‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 265 sur 614 · GIRARD1IN · texte numérisé non relu

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sèment de faire annuler son élection, sous prétexte qu'elle avait eu lieu par erreur de personne, le nom sorti de l'urne n'étant pas le sien, et aussi sans qu'il eût encore l'âge voulu par la constitution (trente ans ). Ces objections ne manquaient pas de portée ; mais le nouvel élu , au moyen d'un acte de notoriété par lequel il fit compkusamment rectifier un acte de naissance contenant des énonciations évidemment fausses, trouva moyen de les réduire à néant ; et, l'influence do château aidant, il fut à la fin admis, envers et contre tous, au Palais- Bourbon. Il n'avait jamais compté sur des succès de tribune , car mieux que personne il savait sous ce rapport se rendre justice; mais do moins il n'y eut pas là d'échec proprement dit , puisque personne n'attendait un orateur, et sa déconvenue passa inaperçue. La suite de ses affaires industrielles fut pour lui une source de déboires autrement réels. Une subvention de 150,000 fr. promise par le ministère à son Panthéon littéraire n'en put empêcher la ruine complète ; et l'affaire des Mines de Saint-Bèrain , qui se termina par une condamnation à cinq ans de prison contre le gérant , un sieur Cléeinann, à qui dans le cours des dci>ats il avait plusieurs fols donné avec une imprudente affectation la qualification d'ami, lui avait valu de la part du président une sévèroadmonestalion. Il expiait donc bien cruellement à ce moment les entraînements et les illusions d'une position qui, si elle lui avait déjà donné des flatteurs et des parasites, lui avait en revanche fait force envieux. Nous ne craignons pas de le dire, vingt autres à sa place eussent alors été irrémissiblement perdus , coulés. Et pourtant lui quelques mois plus tard il était devenu aussi puissant, aussi redoutable que pas un de ses adversaires! C'est que, voyez-vous, il avait maintenant un journal à lui; non plus un journal pour rire, comme celui des Connaissances utiles , ou bien encore comme le Musée des Familles, mais un vrai journal, un ourual quotidien et politique, La Presse, dont le premier numéro, si nous avons bonne mémoire, parut le t& juillet 18J6, juste quinte jours après Le Siècle. Le prix d'abonnement des deux nouveaux journaux était le même : 40 francs par an ; tandis que celui des anciens journaux était de 80 francs. L'indication de ces deux chiffres i de tout commentaire.

Dans La Presse, M. E. Girardin continua à tenir haut et ferme le drapeau du parti conservateur, et devint aussitôt l'objet des attaques les pins passionnées de la part de toutes les nuances de l'opposition; attaques auxquelles applaudissaient bassement eu secret les vieux organes de son propre parti. 11 y avait là en effet une question de boutique, dont on n'avait garde de dire un mol, et qui cependant dominait en réalité toutes ces discussions si irritantes, toutes ces personnalités si injurieuses. C'était bien moins le conservateur ( médiocremeut convaincu ) qu'on poursuivait en lui, que l'homme qu'où accusait de venir causer une profonde perturbation dans l'organisation de la presse en général. L'initiative de cette réforme économique ne lui appartenait pourtant pas plus qu'au fondateur du Siècle , puisqu'elle avait été tentée par d'autres dès la fin de 1831 ; mais on se plaisait à faire de lui le boue émissaire d'une innovation appuyée cette fois sur les capitaux nécessaires, et dont la conséquence infaillible devait être un déplacement complet de l'axe des influences dans le monde de la politique. Jusqu'alors l'exploitation de l'opinion publique avait constitué le plus fructueux des monopoles au profit de quelques privilégiés, qui persistaient à ne voir que des usurpateurs, des inti-us, dans les journalistes du Rabais. Ces haines, ces rancunes industrielles, dissimulées sous un vernis de politique, expliquent le duel que M . Emile Girardin eut à soutenir, quelques jours après l'apparition du premier numéro de sa Preste, contre Armand Carrel, le dictateur du National. On sait l'issue fatale qu'eut cette rencontre. SI M. Emile Girardin eut le malheur de tuer son adversaire, lui-même reçut une blessure des plus graves et qui pendant longtemps fit craindre |iour sa vie. Au lieu do s'apaiser en présence d'urc

devant le lit d'un moribond, 1rs

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liassions sordides qui étaient au fond «le ce débat se déchaînèrent avec encore plus de violence contre celui des deux adversaires qui avait survécu. Témoins impartiaux et désintéressés, nous ne pûmes alors refuser nos sympathies à l'homme que nous voyions tenir seul tète à tant d'ennemis.

La nécessité où se trouva dès lors M. Éinilo Girardin de défendre chaque matin sa réputation cl son honneur eut un résultat que ses adversaires n'avaient guère prévu. Il n'était entre dau.s la presse militante qu'à titre d'industriel et de faiseur; on fit de lui, malgré qu'il en eût, un écrivain Aussi quand M. Mo lé, arrivé A la direction des affaires, eut à lutter conlre les embarras de tous genres que suscita a' son administration la plus immorale et la plus révolutionnaire des c o a I i t i o n s , trou va-t-il dans le rédacteur en chef de La Presse un avocat non moins disert, non moins perfide, que pas un de ceux qui étaient aux gages de ses adversaires A l'article que nous consacrerons A La Presse, nous aurons a apprécier la raclure et les tendances générales de cette feuille. Nous nous bornerons ici à constater son succès. Klle était arrivée à compter déjà de 14 à 15,000 abonnés quand, par une de ces ratalilés dont on trouve tantd'exem' pies dans la carrière industrielle de son fon.laleur, ce puissant Iévier faillit échapper des mains de M. Emile Girardin. Le journal avait été fonde au capital de 800,000 fr. Une clause de l'acte de société stipulait imprudemment, mais expressément, l'obligation pour les gérants de liquider l'entreprise dès que les trois quarts du fonds social seraient absorbes. On n'avait pas pu arriver sans de grands sacrifices au magnifique résultat obtenu en moins de deux année*; mais le plus vulgaire bon sens indiquait qu'en présence d'une situation évidemment si prospère, il n'y avait pas lieu d'appliquer une clause insérée dans le pacte social en pi cVisiuit d une ruine et pour l'empêcher d'être complète. Cependant alors, a la grande surprise de tous les intéressés, un actionnaire nouveau, Dujarrier, insista sur l'exécution littérale del aclc constitutif. La dissolution de la société fut donc prononce, et le journal, qui composait tout l'actif social, mis en vente, fut adjugé moyennant douze cents et quelgues francs A Dujarrier lui-même. La responsabilité de cette désastreuse liquidation pesa tout de suite sur le rédacteur en chef, que ses ennemis accusèrent, avec une certaine apparence de raison, de s être couiplaisammeut prêté à une comédie dont le résultat devait être de lui donner à peu près pour rien une fr-'j.. .clé qui avait coûté 600,000 fr. à ses confiauts actionnaires, et qui en réalité valait au moins ce qu'elle avait coûté. Ce qu'il y a d'avéré dans tout cela, c'est que le désastre de la première société de Lu Presse, loiu de rien changer a la position politique qu'avait su se faire M. Emile Girardin, ne lit que la consolider ; et quelques années après le nombre des abonnés de son journal avait doublé, en même temps que l'annonce était enfin arrivée A donner les magnifiques produits sur l'évaluation desquels on avait A l'orkme basé le succès financier de l'entreprise.

La Presse était devenue, ce qu'elle est encore aujourd'hui, une véritable puissance. Son fondateur avait fait preuve de trop d habileté pour ne pas avoir ledroit d'être enfin compté pour quelque chose dans les hautes régions de la polilique 11 M bornait alors à convoiter la direction générale des postes ; mais il rencontra ici des répugnances encore plus viv m que celles dont il avait autrefois été l'objet a la chambre élective^ On consentait bien à faire de lui un instrument, on ne demandait même pas mieux que de le salarier lacement, mais on refusait obslinément de lui un concours plus direct. Risum teneatis! Les vertueux collègues de cet lion nête M. Teste trouvaient le député de Dourgaueuf pa^ trop compromellant! C'est ce qui explique comment le publu iste qui jusque alors avait défendu avec tant de vigueur les principes du parti conservateur finit par se trouver rejeté dans l'opposition , non pas dans cette vulgaire opposition qui posait pour les niais et les badauds sur les bancs mala .Un< È»mm — d'autant

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