GÉRONTE — GERS
de» ancien*. Ils furent supprimes dans la suite et remplacés | parlesEphores, dont la cruelle sévérité affaiblit l'autorité royale et prépara la chute de la république de Lacédémone.
Géronte est aussi le nom que se donnaient les moines pour s'attirer plus de respect, dans les premiers siècles du christianisme, et l'on appelle Gérontique un livre célèbre parmi les Grecs, qui contient la rie des Pères du désert, et qui a été traduit en latin.
("est en raison de la signification littérale du mot gn otite , que les auteurs comiques français ont donné ce nom à un (personnage qu'ils n'ont pas trouvé dans les auteurs grecs et latins ; mais eu adoptant le nom de Géronte, ils en ont totalement dénaturé le caractère. Autant les Garantes Spartiates étaient respectables, autant le Géronte de notre comédie est vooé au ridicule. C'est pour l'ordinaire un vieillard dur, arare, entêté, et pourtant d'un esprit très-borné, crédule a l'excès et toile à tromper. Ce personnage ressemble beaucoup a ceux deCaisand re et de Pantalon, qui nous sont venus de l'Italie. Mais ces derniers «ont généralement plus bêtes et moins méchants. Rot r ou paraît être le premier de nos auteurs dramatiques qui ait introduit sur la scène française le personnage de Gt'vopi/c dans sa comédie La Sœur, en 1047; il lui a conservé une sorte d'origine orientale, en le faisant arriver de Constautlnople, sous lé costume turc. Mais c'est Molière qui a fixé le caractère de Géronte dans son Médecin malgré lui et se» Fourberies de Seapin , en ts«6 et 1671; et Régna rd Ta employé avec succès dans Le Joueur, dans Le Retour imprévu, et surtout dans re Légataire.
GÉRONTOCRATIE (du grec fiota», yiavrm, géronte, et xprre;, pouvoir ) , mot nouveau, introduit dans le langage politique, et emprunté à la langue grecque. Il signifie littéralement j/oMpernemenr" des vieillards. On est convaincu de nos jours que la sagesse et la maturité du talent sont le prirflége exclusif de la jeunesse; les idées sont sj bien arrêtées à cet égard, que, dans nos assemblées délibérantes, on s longtemps entendu des orateurs en cheveux blancs , lorsqu'ils ne portaient pas perruque , déblatérer intrépidement contre la gérontocratie, en d'autres termes rontre le gouvernement des ganaches, on des vieillards. Tendant plus de trente ans, ils ont répété les mêmes déclamations, sans paraître se douter que, le temps ayant marché aussi pour eux, ils se trouvaient compris, tous les premiers, dans IV t racisme qu'ils prononçaient contre les anciens assez osés ponr croire qu'ils pouvaient être encore utiles à leurs pats. Ce qne c'est que la lorre de l'habitude! Orateurs et auditeurs, personne ne riait. Et pourtant, la gérontocratie est aussi vieille que le monde : vous la retrouves sons la tente des patrlarclies , dans tes législations de Minos et de I.vnirgue, en Crète comme à Sparte, dans le sénat de Rome , dont les membres se nommaient Patres, dans le bilçnr , conseil des vieillards, chez les Cantabres, dans les tribus arabes, chexdes peuplades du Nouveau -Monde , tans le Conseil des Anciens du Directoire, dans le sénat de nos deux empires, dans le senior , seigneur, dans la maire, ma leur, major natu, alderman, etc., etc. « Rien, a dit Montesquieu , n'entretient plus les meeurs et les lois qu'une extrême subordination des jeunes gens aux vieillards. »
GERS ( VSrgicius des Romains). Cette rivière, qui donne son nom a l'un de nos départements , le traverse dans sa partie centrale et y a presque tout son cours, qui est de 130 kilomètres. Sa source se trouve dans le département des Ilautes-Py ré-nées, près de Lannenia/an, et son embouchure dans celui de Lot-et-Garonne, à 7 kilomètres d'Agen, au sud.
GERS (Département du). L'un des quatre formés de la Gui en ne, il est borné au nord par le département de Lot-et-Garonne et partie de celui des Landes, à l'est par ceux de Tarn-et-Garonne et de la Haute-Garonne , au sud par la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées, à l'ouest par les Basses-Pyrénées et les Landes.
Dm>é en '» arrondissements, dont les chefs-lieux sont Auch, Condom, Lectoure, Lombez et Mirande, 29 cantons
et «67 communes, il compte 307,470 habitants. Il envoie trois députés au corps législatif, est compris dans la treizième division militaire , le diocèse d'Auch, l'académie de Toulouse, et le ressort de la cour impériale d'Agen. On y compte 1 lycée, 2 collèges, 1 école normale primaire, 10 pensions et 679 écoles primaires.
Sa superficie est de 626,390 hectares, dont 333,585 en terres labourables; 87,771 en vignes; 60,866 eu prés; 5!>.?76 en bois; 35,711 en landes, pâtis, bruyères, etc.; 20,6.: . en cultures diverses; 6,101 en pépinières , vergers , jardins; 4,615 en propriétés bâties; 261 en oseraies, aunaies, saussaies; 233 en étangs, abreuvoirs, mares, canaux d'irrigation; 13,581 en routes, chemins, places publiques, rues, etc.; 2,185 en (orêts, domaines non productifs; 1,456 en rivières, lacs, ruisseaux; 153 en cimetières, églises, presbytères, bâtiments publics. Ledépartementpaye 1,654,359 francs d'impôt foncier.
Ce département, qui repose sur les d entières pentes des Pyrénées, est couvert de chaînes de collines peu élevées, et disposées comme les branches d'un éventail ouvert. Cette disposition se lait remarquer d'une manière bien plus frappante dans ses principales rivières. Les unes, telles que la Baise, le Gers, la Gimone, la Save, le traversent dans toute sa largeur ; les autres , telles que la Ixmsc , l'Adour, l'Arros, la Nidou , la Douze, etc., n'y ont qu'une partie de leur cours. La ltaise est la seule qui soit navigable, et encore est-ce sur une très-petite étendue. Le nord-ouest du département, qui participe un peu de la nature des landes, renferme un assez grand nombre d'étangs. Le sol des collines et des coteaux est peu fertile ; mais celui des terres qui s'étendent 4 leur base donne de bonnes récoltes de blé, de mais, d'orge, d'avoine, d'épeautre, de légumes et de lin, ainsi que d'excellents fruits. Au reste, l'agriculture est assez avancée Les pâturages naturels y sont excellents et nourrissent des bêtes à cornes d'une petite espèce, beaucoup de moutons, peu de chevaux , très-petits et pleins de vigueur, des Anes et des mulets en grande quantité. On élève aussi quantité de volailles et surtout d'oies et de canards. Les énormes foies de canard entrent dans la confection de pâtés renommés. Les produits des vignobles sont médiocres et presque tous convertis en eau-de-vie , bien connue sous le nom d'eau-de vie <f Armagnac. Parmi le peu de Tins qui méritent une mention particulière sont ceux de Masère et do Vertus.
Les principale* essences des bois sont le sapin et le chêne. La masse la plus remarquable est la forêt de G résigne. Le gibier n* est pas très- commun , et le poisson ne se trouve avec quelque abondance que dans les étangs.
L'exploitation minérale y est presque nulle. Cependant on signale dans quelques localités des mines de fer et d'autres de plomb aurifère et argentifère. On exploite dans un grand nombre d'endroits le plâtre, la pierre â chaux , les terres à potier, à brique et à foulon, de beaux marbres, de la pierre â bâtir, de la marne. Il existe en outre quelques mine» de trouille. Il y a des sources minérales en plusieurs endroits, notamment à Castéra.à Barbotent et â Encaussc.
L'industrie manufacturière y est peu développée. Ses principales branches sont la minoterie, la tannerie et la préparation des conserves de volailles. On y trouve encore de* scieries de planches, quelques fabriques de toile, de cotonnades, de rubans de fil, quelques verreries, faïenceries et poteries, tas eaux-de-vie, la laine, les plumes, le blé, les bêtes à cornes, les mulets, les vins, «ont les principaux objets qui alimentent le commerce.
8 routes impériales, 17 routes départementales et 6,000 cltemins vicinaux sillonnent ce département, dont le cheflieu est Auch. Les villes et endroits principaux sont, en outre : Condom; Lectoure; Mirande, sur la rive gauche de la Baise, avec 3,464 habitants et une coutellerie renommée. Elle est petite, bien percée, et assez régulièrement bâtie. C'était jadis une ville forte ; il ne reste plus de ses fortifications qu'un vieux château en ruines; Lombes,, sur la rive gauche de la Save, avec 1,677 habitants, qui doil son existence à une ibbaye de l'ordre de Saint-A , us-
GERS - GERTKUYDEMJERG
Un dont Jean XXII lit ensuite unéTèclié. Vile- Jourdain, petite ville, avec 4,491 habitants, ainsi appelée de sa situation dans une Ile de la Save, et du notn d'un de ses comtes, qui se la fit confisquer par Charles le Bel, en 1334; t ic- Fezensacwi Vic-sur- Lasse, ancienne capitale du comté de Fezensac, sur la rive gauche de la Losse. Elle a deux fabriques de crème de tartre et 4, 1 57 habitants ; F leur ange, sur la rive gauche du Gers, avec 4,309 habitants; son commerce consiste surtout en plumes d'oies ; Eauze , sur la Gélize, avec 4,083 habitants : c'est l'ancienne Elusa des Romains; elle fut depuis chef-lieu du pays d'Ausan. Elle a été saccagée par les Goths et les Sarrasins. L'emplacement de l'ancienne ville porte encore le nom de la Ciutat ; Montréal ; Casaubon ; Algnan; Mauvesin ; Segun ; Piogaro; Sametnn, etc.
GKltSAU, petit village de 1,400 ames environ, situé au bas du versant méridional du Riglii et sur les bords du lac de Lucerne , était autrefois la plus petite des républiques de l'Europe , et comme telle alliée à la confédération Suisse. En 1390 , Gersau se racheta de son seigneur, Moos de Lucernc , et avec l'appui des trois cantons et de Lucerne il réussit à conserver son indépendance jusqu'en 1798, époque a laquelle la Suisse subit une transformation politique et où il fut*incorporé dans le canton de Lucerne. Il dépend aujourd'hui du canton de Schwytz.
GERSON (Jean CI IARLIER , dit ), célèbre chancelier de l'église et de l'université de Paris, surnommé le docteur évangtlïque et très-chrétien, fut un de ces hommes privilégies qui formulent en eux toute la pensée d'un siècle. Né I le 14 décembre 1363 , d'une famille de cultivateurs, au hameau de Gerson, près de Rhetel , dans le diocèse de Reims, il était i'alné de douze enfants ; trois de ses frères et quatre de ses sœurs se vouèrent a la vie religieuse, et ses parents sacrifièrent une partie de leur liéritage pour lui faire apprendre la sainte Ecriture. Ajquatorze ans , ils l'envoyèrent au collège de Navarre, où il Ut ses études sous Gilles Deschamps et Pierre d'Ailiy. Au bout de cinq ans, après avoir été reçu licencié ès arts , il se livra avec tant d'ardeur à la théologie, que, quoique simple bachelier, il fut, dans la controverse au sujet- de l'immaculée conception de la Vierge, ebobi par l'université pour faire partie de la députalion qu'elle envoyait à Avignon aupiès du pape. Promu, à son retour, en 1393, au grade de docteur en théologie, il devint curé de Saint-Jean en Grève, et trois ans après chancelier de l'université de Paris , en remplacement de son maître Pierre d'Ailiy , appelé successivement aux évéchés du Puy et de Cambray. Il se voua dès lors tout entier à la réforme des études théologiques. H avait été nommé par le duc de Bourgogne , dont il était auuiôuier, doyen du chapitre de Bruges. Des idées de démission lui vinrent à l'esprit pendaut une retraite qu'il y fit ; mais il était trop nécessai rc à l'Église : il céda aux supplications qui lui furent adressée*, et ne quitta pas son poste. Enfin, la fuite de Benoit XI 11, le 12 mars 1403, le ramena à Paris.
Un schisme désolait alors l'Eglise ; et la mort d'Innocent II n'avait pu y mettre un terme. Les premiers théologiens de l'époque demandaient à hauts cris la réunion d'un concile général. Gerson joint sa puissante voix à celles de ces liommes d'élite, et le concile est convoqué à Pise. Le chancelier de l'université de Paris s'y rend comme un des députés de ce corps; cependant, rassemblée trompa l'espoir de la chrétienté , qui n'y gagna que d'avoir trois papes au lieu de deux. Il fallut réunir un nouveau concile a Constance; mais la réforme n'en sortit pas davantage, et tout le fruit que l'Église en retira, ce fut de n'avoir plus enfin qu'an chef unique. Ce fut là que Gerson prononça son célèbre discours de la supériorité des conciles généraux sur le pape, qui eut un si grand retentissement au dedans et au dehors de l'assemblée. Il fut avec d'Ailiy l'inspiration, la lumière, l'àme de ces grandes assise» de la chrétienté : il prêchait ou discutait le jour, il écrivait la nuit; il semblait se multiplier; son activité tenait du prodige.
De sanglantes factions se disputaient a cette époque ic* lambeaux de la France. Leduc de Bourgogne, Philippe le Hardi, avait été le protecteur de Gerson, qui avait voué cette famille une reconnaissance bien naturelle ; mais il s'en était détaché aussitôt le meurtre du duc d'Orléans par ordre du fils de ce prince. 11 avait fait plus : il avait attiré sur sa tète la colère de celui-ci, en foudroyant du haut de la chaire l'assassinat politique, en réfutant Jean Petit, qui s'en était constitué le panégyriste, et en prononçant dans l'église de Notre-Dame l'éloge de la victime. Aussi sa maison fut-elle pillée, et il faillit loi en coûter la vie ; il n'osa même plu* rentrer en France après la clôture du concile; il errait en pèlerin dans les montagnes de la Bavière, lorsque le duc Albert, admirateur de son talent, loi otTrit un asile dans le Tyrol. De la il se rendit à Vienne, où l'archiduc voulut l'attacher à son université ; mais Gerson no pouvait outiller sj patrie; et lorsque l'assassinat de Jean sans Peur, duc uc Bourgogne, lui en rouvrit les portes, il courut à Lyon chercher une retraite chex son frère, prieur des Célestins de cette ville. Là il s'éteignit obscurément, le 13 juin 1439. Les petil> enfants, auxquels l'ancien chancelier de l'université enseignait le catéchisme , et à qui il légua son beau travail De Parvulis ad Chris tum trahendis, répétaient à sa demande, la veille encore de sa mort, sa dernière prière : • Dieu de miséricorde , aie pitié de ton pauvre serviteur Jehan Gerson! »
11 reste de lui une foule de Unités mystiques , qui résument à eux seuls les doctrines ascétiques des Jean Climaque et des lionaventure. Son mysticisme n'est pas le mysticisme sentimental, qui se contente d'adorer l'Être en renonçant à l'action , et qui tombe dans le quiétisme. Sa philosophie s'élève de la forme à la substance, de l'idée à l'être, du contingent à l'absolu, du subjectif à l'objectif, et elle se fonde pour cela sur l'intuition appliquée aux choses célestes. Ses traités de toutes sortes sont trop nombreux pour être cnumérés ici.
[De nombreux manuscrits de V Imitation de Jésus- Christ portant son nom, dont celui de Gerten n'est évidemment qu'une corruption; l'analogie de certains passages de ce livre célèbre avec des morceaux avoués de Gerson ; certains faits de sa vie auxquels semblent se rapporter quelques endroits de l'ouvrage; sa doctrine et sa piété, qui le faisaient regarder par Bossue! comme digne d'avoir composé ce livre plein de sagesse et d'onction ; l'impossibilité d'accorder ce chef-d'œuvre àTbomasàKempis,qui n'était qu'un habile copiste , et dont les autres œuvres sont loin de refléter la vigueur de style et la hauteur de pensée du livre dont l'auteur a voulu rester inconnu , ni à Gersen , prétendu moine de Verceil, dont rien ne prouve bcuk-racnt l'existence, tout cela conduisit M. Gence à ressusciter, avec une grande apparence de raison, une ancienne opinion qui attribuait à Gerson te plus beau livre qui soit sorti de la main des hommes , au dire de Fontenelle, l'Évangile n'en étant pas. L. Lot ver.]
GERTJAUYDENBERG (Conférences de). C'e»t*ous cette dénomination qu'est connue dans l'histoire une espèce de congrès tenu en 17 10 entre le maréchal d'Uxellcs et l'abb*; de Polignac, plénipotentiaires français, d'une part, et deux délégués hollandais, d'autre part, chargé» de leur transmettre les réponses de Marlborough et du prince Eugène à leurs propositions. Il s'agissait d'ouvertures de paix faites à ses ennemis par Louis XIV à la suite de cette série de revers qui signalèrent la fin de son règne. Marlborough, représentant le gouvernement anglais, et le prince Eugène, représentant de l'empereur , s'étaient établis à La Haye, cm se trouvaient réunis les états généraux; mais les plénipotentiaires français avaient dû s'arrêter à Gertruydenberg, petite ville de la Hollande située à l'embouchure de la Douge , à 13 kilomètres deBréda , par suite du refus des plénipotentiaires alliés et des états généraux de s'abouclier directement avec eux. L'orgueil de Louis XIV fut obligé de dévorer cet affront, et les négociations se suivirent au milieu de ce* ni-
te et venue* continuelles de» deux délégués hollandais portant à La Haye les humbles propositions de la France, et rj|i>orUut a Gertruydcnbcrg les arrogantes réponses et les hautaines prétentions des vainqueurs. L'ulttmatum signifie pu la coalition fut que Louis XIV s'engageraità obtenir, soit par la voie des négociation», soit par la force des armes , du duc d'Anjou , son petiMUs , devenu roi d'Espagne sous le H«n de Phillippe V, qu'il renonçât à toote prétention «a Irâne d'Espagne. C'était abuser sans pitié des revers et de l'humiliation du grand roi. Louis XIV, en prenant connaissauce des insolentes conditions qu'on mettait à la cessation des hostilités, puisa on nouveau courage <lans les insultes dont on l'abreuvait. Il rappela ses plénipotentiaires; et la fortune des armes lui étant devenue moins contraire , il put signer la paix d'Utrecht, dont les conditions honorables pour la France effacèrent la honte des conférences de Ger- Iruvdenberg.
Voyez GÉaoNTB, Cautuacb, etc.
GERVAIS (Saint), dont le corps, ainsi que celui de saint Protais, *>n frère, fut Ironvé à Milan, en 380, par saint Ainbrobe, souffrit le martyre vers 304, fendant la violente persécution dont l'Italie fut ensanglantée. On croit que ces deux saints, surnommés, par le grand archevêque de Milan, les premier» martyrs de cette ville, étaient fils de saint Vital et de sainte Valérie, dont l'inébranlable fermeté au milieu des tortures qu'ils endurèrent, l'on a Ravenne, Fautre à Milan, avaient été pour leurs Gis une leçon qui devait plot tard les appeler à marcher sur leurs traces. Un vague souvenir de leurs souffrances existait à peine dans la mémoire de quelques vieillards, lorsqu'une vision Indiqua à saint Ambroise qu'il trouverait, en faisant des fouilles dans 1 Valise de Saint-Nabor et de Saint-Félix ( plus tard de Saint- François), les reliques dont il désirait enrichir la basilique élevée par ses soins, et connue depuis sa mort sous le nom à'Ambrosienne d'abord, puis de Saittt-AmbroUe le Grand. En botte à cette époque aux persécutions des ariens et aux menaces de l'impératrice Justine, veuve de Valentiniea 1", dont le dessein bien connu était de le chasser de son siège, le pieux archevêque comprit aussitôt que le ciel venait à son aide contre ces sacrilèges tentatives : il se rendit sans hésiter au lien indiqué, fit creuser la terre en sa présence, et découvrit un tombeau qui contenait deux corps mutilés, deux têtes séparées des deux troncs, et des traces encore visibles du sang qui avait été répandu. Toutes ces circonstances répondant à l'avis mystérieux qui lui avait été donné, il fit transporter ces restes précieux dans l'église de Faoste ( depuis de Saint-Vital et de Sainte- Agricole ), où ils furent exposés pendant deux jours à la vénération des fidèles. Le 18 juin, leur translation solennelle fut signalée non-seulement par des ^jouissances publiques, mais par des gnérisoos nombreuses. On plaça les deux corps dans une voûte pratiquée sous l'autel principal, à droite ; et dès lors leur fête fut célébrée le 19 juin en Afrique et dans tout l'Occident : les Grecs seuls l'ont fixée au 14 octobre, jour présumé du supplice des deux martyrs.
Plusieurs églises ont été successivement érigées sous l'invocation de ces deux saints, qu'on n'a plus séparés, ni dans te culte dont ils sont l'objet, ni dans les chefs-d'œuvre nombreux que leur martyre a inspirés. Dès te sixième siècle Paris en possédait une, qui fut rebâtie en 1 1 1 2, dédiée en 1 480, et qui maintenant est une cure de deuxième classe. En 1816 seulement on éleva, sur les plans et sous la direction de Jacques de Brosses, le portail, dont la célébrité n'est due tan* doute qu'à la singulière réunion des trois erdres d'architecture superposés, et an contraste formé par sa masse imposante, mais lourde et sans grâce, rapprochée des proportions si délicates du gothique. Devant ce portail, on voyait encore avant la révolution un orme magnifique (Guillot l'appelle ourmeetau), qu'on renouvelait avec soin, bien que sa présence masquât la façade et gênât la voie publique. C'était sous son ombrage que les habitants se réunis- ; après l'office; que les juges pédanés, qu'on
GERTRUYDEINBERG — GÉRYON 381
appelait aussi pour cette raison juges de dessous l'orme , rendaient leurs sentences, et que les vassaux payaient leurs redevances aux seigneurs. L'église , autrefois remarquable par ses vitraux de Jean Cousin, et par ses sculptures et ses tableaux de divers grands maîtres, est presque nue aujourd'hui, quoiqu'elle soit la paroisse de l'hôtel de ville. Le musée du Louvre s'est enrichi des toiles de Lesoeur, de Sébastien liourdon et de Philippe de Champagne, qui fut inhumé dans ce temple, ainsi que Le Tellier, Du Cange, Scarron, etc. Ces toiles représentaient le refus des deux saints de sacrifier aux idoles, leur apparition à saint Ambroise, VinventUm de leurs reliques et la translation de leurs corps. Quelques lableauv donnés par la ville de Paris, un Père éternel, peint par Pérugin, un tableau sur bois d'Albert Durer, représentant en neuf compartiments neuf scènes de la passion ; un Ecce homo en marbre blanc, une descente de croix en plâtre et un mausolée en marbre, forment aujourd'hui â peu près toute la richesse de cette église; car à peine peut-on parler de ses vitraux, dont il ne reste que quelques parties, tout au plus suffisantes pour donner une idée de l'effet admirable qu'ils devaient produire. Dans ces derniers temps, la chapelle de la Vierge a été richement peinte et ornementée. L'abbé J. Durussis.
GERVIXUS ( GEORCBS-Georraov ), homme politique et historien allemand contemporain, est né en 1805, à Darmstadt. Appelé en 1836 à occuper une chaire d'histoire à Giettingue, il la perdit dès l'année suivante pour s'êtie associé à la protestation des principaux professeurs de cette université contre l'abolition de la constitution hanovrienne, prononcée par le roi Ernest- Auguste. En 1844, il fut nommé professeur à Heidclhcrg, et fonda dans cette ville, en 1847 , la Gazette allemande ( Deutsche Zeilung ) , qui se posa tout de suite comme*' l'organe du parti constitutionnel en Allemagne, et qui devait bientôt exercer une grande influence sur la direction des idées au milieu des agitations qui signalèrent les années 1848 et suivantes. Elu à co moment par les villes anséatiques leur représentant près de la diète, il prit part aux travaux du fameux comité des dix-sept chargé de préparer un projet de constitution commune pour l'Allemagne. Envoyé a l'assemblée nationale par un des districts électoraux de la Saxe, il ne brilla point comme orateur dans cette assemblée ; et bientôt même, découragé par la triste tendance que les idées et les choses avaient fini par prendre en Allemagne, il sembla renoncer alors à la politique active pour se consacrer de nouveau a ses belles études sur l'histoire, qui lui assurent un rang si éminent parmi les historiens de notre temps. On a de lui : Coup d'oeil sur l'histoire des Anglo-Saxons ( 1830 ) ; Histoire moderne de la littérature poétique allemande (3 vol., IS3&; 3* édition, 185? ), ouvrage dont il a publié un Abrégé, qui dès 1853 en était arrivé à sa 5* édition; des études sur Sliakspeare ( &" édition, 1860 ) , et une Introduction à f histoire du dix-neuvième siècle ( 1853 ) , que la police badoise fit saisir pour crime de haute trahison, qu'on serait dès lors tenté de regarder comme un violent pamphlet, plein d'allusions plus ou moins piquantes et hardies aux derniers événements dont l'Allemagne a été le théâtre, tandis que le lecteur impartial et philosophe n'y trouvera que Pexr cipes qui humaines.
GÉRYON, monstre a trois têtes ou a trois corps, fils de Chrjsaor et de Cailirhoé, descendant d'Éncelade, selon d'autres, régnait dans l'Ile d'Erythie. Propriétaire d'un roagni-
idisque le lecteur impartial et philosophe n'y trot 'exposition calme et raisonné* des grands prin doivent présider au gouvernement des société
lique
troupeau ci<
bœufs, qu'il nourrissait de chair humaine,
il avait préposé à la garde de ce trésor un géant, appelé turytion, un chien â trois têtes, nommé Orthus, frère de Cerbère et de l'hydre de Lerne; enfin, un dragon a sept têtes. Envoyé par Euryslliée, roi de Mycènes, Hercule arrive, terrasse, on trois coiqK de massue, le géant, le chien et le dragon, en vient aux mains avec son triple adversaire, qui, sur l'avis d'un pâtre, accourait a sa rencontre ; puis, malgré
l'Intervention de Junon, il dompte Géryoo, et Vétend sans Tie sur la rive du neuve Antltême. Le» bœufs sont enlevé* , et vont être conduit* dans les gras pâturages de la Grèce. Hais avant de quitter ces lieux Hercule veut y laisser un monument qui éternise sa mémoire. H coupe le mont qui unissait l'Espagne a l'Afrique et qui séparait l'Océan de la Méditerranée. Les interprètes ne sont pae d'accord sur la position du royaume île Géryon, que les uns placent aux Baléares, les autres aux environs de Cadix. Il avait pour aïeule la téle de Méduse, et pour oncle le cheval Pégase . Or, voici comment la chose était advenue, suivant Hésiode : un beau jour, Persée triomphait de la Gorgone... A peine lui eut-il coupé la tète qu'il en sortit un cheval ailé et un géant armé d'un glaive ; l'un était Pégase, l'autre Clirysaor ! Il y avait autrefois à Pavie un oracle de Géryon. Tibère le consulta en partant pour l'Illyrie. Monoclot.
GÉSÉN1US ( Fnteéaic-HRmit-GviiLAtrMR ), savant orientaliste, regardé h bon droit comme le fondateur de l'explication critique et linguistique de l'Ancien Testament, naquit en 1785, a Nordhausen, et fit sas études à Helmstssdt et a Cffitlingue. En 1809, Jean de Muller, alors ministre de l'intérieur en Westphalie, le nomma professeur de littérature ancienne nu gymnase d'Hciligenstadt. Mais des l'année suivante on l'appelait, avec le titre de professeur suppléant de théologie, à Halle, où en 1811 il fut nommé professeur titulaire. Il conserva sa place lors du rétablissement de cette université en 1814, se fit recevoir doctenr en théologie ta même année, et entreprit en 1820 un voyage scientifique à Paris et a Oxford, a l'effet surtout d'y recueillir des matériaux lexicographiques pour les langues sémitiques. Malgré les attaques nombreuses dont il a été l'objet de la part du parti luthérien orthodose, on ne peut nier qn'il n'ait rendu a la science, et comme écrivain et comme professeur, des services signalés. Ses travaux ont en effet ouvert une ère nouvelle |>our l'étude de» langues sémitiques. H moornt le 23 octobre 1842. Ses principaux ouvrages sont : Dictionnaire abrégé, hébreu et chaldéen, pour l'étude de F Ancien Testament (4* édition, 1834 ; en latin; 2* édition, 16*6 ) ; Éléments d'hébreu ( seizième édition, 1851 ); De Pentatevchi Samaritani origine, indole et auctoritate ( Halle, 1*15); Traduction dlsaïe, avec un commentaire historique et philologique ( v édition. ; Leipzig, 1828 ); Thésaurus philolog. critic. linguje hebr. et chald. Veterts Testamenti ( 3 vol. in-4°, 2" édition.; Leipzig, 1829-42 ).
GESIER. La digestion des oiseaux s'effectue d'une manière particulière. C'est dans l'estomac de ces animaux que les substances alimentaires doivent être décomposées mécaniquement et chimiquement. A cet effet , le conduit alimentaire ou l'œsophage se dilate a deux reprises citer, un très-grand nombre d'individus : d'abord, pour former une première cavité appelée jabot, ensuite une seconde, appelée ventricule succmturté ; enfin succède l'estomac proprement dit, où les aliments doivent principalement être dénaturés. Cet organe est surtout remarquable ches les oiseaux granivores, les pigeons , les poules, les dindons, etc. (Test lui qoi est connu vulgairement sous la nom de gésier. Cet estomac, situé à gauche et au-dessus du foie, d'une forme irrégulièrement arrondie, se compose de deux disques musculaires d'autant plus épais et puissants que l'oiseau est granivore, et d'autant plus mince qu'il est Carnivore. Les fibres musculaires, ainsi que la membrane interne, aboutissent à un centre tendineux, dont la texture devient même quelquefois cornée. Ce viscère, ainsi organisé, agit avec une force très-énergique : il brise et broie des corps très-dnrs, et son action n'est pas comparée uns raison à celle des dents molaires. Les oiseaux qui ont un tel gésier avalent sans inconvénient des pierres, desfragments de verre, des portions de métaux aiguès ; ces corps Unissent |»ar s'émoasser et s'arrondir. CbetTautruclie d'Afrique (struthio camelus), le ventricule uccinturié est très-large, le gésier est petit, mais très- musculaire ; aussi sa puissance est grande. Mais chez l'autruche de l'Amérique (rAed omericana), la