‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 165 sur 614 · GAUTIER - GAVARNI · texte numérisé non relu

GAUTIER - GAVARNI

tuttio (1838); Une Larme du Diable, et d'auto* conte* recueillis sous le titre de Nouvelle* ,- Voyages en Espagne ( Tra los Montes ) ; Les Roués innocents; MilUona; Jean et Jeannette (i»bl);Ématixet Camées (1852); Italia (1883); Coustantinople (1884); etc. Il faut y ajouter une très-grande quantité d'articles de revues et de journaux. Enfin, M. Gautier a tait jouer quelques pièces de théâtre, qui n'ont eu qu'un faible succès : Le Tricorne enchanté , comédie en vers, en collaboration arec M. Siraudin ; Le Voyage d'Espagne , avec le même ; IS'e touchez pas à la Reine, avec M. Bernard Lopez; La Juive de Conttantine, avec M. Noël Parfait. Il a été plus heureux, dans un genre où l'esprit et la passion sont moins nécessaires; ses ballets, Giselle, Pâquerette, Gemma, La Péri ont fait longtemps les beaux jours de l'Opéra. M. Gautier, malgré ce que nous avons pu dire, n'en demeure pas moins un écrivain d'une incontestable valeur. Feuilletoniste infatigable, il a montré, il montre encore beaucoup d'esprit. Poète, il sait mieux que personne les finesses et les délicates roueries du métier. Disciple intelligent d'une école à laquelle on ne contestera pas le mérite d'avoir rendu un peu de couleur et de vie à une langue appauvrie par les rhéteurs de l'empire, il « est toujours occupé de ta forme avec un soin extrême, et souvent au préjudice de la pensée. Dans ses moments perdin (c'est lui-même qui le raconte), M. Gautier étudie le dictionnaire et se meuble la mémoire d'une foule de mots inusités, vieillis, inconnus; de là dans son style ces expressions peut-être correctes, mais bizarres, qui font bondir le lecteur surpris. 11 a peur avant tout d'être banal : aussi est-il souvent précieux, archaïque, maniéré. Ses métaphores aventureux* enluminent sa phrase des plus discordantes nuances. Voltaire et les maîtres de la tradition française ne comprendraient rien à ce luxe d'images, empruntées pour la plupart & l'idiome des statuaires et des peintres. Combien on aimerait a trouver sous ce vêtement splendide un fin sentiment, une émotion vraie, un homme enfin avec ses douleurs et ses joies! Dans les poésies de M. Gautier il y a des fragments qui laissent paraître quelque tendresse de coeur ; mais on les pourrait compter aisément. Pur fantaisiste, il n'a pas jeté dans son œuvre, volumineuse déjà, une seule idée sérieuse. C'est un de ces chanteurs entérites qui, peu soucieux du sens des paroles qu'ils modulent, se jouent des difficultés de l'exécution, et les multiplient pour avoir le plaisir de les vaincre. Il laisserait un nom respecté si, la pensée faisant défaut, le style suffisait seul à défendre les iruvres littéraires contre les flots envahissants de l'oubli.

GAUTIER GARGUILLE, acteur célèbre sous le règne de Louis XIII. Il consola le public des halles et du Pont-Neuf de jla perte de Tabarin, et fit les délices des laquais, des oisifs , des écoliers , des bourgeois, gens peu difficiles en fait d'atticisme. Son véritable nom était Hugues Guéru ou Guérin ; il était natif de Caen , et lorma avec Gros Guillaume et Turlupin un trio de comédiens d'assez bas étage, mais maîtres passés dans l'art de désopiler la rate. Sauvai , dans ses Antiquités de Paris, et l'abbé de Marelles, dans ses Mémoires, donnent à l'égard de Gautier Garguillc des détails assez curieux. Malheureusement les lazzi et les saillies de Gautier Garguillc sont d'une crudité rabelaisienne, qui nous met dans l'impossibilité absolue d'en rapporter ici le moindre échantillon. Cet admirable larceur voulut être poète : il le fut ; mais ses vers présentent à qui voudrait les citer tout autant de difficulté que sa prose. Il nous reste de lui un petit volume de Chansons, dont l'édition originale vit le jour à Paris, en 1632; elle fut reproduite en 16.10, I6S9 et 1643. Il en existe une réimpression faite à Paris en 175$ , et à laquelle on adonné, par motif de prudence, la rubrique de Londres, 1658. Les amateurs ne laissent échapper nulle occasion d'en orner leur bibliothèque, et les beaux exemplaires, fort peu communs d'ailleurs, se payent fort cher. Le privilège du roi qui accompagne les éditions primitives de ce sottisier contient une observation fort naïve; il annonce qu'il autorise cette impression, de

peur que des contrefacteurs ne viennent ad jouxter quel ques autres chansons plus dissolues. G. Baixrr.

Gautier Garguille excellait, ainsi que ses camarades Turlupin et Gros Guillaume , à imiter l'accent gascon. Il avait commencé par être garçon boulanger à Paris, dans le faubourg Saint-Laurent. Liés d'amitié, mais sans aucune espèce d'études, tous trois s'imaginèrent un beau jour de jouer la comédie, et louèrent à cet effet un petit jeu de paume situé près de l'Estrapade, et qu'ils eurent bientôt transformé en une manière de théâtre. « Ils jouaient, rapporte Dulaure, depuis une heure jusqu'à deux , des scènes qu'on appelait turlupinades, pour la somme de deux sols six deniers par personne. Gautier Garguille représentait ordinairement le rôle de maître d'école, ceux de savant et de maître de la maison ; Turlupin jouait les .valets, les filous, etc., et Gros Guillaume faisait le sentencieux. » Gautier Garguille fut longtemps chargé de débiter les prologue* écrits d'un style ridiculement pédantesque, par lesquels il était d'usage, sous Louis XIII, de commencer toutes les représentations théâtrales. Dans le rôles sérieux il prenait le nom de Fléchettes.

Le succès toujours croissant du petit théâtre enfumé de l'Estrapade Unit par exciter la jalousie des comédiens de l'hôtel de Bourgogne, qui se plaignirent au cardinal de Richelieu des factieux résultat* qu'avait pour eux cette concurrence. Avant de les condamner, Richelieu, voulut les entendre, rit et fut désarmé. Les trois farceurs, au lieu de se voir enlever la faculté de reparaître sur leurs tréteaux, furent au contraire, appelés à faire désormais partie de la Iront* <le l'hôtel de Bourgogne. S'il faut en croire une autre anecdoele, Gautier Garguille et Turlupin moururent de douleur en apprenant le trépas de leur camarade Gros Guillaume , jeté en prison pour avoir contrefait sur la scène un magistrat puissant. Tous trois furent enterrés dans l'église Saint-Sauveur, sépulture ordinaire des comédiens de l'hôte) de Bourgogne. Gautier Garguille ne jouait jamais sans masque, et paraissait toujours en scène avec le même costume. 11 n'y avait jamais de femmes dans ses pièces , ainsi qu'on en peut juger par ces vers de l'épitaphe composée en l'bonnear du trio de la farce au dix-septième siècle :

Gautier, Guillaume cl Turlupin, Ignorants eu grec et en lau'u.

Brillèrent tou* trou aur la «fin Sans recourir au ae»« féminin.

Mai* la mort, en une icmnine.

Pour venger son «ete mutin, Fit à lot.» troia trouver leur in.

Sa manière originale de chanter était ce qui attirait le plus de spectateurs à Gautier Garguille; hors du théâtre il était estimé, et on le recevait dans les meilleures société» de Pari*. Il mourut à l'âge de soixante ans ; sa veuve, fille de "1 abarin, se remaria à un gentilhomme de Normandie.

GAVARNI, pseudonjme sous lequel est connu un célèbre dessinateur contemporain. Son véritable nom est Paul CiitVAUtR. Il est né à Paris, en 1801. D'abord mècauicien, ce fut seulement vers 183b qu'il commença à dessiner des gravures de mode ; son crayon léger et facile le plaça aussitôt au premier rang dans celle humble splière. Mais il n'était pas homme à y rester, et bientôt il publia, dans le journal \ intitulé Les Gens du Monde, dont il était le directeur , une : série de compositions lithographiées de son invention, qu'il continua plus tard dans Le Charivari. 11 y avait dans ces petits dessins une rare fralclteur d'idées, une originalité d'es- > prit incroyable; la touche en était si spirituelle , la gaieté y (•datait si franche et si aimable, que leur vogue fut immense, > universelle, et que le nom de Gavarni devint populaire d'em- i hlée. Représentant des scènes de la nature la plus diverse , les dessins de Gavarni sont une véritable lanterne magique, i qui nous montre sous toutes ses faces et dans tous ses i replis la physionomie actuelle du monde parisien, les ioies i c\ k*s misères, les passions et les fantaisies de cette société

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