GIOBERTI
immense*, mais aussi des tentatives extrêmes. Le 1h avril Giolterti quitta Paris pour se rendre à Turin, où ston retour tprès quinte année* d'absence , fut salué avec des transports de joie et d'enthousiasme par toutes les classes de la population, par l'aristocratie, par la bourgeoisie, par la portion libérale et éclairée du clergé, par le peuple, et où il donna lieu aussi à des discours sans tin et passablement oiseux. La ville fut illuminée pendant plusieurs nuits de suite. Charles-Albert le nomma sénateur du royaume, dignité qu'il pria le roi de lui retirer. Gènes et Turin se le disputèrent pour leur représentant dans le parlement. Alors Gioberti s'abandonna, erreur bien naturelle et bien excusable, à toutes les illusions, du moment et se jeta corps et âme dans le mouvement. A chaque instant on voyait le grave écrivain apparaître dans les clubs, tous constamment en proie à la plus violente surexcitation, ou bien au milieu des groupes stationnant sur les places publiques; ici et là il prêchait toujours sur le même thème : l'indépendance de la grande patrie italienne et la nécessité de l'union ; partout et toujours, il s'enivrait des bruyantes démonstrations de la faveur populaire. Il partit ensuite pour Milan, pour le quartier général de Charles-Albert, pour Parme, pour Gènes, pour Livoorne, accueilli partout avec le même enthousiasme que dans sa ville natale. On dételait ses chevaux, on jetait des fleurs sur son passage , on le portait en triomphe. Gioberti n'eût pas été homme s'il avait résisté a tant d'entraînements. Pour la première fois de sa vie, l'ambition politique sembla alors le guider dans ses déterminations. Dans la cl timbre, il se posa bientôt en chef de l'opposition. La chambre des députés le nomma par acclamation son président. Au mois de juillet, il fit partie du ministère Collegno, qui après la délaite de l'armée piémontaiae se retira. C'était le 16 août. Le ministère Pinelli-Revel lui succéda. Plein de défiances injustes à l'égard de ce nouveau cabinet, coiqtabie à ses yeux de tendances plus piémontaises qu'italiennes, Gioberti se joignit à ses adversaires du parti démocratique extrême, et ne contribua pas pen à le renverser. En cela , il faut le dire, il commit plus qu'une tante ; c'est à cette Immorale coalition qu'on peut à bon droit attribuer la perte de la cause de l'indé(M-nd;ince italienne. Le 16 décembre, le roi appela Gioberti à la présidence d'un cabinet décidément démocratique; mais de profondes divergences d'opinion survenues entre lui et ses collègues, qui rerasèrent de s'associer au plan qu'il avait conçu pour rétablir par la voie de la diplomatie et au besoin par l'intervention d'une armée piéutontaise, l'autorité du pape à Rome et celle du grand-duc de Toscane à Florence, turent cause qu'il ne garda le pouvoir que pendant quelques semaines. Au commencement de 1*4», le nouveau ministère Pinehï envoya Gioberti a Paris, pour y solliciter l'appui de la France dans La lutte nouvelle qui allait s'engager entre le Piémont et l'Autriche. Toutefois, on crut alors généralement que la mission confiée par le cabinet à Gioberti n'avait été qu'un prétexte pour se débarrasser de la présence à Turin d'un adversaire géuant. Résolu de ne plus quitter Paris, il y rentra avec bien des illusions de moins, et ai non découragé, du moins ne voulant plus vivre que dans la société chérie de ses livret et de ses amis; cette fois il ne devait plus les quitter que pour un monde meilleur. Le mandat de député vint pourtant encore l'y trouver en- juillet 1849; mais il le refusa. En 1851, il fit paraître en deux gros volumes son II Rknnovamente civil* rtegl' ltaltani, ouvrage qui n'a pas été moins lu au delà des Monts que ses diverses production.} précédentes, et dans lequel on retrouve l'expression touchante de ses regrets amers de s'être laissé un inst.mt égarer, comme tant d'autres cours honnêtes, par les sophismes d'un parti dont l'orgueil sacrifierait au besoin la patrie elle-même au désir de voir triompher ses absurdes utopies.
C'est à Paris, au milieu de ses travaux philosophiques et littéraires, repris avec plus d'ardeur que jamais dans l'espoir d'y trouver l'oubli et la consolation de ses douleurs morales, et occupé d'un Traité du souverain Pontife, d'un