‹ Dictionnaire de la BibleChapitre 94 sur 398 · COU · texte numérisé non relu

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dans la solennelle institution de la Cène , Luc 22, 20. 4 Cor. 44. 25., de même que dans ces paroles de notre Sauveur aux fils de Zébédée : « Pouvez-vous boire la coupe que je dois boire ? » — Cf. encore la coupe d'étourdissemenl, Ks. 54 , 22. et Ps. 75, 8. : « Il y a une coupe en la main de l'Eternel, tous les méchants en suceront et en boiront les lies. »

On sait comment l'Eglise romaine a cru pouvoir retrancher la coupe aux fidèles, de son autorité privée, il y a quatre ou cinq cents ans; nous n'avons point à démontrer ici l'impiété de celle innovation, non plus que ce qu'elle a de diamétralement opposé à l'institution de ta Cène par ootre Sauveur, qui dit lui-môme, en parlant du vin : « Buvez-en tous. » Sans doute avec les idées magiques que Ton veut rattacher à ces simples symboles, et par suite des doctrines mystérieuses qui furent échangées pendant l'époque de ténèbres qui précéda la Réformalion, I on vint à dire : Puisque le corps de Christ est tout entier et matériellement compris sous chacune des deux espèces, il n'est pas nécessaire de le donner à double aux simples fidèles, comme si notre Sauveur, en donnant ce commandement, n'avait pas su ce qu'il faisait : d'ailleurs, ajoutent les ennemis de la coupe, on pourrait, par accident, laisser tomber a terre, quelques gouttes du sang sacré, en le donnant soit aux malades, soit aux enfants, soit môme à tous les autres tidèles; on dirait que notre Sauveur n'ait pas prévu ce cas, et que les prêtres du moyen âge aient eu mission de réparer celte inadvertance.

COUR. Les riches maisons de l'Orient avaient ordinairement une espèce d'avant-cour, porche, ou portique servant de vestibule, Jér. 32, 2. Marc 44, 68. Jean 48, 46. On passait de là dans les appartements supérieurs par un escalier construit en dehors de la maison, conduisant jusqu'au toit « t souvent fait de bois très précieux, 2 Chr. 9, 44. 4 R. 6, 8. Cette avant-cour conduisait aussi dans la cour proprement dite qui communiquait avec les étages inférieurs et le rez-de-chaussée. \a cour était en général nue, et les ricbes, pour tout meuble, ne savaient y établir autre chose qu'une citerne, qui était un grand objet de luxe. v. Maisons.

COUR DE JUSTICE, v. Juges, Jugements.

COURGE. Quelques-uns ont pensé que le kikajon de Jonas, 4, 6., était une courge; mais v. Kikajon.

COURONNE. L'usage des couronnes était fort commun chez les Hébreux, comme chez les Orientaux en général ; presque chaque livre de la Bible en parle. La plus ancienne dont nous ayons connaissance est celle du souverain sacrificateur, qui se composait d'une lame d'or pur, s'attachant par derrière avec un ruban bleu céleste, et sur laquelle étaient gravés les

mots : « La sainteté à l'Eternel ; » elle se plaçait sur la tiare du pontife, Ex. 28, 36. 37. Il semble, d'après Hz. 24, 47. 23., que les simples prêtres porlaient aussi des espèces de couronnes, puisque dans ces passages Dieu défend au prophète d'ôter sa couronne ou de mener deuil en aucune façon, afin de montrer aux Israélites qu'eux aussi, dans la captivité, ne pourront mener deuil, ni s'abandonner à leur douleur, même quand leurs plus proches parents seront passés au fil de l'épée : peut-être aussi s'agit - il simplement de bonnets ou de turbans que chacun portait comme couverture de tête, sans y rattacher du reste aucune autre idée. Mais lorsque Moïse ordonne aux Juifs, Detit. 6, 8., de porter les paroles de la loi comme une couronne sur leur tête, et comme un bracelet à leurs bras (c'est le sens du texte), il insinue assez clairement que les couronnes et les bracelets étaient fort en usage chez eux.

Une couronne était la parure nuptiale de la vierge et de son époux, Es. 64, 40. Cant. 3, 44.; c'est ainsi que l'Eternel, regardant la nation juive comme son épouse, lui met une couronne d'or sur la tête, Ez. 46, 42., cf. 23, 42. — Le diadème était encore l'ornement des rois et des princes, comme la marque principale de leur dignité, soit chez les Hébreux, soit chez les païens; et quand David se fut emparé de Rabbatb-Hammon, il prit la couronne de leur roi qui pesait un talent (35kilog.), et qui était toute garnie de pierres précreuses. La couronne de Saûl est mentionnée 2 Sam. 4, 40. parmi les objets que l'Hamalécile, qui se vantait de l'avoir tué, apporta à David; le diadème de Salomon, que sa mère Batbsébah lui avait brodé pour le jour de ses noces, est nommé Cant. 3, 4 4.; celui de Josias, 2 Chr. 23, 41. Les rois qui possédaient plusieurs royaumes ceignaient autant de diadèmes, comme on peut le voir par Apoc. 12, 3. 43, 4.; et le Roi des rois, qui domine sur l'univers entier et sur les peuples de toutes langues, a sur sa tête plusieurs diadèmes, nous dit le même apôtre, 49, 42.

Les reines de Perse portaient une couronne que le roi leur accordait quand il voulait les honorer. Vasli jouissait de ce privilège. Est. 1,44., lorsqu'ayanl eu le malheur de déplaire à son époux Assuérus, elle vit la couronne royale passer sur la tète de la Juive, parente de Mardochée, 2,47. Haman, racontant comment il pense que le roi doit traiter la personne qu'il veut honorer, n'oublie pas la couronne royale, 6, 8. Mardochèe en fut effectivement revêtu, dans la course triomphale qu'il Ht au travers de la ville de Susan, 8, 15.

Mais la couronne hiblique dont le souvenir est le plus cher aux chrétiens, parce qu'elle a ceint la tète du Prince de paix, c'est la cou-

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ronne d'épines, bel emblème de la royauté qu'il devait Irouver dans ses souffrances, mais triste anneau qui doit s'ajoiilcr à la « haine des perversités humaines. On s'est demandé, par curiosité, de quelles épines était composée celte couronne; les uns ont répondu d'auhépine, les autres d'ncacia, les autres de groseillier, les autres de jonc marin, les autres d'épine-vinelte, etc.. L'on n'en sait évidemment rien. C*» qu'il y a de plus curieux dans cette discussion, c'est que ceux qui posent ainsi la question devraient être mieux à même que personne de la résoudre. N'ont-ils pas en effet conservé celte couronne? N'ont-ils pas conservé ces épines? N'y en a-t-il pas un tiers en la Sainte-Chapelle de Paris? a peu près autant a Notre-Dame? puis à Rome six épines partagées entre les églises de Sainte-Croix et de Saint-Eustache ; à Sienne quelques-unes; à Bourges cinq; à Besançon trois; à Vienne une; à Mont -Royal trois; a Alhy trois; à Toulouse, à Màcon! a Noyons, etc., etc.? sans parler de toutes les autres épines qui sont dans le monde. « Par quoi il est aisé de conclure, ajoute Calvin, que la première plante a commencé à jeter longtemps aprèsla passion de notre Seigneur Jésus-Christ.» La conclusion est juste; elle donne en même temps la clef des divisions qui existent entre les papistes sur l'espèce d'épines dont il s'agit : on n?a pas pu vériller sur la sainte couronne qui se conserve à la Sainte-Chapelle de Paris, parce qu'elle n'a plus d'epines, dit Calmet, depuis qu'on en a arraché la dernière du temps de Louis XIII. Le même bénédictin ajoute : « L'histoire ancienne ne nous a rien appris sur la manière dont la sainte couronne s'est conservée et est venue jusqu'à nous. Il est même assez difficile de croire que toutes les épines et toutes les parties de la sainte couronne que l'on montre en différents endroits ne viennent que de la seule couronne du Sauveur. »

Le plus probable, s'il peut y avoir ici quelque chose de probable, c'est que la couronne du Seigneur lut formée de branches d'une plante que les Arabes appellent Kabka, que les botanistes nomment encore Xizyphus Spina Christi en souvenir de la tradition : ses tiges sont flexibles, et ses épines, nombreuses et fortes, ont souvent plusieurs centimètres de longueur. C'est une espèce de jujubier.

COURRIER. L'institution des courriers faisant le service de poste est très ancienne, et parait avoir pris naissance en Perse. Ce furent d'abord des sentinelles qui, placées de distance en dislance, se criaient l'une à l'autre les nouvelles publiques, et les faisaient ainsi parvenir avec une très grande rapidité de toutes les parlies du royaume à la capitale. Fuis Cyrus, autant pour accélérer le service que pour tenir

secrètes les nouvelles qu'il ne voulait pas voir prodamées par les sentinelles, établit des courriers à rhcval sur toutes les grandes route», de telle sorte que les paquets et les lettres changeaient à la fois de cheval et de courrier à chaque nouvelle station, sans que ni la nuit, ni le mauvais temps pussent jamais arrêter les porteurs. Hérodote dit qu'en fait de voyage par terre on ne connaît rien de plus rapide, et Xénopbon assure que ces courriers ail dent plus vite que le vol des grues. Xercès, dans sa fameuse expédition contre les Grecs, avait établi ce moyen de communication entre lui et Suse, la capitale de ses Etats. Ces courriers sont nommés dans l'histoire d'Ester; c'est par eux qu'Haman fit porter l'ordre de mettre a mort tous les Juifs du royaume, 3, 13.; c'est par eux aussi, et par des courriers extraordinaires et plus nombreux, que le contre- ordre fut expédié, sur l'intervention d'Ester et de Mardochée, 8, 10.

Les Grecs adoptèrent le même système à l'imitation des Perses, mais en y joignant la corvée, c'est-à-dire l'obligation pour les villes de fournir à l'Etat des chevaux et des hommes pour faire ce service. On pense que les paroles de noire Sauveur, M ait h. 5, il., renferment, une allusion à cette charge, lorsqu'il dit : « Si quelqu'un veut te contraindre de faire avec lui une station, fais-en deux. »

Parmi les Romains, ce fut Auguste qui institua les postes réglées. Adrien les perfectionna, mais elles tombèrent avec l'empire; elles se relevèrent un instant sous Charlemagne, et ne s'établirent définitivement dans l'Europe moderne que sous Louis XI, roi de France.

COUTEAUX. Les couteaux des anciens Hébreux étaient de pierre, comme ils le sont maintenant encore chez tous les peuples sauvages, et dans plusieurs parties de l'Orient, là où l'on a besoin d'instiument> tranchants , et où l'on ne connaît pas l'art de travailler le. fer. On ne s'en servait point à table, puisque les viandes arrivaient toutes découpées, et que le pain, en forme de gâieau très mince, pouvait facilement se rompre avec les doigts, Marc 6. 41. et ailleurs. Les mêmes usages, ou la même absence d'usage, comme on dirait chez nous, se pratiquent encore en Orient jusque dans les festins des princes et des rois. Les couteaux étaient employés principalement dans les sacrifices, et dans les boucheries, Gen. 23, 6. 40., etc.; ils servaient aussi pour la circoncision, Ex. 4. S5. Jos. 5, t., ceux de pierre étant regardés comme moins dangereux et causant moins d'inflamma tinn que ceux de métal.

COUVERTURES du tabernacle, ». Tabernacle.

COZBI. v. Cosbi.

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CRAMOISI, héb. Karmil, 2 Chr. 2, 7. 14. 3, 14. Selon Bocharl, le cpchlea purpurata, pourpre tirée d'une espèce deorustacé des environs du mont Carmel. Selon quelques auteurs, ce karmil serait un mot de la langue postérieure, équivalant à Tbolahal que nous traduisons par écarlaie, q. v. — Parmi les différentes espèces de rouges, indiquées dans la Bible, il est un peu difficile de déterminer la nuance exacte des mots employés; voici, cependant, comment nous croyons pouvoir essayer de les traduire.

karmil, cramoisi, ou écarlate.

Tholahat, Shani, Shanim, écarlate, Es.

Argaman, pourpre rouge, Ex. *q-27.

Thekélethy pourpre violet, tirant sur le b|eu. Ez. 23, 6.

S/iashev, rouge cinabre ou garance, Jér. 22. 14.

Chamoutz, rouge brillant, écarlate, Es.

CRÉATION. Acte du Dieu éternel et toutpuissant, par lequel il appelle à l'existence des choses visibles et invisibles, matérielles ou spirituelles, Apop. 4, 14. Ps. 148, u- sq. Ce mot s'entend aussj, par extension, de l'univers, de l'ensemble des choses créées ; mais nous n avous à le considérer ici que dans le premier de ces deux sens, c'est-à-dire comme acte créatif. L'homme, être borné et déchu, ne peut pénétrer les conseils mystérieux de l'Eternel, et découvrir par lui-même la date, le mode, ni les raisons delà formation de l'univers; Job, 11,7. 8. Et si quelque téméraire se permet dans son orgueil de disserter sur ces choses d'une manière contraire a la Bible, ou cherche à découvrir ce qu il a plu à Dieu de nous cacher, l'Eternel lui-même confond sou audace elle fait rentrer dans la poussière, Job 38.

Mais si par nous-mêmes nous ne pouvons découvrir les choses cachées de Dieu, nous pouvons et devons chercher à connaître ce qu'il lui a plu de nous en révéler. Pour cela nous avons deux sources d'instruction à étudier : la Bible et la nature. « Les œuvres de Dieu et la Parole de Dieu sont les deux portes du temple de la vérité ; comme elles proviennent d'un même auteur souverainement sage et tout-puissant, il est impossible qu'il y ail enire elles aucune contradiclon ; mais elles doivent, pour ceux qui les comprennent dans leur vrai sens, s'expliquer et se confirmer réciproquement, quoique d'une manière et par des voies différentes » (Gaede, prol. d'hist. naC à Liège). El de même que les œuvres visibles de la création de Dieu nous soûl «tonnées pour nous apprendre à connaître ses perfections invisibles, Rom. 4, '20., ainsi, c'est en prenant la Bible pour guide que nous de-

vons étudier cette création visible et les œuvres merveilleuses de l'Eternel ; sans cela nous sommes exposés à tomber dans les systèmes les plus faux et les plus absurdes, comme il est déjà arrivé à plusieurs savants, auxquels on peut bien appliquer le reproche que Jésus adressait aux Juifs : * Vous êtes dans Terreur parce que vous n'entendez pas les Ecritures ni quelle est la puissance de Dieu, •> .Mallh. 22, 29. Il est une science en particulier qui résume à elle seule presque toutes les sciences naturelles, et qui, quoiqu'elle n'existe que depuis peu d'années, remonte par ses découvertes jusqu'aux premiers âges du monde ; une science remplie d'attrait pour ceux qui en ont fait l'objet de leurs études, et qui plus que toute autre peut-être, a conduit a des résultats erronés et antiscripluraires, ceux qui n'étaient pas soutenus par une foi ferme a la Parole de Dieu. Nous voulons parler de la géologie, dont l'incrédulité a si souvent essayé de se faire une arme contre la Bible. Mais à mesure qu'elle a été mieux étudiée , et que les faits et les monuments qu'elle présente oui été examinés de plus près, l'on a reconnu que loin d'ébranler en aucune manière l'autorité de la Bible, elle n'a fait que continuer le récit de Moïse d'une manière frappante et inattendue. C'est ainsi que les calculs remarquables du célèbre Cuvier pour connaître l'âge du monde et l'époque du déluge, oui offert un résultat qui coïncide exactement avec la Genèse (Disc, sur les révol. de la surface du globe). — Mais cette science est encore dans son enfance, et s'il nous est permis de donner un conseil, nous voudrions engager ceux de nos lecteurs qui auraient à s'en occuper, premièrement à n'étudier la géologie qu'avec humilité et respeel, en pensant que la nalure est comme la Bible, mais pas plus que la Bible, le livre de Dieu; ensuite à ne pas s'effrayer, ni se laisser ébranler dans leur foi, par des découvertes futures qui sembleraient en contradiction avec la révélation écrite, ou avec des systèmes cosmogoniques proposés même par des hommes pieux. U ne peut, nous le répetons, y avoir contradiction réelle, et l'on trouvera toujours que lorsqu'il y en aurait une apparente, cela vient de ce que nous n'avons pas compris l'un ou l'autre de ces livres; mais la vérité est une, et le Dieu fort est vérité, Deut. 32, 4.

Après ces remarques préliminaires, l'on nous comprendra lorsque nous dirons que ce n'est qu'avec crainte et tremblement que nous osons hasarder quelques explications sur l'œuvre de la création , telle qu'elle est rapportée dans le premier chapitre de la Genèse, car ce sont U les choses difliciles el mystérieuses de I Eternel, et connaissant a peine « les bords dises voies, » Job 26, 14-, nous craignons, nou*

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aussi, « d'obscurcir son conseil par des paroles sans science. »

« Dieu créa au commencement le ciel et la terre, ■> Gen. 1, 4. — La signification propre du mot créer est : tirer du néant, faire une chose de rien ; c'est pourquoi les traducteurs de la Bible s'en sont servis pour rendre le mol hébreu bara qui n'a pas toul à fait la même portée ; mais la langue hébraïque n'en possédant point d'autre qui pût indiquer exactement l'acte par lequel Dieu produit une chose, sans la former d'une substance déjà existante, les écrivains sacrés ont dû employer ce mol bara, qui signifie proprement former, mettre en ordre (Calmet), mais dont la racine primitive semble plutôt contenir le sens de séparer (Simonis, Eex. Hebr.). C'est peul-éire à cette idée que correspond l'expression française : Dieu débrouilla le chaos. En effet, nous voyons qui' l'œuvre des trois premiers jours, dans le récit de Moïse, est en grande partie une œuvre de séparation : Dieu sépare la lumière d'avec les ténèbres, il sépare les eaux supérieures des eaux inférieures, il sépare la l^rre sèche d'avec la mer, il sépare le jour d'avec la nuil. El lorsque Moïse emploie le mot créer, cela ne signifie point toujours tirer une chose du néant, mais souvent tirer une chose d'une autre substance pour lui donner une forme nouvelle ; ainsi, par exemple, Dieu crée l'homme à son image, Gen. 4, 27., et cependant il le tire de la poudre de la lerre, 2, 7. Malgré celte double interprétation dont le mot bara est susceptible, nous savons positivement que la matière n'a pas toujours existé, qu'elle a eu une origine, car l'Esprit-Sainl nous le déclare, soit, Gen. 4, 4 ., en nous disant que les cieux et la terre oni eu un commencement, cf. t, 4., soit dans le commentaire qui nous est donné ailleurs par le même Espril, Hébr. 4 4,3. Ps. 33,9. Et la sagesse de Dieu qui est la même chose que sa Parole éternelle, le Verbe incréé «qui élaitau commencement avec Dieu et qui élail Dieu, > nous parle d'un temps antérieur à l'existence de notre globe, où elle élail ses délices « lorsqu'il agençait les cieux et qu'il traçait le cercle au-dessus des abîmes, lorsqu'il n'avait point encore fait la terre, ni le commencement de la poussière du inonde, » Prov. 8, 24-30.

« C'est donc le contexte, » dit un savant professeur anglais, le docteur Pusey (v. Buckland, BridgewaterTreali>e, vol. I, p. 32.), « qui doit décider du sens du mol bara, et nous indiquer s'il faut le traduire par : tirer du néani, ou par: donner une nouvelle l'orme à uue subslauce qui existait déjà.

«Quoique Moïse se serve, en parlant des œuvres de Dieu, tantôt du mol bara, tantôt du mot hazah {il fit), il paraît cependant que la

première de ces expressions a une énergie particulière, et ne peut s'emp'oyer que pour décrire l'action de Dieu, tandis que la seconde peut s'appliquer aussi à l'action des hommes.

« Après avoir soigneusement comparé un grand nombre de passages (Esaîe 43, 4. 45. Nomb. 46, 30. Ps. 404, 30. sq.), et avoir tait une étude attentive de ce sujet, je suis arrivé à cette conclusion, que les mots créer et faire, employés en parlant de Dieu, sont synonymes, avec cette différence que la première de ces expressions est la plus furte des deux, quoique Moïse semble quelquefois les employer indifféremment : ainsi, Gen. 4, 24., Dieu créa les grands poissons; v. 25., Dieu fit les bêles de la terre; v. 26., Faisons l'homme à notre image; v. 27., Dieu créa donc l'homme. »

M. de Rougemont ^Fragments d'une Histoire de la terre, p. 4 43), voit quelque chose de plus dans la manière dont Moïse se sert de ces mots; il dit que « créer signifie former un type nouveau, tandis que faire est restreint au développement d'un type déjà existant : ainsi, dit-il. Dieu crée l'animal, l'homme, 4, 20-27; mais une fois les animaux aquatiques existants, il ne crée pas les animaux terrestres, il les/oi/. »

Nous ne prétendons pas décider quelle peut élre la valeur de cette observation, mais nous croyons devoir ajouter en développement de l'idée de cet auteur, que les eaux et les airs contenant parmi leurs habitants des créatures qui appartiennent aux quatre grands embranchements du règne animal, les types existaient tous avant la formation des animaux terrestres, qui n'étaient pour ainsi dire qu'un développement de ceux qui avaient été créés le cinquième jour; tandis que l'homme étant non-seulement un animal plus parfait que les autres par les organes dont il était doué, mais encore le seul habitant de la terre auquel Dieu eût donne une âme de la même nature que l'Essence divine, pouvait bien être considéré, quant à son corps, comme un développement d'un type antérieur; mais quant à cette Ame vivante, faite à l'image de Dieu, c'était bien réellement comme une création nouvelle: ce qui expliquerait pourquoi la Genèse se seri des deux expressions laire et créer, quand il s'agit de l'homme.

« Ce qui esl bien plus important pour rinlerprélalion du premier chapitre de la Genèse, c'esl de savoir si les deux premiers versets contiennent une espèce d'introduction, un simple résumé de ce qui va être dit plus en détail dans le reste du chapitre, ou s'ils sont l'expression d'un acte de création distinct de ceux dont il est parlé dans les versets suivants.

« Cette dernière interprétation parait être la véritable comme la plus naturelle. En effet, nous n'avons dans la Bible aucun autre récit d'une

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création primitive, et de plus il semble que le deuxième verset soit un»* description de la matière créée, avant l'arrangement qui en allait être fait en six jours; ainsi la création du commencement doit être distinguée de la création des six jours; d'autant plus que le récit de'ce qui s'est passé dans chacun de ces jours est précédé de la déclaration que « Dieu dit, » ou voulut l'événement qui suit immédiatement; par conséquent il semble que la création du premier jour doit avoir commencé lorsque ces mots : « Et Dieu dit, » sont employés pour la première fois, c'est-à-dire pour la création de la lumière. De même, si c'est bien là le commencement de l'reuvredes six jours, il est clair que cette création ne fuit que donner une nouvelle forme, un nouvel arrangement, et pour ainsi dire meubler d'une manière nouvelle un monde qui existait déjà, car nulle part dans le récit des mx jours il ne nous est dit que Dieu fit, ou créa l'eau, ni la terre, ni les ténèbres, choses déjà existantes (résultat d'une création précédente), lesquelles il ne fait, d.ms les premiers jours, que séparer les unes des autres el les mettre dans un ordre nouveau. » (Buckland's 1, 22.)

Nous croyons donc que le v. 4 nous parle d'une création primitive des choses matérielles sans en indiquer l'époque, qu'il ne nous importe probablement pas de savoir. Ceci n'est point une opinion nouvelle; c'est celle de plusieurs Pères de l'Eglise (voir Pelavius, Dogm. Theol., tom. 3. De opificio sex Dierum, lib. 4., cap. 1, $8, et cap. 4 1, $ 1-8). Les uns voyaient dans les deux premiers versets de la Genèse le récit de la création d'un monde primitif; d'autres, comme saint Augustin, Théodorel, y voyaient la première formation de la matière; d'autres, celle des éléments; d'autres croient que les cieux dont il est question au v. 1. sont, non le ciel atmosphérique de notre terre, qui ne fut créé que le deuxième jour, mais ce qui est appelé ailleurs les cieux des cieux.

Nous voyons, en effet, que quoique la Genèse emploie le même mot Shamayim pour désigner ces deux choses, la Bible les dislingue ailleurs, comme Néh. 9, 6.

La racine du mot hébreu qui signifie ciel, étant le prétérit inusité shamah, être élevé, le mot shamayim signifierait les hauteurs, ou les espaces élevés, el xhemé hasshamayim (les cieux des cieux) seraient les espaces infiniment élevés, ou l'immensité avec tout ce qu'elle contient, et p tr conséquent celle multitude innombrable d'étoiles ou de mondes, qui feraient ainsi partie de la première création, indiquée Gen. 1, t., el que le v. 46 ne fait que rappeler en passant, en parlant du moment où le soleil devint lumineux pour la terre.

Le fameux passage 2 Pierre 3, 5-13. qui résume en quelques mots les destinées de notre planète, autorise la différente interprétation du mot cieux dans les versets 1 et 8, et montre que le ciel du deuxième jour, c'est-à-dire l'atmosphère, suit le sort de notre globe et de ses révolutions. Il est évident, en effet, que les cieux antédiluviens, qui ont été détruits, ne comprenaient pas les astres, car alors le soleil, la lune elles étoiles qui existaient avant le déluge auraient aussi péri; la future destruction par le feu, des cieux et de la terre d'à présent, n'est donc point non plus une catastrophe qui doive envelopper tout l'univers, mais seulement une grande révolution qui doit changer l'état et l'apparence de notre globe ; un feu purifiant qui le nettoiera de sa souillure comme l'or fondu dans le creuset est dégagé par le feu des matières impures qui le ternissent; révolution après laquelle le monde et ses habitants seront rétablis dans l'état de pureté el d'innocence, d'où le péché d'Adam les avait fait déchoir.

L'interprétation que nous venons de donner du v. 1 semble confirmée aussi par l'expression remarquable qui termine le v. 3 du deuxième chapitre : « Dieu se reposa de toute l'œuvre qu'il avait créée pour être faite. » — Ne semble- t- il pas que ce passage est un de ceux dans lesquels le Tout-Puissant soulève à nos yeux un coin du voile qui nous cache la profondeur de ses conseils? Ne semble-t-il pas nous dire qu'il avait de longue main préparé une demeure aux hommes, qu'il avait créé celle terre dans les jours ^'autrefois pour être faite, c'est-à-dire pour être façonnée plus lard, de manière à ce. qu'elle pûl être haliilée par des créatures dans lesquelles il voulait mettre son plaisir? Prov. 8, 34.

Jl fit toutes ces choses par degrés, ajoutant une bonne chose à une autre bonne chose, jusqu'à ce qu'il jugeât que toul élail très bon, Gen. I, 31., alin d'y rendre heureux des êtres formés à son image, à qui il voulait remettre la domination sur toutes les merveilles qu'il venait d'appeler à l'exislence.

Quand il ne nous resterait d'autre partie de la révélation que les premiers chapitres de la Genèse, n'aurions-nons pas là une preuve éclatante de la bonté infinie de notre Créateur et du soin paternel que sa providence prend des hommes? Oui, cet Etre tout puissant qui s'occupait de notre bonheur, tant de siècles avant l'existence de notre race, ne peut pas nous avoir délaissés, el si le mal est entre dans le monde, et a gâté celle terre très bonne où Dieu avait placé Adam, soyons sûrs que celui qui a mis tant de soin à nous former pour le bonheur aura aussi mis à notre portée un remède à nos maux, uu moyen de relèvement après noire chute, un

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sauveur enfin assez puissant pour empèehfer que «•eue terre et ses habitants qui étaient sortis très bons de la main de Dien, nie continuent à être entraînés à jamais dans le chemin du mal.

Mais pour cela, it faut qu'une création nouvelle s'opère en nous, et qui* celte parole divine par qui et pour qui toutes choses ont été faites renouvelle en nous l'image de Dieu que le péché a détruite, I Cor. 4 5, 47. 49. 2 Cor. 5, «7. Kph. 4, 24.

v. i. « Et 1» terre était sans forme et vide; les ténèbres étaient sur la face de l'abîme, et l'Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux. » — (Le mot abîme semble être synonyme des eaux sur lesquelles se mouvait l'Esprit de Dieu ; v. Job 38, 30. Ps. 42, 8. 404, 6. Jon. 2, 0. sq.)

Si le v. 1 se rapporte à la première création de toutes choses, dont rien ne peut nous faire même deviner l'époque, il se peut que des millions d'années se soient écoulées entre ce moment et la création de la lumière sur notre terre. (Dans la Bible de Luther, imprimée à Wittemberg, en 4557, on trouve le chiffre 1. marqué en léte du v. 3, comme étant le commencement de l'histoire de la création. Dans d'anciennes éditions anglaises où la division en versets n'était pas encore adoptée, il y a un double interligne entre les v. 2 et 3. Pusetj.)

Le v. 2. décrit l'état du globe immédiatement avant lecommencemcntdu premierdessix jours, c'est-à-dire sur le soir du premier jour ; car, suivant la commutation- mosaïque, chaque jour commence avec le soir, et dure jusqu'au soir du jour suivant. Le premier jour serait donc la fin de la période indéfinie de la première existence du monde. Dans ce v. 2. il est lait une mention spéciale de la terre et des eaux romme existant déjà, mais enveloppées de ténèbres. Les mots thohou vabohou décrivent cet état de confusion et de vacuité que les Grecs représentent par le mol Chaos. Us sont encore employés dans le même sens, Es. 34, M. Ps. 107, 40.

Le mot vide, de nos traductions françaises, ne rend pas très bien la signification, car il donne l'idée d'un corps creux, tandis qu'ici il faudrait exprimer un vide extérieur : la terre était vide d'habitants, vide de parure, aride et dépouillée. D'où provenait cet état chaotique? Etait-ce ainsi que la terre était sortie des mains du Créateur ? Etaient-ee les ruines d'un monde antérieur!1 Nous l'iguorons; peut-être Dieu avait-il dit d'un ordre de choses plus ancien ce qu'il dit plus lard du monde moderne, par la bouche de son prophète, Jér. 4, 23. sq. : « La terre sera dans le deuil, les cieux seront noirs au-dessus;... j'ai regardé la terre, et voici, elle est sans forme et vide, etc. »

Ne semble-t-il pas que l'Esprit-Saint ait voulu

nous représenter par ces paroles une effrayante révolution de notre globe dont le chaos aurait été le résultat ? S'il était permis de traduire en langage non inspiré les paroles de l'écrivain sacré, no»s croirions pouvoir paraphraser ainsi les premiers versets de la Genèse :

« Toutes les choses que nous voyons et dont nous pouvons connaître l'existence, soit sur la terre que nous habitons, soit au delà, doivent leur être à un Dieu souverainement bon, sage et puissant, qui a fait sortir la matière du néant, dans des temps Infiniment reculés et dont la date nous esl inconnue. Ce Dieu tout bon jugea à propos rie créer une race d'êtres intelligents auxquels il donna le nom d'hommes, et voulant leur préparer une demeure, il choisit pour cela un de ces globes qu'il avait faits pour se mouvoir dans l'espace, et qui était alors inculte et désert, recouvert de liquide et d'obscurité. Le moment où l'Esprit de Dieu s'en rapprocha et plana, pour ainsi dire, à sa surface pour y faire pénétrer Tordre et la vie, fut pour le globe le commencement d'une création nouvelle qui devait avoir six degrés, ou se faire en six époques de progrès successifs.

« Tout était prêt pour cette nouvelle création, la matière à laquelle une autre forme devait être donnée, l'Esprit divin qui devait la vivifier; il ne fallait plus que la parole du commandement pour appeler à l'existence ce monde nouveau; et Dieu dit... que la lumière soit, et l'ordre naquit au milieu de la confusion. »

Ainsi, nous voyons apparaître dès la fondation du monde cette Trinité dans l'unité de Dieu : « Le Père qui habite une lumière inaccessible et que nul œil n'a vu ni ne peut voir, » 1 Tlm. 6, 16.; cf. Apoc. 15, 3. Ps. 18, 29. 36, 10.; « le Fils, qui est la véritable lumière qui a resplendi dans les ténèbres et qui éclaire tout homme en venant au monde, » Jean 4,9.; cf. v. 2. Col. 1, 46. Eph. 3, 9.; « enfin l'Esprit de Dieu planant sur la face des eaux, pénétrant le j;lol>e d'une force vitale, et qui nous est représenté comme présidant à lu création et y prenant la part la plus dirèetc, » Ps. 33. 6.; cf. Gen. 2. 4. Ps 404, 29. 30. Jeah 20, 22. Gen. 2.7., cf. Job 33, 4. (La Bible de Genève, éd. de 1805, traduit au v. 2. : « Et Dieu lit souffler un vent qui agita la surface de l'eau. » Mais si le mot rovach peut, en effet, signifier esprit nu vent, selon la place où il est employé, comme le grec xvsfyx et le latin spiritus, est- il raisonnable de le traduire par vent, lorsque Dieu n'avait pa* encore créé l'air P Autant vaudrait, par exemple, remplacer Esprit par courant d'air dans des passages tels que celui-ci : « Caches!" ta face, elles (les créatures) sont troublées; reliri'S-tu leur souille, elles défaillent et retournent en leur poudre. Mais si tu renvoies ton

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courant d'air (Esprit), elles sodi criées de nouveau! »Ps. 104, 29. 30 ; cf. enc. Job 26, 13.) Et afln de montrer évidemment que cestrois personnes ne sont pas trois dieux, mais un seul Dieu, manifesté de trois manières, l'écrivain sacre qui se sert pour désigner le Créateur du mot Elohim. Seigneurs, fait suivre celte désignation plurielle d'un temps de verbe au singulier, comme s'il y avait Dieux dit que la lumière soit; Dieux vit que cela était bon. Puis, après nous avoir montré les personnes divines conférant ensemble (p. 26., faisons l'homme à notre image), il lui donne (2, 4.) le nom incommunicable et singulier ùeJthowh, joint a celui d'Elobim, Seigneurs, qui est, qui était et qui sera, ou Seigneurs Eternel.

Durée des jours de la création. Pendant longtemps, personne dans les pays où le christianisme était professé ne mit en doute que les jours de la création ne dussent s'entendre à la lettre d'espaces de vingt-quatre heures, mais à mesure que Ton étudia plus attentivement les sciences naturelles, on trouva des preuves de l'existence d'un ordre de choses antérieur à la création de l'homme, ordre de choses qui avait dû continuer pendant des temps fort longs; l'on se hâta de rejeter alors le récit de Moïse et ses six jours comme une chose absurde et contraire aux lois de la nature. Puis vinrent d'autres naturalistes plus religieux, qui comprirent que l'homme ne pouvait ainsi limiter hvjmlssance de Dieu, et que celui qui avait fait le temps pouvait créer un monde non-seulement en six mille ans, mais en six ans. en six jours, en six minutes, en un clin d'œil, s'il l'eût voulu; il leur parut que sans nier les découvertes des sciences naturelles, l'on pouvait fort bien les concilier avec le récit mosaïque, en supposant que toutes les plantes et animaux fossiles étaient les restes d'un monde antérieur au v. 3. de la Genèse, détruit nous ne savons à quelle époque, ni pour quelle cause; et que Dieu établit réellement l'ordre de choses actuel en six Jours de vingtquatre heures.

Mais celte hypothèse, quelque plausible qu'elle paraisse au premier abord, n'explique point suffisamment comment il se fait, patexemple, que l'ordre des animaux fossiles, selon leurs couches, se rapporte si bien à ce que nous enseigne la Genèse sur l'ordre de leur formation; l'examen de leurs yeux, infime de ceux des plus anciens, comme, par exemple, des Trilobiles, dans les terrains de transition (Buckland's vol. I. p. 396J, prouve que ces animaux ont vécu dans uni* lumière semblable a celie qui nous sert à distinguer les objets, une lumière solaire en un mot, et qu'ils ont été créés après que Dieu avait établi cet astre pour éclairer notre globe, ainsi qu'il est dit aux v. U à 18.

On reconnut aussi que la Bible elle-même donne aux mots qui désignent les divisions du temps, comme jour, semaine, des sens divers et plus ou moins étendus (v. Es. 34, 8. Ez. 4, 6. Dan. 9, 24. 1 Cor. 3, 13. 5, 5. 2 Pierre 3, 10., etc.), et l'on en vint à traduire les six jours de la création par six époques. C'est à cette opinion que se sont arrêtés presque totis les théologiens et les géologues lès plus distingués de notre temps; pour eux les jours de la création ne sont pas des jours solaires comme ceux d'à présent, mais des époques cosmogoniques d'une longue durée, des temps de progression et de formalion alternant avec des temps de trouble et de révolutions lelluriques. Sans énoncer une opinion positive sur ce sujet, nous devons convenir que les probabilités sont en faveur de l'opinion qu'il s'agit non d'espaces de vingtquatre heures, mais de périodes considérables, de mille ans peut-être ; en effet , il est remarquable que dans les deux passages de la Bible où il est dit qu'aux yeux de Dieu, mille ans sont comme un jour, et un jour comme mille ans, celte déclaration de l'Esprit-Salnl se trouve placée en relation directe avec les événements de la Création , et avec ce jour du Seigneur qui, comme le dit saint Jean, doil durer mille ans; cf. Ps. 90, 2. 4. avec 2 Pierre, 3, 5-10. et Apoc. 20.

Les plus anciens livres des nations prennent aussi, comme la Bible, dans des sens plus ou moins étendus les mots qui désignent les divisions du temps.

Plularque dit que les Egyptiens, voulant prétendre à une plus haute antiquité que les autres peuples de la terre, comptaient dans leur chronologie ebaque mois pour une année. Les calculs des Indiens et des Chinois ont des bases toui à fait semblables, (v. Doct. Nares, Man considered theologically and geologically , p. 192.)

Xoroastte, en parlant de la création, dit qu'elle se lll en six époques ou temps inégaux, distribués de la manière suivante : Le premier temps lut employé a créer le ciel, ce qui ptil 45 jours; dans le deuxième temps, qui dura 60 jours, Dieu créa les eaux; la terre fui créée dans le troisième, qui fui de 75 jours; le quatrième, de 30 jours, vil êdore les plantes; le cinquième, de 80 jours, tous les animaux; et le sixième, de 75 jours, fut consacré à la création de l'homme. La somme de ces nombres esi 365 jours ou une année (llyd'i, De rcllgione veterum Persanim, cap. 9). On reconnaît dans cette narration le récit de la Genèse détouré, et combiné avec l'Idée traditionnelle de la longueur considérable des jours de la création, tradition qui existait déjà, à ce que l'on prétend, chez les Juifs, et aussi chez le» Etrusques (F. de Rougemont, Fragments, etc....

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Quelques auteurs ont cru en trouver une preuve implicite dans le langage même du lexle, et de même que la forme participale du verbe qui exprime l'action de In force créatrice, l'Esprit de Dieu» se mouvant sur la surface de l'abîme, indique non un acte subit et momentané , mais une force s'exerçanl d'une manière continue (Docl. Wisenian, Lectures on Science and revealed Religion, vol. 1, p. 295), ainsi l'on a cru reconnaître dans ces six jours non-seulement une suite de perfectionnements, mais aussi des intervalles de révolutions et de bouleversements dont l'idée serait renfermée dans la signification la plus étendue du mot Ereb, soir. Le premier ehap. de l'Ecciésiasle et le Ps. 404 (en particulier les v. 29 et 30) avaient fait pressentir la possibilité d'une semblable progression dont diverses traditions fort anciennes contiennent des traces remarquables. — La cosmogonie indienne, qui se rapproche beaucoup de la Bible, parle « d'un grand nombre de créations et de destructions de mondes, provenant de la volonté d'un Etre suprême qui ne le fait que dans le but de rendre ses créatures heureuses. » (Institules of liindu Law. London, 4825, ch. 4.) Nous ne pouvons nous empêcher de transcrire ici deux passages très remarquables de ce livre, cités par Lyell, Princ. of Gcol., vol. 4, ch. 2, avec l'indication des textes bibliques correspondants: u L'Etre dont la puissance est incompréhensible, m'ayant créé, moi (Menou) et tout cet univers, fut de nouveau absorbé dans l'Etre suprême, faisant succéder au temps de l'énergie l'heure du repos. » (Cf. Héb. 4, 3. 40. 4, 4. Jean 47, 5.) — El plus loin : « Quand celte puissance agit, alors ce monde reçoit son plein développemenl; quand elle sommeille, tout le système déchoit. Car pendant qu'elle se repose, ou cesse d'agir, les esprits revêtus de formes matérielles, et doués de principes d'action, se détournent peu à peu de leur tâche, et l'intelligence elle-même devient inerle. » (Cf. Ps. 404, 27-30.)

Telle est aussi la tradition des Birmans, et celle des anciens Egyptiens; on la retrouve même dans les outrages de quelques Pères de l'Eglise, saint Augustin, Oral., Il; saint Basile, Hexaêmeron, nom. 2.

Les découvertes récentes de la géologie sont venues, bien des siècles après, èclaircir cette hypothèse, el la conlirmer à ce qu'il semble. Cuvier, dans son Discours sur les révolutions de la surface du globe, établit par des preuves irrécusables, que ers révolutions ont été nombreuses, subites, antérieures a l'apparition de l'homme sur la terre, el même qu'il y en a eu d'antérieures à l'existence d'êtres vivants quelconques.

« L'hisloire des six jours , ainsi que celle de

l'humanité, a ses nuits cosmogoniques, dont la première est le chaos, et dont le caractère est la mort, le désordre, les ténèbres; par une concordance imprévue el inexplicable , les géologues d'une part. Moïse de l'autre, admettent uu développement ou une création de la terre tout à fait extraordinaire, qui s'opère par une alternative de temps d'ordre et de création, de temps de désordre et de destruction.

«* La géologie ne fait ici que préciser, expliquer, commenter le texte biblique, qui accepte en plein tous ces résultats de la science.

« Les soirs (Ereb) sont donc les temps de désordre; le premier soir n'est autre chose que le chaos lui-même; les suivants sont des invasions du chaos au milieu de l'œuvre lumineuse de Dieu. Les matins sont des temps d'ordre, de vie, de création. L'œuvre de Dieu pendant les six jours consiste a former la terre dévastée, et la dégager du chaos, de l'abîme et des ténèbres qui disparaissent successivement.

« Ainsi les eaux de l'abîme, 4,2., qui recouvraient au deuxième jour encore la terre entière, en partagent au troisième la surface avec les continents, et elles n'existeront plus sur la terre nouvelle, Apoc. 21,4. Ainsi les ténèbres, éclairées dès le premier jour par la lumière, sont transformées en soirs cosmogoniques, et au quatrième jour en nuits de douie heures. Les soirs cosmogoniques précèdent chacun des six jours, et cessent avant la création de l'homme; aucun ne s'interpose entre le sixième jour et celui du repos, et la dernière des grandes époques de désordre est celle qui sépare le cinquième jour du sixième. L'alternative des jours et des nuits de vingt-quatre heures cessera à la fin des temps, et la terre sera éclairée par une lumière coniinue, Zach. 44, 7. Apoc. 24 , 23. C'est ainsi que les complètes ténèbres du chaos se transforment peu à peu en complète lumière.

« Le premier chap. de la Genèse est une vision des temps antérieurs à l'homme, et doit s'expliquer d'après les mêmes principes que les prophéties.

« En comparant l'œuvre de Dieu dans la réorganisation du chaos et dans la création du monde, à celle de Dieu dans le cœur des fidèles el dans l'Eglise, selon l'indication que nous en donne saint Paul, 2 Cor. 4, 6., on remarque bientôt que les six jours cosmogoniques sont une espèce de prophétie de l'histoire de l'humanité, ou, eu d'autres termes, que les faits physiques de l'histoire de la terre ont un sens analogue aux laits moraux de l'histoire de l'homme. Ainsi les ténèbres du chaos se reproduisent dans les ténèbres morales de l'ame déchue et pécheresse; les nuits cosmogoniques dans les époques historiques de corruption et

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de ruines ; les jours cosmogoniques, dans celles de paix, d'ordre et de vie religieuse ; la formalion du soleil au quatrième jour, dans l'apparition du soleil de justice vers l'an 4000, etc. » (Rougemoiit, Fragm., p. 8.)

Avant de nous occuper spécialement de l'œuvre de chacun des six jours de la création, nous devons indiquer une autre partit* de l'Ecriture qui nous en donne un commentaire remarquable: nous voulons parler des chapitres 38 à 44 du livre de Job. Ce n'est pas ici le lieu d'examiner en détail celte portion sublime et mystérieuse de la Parole, nous nous bornerons à quelques versets du ch. 38. En interrogeant Job sur les merveilles de l'univers, l'Eternel condescend jusqu'à raisonner avec sa créature; il lui montre que la souveraine sagesse qui a présidé à l'arrangement de la terre, des cieux et de tout ce qui s'y trouve, préside également aux événements de la vie des hommes, et que par sa direction, toutes choses concourent ensemble au bien de ceux qui aiment Dieu, Rom. 8, 28. Mais, outre ce but principal d'instruction, nous trouvons encore des allusions à l'histoire de la création, qui peuvent éclaircir pour nous quelques passages du 4«r chap. de la Genèse.

En effet, nous croyons voir, dans le verset 4, une indication de celle création primitive qui eut lieu au commencement, Gen. 4,4.; puis au v. 7, nous voyons les intelligences célestes se réjouissant de l'ordre et de l'arrangement que Dieu venait d'y établir, y. 5 et 6, et chantant en triomphe à cause de cette nouvelle manifestation de la puissance de Dieu, v. 7. Hais une au moins de ces étoiles du matin (Lucifer), était déjà tombée, peut-être même plusieurs, et le mal vint bientôt gâter l'œuvre du Créateur. Il semble qu'une irruption des eaux troubla l'ordre nouvellement établi, v. 8., et ce fut alors que Dieu donna à l'abîme la nuée pour couvertureetl'obscuriiépourses langes, v. 9.; peut-être les ténèbres furent-elles ordonnées alors comme punition H comme demeure desangesdéchus, par opposition à la lumière éternelle, qui est représentée comme l'habitation de Dieu, Jean 3, 49- 24. Eph. 6, 42. C'est à ce moment-là que semble se rapporter le premier soir de la création ; c'est là le chaos décrit au deuxième verset de la Genèse, et dont Dieu va tirer la terre par six époques de progression, six jours. Le*v. 40 semble indiquer l'action de Dieu par laquelle il opère la séparation des eaux inférieures et supérieures, et le v. 4 4 correspondrait au v. 9 de la Genèse où Dieu fixe à la mer la place qu'elle doit occuper. Les v. 8-14. pourraient, il est vrai, se rapporter à quelques égards au déluge du temps de Noé; mais ce qui nous fait préférer l'autre interprétation, c'est que le v. 9 semble nous indiquer que le cataclysme dont il est

parlé au v. 8 doit avoir été antérieur au chaos, et que l'obscurité et le désordre du chaos en auraient été le résultat. — Au v. 42 nous voyons paraître la lumière, mais non comme lumière solaire : c'est l'aube du jour, le point du jour, ou la lumière éclairant simultanément tous les points de la terre, v. 43., et faisant fuir de partout les ténèbres et les esprits de ténèbres. Puis plus tard, v. 44., celte lumière prend une nouvelle forme et se concentre pour aiusi dire dans une apparence ou un moule matériel, le soleil. (Le v. 44 n'est pas bien rendu dans Ostervald : il a ajouté les mots la terre, qui ne se trouvent ni dans l'hébreu, ni dans plusieurs autres versions. Le verbe thitehapphek qui commence le v. 44, se rapporte d'ailleurs mieux au substantif masculin shaehar, l'aube du jour, v. 42., qu'au substantif commun, mais ordinairement féminin érèts, la terre.)

Premier jour. Nous avons déjà remarqué que dans le calcul de chaque jour cosmogonique le soir précède le matin : le soir du premier jour fut donc l'obscurité qui le précéda, c'est-àdire le chaos. « Dans ce moment-là, dit Buckland, une nouvelle ère allait commencer pour le monde, et la terre allait être tirée des ténèbres dans lesquelles elle n'avait peut-être été enveloppée que temporairement ; car les mots : •« que la lumière soit, » ne signifient point implicitement qu elle n'eût jamais existé précédemment.

Il était étranger au plan de Moïse de rechercher si la lumière avait déjà lui sur cette terre, ou si elle existait dans d'autres parties de l'univers; la narration ne s'occupe que de notre planète, et la prend dans un moment où elle était plongée dans l'obscurité.

Le. premier effet de l'action de l'Esprit sur le chaos fut donc l'éveil de la lumière, qui brilla dans le sein même de la masse informe dont elle fut séparée, Ps. 404, 5. 6. Job 36, 30. « Dans toutes les cosmogonies païennes qui parlent d'un chaos, dit M. de Rougemonl, les ténèbres, la nuit, sont l'état primitif, la lumière apparaît ensuite, et plus tard les astres. Moïse, sans aucun doute, n'entendait pas que la lumière provint du soleil déjà créé, mais encore voilé à la terre par les nuages; de concert avec toute l'antiquité, il faisait la lumière plus ancienne que les astres. » — En effet, il n'y avait point alors de nuages, puisque les eaux supérieures n'avaient point encore été séparées des eaux inférieures. Asapli en parle de même, lorsqu'il dit, Ps. 74, 46. : « Tu as établi la lumière et le soleil. » Dans plusieurs autres endroits de la Bible, elle est également représentée comme existant avant le monde, et comme étant la demeure de l'Eternel, l'image même de son essence, 4 Tira. 6, 46. 2 Cor. 4, 6. Ps. 404, 2. Es. 60,

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48. Hab. 3* 4. Jean 1, 4. 9. 8, 9. 42, 36. 46. I Jean 1, 5. etc.

Les philosophes incrédules du siècle dernier, voulant attaquer l'inspiration du récit sacré, ont tourné Moï^e en ridicule pour avoir parlé de la lumière comme existant avant le soleil : lesdécouvertesmodcrnesderoptlque dont Moïse n'a pu avoir aucune connaissance, sont venues justifier l'inspiration de l'écrivain sacré, en prouvant que la lumière est un fluide qui pénètre d'autres corps, et qui existe indépendamment des corps lumineux. Ceux-ci ne la rayonnent ou ne l'émettent pas par une sorte d'émanation, comme on Ta cru longtemps : ils ne font que ia mettre en mouvement par ondulations, en telle sorte qu'elle frappe les organes de la vue de la même manière que les vibrations de l'air communiquent le son à ceux de l'ouïe. Par conséquent, il n'y a rien de contraire aux lois physiques de la nature dans l'assertion de Moïse, qui nous représente la lumière comme créée avant tel ou tel corps lumineux.

L'œuvre du premier jour fut, comme nous l'avons remarqué, une œuvre de séparation. Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres, et Dieu vil que la lumière était bonne; elle fut donnée non-seulement pour éclairer les hommes d'une manière physique, mais aussi pour leur être un type de la sagesse, de la connaissance et des perfections invisibles de Dieu. Nous voyons en effet qu'elle, fut ainsi considérée par les Juifs, et que même chez tous les peuples, et surtout en Orient, elle a toujours été l'emblème de la divinité, de la vertu et de toutes les bénédictions temporelles.

Second jour. Au second jour, Dieu lit l'étendue (rakiah), non point une voûte ferme et solide, firmamentum, comme le traduit saint Jérôme (il dit aussi dans sa traduction de Job 37, 18. : Tu forsitan cum eo fabricalus es enclos qui solidissimi quasi iere fusi suntP); mais l'air, le ciel des oiseaux, des tempêtes, des puissances de l'air et des malices spirituelles, Ps. 148, 4. Matth. 6, 26. Eph. 2, 2. 6, 12.; l'atmosphère dans laquelle et au haut de laquelle devaient planer les nuages; l'élément en Un qui devait soutenir un nombre immense de créatures que Dieu allait placer sur la terre et dans lesquelles il mettrait une respiration de vie. « Quand l'Ecriture sainte parle de l'air, dont ia pesanteur était méconnue avant Galilée, elle nous dit qu'à la création Dieu donna à l'air son poids et aux eaux leur juste mesure, Job 28, 25. Quand elle parle de notre atmosphère et des eaux supérieures, elle leur donne une importance que la si lence d»»s moilernes a seule pu constater, puisque d'après leurs calculs la force employée annuellement par la natdre pour la formation des nuages, est égale a un travail

que l'espèce humaine tout entière ne pourrait faire qu'en deux cent mille années. Quand elle sépare les eaux supérieures des eaux inférieures, c'est par une étendue et non par Une sphère solide, comme voulaient le faire ses traducteurs. » (Gaussen, Théopn. 476, 483.)

Troisième jour. Au troisième jour la création se développe, pour ainsi dire; dans les deux premiers, il y avait eu principalement création de séparation ou de distinction : dans celui-ci il y a deux actes créatifs, Puh de séparation, l'autre de formation. Dans la première partie de cette période, Dieu tire de l'eau la terre qui subsistait parmi l'eau. Il fait surgir les continents et les Iles; il forme M terre habitable et ce qu'elle contient, ISéh. 9, 6. Le Dieu qui a formé la terre et qui l'a faite, ne l'a point créée pour être une chose vaine (le même mot ihohou rendu par sans forme dans dos versions, Gen. 1, 2.), mais il l'a créée afin qu'elle fût habitée. Es. 43, 18.

Le neuvième verset de la Genèse indique l'existence antérieure de celte ancienne mer et de cette ancienne terre, en disant simplement, non qu'elles furent créées alors, mais que le sec parut, et cette terre qui, avant de paraître, subsistait déjà parmi l'eau, est la même dont la création avait été racontée au v. 4 . La mer aussi ne lit que changer de place par le rassemblement en un même bassin des eaux déjà existantes.

La terre au troisième jour n'est point encore, éclairée pa~r le soleil; elle a sa lumière propre dont nous ne connaissons pas bien la nature, mais qui établit une distinction essentielle entre la terre photosphérique des trois premiers jours et la terre planétaire des trois derniers. C'est sous l'action de cette lumière propre que parurent les végétaux pendilnt la deuxième pnnie du troisième jour : alors la terre produisit d'elle-même premièrement l'herbe, ensuite l'épi, puis le grain tout formé dans l'épi, Marc 4, 28. Nous ne savons si ce serait par un souvenir traditionnel de la plus grande activité créatrice déployée au troisième jour, que les livres tends lui donnent une durée beaucoup plus lofague qu'aux deux premiers.

Jusqu'à une époque très récente, la géologie u'avait pas découvert de traces des plantes qui furenl-créécs au troisième jour; tous les végétaux fossiles connus se trouvaient dans des couches placées au-dessus des terrains de transition où sont incrustés d'innombrables animaux aquatiques, les premiers êtres vivants qui habitèrent noire terre. (Le système carbonifère qui comprend les bancs de houille, et dans lequel on trouve des fougères, des palmiers, des conifères, est placé par-dessus la grauwacke ou système silurien, qui contieut un nombre Immense

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dè zoophytes et de mollusques, des articulés et dés poissons.) M. de Rougemont, surpris de ce manque apparent de coïncidence entre le livre de la révélation et le livre de la nature, supposa que la nuit coshlogonique qui avait séparé le troisième du quatrième jour, ou le quatrième du cinquième, pourrait avoir été accompagnée d'une conflagration de notre globe qui aurait détruit la végétation primitive dans le temps où la terre devenait planète. Celte hypothèse, qui coïncide assez bien avec celle qui fait des soirs cosmogonlques des époques de bouleversement, semblait confirmée par les découvertes géologiques sur la nature des roches primitives; les granits et les gneiss qui forment la couche inférieure de la croûte de notre globe, ne sont pas, comme les schistes et les calcaires, le résultat d'Un sédiment boueux déposé par les eaux , puis durci peu à peu par la pression , la chaleur et l'évaporation : ils paraissent, au contraire, avoir été formés par le feu dont ils portent les traces, ou en avoir subi l'action. « line telle conflagration de la terre photosphérique pendant que le système solaire était organisé, a naturellement dû faire disparaître toutes les plantes du troisième jour. Mais la (ienèse ne fait pas mention de cette révolution par le feu, parce que le point capital de l'œuvre du quatrième jour était la formation du système solaire. « Toutefois, ajoute notre auteur, je suis le premier à reconnaître combien sont hypothétiques tous les rapprochements de détail entre la Bible et la géologie, relatifs aux époques antérieures a l'homme. » (Fragm., p. 411.)

Malgré le profond respect que nous éprouvons pour les lumières et la piété de cet écrivain, nous nous permettons de différer un peu de ses vues sur ce point ; son hypothèse d'une conflagration ne nous parait pas nécessaire pour expliquer la disparition de la flore primitive. Nous avons, en effet, remarqué que dans la création et dans l'histoire de la terre, depuis le commencement jusqu'au moment où Jésus remettra le royaume à Dieu le Père, 1 Cor. 15, 24., il y a progrès et développement successif; depuis la terre entièrement couverte d'eau pendant le chaos, jusqu'à l'entière destruction de la mer, Apoc. ïl, 4., le globe passe par un état intermédiaire, sa surface étant composée en partie d'eau, en partie de terres sèches. Si donc nous admettons une marche progressive, interrompue par une succession de bouleversements (les soirs cosmogonlques), il n'y a rien de contraire à l'analogie des lois de la création, a supposer que les premiers continents auront été beaucoup moins étendus que ceux qui existent actuellement : par conséquent lâ flore primitive qui a végété sur ces premiers continents, n'aurait occupé qu'un espace proportionnellement

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très pètit dé là surface du globè, et pourrait se retrouver dans des terrains actuellement submergés. Mais il y a plus : les géologues n'ont examiné jusqu'à ce jour qu'une bien faible portion de la superficie de la croûte solide du globe, et de ce qu'on n'a1 pas trouvé jusqu'à présent en Europe (la seule partie du monde où l'on ait pU faire sur les fossiles des recherches un peu général»'*) des restes des premiers végétaux, il ne s'ensuit pas qu'on ne puisse en découvrir un jour ailleurs. Il parait même qu'on commence à eh retrouver les traces, et que les immenses végétaux fossiles récemment découverts dans le Canada et la baie de Baffln, doivent avoir crû sous des conditions de chaleur, d'humidité et de lumière qui n'étaient point celles où vivent actuellement nos plantes. L'état de la terre, sortant à peine de l'eau et environnée de sa lumière propre, tel qu'il est décrit Gen. 1 , 9-1 î., explique la croissance de ces plantes d'une manière bien plus satisfaisante que toutes les autres hypothèses.

il n'est pas nécessaire non plus de recourir à une conflagration pour expliquer la formation des roches primitives. Presque tous les chimistes, les physiciens, les géologues et les géographes modernes, reconnaissent que la terre doit être composée d'un noyau de métaux et de métalloïdes en incandescence, entouré d'une croûte des mêmes substances à l'état d'oxydes diversement combinés entre eux. Le savant Fourier a déterminé les lois du refroidissement graduel du globe et de sa couche extérieure, et les expériences nombreuses et intéressantes de M. Cordier (Essai sur la température de l'intérieur de la terre, dans le Mémoire du Muséum d'histoire naturelle, 1827) sont venues pleinement confirmer la justesse des observations de Fourier sur l'existence d'un feu ou d'une source de chaleur centrale. Ce système, qui explique et la forme sphéroïdale de la terre , et l'action des volcans, et la chaleur des eaux thermales, et bien d'autres phénomènes encore, explique aussi comment la première croûte solide de notre globe (les roches primitives) doit porter des marques de l'action du feu, comment une température jadis beaucoup plus élevée, peut avoir donné à la terre une force végétative bien plus considérable que celle que nous lui connaissons maintenant, et comment enfin Dieu peut s'être servi des forces naturelles de l'eau réduite à l'état de vapeur, pour soulever en divers endroits de sa surface une portion de sa croûte solide sous la forme d'Iles et de continents, et les laisser retomber ensuite au-dessous du niveau des eaux.

Quatrième jour. Ici, eothme le remarque M. de Rougemont, la progression dans la création n'est plus la môme; Il y a un saut, une in-

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terruption. « De même qu'à la fin du quatrième jour de l'humanité la lumière divine qui éclairait dès l'origine tous les hommes, se concentra eu un individu, Jésus-Christ, communiqua à l'humanité des forces inconnues, et par la création de l'Eglise fit toutes choses nouvelles, ainsi, au quatrième jour cosmogonique la lumière diffuse du premier jour se concentra dans le soleil, dont la chaleur pénétra et transforma la terre devenue planète, et la prépara à devenir la demeure d'animaux, d'âmes vivantes. Ce fut alors que le système solaire fut achevé, et que notre terre, en devenant planète, reçut aussi son satellite. » Il semble, eu effet, que les grands luminaires des cieux dont il est parlé v. 4 4-48., ne sont nommés que dans leurs nouveaux rapports avec noire planète. Le texte ne dit point que la substance du soleil el de la lune ait été créée le quatrième jour; mais il donne a entendre que ces corps célestes furent alors chargés de remplir à l'égard de notre globe des fonctions importantes pour ses futurs habitants, de luire sur la terre, pour dominer sur le jour et sur la nuit, etc. Le fait de leur création était déjà implicitement contenu dans le v. 4. Il est aussi fait ici mention des étoiles, 4, 46., mais en deux mots seulement : Veeth Kaccochabim, presque en façon de parenthèse, et comme pour indiquer qu'elles avaient été formées par la même toute-puissance qui avait ordonné au soleil el A la lune de luire sur notre terre. En passant si légèrement sur la création de ces innombrables corps célestes qui brillent dans l'espace, et dont la plupart sont probablement des soleils, centres d'autres systèmes planétaires, tandis qu'il place la lune, ce petit satellite de notre terre, comme tenant le second rang après le soleil, l'écrivain sacré nous montre clairement qu'il n'a point voulu nous donner une leçon d'astronomie, et qu'il ne parle ici des astres que dans leurs rapports immédiats avec notre terre et ses habitants, et non point eu égard à leur importance relative dans le vaste système de l'univers. 11 semble impossible de comprendre les étoiles dans le nombre des luminaires que Dieu plaça dans les cieux pour luire sur la terre, 4,47., et pour dominer sur le jour et la nuit; car la plus grande partie des étoiles fixes n'est visible qu'à l'aide d'un télescope, et celles que nous pouvons discerner à l'œil nu ne donnent qu'une bien faible lumière en proportion de leur grosseur et de leur multitude (Buckland's, I, p. 27). Il nous paraît donc que le sens des v. 47 et 48 doit être restreint aux deux corps célestes, qui sont en réalité les grands luminaires de la terre. Leur office, en tant que servant à nous éclairer el à mesurer pour nous les temps et les saisons, doit durer autant que notre terre, Gen. 8, 22.: et de même que l'arc

en-ciel tut donné à Noé comme un signe de l'alliance que Dieu traita avec lui el avec toute chair, avec promesse de ne plus envoyer de déluge sur la terre, et de ne plus faire périr par les eaux lout ce qui a en soi respiration de vie, ainsi les grands luminaires des cieux sont proposés aux fidèles comme signes de l'alliance que Dieu a traitée avec David, en promettant que de sa postérité sortirait le soleil de justice, le Messie qui sauverait de la mort seconde les âmes de tous ceux qui croiraient en lui ; cf. Jér. 33, 20. 24. Cela ne signifie pas cependant qu'ils doivent durer à toujours, car lorsque le Messie, fils de David, viendra s'asseoir sur son trône et régner sur son peuple, la chose promise étant donnée, ce qui lui servait de type et de signe sera aboli. La loi s'accomplira jusqu'à ce que le ciel et la (erre passent, Matlh. 5, 48.; mais lorsque viendra le jour du courroux de l'Eternel, il fera crouler les cieux, el la terre sera ébranlée de sa place (peut-être transportée hors de la place qu'elle occupe actuellement dans le système solaire), Es. 43, 43., cf. encore Agg. 2, 6. 2 Pierre 3, 40. Apoc. 6, 42-14. 24, passim. 22, 5. Es. 60, 49. sq. 65, 47. 66, 22.

Ces passages remarquables, considérés non dans leur but moral et prophétique quant à l'humanité et à l'Eglise en particulier, mais simplement dans leur rapport avec l'histoire de notre terre, semblent autoriser la supposition que notre globe, transporté au quatrième jour dans le système solaire , doit lui être enlevé à la ûu de l'économie actuelle, sortir de son orbite, être soustrait à l'action du soleil el de la lune, et subir alors une nouvelle révolution par laquelle il atteindra un degré de perfection el de lumière dont nous ne pouvons nous faire maintenant aucune idée, mais qui sera en rapport avec les corps glorieux et incorruptibles dont nous serons revêtus a la résurrection.

La manière dont se suivent les passages relatifs à la catastrophe qui doit détruire l'ordre actuel, et ceux qui se rapportent à la destruction finale du globe, ne contribue pas peu a jeter de l'obscurité sur ce sujet; mais on peut remédier en partie à cette obscurité en faisant attention aux considérations suivantes.

Dans les prophéties de l'A. T. qui annoncent la venue du Messie, on voit entremêlées celles qui parlent de ses lypes, avec celles qui l'annoncent lui-même paraissant dans l'abaissement el l'humiliation, el celles qui décrivent le second et glorieux avènement du Messie, roi d'Israël, entouré de ses milliers d'anges et de lout l'éclat de sa puissance. Ces prophéties ne sont point rangées chronologiquement, mais elles se pénètrent et s'entrelacent comme feraient les dessins de plusieurs tableaux transparents, placés les uns derrière les autres. De même, dans les

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parties de l'Ecriture qui annoncent le sort futur de notre terre et les révolutions qu'elle devra subir, on voit aussi entremêlées, sans égard à l'ordre des temps, des choses qui se rapportent aux événements plus rapprochés, et d'autres qui parlent de catastrophes plus éloignées ; des prédictions relatives au jugement des nations immédiatement avant la période millénaire, et celles qui se rapportent au jugement dernier, lors de la consommation de toutes choses; des prophéties qui décrivent la transformation que subira le globe lors du millénium, lorsque le bien régnera sur la terre, et celles qui se rapportent à la destruction finale, à l'annihilation du globe, annoncée Apoc. 20, H.

Si l'on imite les disciples qui demandaient dans la même phrase les signes de trois événements bien différents qu'ils paraissaient confondre (la ruine de Jérusalem, la seconde venue du Christ et la tin du monde) JHatlh. Î4, 3., l'on n'obtiendra de la Parole de Dieu qu'une réponse aussi peu intelligible que le fut alors pour les apôtres ce que leur dit le Seigneur qui leur parle, dans la même prophétie,, de choses qui se rapportaient à ces trois époques distinctes. Ainsi, pour interpréter ce qui nous est prophétisé sur les destinées de notre globe, nous devons aussi distinguer avec soin les divers chefs sous lesquels nous devons les ranger, et apprendre à reconnaître dans une même prophétie les parties qui doivent avoir un plus prochain accomplissement et celles qui ont une portée plus éloignée.

Cinquième jour. C'est en ce jour que les premières créatures vivantes apparurent sur la terre, et c'est aussi à cette époque de la création seulement que l'on trouve des faits géologiques nombreux et détaillés, qui concordent avec l'interprétation proposée des jours cosmogoniques de la Genèse.

Nous ferons remarquer que la division biblique des animaux, lors de la création, est très différente de la classification des sciences modernes. Dans la Genèse, les animaux sont distingués d'après les milieux dans lesquels ils vivent, ou plutôt d'après les substances sur lesquelles doivent s'exercer leurs forces locomotrices, en aquatiques, atmosphériques, et terrestres. Les aquatiques comprennent les types des quatre grands embranchements, et la géologie retrouve aussi des vertébrés, des mollusques, des articulés et des zoophytes existant simultanément dans les couches fossilifères les plus anciennes. Plusieurs cosmogonies païennes qui entreprennent de raconter l'ordre de la création, font naître les oiseaux et les poissons dans deux jours différents; mais les naturalistes, après avoir pendant longtemps partagé cette opinion, ont enfin constaté entre ces deux clas-

ses d'animaux des rapports intimes que rien n'indique à l'œil, mais qui sp révèlent dans leur analomie, et jusque dans la forme microscopique des globules de leur sang. 11 y a peu d'années encore que les plus anriens oiseaux ne remontaient qu'aux terrains tertiaires, et les géologues faisaient observer combien il était rationnel que les oiseaux à sang chaud apparussent en même temps que les mammifères à sang chaud. La géologie contredisait alors la Bible, qui place les oiseaux, non au sixième jour avec les quadrupèdes, mais au cinquième avec les poissons.

La contradiction était palpable, insoluble; mais depuis lors, on a retrouvé des traces d'oiseaux, des empreintes de pattes d'échassiers, dans le grès bigarré, près de ces terrains de transition oh la vie commence par des êtres aquatiques. Ainsi les oiseaux à sang chaud ont été créés à une époque où les géologues à priori ne les auraient jamais fait remonter, à une époque où il n'y avait pas trace de mammifères terrestres, et où les animaux aquatiques prédominaient encore en plein. Or, comment Moïse a-t-il encore ici deviné si juste ? — (Rougemont, Frag., p. 44 4).

Sixième jour. Ce jour contient aussi deux parties comme le troisième et le cinquième; les quadrupèdes et les animaux terrestres apparurent sur les continents et les lies qui étaient sortis de dessous l'eau au troisième; « et de même que la seconde création du troisième jour (les végétaux) avait été la plus parfaite de la terre photosphérique, ainsi la seconde création du sixième jour (l'homme) fut la plus parfaite de la terre planétaire. »

Il est probable que Dieu ne créa alors comme pour le cinquième jour que les types ou genres (nommés espèces dans la Bible), et que les sousgenres, espèces, variétés dans les animaux, comme nous lesappelons maintenant, se sont manifestés plus tard par l'action de causes naturelles subséquentes, ou de dispositions chez des individus qui se sont développées ensuite et propagées dans la postérité de ces mêmes individus. (On trouvera des exemples remarquables de l'action de ces causes dans l'ouvrage de M. Laurence, Lect. on Physiology, Zoology and the nalural History of Mail, en particulier, p. 448 à 451, sur la propagation d'une race d'hommes porcs-épics. — v. aussi Lect. on the connexion belween science and revealed Religion, by Df Wiseman. Lect. 111 et IV). Il n'est pas dit si Dieu lit simultanément plusieurs animaux ou paires d'animaux de chaque espèce, mais comme une seule famille humaine devait suffire pour peupler toute la terre, ainsi une seule paire de chaque espèce d'animaux peut bien avoir suffi pour remplir les bois, les cam-

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