GÉRYON - GESSLER
est inverse ; il fallait qu'il en fut ainsi , et cette différence est encore une preuve de cette prévision de la nature qu'on
ces deux oiteanx, d'espèce semblable , n'ont pas a leur disposition les mêmes substances alimentaire*.
C'est très-probablement par un mouvementée rotation que les corps étrangers sont détruits dans le gésier. On peut le croire d'après la forme ronde des obairs qui n'ont pas été digérées dans l'estomac des oiseaux de proie, d'après la même forme des égagropiies Le gésier communique avec les intestins , et i séparé par la valvule qu'on appelle pglore ou portier chez l'homme. D'après une telle disposition, plusieurs substances passent dans le tube intestinal sans avoir été altérées. Par ce fait l'oiseau seconde la natnre; il disperse sur la terre des grains de divers végétaux propres a le nourrir: il favorise d'autant mieux leur reproduction que ces graines qui ont traversé le conduit digestif germent prompiement et très-activement. D* Charbo^is».
GESITAINS. Voyes Cacot».
GESPANSGIIAFT ou plutôt ISPAHSCHAFT, mot que les Allemands ont forgé du hongrois ispdn, comte, pour designer les divisions géographiques et administratives du royaume de Hongrie, que nous appelons, nous antres français, des tomitat s, de la basse latinité comitatus, au lien de nous servir tout simplement du mot comté.
GESSE. Ce genre de plantes, de la famille des légumineuses, renferme un assez grand nombre d'espèce* , dont plusieurs sont cultivées ou pour l'agrément dans les jardins, ou pour a nourriture des bestiaux. Il a pour caractères : Calice à cinq découpures, dont deux supérieures, plus courtes; ailes et carène moins grandes que l'étendard ; dix étendues disdelphes; style plan, élargi au sommet; gousse ohlongue, poly sperme ; tiges anguleuses, grimpantes ; feuilles alternes ; folioles peu nombreuses, nue ou deux paires opposées; pétioles terminés en vrille. Les principales espèces sont : 1° la gesse cultivée ou pois-gtsse, pois breton, lentille d'Espagne ( lathyrus sativus, Linné ) , à fleurs violettes ou blanches, à graine comprimée, qnadrangidaire, cunéiforme, alimentaire, cultivée surtout comme fourrage; 2* la gesse chiche ou jarosse ( lathyrus cicera, Linné ) , moins haute que la gesse cultivée, à fleurs rouges, à graines anguleuses, noirâtres; elle se sème seule ou mêlée à la précédente; 3" la gesse sans feuilles ( lathyrus aphaca, Linné ) , à fleurs jaunes, nuisible aux blés; 4° la gesse angulaire ( lathyrus angulatns, Linné); 5° la gesse sans vrille ( lathyrus nissolia, Linné ); 6° la gesse odorante ( lathyrus odorat us, Linné ), ou pois de senteur, pois à fleurs, cultivée dan» les jardins à cause de la beauté et de la bonne odeur de ses fleurs; 7° la gesse velue ( lathyrus hirsutus ) ; 8° la gesse tubéreuse ( lathyrus tuberosus, Linné ) ; la gesse drs prés ( lathyrus pratensis, Linné ), qui donne un lion lotirrage; 10° la gesse sauvage ( lathyrus sylvestris }; 1 1" la gesse à larges feuilles ( lathyrus lattfolius ), ou pois rirace, pois éternel, pois à bouquets, rencontrée dans les bois des montagnes, haute de I-, 60 à 2 mètres, cultivée pour la beauté de ses fleurs rouges, réunies au nombre de dix ou douze sur chaque pédoncule, fort rapprochée de In gesse <les bois. \a gesse à larges feuilles pourrait être cultivée pour ses feuilles, qui sont do goOt de tous les bestiaux, et pour ses graines, que les volailles recherchent. P. Gumear .
GESSLER (Albrot), dit GESSLER DE BRUNECK, issu d'une vieille famille allemande, fut, dit-on, nommé bailli impérial A Uri, vers l'an 1800. La tradition porte qu'ayant soule\é par ses actes de violence et de despotisme les population! de la Suisse, il fut tué d'un coup d'arquebuse, en 1307, dans un chemin creux près de Kussnacht, par Guillaume Tell. Il s'en faut de beaucoup, an reste, que ce soit là un fait bien avéré et historiquement prouvé. Que si, d'une part, il est impossible de nier qu'un nommé Ges«ler existait a cette époque, et si la tradition suivant laquelle Tell Mirait tué un bailli est généralement ad-
mis*, de l'autre, cependant, le doute est bien permis quand on toit par les Documents pour servir à l'histoire de la Confédération (Luccrne, 1835), publiés par Kopp, que dsas la tète des bailli* de Kassnacht ne figure pas un sent individu du nom de Gessler. Peut-être bien pourtant n'y i-t-il là qu'use erreur de nom.
GESSNER ( S\tonoH ), poète et artisté allemand, né a Zurich, en 1730. Son père élait libraire dans celle ville, et membre du grand conseil. La première éducation de Gessner (ut des plus défectueuses, et était si loin de faire bien augurer de ses facultés qu'en désespoir de eau»; on le confia aux soins d'un curé de campagne. Celui-ci discerna mieux, à travers cette timidité trompeuse qui donne souvent aux enfants un air sttipidc, U vive sensibilité et l'intelligence de son élève. Cet homme de sens sut stimuler l'imagination craintive de Gessner, par l'aspect des beauté* pittoresques rie la nature, et, en fixant son attention sur les heureuses imitations de Théocrite et de Virgile, il éveilla en lui !c goût de l'étude. Celle du dessin avait déjà exercé l'tnf.ince «le son disciple ; il ne cessait pas de s'essayer en modelant d'instinct des figures en cire : la lecture de /?obtnxnn les lui fit bientôt remplacer par des inventions multipliées de voyages et d'aventures analogues à celles de son héros. Les Pastorales de Brockes tournèrent ensuite son imagination vers ce genre, auquel l'appelaient ses facultés instinctives. L'amour lui inspira aussi bientôt des chansons cl des odes. Cette muse nouvelle, l'objet de ses va-ux, était la fille de son instituteur.
Envoyé par son père à Berlin { 1749 ) pour y apprendre la profession de libraire, et prompteroent rebuté de ne pouvoir qu'empaqueter et colporter ces chers livres qu'il dévorait en idée, le Jeune apprenti ne tarda guère a quitter la boutique pour se livrer à ses inclinations et fréquenter ceux qui les partageaient. Dépourvu de ressources, il imagina de t'es procurer à l'aide du dessin. Après avoir peint force paysages, il fit voir ses nombreux essais au peintre de la cour Kerapel, qui l'avait pris en amitié. L'Inexpérience évidente de l'élève-arlistc n'empêcha pas Keiupcl de discerner dans ces ébauches le germe d'un vrai talent. Salomon s'étonnait de ce que ses peintures ne séchaient pas. Kcmpel, tout en riant de la méprise de l'apprenti, qui, au lieu d'huile de lin, avait employé l'huile «l'olive {tour broyer ses couleurs, le consola en lui disant : « Que ne fera pas dans dix an» celui qui compose de pareils ouvrages, tout en ignorant le* premiers procédés mécaniques de l'art? »
Cependant, Gessner, revenu dans le sein de sa famille, riait retourné aux essais du poète. Les conseils de Bander \<d décidèrent a adopter pour ses compositions une prose poétique. Le poème de La ,\uit fut son début, qui fit peu de ««nation. Celui de Dapfinis ( I75i ) eut plus de succès. Des «leUtU pleins de grâce et d'intérêt commencèrent la renommée de l'auteur; son premier recueil d'idylles le plaça, eu 1756, au premier rang des poètes modernes dans le genre pastoral. La Mort d'Abel ( 17S8 ) mit le sceau à sa gloire. Mais, par une singularité remarquable, la célébrité du poète allemand eut plus d'éclat en France et dans les autres pays de l'Europe que dans sa patrie; ce phénomène durerait (uérnc encore si ce qu'on appelle le romantisme ne s'était pas étendu fort loin des bords du Bhin.
L'année 1762 vit paraître le premier recueil de ses œuvres, accrues de plusieurs kl y lies, du poème intitulé Le premier SariçateWj et des pastorales dramatiques, sous les litres à traite et fÉvandre. C est à celle d JÎraste que MarutontVi a emprunté le sujet de son opéra de Sylvain, si longtemps populaire, grâce à la charmante musique de Grétry. Le second recueil des idylles , qui détermina l'adoption comdn poêle suisse par la France, ne parut qu'en 1772, sa Utti e sur te Paysage.
Gessner ne s'était |>os livré avec moins de passion a son goût pour le dessin et pour la gravure qu'à son génie poétique. Il dut à ce goût une compagne aimable, qui fit le bonheur de sa vie, M"* Heidegger, tille d'un amateur, que sa
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collection de tableaux , de gravures et de dessins, avait fait Rechercher par le poète, et dont celui-ci avait obtenu l'ami lié.
Gessner, grâce à son talent de dessinateur et de graveur, aui produits de la librairie héréditaire dont il était l'un des gérants en titre, mais surtout aux soins assidus et au dévouement de son épouse, toujours attentive à le suppléer dans cette gestion , goûta avec elle les douceurs d'une honnête aisance. Il fut jusqu'à la mort, arrivée le 2 mars 17*7, à la suite d'une attaque d'apoplexie, un centre de réunion pour tous ceux que distinguaient, à Zurich, l'esprit, le goût des arts , l'amour de la raison et de la vertu. Le tableau de sa vie intérieure et de son ménage a été reproduit heureusement par M"* de Genlis, dans ses Souvenirs de Félicie.
Les Allemands, pour qui ( le croira-t-on ? ) Gessner est surtout renommé par son talent dans U gravure à l'eau-forte, reprochent à ses pastorales le défaut de couleur locale et de vérité dans les montra : ils réprouvent aussi sont style,
entaché d'idiotismes suisses.
ACBERT Dt: VlTRT.
GESTA ROMANORUM ou HISTOBI.E MOBA- L1SAT.E. Tel est le titre sous lequel les littérateurs connaissent une collection d'historiettes et de récits passablement apocryphes, empruntés pour ta plupart à l'histoire des Bomains les plus célèbres. C'est un des nombreux ouvrages qni furent composés pour offrir aux moines une lecture tout à la fois instructive et intéressante, et qu'on lisait dans les ré- 1er luiras aux heures des repas. Ces narrations sont courtes, dépourvues de toute pompe oratoire, de toute description prolixe, de tout dialogue, de toute mise en scène tragique. Elles empruntent leur charme à leur naïveté, à leur simplicité presque puérile, mais tournant parlois au mysticisme. On attribue la ri-daclion de cette compilation à un moine de l'ordre des bénédictins et du nom de Ikrcheur, né aux environs de Poitiers, dans le treuicme siècle , et mort à Paris , prieur de l'abbaye des bénédicUnsdeSaint-Éloi. Elle obtint durant plus de deux cents ans une vogue immense; les manuscrits s'en multiplièrent ; dès son début» l'imprimerie se hâta d'en répandre réimpressions sur réimpressions; des t réducteurs la tirent passer dans toutes les langues de l'Europe; les prédicateurs la citèrent arec honneur dans leurs sermons ; plusieurs conteurs italiens et Shakespeare lui-même ont placé dans leurs écrits des incidents empruntés aux Gesta. Oubliés lorsque survint l'époque de la renaissance , ces récits naïfs attirent l'attention depuis que d'infatigables érudits fouillent en tous sens les annales littéraires du moyen Age. Douce et Swan les ont fait connaître à l'Angleterre ; Graisse en a donné une traduction allemande, accompagnée d'un ample commentaire (Dresde, 1813, S vol. in-12); suivant loi, le véritable auteur ou compilateur des Gesta ne serait pas Ikrcheur, mais bien un certain Elinandus , duquel nous ne savons rien , si ce n'est que ce devait être un moine anglais on allemand, autant qu'on peut en conclure des germanismes et des anglicismes qui fourmillent dans les Gesta. A. Kcller a publié, en 1844, à Tubingue, une édition fort soignée du texte latin, et il a promis d'y joindre un volume d'introduction et de notes. En France, nul travail spécial n'a jusque ici été consacré à l'ouvrage dont Bercheur ne fut que le metteur en œuvre, et qui tel qu'il est, malgré ses longueurs et ses puérilités, mérite d'être connu du public français. Les Gesta se composent de 180 à 200 chapitres; les éditions les plus anciennes sont les moins complètes ; chaque chapitre contient une histoire, qui s'appuie toujours de l'autorité de quelque écrivain de l'antiquité ; c'est principalement le témoignagne des auteurs de second ou de troisième ordre, tels qu'Anlu-Gelle, H) gin, Macrobe , qu'invoque le narrateur; et d'ordinaire, en l'auteur qu'il cite, on ne trouve rien qui se relate au récit qu'il déroule. Le* personnages historiques se présentent maintes fnis sous un aspect tout autre que celui que nous leur connaissons; Domitien se montre sons les traits d'un prince juste et clément ; des empereurs imaginaires, tels que Golimon et Licinius, sont olferts à I notre admiration. Chaque histoire est accompagnée d'une ex-
G ESTA HOMAMORUM — GESTE
plication religieuse et morale, chargée d'interpréter les allégories du texte. S'agit il des aventures d'une ûlle de Pompée, que son père mit sou* la garde de trois dames des plus respectables , et qui devint toutefois la victime des machinations d'un chevalier, on nous explique qu' elle est l'emblème île l'Ame ; les trois dames représentent les trois vertus théologales, et dans le chevalier il est impossible de méconnaître le démon.
Parfois les G esta mettent en scène des personnages grecs, ou bien ils racontent des traits de sorcellerie , des paraboles dont l'origine remonte aux conteurs orientaux que le grand mouvement des croisades fit connaître a l'Europe.
G. Brunit.
GESTATION (de gettart, porter). Ce mot peut être pris comme synonjmc de celui de grossesse : tous deux expriment l'état d'une femme qui porte un fœtus dans son sein ; mats chacun de ces mots présente cette idée sous une image différente. Grossesse peint l'état apparent de la femme enceinte , et gestation offre l'idée d'un fardeau que cette femme est obligée de porter. Ajoutons que le mot grossesse ne s'applique qu'aux femmes, tandis que celui de gestation peut s'appliquer aux femmes tout aussi bien qu'aux femelles des animaux. L'état de gestation peut être considéré sous deux points de Tue : sa dorée et les phénomènes auxquels Q donne lieu.
La durée de la gestation varie beaucoup chez les différentes espèces d'animaux. Il en est un certain nombre chex lesquels le temps de la gestation n'est pas connu; on ne peut même le fixer d'une manière positive que pour les espèces qui vivent sous nos yeux, soit à l'état de domesticité, soit dans les ménagerie* où on les tient captifs. Il faut distinguer d'abord les animaux ovipares des animaux vivipares : riiez les premiers il n'y a pas de gestation proprement dite, puisque le produit de la conception se détache de la mère à l'état d'œuf, lequel, sauf quelques exceptions, n'écldt qu'au dehors. Il n'y a donc de vraie gestation que chez les vivipares, eux dont les femelles portent leurs petits pendant un temps plus ou moins long. La femelle de l'éléphant, du rhinocéros, du chameau, la jument, lânessc, portent onze mois; la vache, le* grandes espèces de singes, neuf mois, et les j>etites espèces sept et huit mois; pour les cerfs, les rennes, les élans, la durée de la gestation est de huit mois ; les chamois, les gazelles, les chèvres, les brebis, portent cinq mois; la laie ou femelle du sanglier et la truie, quatre mou; la lionne porte 110 jours, la louve 73 jours, la chienne 63, la chatte 56, les lièvres et les lapins 30 jours, les rats de 35 à Kl jours.
Une espèce d'animaux, les didelphes, offrent un modo de gestation particulier et très-curieux : le fœtus se détaclte de sa mère longtemps avant d'être eu état de se passer d'elle; aussi se tient-il enfermé dans une poche située sous le ventre de la femelle, poche qui renferme les mamelles. Là commence une nouvelle gestation, qui ne cesse qu'au moment ou le petit a pris les forces et l'accroissement nécessaires à sou existence individuelle.
Tout le monde sait que pour la femme le temps de la gestation est de neuf mois, ou plus exactement de 270 jours. Cette durée de la gestation , soit pour les animaux , soit pour l'espèce humaine, reste en général dans les limites fixées pour claque espèce; elle s'en écarte pourtant quelquefois, et nous ne parlons pas seulement d'une diflérence de quelques jours, mais de variations qui peuvent être d'un ou de plusieurs mois, soit en plus, soit en moins. Ainsi, pour ne parler que de notre espèce, on a vu des femmes n'accoucher qu'au bout de dix mois; et la loi reconnaît comme légitime Penfant qui naît 310 jours après la mort du mari. Toutefois, H est vrai de dire que chez les femmes surtout le terme de ia gestation est plus souvent anticipé que retardé : ainsi l'accouchement a souvent lieu après sept ou huit mois de gestation. On a cm longtemps, et c'est encore une opinion vulgaire, qu'au terme de sept mois le foetus est plus viable qu'A huit \; c'est une erreur : plus l'enfant est resté de
enfin que nous pouvons éprouver.
Part du comédien, sur l'art du
dans le sein maternel, plus il a acquis de force, et plus Q a de chances pour échapper aux dangers qui le menacent à l'entrée de la vie. Aussi est-il très-rare de voir survivre un enfant venu au jour A sept mois , tandis que l'on peut ordinairement conserver celui qui vient au monde après huit mois de gestation. Dr Isidore Bolroom.
On donnait aussi le nom de gestation ( gestatto ) A une sorte d'exercice en usage chez les Romains, et qui consistait A se (aire bercer dans un lit, porter en chaise ou en litière, traîner rapidement-dans un bateau, un chariot, afin de donner au corps un mouvement et des secousses salutaires. Asclépiade avait mis en vogue la friction et la gestation. Celse prétend que la gestation est fort utile A la santé. Elle avait surtout pour but de faire recouvrer les forces.
GESTE, mouvement extérieur du corps, servant à exprimer nos sentiments, nos désirs , les sensations diverses enfin que i Quelques traités danseur, indiquent bien certaines attitudes académiques; mais ces préceptes n'ont fait que consacrer une tenue, une manière, tandis que le geste proprement dit, expression de la nature seule, doit être compris non-seulement des initiés, mais même de celte immense classe d'ignorants qui ne jugent que par leurs impressions. Il est évident que le langage des gestes a do être d'autant plus en usage que le langage parlé était plus imparfait. Le geste a été certainement perfectionné, même avant la parole; mai» pour remplacer ce dernier don, que le Créateur a réservé o l'homme seul, il fallait que le geste eût atteint une grande vérité d'expression, et c'est A reproduire cette vérité que s'attachera d'abord le véritable acteur pantomime, le véritable danseur mimique. A cette première condition se joindra celle de la grâce et de la beauté. « Les règles du geste, dit Quintilien, sont nées dans les temps Itéroiques ; elles ont été approuvées des plus grands hommes de la Grèce, de Soc rate lui-même. Platon les a mises au rang des qualités, des vertus utiles, et Chrysippe ne les a pas oubliées dans son livre De F Éducation des Enfants. » La grâce, la naïveté, la noblesse, sont des avantages de tous les temps ; et si les qualités du corps peuvent se corrompre ou s'aliéner, s'il est un temps où le geste peut être sans dignité et sans vérité, c'est lorsque les mœurs s'altèrent, que les nations abandonnent leur simplicité primitive, lorsqu'une manière, une pose de convention, remplace le maintien naturel qui résulte d'une heureuse conformation. Les mouumenU plastiques, les peintures étrusques qui nous sont restés, prouvent à quel point l'art du geste était apprécié dès la plus haute antiquité. La puissance seule du geste y reproduit toute l'intention que l'artiste a voulu donnera ses personnages. Nous savons qu'Arislote avait terminé sa Poétique par différent* livres qui traitaient de la mi mi que: ces livres sont perdus, mais lui-même nous apprend que Glaucon avait déjà traité cette matière.
Ia geste n'est qu'un moyen d'indiquer l'expression : ce n'est point un but. Il ne 6nlïit donc pas de plaire seulement à l'œil par une pose plus ou moins gracieuse, plus ou moin* étudiée, il faut encore qu'elle parle A la pensée. Aussi voyons-nous que les statuaires grecs , ayant remarqué que le mouvement général d'une figure entière frappe les yeux avec plus de puissance que la tête seule, se sont attachés A rendre l'attitude expressive bien plus qu'A faire grimacer les visages; c'est encore pour cette raison qu'ils ont préféré le nu A l'ampleur des vêtements cachant une partie des signes caractéristiques qui doivent concourir A l'unité de l'expression. De ce principe II faut conclure que le geste est ce qui frap|« au premier abord. La nécessité de gesticuler avec justesse est donc la première étude A laquelle l'acteur doit se livrer, et c'est peut-être celle A laquelle il pense le moin*. Pour donner une idée de la perfection inouïe A laquelle les Grecs avaient porté l'art du geste, ajoutons qu'ils possédaient une musique nommée hypocritique, c'est-à-dire qui imite, laquelle était notée, et les auteurs tragiques indi-