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FAÏENCE FINE

Cette poterie, désignée aujourd'hui sous le nom de faïence fine ou de terre de pipe , et qu’on appelait alors terre d’Angleterre, forme la dernière classe des poteries dont nous avons à nous occuper. La pâte, fine, bien cuite, recouverte d’un vernis incolore et mince, se prêtait admirablement au façonnage des pièces destinées aux usages journaliers.

C’est à Burslem, dans le Staffordshire, que la pâte de la faïence fine reçut, dans la première moitié du xvme siècle, la qualité remarquable qu’elle tire de l’introduction du silex dans sa composition et cette découverte, comme celle du kaolin en Allemagne, à la même époque, fut due à une circonstance assez singulière. Le fils d’Astbury, le potier qui avait contrefait Fidiot pour surprendre le secret de la fabrication des beaux grès blancs et rouges que les frères Elers, de Nuremberg, avaient importée en Angleterre et dont ils eurent le monopole pendant longtemps, allant un jour à Londres, fut forcé de s’arrêter à Dunstable pour faire soigner une ophtalmie dont son cheval venait d’être atteint. Le maître de l’auberge où il était descendu lui ayant conseillé d’employer, pour le guérir, du silex calciné, Astbury remarqua que le silex, noir avant la calcination, avait pris une belle couleur blanche ; il pensa, avec juste raison, qu’il pouvait blanchir la pâte de sa poterie en y introduisant cette matière et, de retour chez lui, essaya ce procédé dont il obtint les résultats satisfaisants qu’il avait prévus. Ce fut le point de départ des perfectionnements

INTRODUCTION

apportés plus tard dans la fabrication de ces sortes de poteries qui, suivant la nature de leur pâte, leur degré de cuisson et la composition de leur couverte, sont, ou de véritables faïences fines Cearthen-ivare ), ou des grès-cérames ( stone-jvareJ , ou même de véritables porcelaines artificielles.

Cette nouvelle faïence pouvait recevoir tous les genres de décoration ; elle se prêtait, ainsi que nous l’avons dit, aux reliefs les plus délicats, aux découpures les plus légères, à l’application des émaux les plus brillants et même à celle de sujets variés obtenus par l’impression de fines gravures sur cuivre et transportées ensuite sur la couverte où elles étaient fixées ensuite par la cuisson.

Des fabriques furent fondées en grand nombre, non seulement dans le Staffordshire, mais encore dans toute l’Angleterre, à Burslem, à Hanley, à Newport, à Leeds, à Liverpool, à Fulham, à Lambeth, etc.

En 1760, les frères Green établirent à Leeds, dans le comté de Suffolk, une fabrique de faïences fines, de couleur un peu jaunâtre (cream colonrj, enrichies de reliefs, ou délicatement découpées à jour, qui peuvent être considérées comme les spécimens les mieux réussis de la faïence fine. L’importance du commerce de Leeds était considérable; ses faïences étaient expédiées dans toute l’Europe; des dépôts en avaient même été établis en Russie 1 .

Mais ce ne sont là que les produits, pour ainsi dire secondaires, de la céramique anglaise qui devait plus tard atteindre avec Wedgwood à un degré de perfection qui lui assigne une des premières places dans l’histoire de l’industrie du xvme siècle.

Né à Burslem en 1780, Josiah Wedgwood s’associa

1. On connaît quelques exemplaires d'un Catalogue illustré, imprimé en anglais, en français et en allemand, qui donne les formes et la désignation des nombreux modèles qui sortaient de cette importante fabrique.

d'abord avec Harrison, puis avec Wheilden qui passait pour le plus habile potier de l’époque ; les ayant quittés pour travailler seul, il fonda successivement trois établissements dans le dernier duquel il créa cette belle poterie couleur de crème à laquelle il dut ses premiers succès et qui avec l’autorisation de la reine Charlotte, femme de Georges III, reçut le nom de poterie de la Reine ( Queen’s warej . Associé peu de temps après avec Bentley, il donna une extension considérable à ses diverses manufactures dont les produits comme ceux de Leeds devinrent bientôt célèbres dans toute l’Europe.

Des dépôts des grès, ou terres cT Angleterre, comme on appelait alors la nouvelle faïence, furent établis en France et, surtout, à Paris, mais pendant longtemps nos manufactures n’eurent pas trop à craindre le mal que cette faïence pouvait leur causer; par arrêtés en date du 16 août 1740 et du 12 mars 1749, l’entrée des poteries venant directement d’Angleterre était, en effet, absolument interdite, et si on voulait les faire pénétrer en France par des voies détournées elles devaient payer, comme toutes les « poteries de toutes sortes de grès » venant des provinces réputées étrangères, un droit de trente francs le cent pesant, ce qui en augmentait singulièrement le prix.

Malheureusement pour notre industrie, un événement inattendu vint lui porter un coup fatal.

Par une clause du traité de 1783, la France et l’Angleterre s’étaient engagées à conclure un traité de commerce. Pendant trois ans le comte de Vergennes, secrétaire d’État au département des affaires étrangères et chef du Conseil Royal des finances, cherchait par tous les moyens possibles à éluder l’exécution de cet article, lorsque tout à coup il en pressa la conclusion afin d’attacher les intérêts anglais à la conclusion de la paix, et le traité de commerce,

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