GEORGES
dont George» f'r ne devait pas voir s'accomplir la ratification (voyez Grande-Bretagne ). Il mourut pendant une tournée qu'il était allé Taire dans ses États Allemands, frappe d'apoplexie foudroyante, le 22 juin 1727, à Osnabruck , et fut enterré à Hanovre. Bien qu'il neût jamais pu «'habituer aux mœurs de l'Angleterre ni à sa langue , à ce point qu'il ne pouvait se faire comprendre de son premier ministre Walpolc qu'en lui parlant en fort mauvais latin , il avait fini, grâce aux qualités élevées qui le distinguaient, par acquérir l'amour et l'estime de la nation anglaise , laqoelle avait cependant beaucoup de peine à lui pardonner ses maîtresses et surtout ses voyages si fréquents en Hanovre. Heureux dans ses entreprises à l'extérieur , il triompha des l»rtis à l'intérieur par sa loyauté et son esprit de concilialion. Dans sa vie privée , il était fort parcimonieux.
GEORGES II (Acccste), roi de la Grande- Bretagne et d'Irlande, électeur de Hanovre ( 1727 a 1760), fils et successeur du précédent, naquit à Hanovre, le 30 octobre 17S3, « t lors de l'accession de sa maison au trône d'Angleterre reçut le titre de prince de Galles et de comte de Chester. La dureté extrême avec laquelle son père le traita constamment lui valut de bonne heure les sympathies de la nation anglaise. Sans doute il n'avait ni les grandes qualités ni la rare habileté politique de son père; mais ses intentions étaient excellentes , il avait beaucoup de fermeté dans le caractère, et il sut se composer un ministère d hommes sages et dévoués. Des 1708 il avait fait preuve de bravoure et d'esprit militaire dans la guerre des Pays-Bas, sous Marlborough. Cependant, pendant les douze premières années de son règne il s'efforça de maintenir l'état de paix ; politique qui eut les conséquences les plus favorables pour le développement de la prospérité de ses Etats. En 1730 il se vit dans la nécessité d'envoyer une flotte considérable dans la Méditerranée pour contraindre l'Espagne à consentir à la liberté du commerce dans les mers do l'Amérique. A cette guerre, au total assez peu heureuse , vinrent se joindre les embarras de la succession d'Autriche. En 1741 Georges II s'engagea vis à vis Marie-Thérèse à maintenir la pragmatique-sanction, obtint du parlement des subsides considérables , et prit ensuite lui-même les armes. La victoire deDcttingen, qu'il remporta le 27 juin 1743 sur les Français, sauva peut-être l'impératrice de sa ruine. En 1746, lors de la levée de boucliers, du parti jacobite et de la descente en Ecosse du jeune prétendant Charles-Edouard, le roi fit preuve d'une grande résolution. A la suite de la bataille de Culloden, son lils leduede Cumberiand ayant déployé une rigueur extrême dans la recherche et la poursuite des jacobiles, Georges 11 désapprouva ces vengeances inutiles et odieuses, et s'efforça d'en réparer les résultats. Après la paix conclue à Aix-la-Chapelle en 174s, il s'attacha à rétablir les finances minées ; mais bientôt la querelle survenue entre la France et l'Angleterre au * ujcl de la délimitation de leurs frontières respectives en Amérique provoqua de nouvelles hostilités, par suite desquelles il fut amené à prendre part à la guerre de sept ans dans l'intérêt de Frédéric II. 11 n'en vit pas la liu, et mourut subitement, le 25 octobre 1760, à Kensiogton (voyez Grande-Bretagne). La nation le regretta. En Angleterre on ne le désignait le plus ordinairement que sous le nom de Vhonnite homme, et force était à ses ennemis eux-mêmes de rendre hommage à sa sévère loyauté et à sa sage prudence. Sa politique, comme celle de son père, eut constamment pour but de rendre l'Angleterre la terreur des autres nations par ses forces navales et de devenir lui-même l'arbitre de la paix en Europe. Comme son père aussi, il avait pour le Hanovre une prédilection particulière, préjudiciable aux intérêts de l'Angleterre. Il n'avait pas le goût des lettre* et des sciences; mais ce qui prouve bien qu'il savait les apprécier, c'est la fondation de l'universilé de Gn>ttingue, qu'il ordonna eu 1734 ; trois ans plus tard, cette institution était en pleine activité. C'est à lui aussi qu'on doit la fondation du BrUish Muséum. Eu 1703, il avait épousé la princesse Caroline, fille du margrave Jean-Frédéric d'Ans-
pach, femme distinguée à tous égards, qui exerça constamment sur lui la plus grande influence , mais qui mourut dès 1737. Huit enfants naquirent de ce mariage. Il vécut dans une désunion extrême avec son fils aîné, Frédéric Louis, prince de Galles, qui mourut avant lui, en 175t.
[ GEORGES III, roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande (1760 à 1820), jusqu'en 1815 électeur et ensuite roi d* Hanovre, né le 24 mai 1738, était le petit-fils du précédent et le lils du prince de Galles, Frédéric- Louis, et de la princesse Auguste, fille du duc Frédéric II de Saxe-Gotha. 11 perdit son père à l'âge de douze ans, et, placé sous la tutelle de sa mère, qui dès sa première jeunesse lui inculqua les maximes du pouvoir absolu, il eut pour gouverneur lord Bute, homme qui sans caractère public exerça toute sa vie, dans l'ombre du cabinet, une infiuenso souveraine sur les affaires. Son éducation, qui répondait aussi peu a ses heureuses dispositions naturelle»» qu'au rôle qu'il était appelé à remplir un jour, fut restreinte â quelques détails d'histoire , encore limités a tels et tels pays, et on les lui fit puiser aux sources les moins suspectes de vérité et d'indéjiendancc. IMuslard il y joignit la connaissance assez imparfaite de la langue française, celle de la langue allemande et une teintion de l'italien. Il se passionna, dit-ou, vers celte époque pour la culture des beaux-arts, tout-à-fait négligée jusque alors dans sa famille; et cette circonstance intéressa en faveur du jeune prince. Généralement on est porté à attendre davantage d'un prince qui protège les arts et qui arrive au trône avec le culte de quelques sentiments élevés. L'isolement presque claustral dans lequel il vécut pendant sa jeunesse développa en lui une extrême opiniâtreté de caractère, qui n'influa pas peu sur les luttes si longues et si périlleuses où il engagea la couronne pendant son règne et qui en définitive agrandirent tant sa puissance. Quand il monta sur le trône , en octobre 1760, il était âgé de vingt-deux ans. L'année d'après, il épousa la princesse Charlotte de Mecklembourg-Strelitz. Le premier usage qu'il fit de sa puissance fut du proclamer l'inamovibilité des juges et l'indépendance absolue des élections ; ce furent là deux mesures qui lui concilièrent au plus haut degré les sympathies de l'opinion publique. Le parlement lui accorda une liste civile de 500,006 liv. st. et douze millions de livres sterling pour la continuation de la guerre de sept ans , qui prit à ce moment la tournure la plus favorable pour l'Angleterre. Les possessions françaises <lc l'Inde et de l'Amérique du Nord, entre autres le Canada, tombèrent au pouvoir des Anglais; et dans la guerre faite à l'Espagne à partir de 1762, on s'enqwra de l'Ile de Cuba en même temps qu'on faisait des prises immenses. Toutefois, les armes victorieuses de laGrande-Bretagnc, qui portaient la terreur jusqu'au fond des deux Indes, réussirent assez mal sur le continent. Pendant ce temps- là lord Bulc avait remplacé Chatam à la direction des at faire* ; et ce fut par son influence que, le 10 février 1763, fut signée la |iaix de Paris, au vif mécontentement du peuple anglais, qui en trouva les conditions onéreuses et nullement en proportion avec l'importance de ses succès sur mer. La conclusion de ce traité, la constante tendance de Georges III à l'absolutisme politique et les atteintes profondes portées par ce prince aux libertés publiques sous l'influence de son ancien gouverneur et favori, ne tardèreut pas à les rendre l'un et l'autre fort impopulaires. U parut alors contre le roi et lord Bute une foule de pamphlets où l'on réclamait une réforme parlementaire, et dont les plus remarquables furent ceux de W'ilkes et les célèbres Lettres de J uni us. L'arrestation illégale de Wilkes et son expulsion du parlement allumèrent dans la Cité un esprit de mutinerie et de sédition qui en vint un jour jusqu'à promener sous les fenêtres du roi une charrette sur laquelle était représenté le supplice de Charles 1". Georges III refusa de faire la moindre concession au peuple irrité, et celui-ci mit plusieurs foi», à cette époque, en |>cril sa couronne. Réduit la, ce prince étouffa dans le sang tontes les résistances qu'on lui suscita, quelque juste et légal qu'en fin le principe. Il lutta même contre le parlement, irai <
Uit loi imposer des ministres; mais cette lutte dévoila la pensée du gouvernement et l'avilit. Ce fut encore l'opiniâtreté qu'il mit, sous l'administration de lord North, à établir dans les colonies anglaises de l'Amérique septentrionale un nouveau système fiscal qui provoqua dans cet hémisphère une guerre dont le résultat pour l'Angleterre fut les dures conditions de la paii de 1783 et la reconnaissance de l'indépendance des Etats-Unis de l'Amérique du Nord { voyez États-I'îus). A cette occasion le mécontentement populaire ne se fit pas seulement Jour dans le parlement au moyen d'une violente opposition, dont Bu rke était le chef, mais encore en 17S0 par une menaçante révolte, commencée par lord G o rd o n , et pendant laquelle le roi courut maintes fois le danger de perdre la vie. A partir de septembre 1793, Georges III eut dans le jeune William Pitt un prudent interprète do sa politique, quoique lord Bute et la reine continuassent toujours à exercer une puissante influence sur ses déterminations.
Des 1765 on avait pu remarquer chez le roi quelques traces passagères d'aliénation mentale. En 1787, au retour des eaux de Clieltenham, les symptômes se représentèrent avec une gravité nouvelle. On appela sa maladie fièvre de cerveau, et le célèbre Willis fut chargé de la traiter. Dans une telle situation, où il y avait forcément Interruption de l'exercice des droits de la royauté, le parti de l'opposition voulut faire déférer la régence au prince de Galles , en sa qualité de plus proche héritier de la couronne, dans l'espoir que de l'accession aux affaires «le ce prince, qui avait constamment montré de l'hostilité aux hommes dont son père était entouré, résulterait un changement de ministère et de système politique. Mais Pitt, qui partageait avec la reine la direction suprême du gouvernement , chercha à éluder la question de la régence, et présenta au parlement un acte particulier et transitoire, que rassemblée adopta effectivement, mai» qu'il n'y eut pas lieu de mettre à exécution parce qu'en février 17SU on vint annoncer que le traitement dn dortenr Willis avait été couronné d'un complet succès , et que le roi avait entièrement recouvré l'usage de la raison. La joie du peuple fut sans bornes, quand il apprit cette guérison, qui ne devait pas tarder à exercer une si décisive influence sur la marche générale des événements politiques en Europe. La révolution française , dont le contrecoup se fit violemment sentir aussi en Angleterre, trouva dans le roi Georges m et son ministre Pitt ses adversaires les pins implacables et les plus énergiques {voyez GfUNnE-Bnrr*cm). L'opiniâtreté sans bornes de Georges, qui heureusement se trouva d'accord avec les instincts et les intérêts de la nation, influa puissamment sur la destinée de Napoléon ea particulier. Pour comprimer à l'intérieur l'agitation démocratique , 1e gouvernement fit adopter par la législature en 1793 le bill relatif anx étrangers (alten'biÙ) et le treacheroiu-correspondencc 'bUl ; et l'année suivante, indépendamment de divers statuts ayant ponr bot la sécurité personnelle du monarque, on vota la suspension de /7mbeas corpus act ; mesures qui enlevaient a la constitution britannique son caractère éminemment libéral et toute puissance à l'opposition parlementaire. I.a malheureuse Irlande eut surtout à souffrir de la politique absolue de Georges III ; aussi était-elle à chaque instant prête à se jeter dans les bras de la France. Enfin , à la suite des mesures les plus sévères et même les plus sanglantes, l'union définitive de F Irlande avec la Grande-Bretagne fut législati veinent opérée en 1500 ; mais le roi, anglican zélé, ne put jamais prendre sur lui de -consentir à l'abolition du serment prescrit par racle du (est, quoique Pitt eût formellement promis l'émancipation politique des catholiques. L'impopularité de Georges III dans les classes inférieures provoqua contre sa personne un grand nombre d'attentats, qui lui fournirent roccasion de montrer toujours le plus grand calme uni à un rare courage, sans que jamais on pnt remarquer chez lui h moindre pensée de vengeance personnelle. En 1786, une Nie , «poêlée Marguerite Nicholsen, le frappa d'un coup de