‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 19 sur 614 · FROISSART · texte numérisé non relu

FROISSART

notions dont il devait (aire usage : en conversant avec ceux qui agitaient le monde, il apprenait à connaître leurs mœurs, leurs desseins ; il écrivait, pour ainsi dire, sous leur dictée, et transmettait aux lecteurs l'impression immédiate des faits, sans aucun système de composition, sans se douter que l'histoire pat être critique, philosophique, ou pittoresque.

Quatre ans après, étant allé en Angleterre, il présenta une partie de ses chroniques à la reine Philippe de Hainaut, femme d'Edouard 111. Cette princesse, à qui il avait su plaire, devina que Froissait, tout irivole qu'il était en apparence, éprouvait les tourments d'un amour malheureux. En effet, il aimait une femme dont on ignore le nom, mais qui était d'un rang si distingué que les rois et les empereurs Tauraient recherchée. En lisant avec elle le roman de Cleomadès, rimé par un trouvère de la cour de Henri III, duc de Brabant, il avait senti les premières étincelles du feu qui avait fini par l'embraser. Cette passion cependant, si puissante qu'elle fût, ne le détournait pas d'une autre, plus impérieuse encore, celle de reproduire son siècle» U pénétra jusqu'en Ecosse, se rendit en France à la suite du prince Noir, et visita la cour de Savoie. Ce fut à peu près vers ce temps qu'il perdit sa protectrice, la reine d'Angleterre, qui l'avait nommé clerc de sa chambre. Etant retourné dans son pays pour distraire ses chagrins, il y obtint la cure de Lessines, à deux lieues d'Alh. De tout ce qu'il fit daus l'exercice de son ministère , il ne nous apprend autre chose sinon que les laverniers de l'endroit pendant son court rectorat eurent 500 francs de son argent. Froissart s'attacha depuis à Venceslas de Luxembourg, duc de Bradant, gentil, noble, joli, fresque, sage, armeret et amoureux. Ce Venceslas avait du goût pour la poésie : il fit recueillir ses < dansons, rondeaux et virelais par Froissart, qui, y joignant plusieurs pièces de sa composition , en forma une espèce de poéme sous le titre de Méliador, ou le Chevalier au Soleil d'or, 'ouvrage qu'on n'a'pas encore retrouvé. A la mort du duc, Froissart trouva un autre protecteur dans Gui de Châtillon, ■ comte do Blois, qui l'engagea à reprendre son histoire, quHI avait interrompue.

En 1388 notre chroniqueur se rend à la cour de Gastoo Phœbus, comte de Foix et de Béarn, pour y puiser des renseignements. Sur sa route, il rencontre i u chevalier du comté de Foix , messire Espaing du Lyon , qui a joué un grand rôle , et qui lui fait des récits dont s'enrichiront ses chroniques. Villes, cliateaux, masures, plaines, hauteurs, vallées, passages difficiles, tout excite la sympathie de Froissart, et rappelle à la mémoire du chevalier les diverses actions qui s'y sont passées sous ses yeux, ou dont il a ouï parler à ceux qui y ont assisté. Enfin, U arrive auprès de Gaston, dont il reçoit l'accueil le plus flatteur. Il lui lit son roman de Meliador, et en apprend des particularité qu'aucun autre n'aurait été en état de lui révéler. Eu six mois, il passe du Blaisois à Avignon, ensuite dans le comté de Foix, d'où il revient encore à Avignon, et traverse l'Auvergne pour gagner Paris. On le voit, en moins de deux ans, successivement dans le Cambrésis, dans le Hainaut, en Hollande, en Picardie, une seconde fois à Paris, dans le fond du Languedoc, puis encore à Paris et à Vaienciennes, de là à Bruges , à l'Ecluse, dans la Zélande, enfin dans son pays. C'est en Zélande qu'il trouve un chevalier portugais qui l'entretient des guerres d'Espagne, sur lesquelles il n'a entendu parler jusque là que des Espagnols et des Gascons. Il y avait vingt-sept ans qu'il était parti d'Angleterre, lorsqu'à l'occasion de la trêve il y retourne, en 1394. Là, nouveaux récits, nouvelles investigations historiques. Le trône était occupé par Richard, qui moult bien parlait et lisoit français, et qui fut enchanté du poème de Méliador. Après trois mois de séjour, Froissart prit congé du roi, et vécut encore quatre ans au moins. 11 est impossible de fixer l'année de sa mort

Son listoire s'étend de 1326 à 1400. Elle ne se borne pas aux événements qui se sont passés en France dans ce long espace de temps; elle comorend aussi ce qui est arrivé de

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romidérable en Angleterre , en Écosae, en Irlande , en Flandre*, uns négliger une foule d'événements dont le reste du nonde a été le théâtre. Pour les trente premières années, c'est-à-dire depuis 1326 jusqu'en 1356, il déclare avoir suivi les vraies chroniques de Jehan Le Bel, chanoine de Saint- Umbert de Liège. C'était un bel esprit comme lui, avant aussi des prédilections aristocratiques, car les bourgeois à cette époque manquaient de loisirs et de culture; ils étaient lïtrangers aux secrets de» gouvernements. Froissart, au contraire, fréquentait les court et les châteaux. Aussi ne préseole-t-i! pas toujours sons leur véritable aspect les événements auxquels le peuple prend part, et se montre-t-il en général peu exact, surtout en parlant de la Flandre et de Jacques d'ArteveJde, que tous les écrivains français ont travesti en brasseur, et par suite en démagogue de bas étage, sur son témoignage unique. Quant à sa partialité pour Hngtetetre, La Curne de Sainte-Palaje l'a suffisamment v. ngé de ce reproche : placé trop près de l'époque qu'il retraçais , il a pu âtre trompé par le défaut de perspective , il a pu céder aussi k des influences diverses , a l'autorité d'un grand nom, à celle, plus grande, d'une flatteuse confidence ou d'une bienveillance magnifique; mais sa bonne foi n'est pas suspecte : il a cherché constamment la vérité avec scrupule, écoutant les partis contraires et n'épargnant ni fatigues ni dépenses pour la découvrir. Parmi les auteurs de mémoires, il occupe la même place que Joinville; mais il a plus d'étendue dans l'esprit, plus de souplesse et de flexibilité. Poète, il est comparable aux plus habiles trouvères de >on l |m^u« et des temps antérieurs.

La première édition de Froissart, avec une continuation anonyme jusqu'en 1498, est en 4 vol. in fol., Paris, Antoine Yérard, sans date (vers 1495). On l'a réimprimée à Paris en 1503, 1514, 1518, 1530; l'édition de 1514 contient une continuation jusqu'en 1513. Denis Sauvage en donna une édition in-fof en 1559-01, à Lyon; mais, quoiqu'il annonce que le texte a été revu, ce texte est souvent altéré. Dans Unîtes ces publications , il y a des lacunes, et les noms propres sont méconnaissables. Dader avait commencé une révision et un commentaire sur Froissart ; il n'a été imprimé que les soixante-dix neuf premières feuilles de son édition , et Ludion les a léiiu primées. La collection de ce dernier contient 1rs |K)ésies de Froissart, publiées pour la première fois, et tes chroniques, plus complotes que dans les éditions pré- (*<lentes, mais tout aussi fautives. De Rr.im:>BERc.

FROMAGE, aliment composé de cas éu m, partie solide du I a it , et dont la nature dépend probablement autant de celle des pâturages et du climat que du mode de fabrication. La préparation des fromages naturels communs ne présente aucune difficulté., car le lait, étant abandonné à lui-même dans des vases à uoe température de 18 a 20* centigrades, s'aigrit, se coagule en une masse appelée caillé dans les campagnes , et matière caséeuse par les chimistes, matière contenant en grande partie de la crème ou beurre, et du fromagi ou ciucum. La crème, étant montée à la surface du lait, est enlevée pour la baratter; ensuite on met le csillé dans des formes ou vases, dont le fond et les parois sont percés de petits trous , afin de laisser égoutter ce qu'on nomme vulgairement le petit-lait, ou le sérum des savants. Ces vases ou moules doivent avoir le double en hauteur de celle que l'on veut imposer aux fromages. Alors le caillé s'égoutte, forme une masse, que l'on retire au bout de vingt-quatre ou quarante-huit heures, pour la manger fraîche, ou la laisser sécher k un courant d'air: quelquefois on la consomme dans cet état de dessiccation, ou bien on sale ces masses desséchées, et on les met sur de le paille dans des endroits frais, mais non humides, pour les affiner, c'eU -à-dire pour leur faire subir un commencement de fermentation putride. Cette méthode de tirer parti du lait dont on a déjà extrait la crème est la plus générale, et fournit dans la basse Normandie, par litre de lait, un fromage rond de » a io centimètres de diamètre sur un et demi d'épaisseur if état sec, lequel se vend environ 10 c. mais qui, le plus

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