GÉANT
c'est sur les rives souvent inondées du Zaïre , du Niger, du Sénégal et de la Gambie, en Afrique , que se nourrissent et s'accroissent démesurément les girhfcs, les hippopotames, les rhinocéros et les éléphants, les vastes serpents et autres colosses du règne animal. C'est également dans ces eaux que se déploient avec tant de liberté les énormes croupes des lamantins , des grands phoques et des éléphants marins, enOn les cétacés, les cachalots, les baleines gigantesques. C'est aussi sur les terrains les plus humides et les pins chauds de l'Afrique et de l'Asie que naît le baobab, arbre de dimensions immenses, à texture molle et presque cotonneuse; le vaste ceiba, les figuiers d'Inde, des pagodes, dont les lourdes branches se recourbent , se repiquent en terre et lorment de grands berceaux naturels. Les moindres graminées se développent, sous ces chaudes contrées, dans une boue riche et féconde , comme une forêt, en une taille extraordinaire de six à sept mètres, et les cannes des bambous deviennent des arbres, les flèches des palmiers montent à cinquante mètres, comme lopin araucaria, les casuarina, etc. Le ricin, qui ne s'élève guère en Europe à plus d'un mètre', et y est anuucl, devient dans ces chaudes régions' un grand arbre vivace , tant la végétation ou la forte croissance déploie d'énergie sous ces tem- Itérât ores humides et chaudes !
De même, la plus haute taille humaine connue est celle d'un nègre du Congo, de trois mètres de hauteur, vu par Vanderbroeck ; Lacaille cite aussi un tlottentot haut de deux mètres 18 centimètres. Comme les plantes qui naissent à l'ombre humide s'allongent baucoup, il en est de même de l'homme. Certainement nos campagnards , desséchés à l'ardeur du soleil, dans leurs travaux rustiques, sont généralement de plus courte taille que les citadins , les bourgeois ; de même , les habitants des pays boisés ou couverts de forêts sont plus grands, plus blancs ou étiolés que ceux des contrées du même parallèle , mais uues , exposées au vent et au soleil. Aussi, les anciens Germains, les peuplades de la foret Noire, ou Hercynic, étaient de longs corps blonds, caractères qu'on signale encore en quelques lieux ombragés de Souabc et de Franconie, comme dans les forêts de la Litliuanie.
Si vous prodiguez des l'enfance des aliments très-humides à un individu, si vous le soumettez à l'usage abondant du lait, de la bouillie et des pâtes, aux boissons mucilagineu'cs, de bière, d'hydromel, du chocolat oléagineux, aux liquides chauds et délayants; enfin, si vous le bourrez, le gonllez a volonté de tous les aliments propres à engraisser, distendre et ramollir les mailles de ses tissus organiques, il pourra devenir colossal ou gigantesque dans sa stature , rclalivement à un être nourri d'après une méthode toute desséchante et amaigrissante par ses qualités et sa parcimonie. Watkinson rapporte que le célèbre Berkeley, évêque de Cloyne , voulut essayer sur un enfant orphelin , nommé Macgrath, si l'on pouvait faire parvenir un individu h une taille aussi extraordinaire qu'on assure qu'était celle de Goliath , de Og, roi de Basan, et d'autres géant? cités dans la Bible. A seize ans cet enfant avait déjà sept pieds anglais de haut; on le faisait voir comme une merveille; il aequit sept pieds huit pouces anglais, mais ses organes étaient si débiles et si disproportionnés, qu'à vingt uns Macgrath mourut de vieillesse, dans une imbécillité complète de corps et d'esprit. Quoiqu'on ne dise point quels procédés avait employés l'évèque Berkeley, il est certain que des boissons humectantes, mutilagineuses , chaudes, facilitent rallongement , comme une plante bien arrosée, avec l'aide de la chaleur, pousse rapidement. Les habitants du nord de l'Europe prennent beaucoup de laissons souvent chaudes, ce qui excite l'élongalion de leurs corps mous et blonds. 11 est remarquable que, sous les mêmes parallèles , les peuples buveurs de vin sont de plus courte (aille et plus vifs, comme les Français, que leurs voisin*, les Allemands, accoutumés à la bierre et au laitage. Celte observation est commune dans la haute Allemagne : les Saxons, les ha-
bitante de la Frise , etc., sont bien plus grands et plus blonds que les Autrichiens, que les riverains du Khin cultivant la vigne.
Les mêmes nourritures qui ralentissent nos mouvements organiques, qui retardent l'élan de la puberté, allongent et la durée de la vie et la stature. Nous voyons en effet les chevaux d'une haute taille, les plus gros chiens mâtins , moins précoces, mais plus vivaecs que les petits roquets , les petits bidets. Plus on vit avec rapidité et intensité, moins on a le temps d'acquérir de vastes dimensions et moins on dure longuement; aussi les nains ont une existence brève pour la plupart; les Iromme* d'une belle taille peuvent s'en promettre une plus longue. Il est facile de comprendre comment des nourritures stimulantes et des boissons spiritueuses excitant le système nerveux , la sensibilité , avivant la circulation, hâtent le mouvement vital et développent le corps avec une précocité rapide ; mais l'époque de la puberté étant d'abord sollicitée , ainsi que l'acte de la génération , la croissance ou la végétation organique est bientôt arrêtée et d*tournée.
On a dit que la vie civilisée faisait dégénérer la stature et la force du corps chez les nations les plus polies, tandis que l'élat sauvage d'indépendance , au milieu des campagnes et des forêts, permettait mieux aux membres de se développer avec toute leur vigueur primitive. De là viennent les séduisants tableaux qu'on a tracés de la vie des barbares , de leur taille colossale, de la santé, du courage, de la longue vie de ces peuples qui se confient aux simples lois de la nature. Mais les observations de plusieurs voyageurs ont détruit aujourd'hui ces prestiges poétiques. Si l'homme, déjà sorti de cette extrême barbarie , sait se garantir de la disette en élevant des bestiaux, s'il vit en pasteur nomade comme les anciens Scythes et les Arabes, il peut acquérir une plus riche stature daus l'innocence de ses moeurs et la simplicité patriarcale de ses goûts. Qui donnait aux Cimbres, aux Germains , cette stature gigantesque dont l'aspect effraya d'abord la valeur des Romains ? Nous le verrons dans Tacite cl les autres historiens. D'abord , ces contrées humides , couvertes de forêts , attribuaient aux corps une texture molle , un teint blanc. De là cet accroissement facile; et ce qui le facilitait surtout, c'était cette vie inculte , insouciante , adonnée à la bonne chère, aux abondantes boissons de laitage , d'hydromel ou de bière, et au sommeil près du foyer paternel, sous le même toit rustique qui renfermait les bestiaux. « Dans cette nudité indolente et cette incurie, les Germains grandissent en ces vastes corps que nous admirons, disait Tacite. Chaque malin , ils se lavent, le plus souvent dans des bains chauds, puis se mettent à table; ce n'est point chez eux un vice d'y passer le Jour cl la nuit à lioire, à s'enivrer ; leurs aliments sont, avec la chair, du laitage et des fruits ou légumes agrestes. Mais rien n'est plus sévère que leurs mouirs, ajoute l'historien. Les jeunes gens ne se livrent à l'amour qu'à un Age bien formé. » D'ailleurs, la puberté était tardive en ces grands corps flasques; la croissance avait tout le temps de se parachever. De là leur jeunesse n'était jamais énervée ; tous grands et forts , ils s'unissaient dans uu mariage austère. Dans cette chaste union , la mère allaitait longtemps son fils de son projirc sein. Leurs exercices étaient la chasse, le maniement des armes, la natation, et l'accoutumance à supporter à nu la froidure de l'air. « Mais ces peuples, poursuit Tacite, quoique impétueux au premier effort, ne soutiennent ni la chaleur , ni la soif, ni le long travail. » Les Calédoniens, ou Ecossais, étaient aussi de plus haute taille que les Bretons ; les premiers historiens du Danemark et de l'Islande ont cru, d'après d'anciens monuments, que la Scandinavie avait été jadis peuplée de géants. Il faut convenir que toutes res circonstances étaient très-propres à y constituer de grands corps, et tout fait présumer que la stature a pu diminuer là par l'effet de la civilisation et du genre de vie moderne , si différent de relui les anciens.
Si l'on «'en rapportait aux témoignages historiques, sacres