POTERIES VERNISSÉES
L’emploi du vernis vitreux, qui constituait un progrès considérable en corrigeant la porosité des terres, remonte certainement à l’antiquité la plus reculée. Les vases, aux formes et aux décorations symboliques, les figurines funéraires, les amulettes et toute cette multitude d’objets variés trouvés dans les hypogées de l’ancienne Égypte et que l’on désigne improprement sous le nom de porcelaines égyptiennes , étaient couverts d’un émail transparent diversement coloré au* moyen d’oxydes métalliques, et dans tous les pays où les Phéniciens ont étendu leur commerce, sur la côte occidentale d'Afrique aussi bien qu’en Grèce, en Italie, en Sardaigne et dans l’Asie Mineure, on a trouvé des poteries vernissées, des vases à glaçures vertes dans lesquelles la présence du plomb est indéniable.
Des découvertes récentes ont prouvé que, jamais, ce mode de fabrication n’avait été abandonné et, cependant, le nombre des poteries vernissées qui figurent dans les musées est relativement si restreint et l’influence orientale quelles dénotent est si généralement évidente, qu’il est bien difficile d’admettre que les potiers l’aient pratiqué d'une façon suivie et de déterminer exactement comment et à quelle époque il a pénétré dans l’industrie des pays occidentaux.
L’Italien Passeri, qui écrjvait au xvme siècle, dit bien que, dans les temps les plus reculés, ce les potiers Pezarais avaient coutume de recouvrir leurs vases d'un vernis d'oxyde de plomb qui, sans cacher la couleur de la terre, tantôt
rouge sang, tantôt rosacée, leur donnait un lustre merveilleux 1 », et il cite même des « débris de vases antiques couverts d’une couleur tête de nègre , qui semblait du velours, que l’on obtenait au moyen du safre, de la pierre d’aimant ou manganèse, couchés dessus le travail, et, après la première cuisson, vernis avec le même oxyde de plomb »; mais il y a là certainement une erreur, et les fragments qu’il avait en grand nombre sous les yeux et qui provenaient de fouilles faites dans la contrée étaient bien évidemment des fragments de ces poteries lustrées Cpoteries d’Areno dites aussi quelquefois poteries samiennes ) , dont on trouve de si nombreux spécimens dans tous les pays où Rome étendait sa domination, et dont le vernis, ou plutôt le lustre, est d’une nature encore mal définie.
Cependant, et contrairement à l’assertion de Brongniart, qui fait remonter au xme siècle seulement l’introduction du vernis plombifère en Europe 2, il est certain que dès le xne siècle on fabriquait, au moins en Italie, des poteries vernissées. Nous avons, à cet égard, le témoignage de Passeri qui mentionne 3 un tombeau datant de 1100 environ existant encore de son temps, à l'angle d’une maison vis-àvis la petite porte de l'église de San Domenico. « La base, dit-il, en est de briques dont la paroi extérieure est grossièrement vernie en vert et jaune, et cet ouvrage, en s’en rapportant à l’inscription,- est de l’époque que je viens d’indiquer (1100). A la même époque appartiennent, comme
1. Histoire des peintures sur majoliques faites à Pesaro, trad. Delange, p. 6.
2. Brongniart s’appuie à ce propos sur le passage suivant des Annales dominicarum de Colmar, publiées par Ursticius dans sa collection De scriptorum rerum germanicarum , qui, parlant des événements de l’année 1283, dit: Obiit figulus Steqlstatt qui , primus in Alsatia, vitro vasa fctilia vestiebat. Ce passage prouverait tout au plus que le potier de Schlestadt dont il est fait ici mention aurait, le premier, en Alsace, fabriqué des poteries vernissées, art qu’il aurait pu apprendre soit en France, soit en Italie.