‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 164 sur 614 · GAUSSIN — GAUTIER · texte numérisé non relu

GAUSSIN — GAUTIER

Life elait fille d'un laquais du célèbre Baron, et d'une ou

insuse de loge*. Le goût du théâtre se développa chez elle <ks le plus jeune âge, favorisé par les exemples qu'elle avait sans cesse tous les yeux. Douée d'un organe touchant , d'un rrgard exprimant la tendresse et d'une physionomie pleine de candeur et d'Ingénuité, elle débuta dans la capitale, i rige de dix-sept ans, et ravit tous les suffrages dans Juu , Iphigénie , M anime, Andronaque , ainsi que dan» Us amoureuses ingénues; car alors les comédiens ne se rtniermaient pas exclusivement dans un genre. Le mérite de la nouvelle débutante n'échappa pas à Voltaire, qui lui conta le rôle de Zaïre , et n'eut qu'à se féliciter de son dwix. Le succès de la pièce fut prodigieux : le public courut en foule admirer plus encore le jeu de l'actrice que l'cnrrre du poète, et, soit défaut de goût de la part des spectateurs, soit par la faute de l'acteur chargé de représenter Orosmane , l'amant de Zaïre fut à peine remarqué. H fallut que Lekain le réhabilitât. A partir de cette époque , Mu" Gaussin prit rang parmi les corypliée* de la

», enleva pendant trente ans les applaudissements du i.uMjc, et reçut les hommages des auteurs empressés de »us le patronage de son talent. La lui «lut la plus grande part de se*

Mais si M'" Gaussin était sans égale pour exprimer ta tendresse et la modestie, elle ne possédait ni la sensibilité ni l'énergie indispensables à qui veut peindre les fureurs d'Hennione et le courroux de Clytemnestre. 11 lui fallut céder ici le pas à M"« Dumesnil, plus Urd A MIU Clairoo , et son infériorité sur ce point, qu'elle n'osait s'avouer, fit le tourment de sa vie. Marmontel en cite nn exemple remarquable au sujet de sa tragédie de Dtnyt le Tyran :

ttte voulut s'emparer

Arétée, qu'il destinait

i M"* Clairon. Celle-ci conduisit l'auteur dans la loge de M"» Gaussin, à qui elle dit : « Tenez, je vous l'amène, pour ions taire voir si je l'ai séduit. Si j'accepte son rote, ce w sera que de votre main. > Après un vif débat avec Marnante! et un long combat avec elle-même , MUe Gaussin (mit par aller rendre le rôle à sa rivale. Ko pouvant tenir le premier rang dans la tragédie, où elle était forcée de céder à l'ascendant de talents supérieurs au sien , elle s'en •lniommagea dans la comédie : c'est là qu'elle obtint et mérita d'unanimes suffrages , qui se soutinrent jusqu'à sa i de la scène. A cinquante ans, elle jouait les aroouingénues, telles qu'une*, Pianine, Luanda, où ri\e paraissait encore avec les grâces et les charmes de la jrimesse. Sa taille avait conservé toute sa flexibilité, son organe toute sa fraîcheur.

U talent d'imiter, quoiqu'il ait des bornes, offre de singulières anomalies : c'est ainsi que M«« Gaussin aimait à jouer en société les rôles de Cassandre, et réussissait à merveille dans un genre si opposé au sien dans le monde. Modeste et spirituelle, elle portait dans sa rie privée une douceur et surtout une facilité de caractère dont on lui faisait on reproche. Les Mémoires du temps assurent même qu'elle partait cette dernière qualité au point de ne refuser personne. Quoi qu'il en soit, elle se maria, à la fin de sa carrière en 17M, à un danseur nommé Tavolaigo , qui lui fit expier cruellement cette dernière faute par les plus indignes traitements. M11* Gaussin quitta le théâtre en 1763, le même jour que la célèbre Dangeville, n'emportant qw le souvenir de ses succès et 1,500 livres de renie, formant la meilleure partie de sa fortune. Elle mourut en 1767 , dans l'oubli et l'isolement. Saiht-Prospeu jeune. GAUTAMA. Voyez Bouddha.

GAUTIER HV, comtes de Brienne. Voyez Biaamt (Maison de).

GAUTIER (Théophile). Le nom de cet écrivain restera pour toujours lié au souvenir des luttes littéraires qui éclatèrent en France vers 1&30. Très-jeune alors, car il est néaTarbes, le 31 août tftti, M. Gautier n'avait guère que dix-huit ans le jour de 1a première représentation d'Hernani :

il devint bientôt l'un des plus ardents apôtres du romantisme. Dans ce beau temps d'effervescence poétique, les succès de théâtre étaient chaudement disputés, et plus d'une fois il fallait défendre unçuibus et rostro les hardiesses du chef d'école. M. Gautier, reconnaissante de loin au luxe d'une chevelure abondante, ne fut pas le moins vaillant dans ces béroiqoes mêlées. Il ne tarda point à se lancer luimême dans la carrière entr'ouverte. Abandonnant l'atelier du peintre Rtoult, chez qui il avait travaillé deux ans, il laissa le pinceau pour la plume, conservant toutefois dans son imagination quelque chose de coloré et de pittoresque qui devait lui valoir son prodiain triomphe, il s'attacha d'une manière toute spéciale à l'étude des rhythmes, et rajeunit, non sans grâce, quelques-unes des formes poétiques du seizième siècle. Là était le véritable talent de M. Gautier La richesse de la rime, la mélodie de la césure mobile, l'harmonieux mécanisme du vers, furent les plus importants de ses soucis; et dans cet art dificile il fut bientôt passé maître. Malheureusement M. Gautier, sous le rap|>ort du sentiment et de l'invention, est toujours resté fort pauvre. 11 se hasar.Ia néanmoins dans le roman. Quelque temps après la publication d'Albert us, recueil de poésies, il écrivit un volume de nouvelles, Les Jeune-France (1833). Mademoiselle de Maupin suivit d'assez près ce premier essai dans la voie de l'imagination. Il y eut à propos de cet ouvrage succès et scandale. L'immoralité du détail, l'extravagance du plan, la verve et l'éclat du style appelèrent sur

cet étrange i

Jttenlion de la critique. Rarement, mrmo

en ces années de délire, on avait été plus fou, plus impertinent, plus bravache.

Du reste cette littérature fanfaronne et débraillée avait de tout temps séduit M. Gautier. Déjà avant Mademoiselle de Maupin il avait publié dans La France littéraire une série d'articles sur les poètes excentriques du dix-septième siècle, Saint-Aroand,Colletct,Scudéry, etc. Ces études, réunies en volumes sons le titre de Grotesques (1843), forment une attrayante lecture; mais elles sont sans valeur au point de vue de l'histoire littéraire. Les noms, les dates y sont défigurés à plaisir. D'abord romancier et poète, M. Gautier devint plus tard journaliste. La Presse le chargea du compterendu des théâtres, besogne aride, monotone, et qui semble condamner l'écrivain à d'étemelles répétitions. M. Gautier a su pourtant jeter dans le feuilleton assez de style, d'humour et de verve paradoxale, pour donner à sa critique sinon beaucoup d'autorité, du moins beaucoup de lecteurs. Toute gravité lui est impossible , sa sérénité rabelaisienne ne s'ément de rien ; mais quand il parie d'une tragédie ou d'une pantomime des Funambules, il abonde en saillies qui font sourire. Son aodace imprudente le pousse parfois à aborder d < questions sérieuses, à côté desquelles U tombe bientôt vaincu, comme un papillon au pied du flambeau où il a brûlé son aile étourdie. M. Gautier, nous l'avons dit, a fait ses premières armes dans l'atelier d'un peintre : les curieux ont vu de sa main plusieurs eaux-fortes d'un dessin fantasque et qui, moins le piquant de l'exécution, rap|ieUe la manière de Célestin Nanteuil. On retrouvera une de ses vignettes en tête de La Couronne de Bluets, roman de M. Iloussaye. M.Gautier s'est également essayé dans la peinture; une Vénus, production barbare et maladroite, a désenchanté ceux qui, sur la foi de ses amis, croyaient l'artiste aussi habile que le poète. Passionné pour les arts , il fait tous les ans dans la Presse l'analyse des expositions du Louvre, et il y déploie un grand talent descriptif; mais M. Gautier n'est pas un critique, c'est-à-dire un esprit impartial et savant, un connaisseur, qui soit à la fois frappé de la beauté d'une ceuvre et de ses imperfections. Il raconte plutôt qu'il n'apprécie, et lorsqu'il sort de la description, son éclectisme l'égaré, et il reste le plus indulgent, le plus capricieux de tous les juges.

Indépendamment des livres que nous avons cités, M. Gautier a publié: La Comédie de la Mort (1838), réimprimée avec Albertus dans le recueil de ses poésies complètes ; For-

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