les Juifs attribuent l'honneur d'avoir, sous la direction de l'esprit d'en haut, assemblé les livres du canon actuel, ou les trois parties du code sacré, en retranchant les écrits inauthenliques, en comparant les manuscrits les uns avec les autres, en corrigeant les inexactitudes qui, avec le temps, avaient pu se glisser dans l'une ou l'autre des copies, en complétant enfin certains détails. Il fut secondé dans ce travail par une réunion d'hommes savants et pieux , Josné, Zorobabel, Aygée, Zacharie, Malaehie, Néhémie, Simon le Juste, etc., qui, au nombre de cent vingt, formèrent ce qu'on a appelé le grand collège ou la grande synagogue. De là vient le profond respect et la vénération que les Juifs ont pour Esdras: ils aiment à le comparer avec Moïse : « Moïse» disent- ils, a donné la loi, mais Esdras l'a restaurée. »

Quant à la collection des livres du N. T., il est bien naturel de supposer que les Eglises primitives, liées entre elles par les liens d'une même foi et d'un même amour, se soient communiqué les unes aux autres les ouvrages, lettres ou autres écrits, qu'elles possédaient et qu'elles avaient reçus des apôtres et des évangelistes. Rien de plus naturel encore que la supposition qu'on copiait souvent dans les Eglises chrétiennes des ouvrages d'une telle importance. De cette manière, les exemplaires se répandirent promptement, et les collections se multiplièrent. Il s'en fit un grand nombre, mais elles conservèrent un caractère privé . inofflciel, jusqu'à ce qu'enfin , lors du concile de Nicée, la collection que nous possédons actuellement reçut le caractère d'autorité et d'authenticité nécessaire pour la constituer en Canon. Il n'est pas nécessaire de supposer qu'il y ait eu sur ce sujet des délibérations régulières, en forme, ni un arrêté exprès, et l'on comprend que la réunion des évêques et des théologiens les plus distingués de tous les pays de l'empire pouvait par elle-même conduire à ce résultat.

C'est ici que s'arrête notre tache. Il en resterait une plus belle, mais qui n'appartient plus au plan de notre Dictionnaire : ce serait de dire

les beautés Innombrables que renferme ce livre dont nous n'avons touché que la forme matérielle. C'est avec regret que nous devons abandonner à d'autres ce beau travail ; à d'autres, le soin d'en montrer la divinité ; à d'autres, de montrer la richesse de l'ensemble et la richesse des détails ; à d'autres, de faire ressortir cette empreinte céleste et ce parfum d'antique sainteté ; à d'autres, d'en faire voir la majesté pleine d'onction, la douceur sérieuse, la tendre sévérité, l'inépuisable profondeur et l'éblouissante clarté. Disons seulement que ce livre, riche de faits et de poésie, sublime de morale, le seul exact et vrai dans ses prophéties, présente le phénomène remarquable d'un recueil dont les fragments, composés à seixe ou dixsept siècles d'intervalle, ne laissent en aucune manière apercevoir la différence des dates, et consacrent partout une seule et même docirine; l'harmonie la plus parfaite se rencontre au milieu d'un développement continu , depuis la Genèse jusqu'à Malaehie, dans les dogmes, dans l'élévation et dans la direction d'esprit de ces écrivains : c'est que le vrai beau, le vrai bon, le vrai grand, est le même toujours comme chez tous les peuples, car il ne peut venir directement que de Dieu.

Aussi la Bible a-t-elle eu toujours ses admirateurs en dehors même du peuple des croyants. Tous ont compris au moins une des faces du livre sacré, et l'ont mise en saillie, au détriment peut-être de ce qui fait l'essence même de la Révélation. La morale en a paru sublime à Jean-Jacques, et la poésie à Chàleaubriand ; l'un et l'autre de ces deux grands écrivains ont cru rendre hommage à la vérité divine, mais leur intelligence ne l'avait pas comprise, l'un admirait les résultats , l'autre la forme extérieure ; ils ont loué le christianisme et la révélation, en pariant du point de vue de l'homme, et c'est en le comparant avec ces notions terrestres, avec les maximes, avec l'esthétique humaine, qu'ils ont pu le trouver divin, mais d'une divinité relative, et non point absolue. Ce volume de la loi sainte n'a pas eu force de loi pour eux, leur théologie et leur morale le disent assez.

On ne doit pas s'étonner, toutefois, de voir les hommages rendus à ce livre par ceux-là même qui lui refusent obéissance ; il est fait pour captiver, pour enchaîner les plus grauds génies. Universel, à la portée de chacun, simple parce qu'il est élevé, ce volume peut intéresser tout fils et toute tille d'Adam, parce qu'il embrasse les inlérèis de l'humanité tout entière, dans ses rapports avec un avenir voilé à tous, éternel pour tous, et dont il est la préparation. Est-il besoin de dire que c'est le livre | que la tendre enfance comprend et dévore avec

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le plus d'avidité ? Joseph , Moïse , Samuel , Samson, David, Daniel, le pelit Jésus, n'est-ce pas la une littérature pour l'enfance; et depuis Pascal jusqu'à Lamartine, n'ont-ils pas tous raconté les impressions profondes qu'ils conservaient dans l'âge mûr, de ces lectures faites sur les genoux de leur mère ? N'est-ce pas encore le livre des femmes, et l'histoire ne montret-elle pas à tous les moments de réveil religieux, les femmes émues à la vue de ces pages tendres et solennelles? C'est que la Bible leur dit l'origine de leurs douleurs; elle leur montre Eve, et Rachel, et Rulh, et la mère de Moïse, et les femmes pieuses qui assistaient notre Sauveur de leurs biens, et Dorcas la mère des pauvres. C'est aussi le livre des serviteurs et des esclaves, un livre qui, en leur enjoignant l'obéissance la plus rigoureuse, adoucit leur sort de bien des manières, parle au cœur de leurs maîtres pour les disposer à la bienveillance et au support et prépare leur affranchissement. Combien l'A. T. n'a-t-il pas pris soin d'alléger la pénible condition des esclaves, en leur offrant des garanties contre la violence et la brutalité de maîtres qui ne pouvaient plus s'en regarder comme les propriétaires ! C'est le livre des rois, comme celui des peuples , celui des grands et des petits , celui des riches et des pauvres ; à chacun il balance avec tant d'équilibre les droits et les devoirs, que l'on ne peut rien imaginer de plus parfait, de plus exact, de plus rationnel, de plus saint.

Mais par-dessus tous ses autres titres, la Bible est le livre des âmes (Chrysostome), un livre intime, intérieur, qui raconte l'histoire du coeur, lui parle de malheur et de salut, dépeint les lutles du péché, les combats, les tentations, les chutes, les maladies morales, et les remèdes du ciel. C'est d'une autre vie qu'elle parle ; elle donne à l'âme une individualité sensible, capable d'éprouver des besoins; l'âme est un individu comme le corps, il faut soigner la première et soigner le second; pour le corps les moyens sont connus, mais pour l'âme ils doivent être révélés; l'âme tend aux choses qui sont invisibles, qui sont éternelles, à celles qui sont spirituelles. C'est vers un avenir de l'âme que la Bible nous mène, elle nous le montre, elle nous le fait connaître, elle répond ainsi aux soupirs secrets et mystérieux, aux désirs qui ne se prononcent pas; elle comble les vides, elle donne des forces, de la joie, de la santé, de la vie -r elle apprend un salut inimaginable que la pensée de Dieu, pleine d'amour et de sagesse, a seule pu concevoir dès l'éternité, 4 Cor. ï, 49.

Les plus grands génies se sont humiliés devant la croix et devant la Bible; Pascal et Uescartes en France, Newton en Angleterre, Leibnitz en Allemagne: et si tous n'ont pas cru de

cœur, tous ont vénéré ce document merveilleux, jusqu'à ces deux grands écrivains dont nous parlions tout à l'heure, le philosophe de Genève et le poète de Saint-Vlalo. Sans doute l'on trouvera des noms qui se sont roidis contre le livre saint, mais tout en paraissant le rejeter, ils en acceptaient l'influence et la morale, et c'est d'eux qu'on peut dire, que

Le nieo pounuirant »a carrière Venait des torreiiU de lumière Sur ses obscurs blasphémateur*.

Il y a quelque chose eu effet de saisissant à voir tout ce que la Parole de Dieu, s'afflnnant elle-même par ses bienfaits, répand de lumières et de bénédictions sur les peuples et sur les individus, sur ceux-là même qui s'obstinent le plus à méconnaître son origine toute divine. Depuis dix-huit siècles la lutte est établie entre ceux qui croient et ceux qui nient. Ces attaques varient naturellement de siècle en siècle, reflétant la science ou l'ignorance de l'époque, et trouvant leur date dans le développement de l'esprit humain. Longtemps on s'est appuyé, pour repousser l'idée d'une révélation supérieure, sur certains faits astronomiques, géologiques, historiques, ou autres, qui paraissaient être la réfutation péremptoire des assertions de l'Ecriture, et battre en brèche l'autorité des saints livres; mais la demi-science a été réfutée par la science, et les objections les plus spécieuses ont été dissipées à mesure«que des recherches nouvelles ont fait mieux comprendre le vrai sens des Ecritures, à mesure aussi que le vieux monde ressuscitant, a livré aux investigations des savants la clef de ses hiéroglyphes et de ses inscriptions, et le secret de son histoire. La question biblique a été l'objet des études les plus approfondies; traitée tour à tour avec les armes de l'ironie, et avec les armes plus sérieuses de la logique , de la science, de l'histoire et de la philosophie, elle a donné à la littérature des chefs-d'œuvre et à la théologie un arsenal. Parmi les ouvrages d'apologétique les plus connus , à divers points de vue , nous n'indiquerons, au milieu d'un grand nombre d'autres, que : les Pensées de Pascal ; l'ouvrage d'Abbadie, si remarquable par la méthode et par le raisonnement, que des évéques l'ont recommandé, mais, cela va sans dire, en négligeant d'ajouter qu'Abbadie était un ministre protestant ; Lardney ; le Tableau des preuves évidentes du Christianisme, de Paley ; Massillon, Sermon sur l'Evidence de la loi de Dieu (Rien ne parait clair, dit-il, à ceux qui voudraient que rien ne le fût, comme tout parait droit à ceux qui oui intérêt que tout le soit); Erskine, Adilison, Haldane, Cbalmers; les lettres de quelques juifs portugais, par tiuénée; les Lettres Helviennes, Provinciales philosophiques du jé-

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suite Barruel, ouvrage admirable, écrit parfois avec un peu d'exagération, mais dans lequel on trouve, tracé de main de maître, le tableau vivant et parlant de ces folies de la pbilosophie du siècle dernier, auxquelles on ne croirait pas si elles n'étaient autant de faits; les discours du cardinal Wiseman; Fréd. de Ruugcmont, Hisl. de la Terre d'après la Bible et la géologie; Puaux, la Raison humaine en face du tombeau de J.-C. , divers écrits ou traités de MM. Roussel, Osier, Malan, Merle, Jalaguier, Poulain, Bœhner, Boucher, Munier, de Gasparin; enfin la Luciled'Ad. Monod.

Sur les questions de canonicité et d'inspiration, v. surtout les deux écrits de M. Gaussen, la Théopneustie, et le Canon des saintes Ecritures, qui sont une étude complète et approfondie du sujet. A l'autre extrême, MM. Reuss, Colani, Réville, Schérer, groupés autour de la Revue de Strasbourg, sont par leurs travaux critiques, livres ou articles, les adversaires avoués et décidés des doctrines de M. Gaussen.

Parmi les livres qui peuvent faciliter la lecture de la Bible, on peut indiquer les Considér. sur l'Ecriture sainte de Bickerslclh; Harens, Guide du lecteur de la Bible; le Morgenland de Preiswerk, dont deux volumes sont traduits en français; Risler, Abrégé des livres historiques de l'A. T. ; Buniier. Etudes élément, et progress. 4 vol. in-8»; Angus, Manuel de la Bible, lrad. franç. ; la Bible et son histoire, par L. N. R. (Toulouse 1864); Barth, Guide biblique, trad. par Deseombaz, 3 vol. in- 8°; Reuss, llist. de la Tliéol. chréi. ; Arnaud, Comment, .sur le N. T. ; Darby, Eludes sur la Parole ; Ant. Curchod, Essai sur la Bible (Lausanne 1858); la Concordance de Maikenzie; enfin le Dictionnaire des Parallèles, chef d'oeuvre typographique de Madame veuve Berger-Levraull etlils (Strasbourg). Quant aux travaux sur des parlies spéciales de la Parole de Dieu, on les indiquera au fur et à mesure que l'occasion s'en présentera.

La Bible est aujourd'hui traduite en plus de trois cents langues différentes, et ce chiffre va en augmentant d'année en année, grâce aux efforts des missionnaires qui comprennent que c'est là la première base à donner à leur prédication. C'est une littérature essentiellement moderne par l'extension qu'elle a prise, mais elle est ancienne quanta son principe. L'Eglise, comme la Synagogue, a toujours pris soin de mettre la Bible à la portée des fidèles, autant qu'il était possible de le faire, et les peuples du Nord ont pu, comme ceux de l'Orient, lire dans leurs propres langues les écrits des prophètes et des apôtres ; les Eglises de la Syrie ont eu de bonne heure leur Peshito (la fidèle),

et colles de la Scandinavie la version d'Ulphilas. v. les Introd. a l'A. et au N. T.

Les Septante el la f'ulqate sont les traductions les plus célèbres, sinon par leur mérite, au moins par leur antiquité, et le rôle qu'elles ont joué. Il y a diverses traditions sur l'origine des Septante, et leur histoire, qui se perd dans la nuit qui sépare les derniers prophètes de l'ancienne alliance et les jours apostoliques, présente plus d'une légende et plus d'une obscurité. D'après Aristobule, le Pentateuque aurait déjà été traduit en grec avant Ptolémée Philadelphe et Démétrius de Phalere; ce dernier aurait conçu le plan de la traduction de tout l'Ancien Testament, il l'avait conseillée à Ptolémée Lagus, el le successeur de celui-ci, Philadelphe, l'aurait exécuté. On connaît l'ardeur avec laquelle les rois d'Egypte cherchaient à enrichir leur fameuse bibliothèque d'Alexandrie, et l'on comprend facilement qu'ils aient désiré avoir aussi un exemplaire du code sacré des Hébreux; les Juifs exilés se sont empressés de procurer à l'Académie un exemplaire authentique et reconnu par le sénat (sanhédrin) de Jérusalem, composé de soixante-dix ou soixante-douze membres (de là, peut-être, le nom de version des Septante ?). Ce code, composé dans une langue inconnue, fut traduit eu grec. Le Pentateuque est peut-être le seul morceau qu'on envoya au roi ; il fut traduit avec plus d'intelligence et de soin ; cependant il prouve encore que les traducteurs n'étaient pas des docteurs de la loi, connaissant le texte, sa lecture, sou interprétation el la théologie judaïque; c'étaient des Juifs, instruits peut-être dans l'érudition grecque de ce temps, mais c'est la seule garantie qu'ils offrent, et elle n'est pas considérable. Les Juifs de l'Egypte, cependant, qui avaient à peu près oublié l'hébreu, se servirent de préférence de la traduction grecque qui venait de leur être donnée, et l'on voit par un grand nombre de passages du N. T., que cette version était encore en usage au temps de notre Seigneur, qui paraît s'en être servi lui-même. Mais après Christ, les Juifs l'abandonnèrent, soit à cause de ses défauts, soit surtout à cause de ses mérites, et parce que les chrétiens en faisaient grand cas. Ils la remplacèrent par celle d'Aquila, el plus tard ils renoncèrent même à toute traduction, bannirent de leur culte les langues païennes, el reprirent en hébreu, mais non sans y mêler du caldéen et des expressions rabbiniques, leurs lectures el leurs prières, comme ils font encore aujourd'hui;©, mon Epoque des Maccabées, ch. V.

La version de la Vulgate fut commencée (385 ap. C.) par saint Jérôme, qui avait reconnu les fautes de la version latine Itala, traduite sur le texte des Septante ; mais quoiqu'il eût été

mr.

encouragé dans son travail par quelques-uns de ses amis les plus distingués, entre autres l'évêque Cbromatius, sa traduction fut généralement mal accueillie, et ne tut guère approuvée que des serai-pélagiens. Grégoire le Grand l'appuya plus tard, et au temps d'Isidore (VIIe siècle), elle était reçue et estimée à l'égal de l'Itala. Alcuin, chargé par Charlemagne d'en faire la révision, compara entre eux les nombreux manuscrits qu'il put se procurer, et les confronta avec le texte hébreu. Au Xl° siècle, une nouvelle révision fut jugée nécessaire, et Lanfranc, archevêque de Cantorbéry, lui donna son nom. De même, le cardinal Nicolas au XII" siècle. La Sorbonne fil faire ce travail par ses élèves, mais les dominicains (1256) le tirent interdire- Hugues de Saint-Cher fut plus heureux; mais tous ces essais presque individuels ne tirent qu'accroître la confusion. La découverte de l'imprimerie, dans la seconde moitié du XVe siècle , vint ranimer les espérances que l'on avait conçues de conduire à tin l'énorme entreprise d'une traduction latine de la Bible : la première édition parut à Mayence en 1462, et constata les nombreuses corruptions du texte. De 4502 à 1522, le cardinal Ximénès publia sa fameuse Bible d'Alcala, qui lui coûta 50,000 ducats, et, en mettant la Vulgale entre le texte grec et le texte hébreu, il dit dans sa préface « que c'est le Christ entre les deux larrons 1 » Gumelli (Paris 1 504) et Caslellanus (Venise 1544) publièrent la traduction et ses variantes. Robert Estienne eu fit huit éditions successives, et corrigea la version latine d'après l'hébreu. Jean Benoît (1544) et Isidore Clarius (4542) firent un travail analogue, et ce dernier se plaignit assez librement des innombrables erreurs dont fourmillait la traduction de Jérôme, amendée, corrigée, changée depuis des siècles. Le concile de Trente arrive. Après bien des débats, il nomme une commission d'examen qui ne fait rien. Vers la lin du concile, Pie IV nomma une autre commission, mais à Borne, et sous ses yeux. Pie V la renouvelle et en accélère les travaux. Douze ans après (4589), Sixte-Quint s'impatiente en voyant l'œuvre à peine ébauchée. Il en fait son affaire, et la nouvelle Vulgate s'imprime au Vatican, sous ses yeux (1590). Lui-même il revoit les épreuves : Nostrà nos ipsi manu correximus. Hclasl l'ouvrage du saint-père prétait non-seulement a la critique, ce qui était grave, mais à la plaisanterie, ce qui était pire. Hebrxi pour ebrii (Hébreux pour ivres), pecoribus pour prioribus (les bestiaux, pour les premiers), et d'autres méprises semblables tirent comprendre que le travail ne pouvait pas être ainsi lancé dans le monde : pour ne pas perdre l'édition, on se mit à raturer, on corrigea a la plume, et l'on recouvrit un grand nombre de passages avec

des bandelettes de papier sur lesquelles on avait imprimé des corrections nouvelles. Ce travail, qui n'en fut pas moins maintenu dans son privilège de version authentique, était à refaire. Grégoire XIV, successeur de. Sixte-Quint, se remet immédiatement à l'ouvrage, et Clément VIII a le bonheur (4592) de publier entin le texte qu'on ne corrigera plus. Elle diffère par six mille détails, et par une centaine de corrections importantes, de l'édition de Sixte-Quint, dont les papes cherchent à anéantir les exemplaires, et Bellarmin, en mettant sur le compte de l'imprimeur les fautes de l'édition sixtine, avoue encore dans sa préface, que les réviseurs de la nouvelle édition ont laissé passer bien des choses qui auraient eu besoin d'un examen plus rigoureux. La Vulgate existe enfin; elle a déjà près de deux cent soixante et quinze ans : son enfantement a été laborieux. Elle est née dans un temps d'orage , elle a respiré dès lors un air trop vif, et tout porte en elle les caractères de la décrépitude. De cinquante ans plus jeune que les chefs-d'œuvre de la Réformation, elle a l'air d'avoir deux siècles de plus.

La langue française ne possède aucune traduction pour ainsi dire officielle, de la Bible, quoique ce soit peut-être dans notre langue qu'on trouve le plus grand nombre de versions différentes, anciennes et modernes; v. une série d'articles de M. Reuss, Rev. de Théol. t. Il, IV, V, XIV, XIX, etc.; Berger de Xivrey, Etude sur le texte et le style du N. T.; Le Roux de Lincy, les quatre livres des Rois; E. Pétavelja Bible en France (4864), etc. La plus ancienne Bible imprimée que l on connaisse en français, est celle de Pierre Comestor, retouchée successivement par plusieurs ecclésiastiques, notamment par Guiars des Moulins et par Jean de Rély (4 487), qui parut vers la fin du quinzième siècle. Lefèvre d'Etaples, de 4542 à 4523, publie une nouvelle traduction qu'il dédie à « ung chacun qui a cognoissance de la langue gallicane. » Entin, en 4536, parait la version de Robert Olivétan, que Calvin adopte, et qu'il réimprime en 1540, mais avec de nombreuses retouches. Elle sert de base et de point de départ à tous les travaux et à toutes les éditions postérieures. Bertram en fait, en 4588, une nouvelle révision qui a un certain succès, et qui est réimprimée plusieurs fois en diverses villes de France et de l'étranger, notamment i Genève en 4693, 1742 et 1726: l'édition de 17IÎ passe pour la meilleure. Mais déjà M. de Sacy le janséniste avait achevé, 4668, la traduction qui devait rendre son nom si populaire parmi les catholiques, et David Martin, de Rével, pasteur à litrecht, avait publié, en 4696, son N. T., et en 1707 sa révision de la Bible entière. En 1724, Osterwald publie à Amster-

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