GINGEMBRE
le diascordium, etc. En Angleterre, où on en consomme beaucoup plus qu'en France, on Pa préconisé à haute dose dans du lait, comme on spécifique contre la goutt e.
On trouve dans te commerce on gingembre beaucoup plus blanc que le gingembre ordinaire; il provient du m(Hn# végétal ; mais, grâce à des soins de culture et de récolte particuliers, il a acquis des propriétés qui le font préférer au gingembre ordinaire. Ce gingembre a été importé de la Jamaïque par les Anglais. Il a reçu le nom de gingembre blanc, par opposition au précédent, que Ton désigne sons le nom de gingembre noir. BELFiELO-Ltpfcvne.
GINGKO, genre de la tribu des taxinées, famille des conifères, établi par Kaeropfer , pour un grand arbre originaire du Japon ou de la Chine, et ainsi caractérisé : Fleurs dioïques; les mâles disposées en chatons spiciformes a pédoncules nus ; les lenielles solitaires , ou réunies de deux à quatre k l'extrémité d'un pédoncule ; fruit pulpeux, entouré à sa base par une sorte de capsule. La seule espèce connue (gingko btloba, Linné ) acquiert dans sa patrie des dimensions gigantesques. Naturalisé depuis longtemps en Euro|)e, le gingko croit avec vigueur sous notre climat ; seulement il faut le protéger contre le froid pendant sa jeunesse. On Pappela, lors de son introduction en France, vers le milieu du dix-huitième siècle, l'arbre aux quarante éeus, k cause de son prix élevé. On l'avait aussi nommé noyer du Japon, à cause de la forme de son fruit ; mais l'amande de ce fruit, que Ton peut manger crue ou cuite, rappelle plutôt le goût de la châtaigne que celui de la noix. Le fruit du gingko est assez agréable pour que l'on clierche à répandre la culture de cet arbre dans le midi de la France, où il vient trèsbien; son bois blanc, comme satiné, pou rai t être employé avec avantage par les ébénistes et les tourneurs.
GIXCiLYME ( du grec vvfrXvuoc, charnière, articulation). Voyez DlAHTBROSE.
GINGUENÉ ( Piemir-Lous ), littérateur, né k Rennes, en 1748, mort le 16 novembre 1816, a l'âgé de soixantehuit ans. Sa probité comme particulier, et comme homme politique sa constance dans ses opinions, toutes inspirées par un amour sincère et éclairé du bien public, son désintéressement, ne Je recommandent pas moins que ses talents à l'estime de tons ceux qui aiment à reconnaîtra un honnête homme dans un bon écrivain. Ginguené fit ses études au collège de sa ville natale ; il y était condisciple de Parny au moment où les jésuites en Inrent expulsés. De bonne heure , il se fit connaître par un essai poétique dans un genre frivole, mais très-joli. Le succès de la Confession de Zulmé (ut populaire, et ne pouvait manquer de l'être à l'époque où cette petite pièce parut. L'élégie sur la mort du duc Léopold de Brunswick, ce héros de l'humanité, qui périt dans les flots de l'Oder en voulant sauver des infortunés près de s'y noyer ( 1786 ), un Éloge de Louis XII (1788), des Lettres sur les Confessions de J.-J. Rousseau (1791), révélèrent dans l'auteur de Zulmé un talent d'une plus haute portée. Sa brochure spirituelle: De l'autorité de Rabelais dans la révolution présente, signala bientôt en lui le patriote consciencieux et éclairé. Les travaux modestes et utiles l'attirant de préférence, il se livra avec zèle à la rédaction de la Feuille villageoise, recueil intéressant, destiné à (aire apprécier par les habitants des campagnes les avantages de la garnie réforme qui s'opérait alors, et à les prémunir contre les suggestions de toutes les factions. Des écrivains célèbres, tels que Chamfort, M"« de G enlis et Condorcet, ne dédaignaient pas de concourir, avec leur compatriote breton , à cette o?uvre respectable , dont M°»« Roland n'eût pas dû méconnaître le but et les heureux effets. Mais les partis ne pardonnent guère la modération, et Ginguené fit la triste épreuve de leur colère. Sans le a thermidor, il eût probablement péri sous la hache révolutionnaire, comme Boucher et André Chénier, avec qui il avait été incarcéré.
Échappé à la prison , et appelé successivement à diverses fonctions publiques, il persévéra avec une fermeté coura-
— GIOBEBTI
geuse dans la ligne que sa raison et sa conscience lui avaient tracée. Comme directeur de l'instruction publique, et membre de l'Institut, comme ambassadeur en Sardaigne, et enfin comme membre du tribunal, après le 18 brumaire, il ne cessa jamais de se montrer à la fois patriote zélé et fonctionnaire fidèle à une sage politique. Compris, en 1802, pour sa vigoureuse opposition k l'institution de tribunaux spéciaux, dans l'élimination qui débarrassait le pouvoir des tribuns indépendants , il reprit avec ardeur et ne discontinua plus ses travaux littéraires. Depuis la fondation de la Décade philosophique, transformée d'abord en Revue philosophique, etc., puis finalement réunie au Mercure de France, il fut l'un des principaux collaborateurs de ce recueil. Un grand nombre de bons articles y attestèrent son goût et son éminente capacité comme littérateur et comme critique. Mais le grand titre de Ginguené à une estime et a une renommée durables, c'est son Histoire littéraire de r Italie, monument digne d'éloges, et qu'il n'eut maltieureusement pas le temps d'achever. Ce livre est le premier qui nous ait fait connaître amplement les richesses de la littérature italienne. Les grands écrivains et surtout les poètes célèbres de l'Italie ont trouvé dans Ginguené un historien familiarisé avec leur langue et leurs ouvrages , un critique impartial, et souvent un habile et éloquent interprète. Pétrarque et le Tasse principalement ne nom avaient pas encore été dépeints avec un intérêt aussi vif, et en traits aussi fidèles. Un grand nombre d'écrivains italiens ont aussi été appréciés avec autant d'exactitude que de talent par Ginguené dans la Biographie universelle de M. Miehaud. On lui doit encore divers écrits en prose et en vers, qui font honneur â l'esprit et k Habileté de l'auteur. Mous citerons : 1° ses Fables nouvelles (1811); 2° ses Fables inédites (1812, in- 18); k ce dernier recueil sont joints son poème à' Adonis, avec les Noces de Thétis et de Pétée, cette belle eeuvre de Catulle, traduite en vers, etc.; 3" une Notice très-intéressanle sur la vie et les ouvrages de Piccini ; 4* enfin, une autre Notice sur la vie de Lebrun ( Écoucbard ), dont il publia les Œuvres en
1811. AUBEHT DR Vmv.
GINNES ou GINWS. Voyes Djinns.
G1NSENG ou SCH1N-SËNG, racine d'un arbuste ( panax schiii'Seng ) de la famille des araliacées, qui vient naturellement au centre et k l'est de l'Asie, et parait varier d'essence suivant les lieux où il croit. En Chine, le ginseng est un remède souverain contre toutes les maladies imaginables, surtout contre l'épuisement corporel et intellectuel ; par suite, il y est d'un prix fort élevé. En Europe aussi on l'a longtemps vendu au poids de l'or, puis il a fini par tomber dans un oubli profond. Une autre espèce de ginseng, originaire de l'Amérique septentrionale (panax guinquefolium ), fournit une racine bien moins volumineuse , mais dont on trouve encore le placement avantageux en Cldne, et qui k l'ouest des États-Unis est un des remèdes dont la pharmacie domestique fait grand usage.
GIOÙERTI (VincHoo), considéré par ses compatriotes comme le plus grand penseur que l'Italie ait produit au dix -neuvième siècle, naquit le & avril 1801, k Turin. La pauvreté de sa famille le détermina de bonne heure k embrasser la carrière ecclésiastique ; et il s'y voua avec un enthou siasme ardent et convaincu. Après avoir terminé ses cours k l'Athénée de Turin et obtenu le titre de docteur en théologie, il passa plusieurs années dans sa ville natale au sein d'une calme retraite, tout entier à l'étude des anciens, de l'histoire et de la philosophie religieuse. H se trouvait alors si heureux, qu'il ne souhaitait que de pouvoir passer ainsi le restant de ses jours. Mais ce tut précisément sa réputation de savant, d'ami dévoué et éclairé de l'Eglise, qui t'arracha k cette existence douce et tranquille , si bien appropriée à ses goûts. A l'avènement de Charles- Albert au trône, chaudement recommandé par ses supérieurs au jeune roi , celui-ci te nomma chapelain de sa cour, fonctions .qu'il remplit jusqu'en 1833. A ce moment Gioberti sé vit tout 4
GIOBKRTl
coup enlevé du logement qu'il occupait dans le palais du monarque, puU jeté dans un étroite prison. Des courtisans jaloux étaient parvenus à le faire regarder comme complice de l'agitation politique qui te roani lestait alors sur divers pointe de l'Italie; et après quatre mois d'emprisonnement, Gioberti dut s'estimer heureux d'échapper à des poursuite» criminelles et d'en être quitte ponr l'exil. Jusqu'à la fin de 1*34, il séjourna à Paris : mais alors une bien moleste place de professeur dans une institution particulière lui ayant été offerte a Bruxelles, il passa en Belgique, où pendant onze années, c'est-à-dire jusqu'à l'automne de ts4&, il enseigna h des enfants les simples éléments de l'histoire, de la morale et la religion. L'exil ne changea rien a sa vie calme et studieuse ; et c'est dans cette retraite de Bruxelles que Gioberti publia ses principaux ouvrages. Pour mettre nos lecteurs a même de les bien apprécier, nous croyons devoir rappeler ici le jugement qu'en a porté l'un de nos collaborateur», M. le Dr Cerise, dans un éloge funèbre de l'illustre publiciste :
« Restaurer pour l'Italie, en les renouvelant, la philosophie catholique des Pères et la politique guelfe des papes, telle est la haute pensée qui s'y fait jour. Philosophe, il entreprend devant le siècle de défendre la foi au nom de la raison. Publiciste, il entreprend devant son pays de défendre l'Église romaine au nom de la liberté italienne. Dins cette double entreprise , à travers des périls d'un terrain bien glissant, il aborde les choses spirituelles et temporelles d« la religion avec l'intention sincère de faire triompher la foi et la nation. D'abord il combat les doctrines extrêmes de MM. de Bonald et de Maistre, applaudies , comme cela devait être , au delà des Monts ; et , après avoir assuré à la raison ses droits légitimes en matière de foi, il n'hésite pas à discuter l'usage, l'abus et l'insuffisance de la science humaine contre les doctrines cartésiennes, contre le sensisme (Ce mot a été substitué avec raison par les Italiens au mot sensualisme, pour désigner la théorie de Condillac) et le psycbologisme français, contre le panthéisme et le rationalisme allemands. Sa discussion atteint même les systèmes émanés d'une pensée qu'il sait sincèrement catholique, lorsqu'il croit y apercevoir des tendances dangereuses à l'orthodoxie. Abordant ensuite le domaine temporel ou politique des choses de L'Église, il rappelle à la papauté ses droite méconnus, ses devoirs empêchés, sa liberté enchaînée; il lui montre quelle salutaire influence l'Église de Rome doit exercer sur le* destinée de l'Italie an sein de laquelle Dieu l'a placée; il loi (ait voir combien la politique traditionnelle des Césars, en conférant cette influence à son profit, met en continuel péril l'indépendance , le repos et l'union des princes et des peuple* de la Péninsule. Grégoire XVI , informé de ces hardiesses du prêtre exilé et des soupçons d'Itérée qu'on faisait planer sur elles, voulut les Juger lui-même après un lovai et consciencieux examen. Son jugement fut un éloge, et le suffrage flatteur donné parce pontife, moine peu rompu aux choses du monde , mais théologien d'un grand savoir, s'il n'apaisa point la bainc des critiques , put au moins apaiser l'anxiété de l'écrivain.»
Ses premiers écrits : Teorica del sovranaturale ( 1836) ; Jnlroduzione allo studio delta Filosofta { I8S9) ; une réfutation en langue française des erreurs politiques et re igieases de l'abbé de La Mcnnais (Paris, 1840); un discours sur le Beau ( De Bello, ls4l ) et les tirrori filosoficl di Antonio Rosmini (1842) passèrent à peu près inaperçus de la grande masse du public lettré italien , mais ne laissèrent pourtant pas que d'être dignement apprécies par les savants de ce pays. Le premier ouvrage de lui qui repandit réellement son nom dans toutes les parties de l'Italie, fut son // Primato civile « morale degli Italiani ( Paris . istt). L'apparition de ce livre fut on véritable événement ; il eu est peu, dans aucune langue, qui aient exercé une si profonde influence sur leur époque et laissé après eux un si long retentissement ; et il est peu d'écrivains qui aient excité dans leur nation un enthousiasme aussi vif el aussi générai que Gioberti. Voici le programme qu'il développe dam
DICT. DE LA C0NYEH3. — t. ».
; son // Primato : « Il faut à l'Italie une confédération d'États ( l'union au lieu de l'unité ) ; à ces États , des réformes ; à cette confédération, un chef religieux, le pape ; un chel militaire, le gardien des Alpes, le roi de Sardaigne ; une capitale : Rome ; une citadelle, Turin ; et avant tout il faut aux princes italiens le sentiment de la nationalité et aux provinces possédées par l'étranger, les forces réunies à l'exemple , de la patience et dn temps 1 » On voit que les exigences do Gioberti en fait de liberté et de progrès se réduisaient an fond à bien peu de chose; il se bornait à demander des gouvernements monarchiques éclairés , appuyés sur des corporations consultatives, et un exercice modéré de te liberté de la presse. Quelque chimérique que dût sembler cette idée de résurrection de l'Italie par La puissance du pape , quelque insuffisant qu'un tel programme dût paraître aux patriotes italiens professant des principes plus avancés, il n'en devint pas moins en peu de temps la formule définitivement arrêtée par le parti modéré comme l'expression de ses vœux en matière de réformes politiques; et d'illustres et fermes intelligences , comme les Manzoni , les deux (TAzegho, les Balbo, les Ridolfi , les Pepe et tant d'autres encore, s'y rallièrent avec la plus patriotique abnégation.
Quand Pie IX , l'un des hommes sur qui l'ouvrage de Gioberti avait produit l'impression la plus vive , monta sur le trône pontifical , et par ses tendances libérales , par son empressement à donner satisfaction aux vœux d'un peuple généreux, sembla vouloir réaliser les rêves du philoso|tfie piéinontais, le nom de Giobe.ti devint pour la nation italienne tout entière l'objet d'une vénération aussi profonde que celle qui s'attache aux noms des prophètes inspirés par la Providence. Il fit bientôt suivre son // Privutto de ses Prolegomcna (1845), ouvrage dans lequel il expose les plaies et les souffrances de I Église catholique. Les jésuites n'avaient pas été des derniers à célébrer le mérite et les services de Gioberti ; ils avaient en effet compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer en faveur de leurs doctrines ultratnontaines des idées émises par l'écrivain sur le rôle réservé à la papauté dans nos sociétés modernes. Mais à son tour Gioberti vit bien vite ce qu'il y avait de compromettant pour sa cause dans l'accession de tels alliés. Il savait bien qu'ils étaient les ennemis naturels de l'idée an triomphe de laquelle il avait voué toutes les forces de sou intelligence. Il se héla donc de les désavouer ; et son célèbre ouvrage II Gestttta moderno, dont 8 volumes parurent-en 1S47, lui fournit l'occasion de porter au célèbre institut d'Ignace de Loyola de ces coups et de ces blessures profondes au défaut de la cuirasse, dont il avait perdu l'habitude depuis les Provinciales de notre Pascal. C'est assex dire que dès lors les jésuites et tous leurs suppôts figurèrent an premier rang parmi les plus implacables et les plus perfides adversaires de Gioberti.
La révolution de Février surprit Gioberti à Paris, où il s'était rendu de Bruxelles au commencement de l'année 1840 pour assister de plus près au renouvellement de l'Italie qui commençait alois. On n'a pas oublié sans doute le remarquable spectacle qu'offrait la Péninsule à ce moment. Jamais le cabinet autrichien n'avait été plus inquiet pour ses possessions d'au-delà des Monts. Les rapports de sa police lui signalaient l'influence des idées de Gioberti comme gagnant de plus en plus dans les masses , et cette influence comme une de ces puissances qui font a la longue triompher les plus faibles en les fortifiant par l'union et la concorde. Le progrès de ces idées avait été si rapide, qu'avant même que la révolution de Février eôt éclaté à Paris, (tapies, Florence, Turin avaient déjà leur constitution ; Rome avait déjà sa consulte d'État et ne devait pas tarder à avoir sa constitution aussi , tendis que Milan et Venise voyaient , sous la main adoucie de l'Autriche, grandir l'importance de leurs assemblées provinciales. Le coup de foudre qui surprit la France au 2i février eut immédiatement son contre-coup au-delà du Rhin, comme par delà les Monts. Les journées de Vienne et de Milan provoquèrent des espérances