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les spécimens de ce genre qui lui sont attribués ne donnent pas une bien haute idée de l'habileté et du sentiment artistique de la comtesse Jacqueline.
De même que tous les vases antiques avaient, jusqu'à ces derniers temps, été improprement appelés vases étrusques , de même les grès des xve, xvie et xvne siècles ont reçu à tort le nom de grès flamands, bien que les inscriptions, généralement allemandes, et les armoiries qui les décorent eussent dû indiquer l’origine de la plupart d'entre eux. Grâce aux recherches récentes de plusieurs savants et, en particulier, de M. Schuermans, de Liège, la question est aujourd'hui nettement tranchée et l'on peut établir, d'une façon précise, les lieux où ces grès ont é^é fabriqués, ainsi que les caractères qui distinguent les produits de chacun des principaux centres de fabrication. Ici, nous laissons la parole à M. Schuermans1 :
« L’expression « Grès flamands » est impropre si l'on fait allusion à la Flandre proprement dite; jamais celle-ci n'a eu de fabrique de grès.
« Mais l'expression est ancienne; on la retrouve dès la fin du xvie siècle dans un document des archives de Cologne, à propos d'un navire qui transportait, par le Rhin, des grès, sans doute de Raeren, à destination de Leiden.
« C'est que Raeren qui a produit « ces grès flamands » appartenait au Limbourg et, par conséquent, aux Pays- Bas et comme ceux-ci étaient connus à l’étranger sous le nom général de Flandre, la dénomination de Flamands a été appliquée aux produits de Raeren.
« Et dans le présent siècle on se serait bien gardé de changer l'expression qu'une raison spéciale expliquait : les principales collections de grès ont été formées ou vendues
i. H. Schuermans, Mille inscriptions de vases de grès dit Flamand. In-8°. Anvers, 1 885 .
à Gand; la collection de Joan d'Huyvetter, la première et la plus importante de ces collections, a approvisionné, directement ou par des acquéreurs intermédiaires, le Musée de Cluny, à Paris, le Musée Britannique et le Musée de Kensington, à Londres1, et les catalogues de ces musées ont continué à répandre l’expression de « grès flamands », justifiée par une apparence d'origine flamande. Même en Allemagne, la dénomination de « grès flamands » a persisté. »
ce La Flandre, du reste, tout en n'ayant pas produit de grès- cérames, s’en est largement pourvue et de nos jours ce sont encore les villes flamandes comme Gand, Bruges, Eecloo, Ypres, ou les villes voisines de la Flandre comme Lille (Flandre française), Tournai, etc., qui fournissent le contingent le plus important d'objets de cette catégorie. »
On peut diviser les grès en quatre variétés principales suivant la couleur de leur pâte et celle de leur glaçure :
i° Grès à pâte blanchâtre en gris perle sans aucune glaçure.
Fabriqués à Siegburg, siège d’une abbaye importante située en face de Bonn, à quelque distance de la rive droite du Rhin, les grès de cette catégorie affectent le plus souvent la forme de canettes cylindriques (snelles) ornées en relief de riches armoiries, de figures allégoriques avec inscriptions, de médaillons représentant des scènes de l’Ancien Testament, etc.
2° Grès à pâte jaunâtre, recouverts d’une glaçure brune plus ou moins foncée et, quelquefois, un peu bronzée.
Ces grès, qui sont les moins rares, ont été fabriqués dans plusieurs localités, notamment à Raeren, à deux lieues au-dessous d’Aix-la-Chapelle, dépendant autrefois du duché
i. C’est de la collection de Joan d’Huyvetter que proviennent les magnifiques vases annulaires du Musée de Bruxelles et le « Roi des Vases » du Musée de Kensinoton.
INTRODUCTION
de Limbourg, et à Frechen, environ à deux lieues à l'ouest de Cologne l. Beaucoup sont ornés de frises circulaires représentant, toujours en relief, des chasses, des danses de paysans, des sujets bibliques, etc., avec de longues inscriptions. Les grès de Frechen, de forme sphéroïdale, parfois de grandes dimensions, portent souvent, sur la partie antérieure du col, des mascarons à longue barbe qui leur avaient fait donner dans le peuple le nom de barbmans 2. M. Schuermans, qui, ainsi que nous l'avons dit, a fait une étude toute particulière des grès, indique pour distinguer un grès de Frechen d’un grès de Raeren un signe qui trompe rarement : le dessous des vases de Frechen porte presque toujours la trace elliptique de la corde par laquelle le pied du vase a été séparé du pivot sur lequel il était adapté; le foyer des ellipses parallèles ainsi formées n'est jamais le centre réel du pied de vase. Cette trace, presque toujours , est effacée sur les produits d’autres ateliers.
Suivant M. Schuermans, Raeren aurait fabriqué également des grès gris et bleus sur lesquels on trouve rarement des émaux d’autres couleurs.
3° Les grès à pâte grise ou bleuâtre décorés d'émaux, bleus, violets, lie de vin et bruns, avec dessins au trait séparant les émaux.
Hœhr et Grenzhausen, à quelque distance de la rive droite du Rhin, en face Coblentz, paraissent avoir été les centres les plus importants de la fabrication de ces poteries dans lesquelles on trouve une grande richesse d'ornemen-
1. C’est à Frechen que se seraient établis les potiers de pierre — comme on les appelait — de Cologne quand l’autorité, par crainte des incendies, les força de quitter la ville.
2. En Angleterre où les grès bruns furent importés de bonne heure, et où plusieurs potiers allemands vinrent ensuite établir des manufactures, on les appela d’abord Grey-Beards ou Long-Beards et, plus tard, sous le règne de Jacques IT, Bellarmines par allusion au cardinal Robert Bellarmin qui s’était opposé au progrès de la religion réformée et qui portait une longue barbe. Les pièces de théâtre et les poésies de l’époque parlent souvent de ces sortes de cruches.
tation en même temps qu’une diversité considérable de formes élégantes et parfois bizarres. Les ateliers de ces localités et des nombreux villages environnants ont produit des quantités d’objets variés : pots à surprise , d'une disposition ingénieuse, chauffe-mains en forme de livre, encriers, salières, flacons et surtout de charmantes cruches avec médaillons à rosaces découpées à jour.
4° Grès à pâte brune et à glaçure noire ou décorés d’émaux polychromes posés après la fabrication et cuits à une basse température.
C’est à Creussen, en Bavière (non loin de Bayreuth) qu’étaient fabriqués ces grès généralement de forme cylindrique surbaissée, ornés en relief de figures en frise circulaire peintes en couleurs un peu crues, opaques, ayant l’apparence des couleurs à l’huile, et quelquefois rehaussées d’or b
A l’exception de ceux qui rentrent dans cette dernière catégorie, il est souvent difficile de déterminer d’une façon positive la provenance des grès dont nous venons d’indiquer les principaux caractères, les reliefs qui décorent leur surface se rencontrant souvent sur des pièces de nature différente. Beaucoup, il est vrai, portent les initiales des graveurs qui ont fourni les moules en terre ou en bois dans lesquels les motifs décoratifs 1 2 étaient estampés en terre, ou des potiers qui les ont exécutés, mais c’est là une indication à laquelle il est prudent de ne pas trop se fier, les graveurs travaillant pour tous les fabricants qui s’adressaient à eux et les potiers ne se gênant pas pour se piller mutuellement. C’est ainsi qu’un sujet très populaire au xvie siècle, la
1. On a fait souvent des contrefaçons de ces grès surmoulés sur les originaux ou peints à l’huile; mais il est facile de les reconnaître en grattant légèrement la couleur qui s’enlève ou se raye sous la pointe du canif.
2. Ces motifs sont presque toujours empruntés aux dessins des artistes du temps, Étienne Delaune,Th. de Bry, Aldegrever, Virgilius Solis, F. Floris, Beham, etc.
INTRODUCTION