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ac I extrême gauche, mais dans une opposition Pins redoutable qu'elle était conservatrice et mom
t qui pendant longtemps se composa de M. Emile Girardin tout seul. Insensiblement, pourtant , on U vit se grossir - et le moment vint où elle fut le cauchemar de M. G ni sol On jugea dans le camp ministériel que s'il était impossible do réduire au silence le rancuneux journaliste, qui prenait la liberté grande de ne pas faire invariablement chorus avec les satts/atts, avec les admirateurs, généralement tort peu désintéressés, des hommes alors au pouvoir, il n'en était que plus urgent d'annihiler a tout prix une feuille où chaque matin plus de trois cent mille lecteurs étaient sûrs de trouver la critique la plus Apre et souvent la plus Juste des actes d une administration dont l'impopularité allait toujours croissanté. Puisquon s'apercevait enfin que l'exploilalion de l opinion pubuque, telle qu'on l'avait laissée s'organiser sous I empire de la plus illibérale , de la plus confuse et de la plus absurde des législations; que le journalisme, arrivé A constituer dans l'État un quatrième pouvoir, dominant complètement les trois autres, rendait tout gouvernement si non impossible, du moins d'une difficulté extrême, de véritables hommes politiques eussent compris que l'abolition du monopole et du privilège était le meilleur moyen à employer pour taire rentrer cette envahissante industrie dans les limites et l'esprit de la constitution du pays, constitution toute de liberté et d'égalité. Au lieu de cela, on n'imagina rien de mieux que de susciter a La Presse une formidable concurrence par la création d'un nouveau journal conservateur au capital de deux millions, et d'un format presque double : L'hpoç lie, avouée tout aussitôt par le ministère pour organe semi-officiel. Rien n'y fit. L'Epoque dévora ses deux millions (H y avait IA en efTetdc gros mangeurs : le ban et I arrière-ban des écrivains de police ! ), puis disparut un beau jour sans avoir pu seulement ébranler le journal de M. Emile Girardiu. Tout au contraire, celui-ci sortit de cette redoutable lutte singulièrement grandi dans l'esprit même de ses adversaires, et plus influent que jamais. Dans les derniers mois de Itvi', les amis du ministère essayèrent pourtant encore de le demoUr A laide du Conservateur; mais le temps leur manqua.
M. Emile Girardin ne cessait de répéter que M. Guisot conla monarchie de Juillet à sa ruine, et les satisfaits ont d'ajouter foi aux lamentables prédictions de cette autre Cassandre. Dans la discussion de la fameuse adresse «le 1848, où pendant un grand mois on batailla A la chambre sur l'expression de panions aveugles et ennemies ( quatre mots qui renfermaient une révolution! ), saisi d'un profond dégoût A l'aspect de tout ce partage si inutile, si imprudemment irritant, il donna avec éclat sa démission de député
A quelques jours de là, le trône de Louis-Philippe était renversé et la république proclamée. Peu de minutes encore avant l'instant fatal, M. Emile Cirer, lin, qui depuis longtemps avait ses entrées privées aux Tuileries, avait essaye de dessiller les yeux du vieux roi. Il était trop tard maintenant pour qu'on pût espérer de lui conserver sa couronne; et il fallait s'estimer trop heureux si on parvenait encore A sauver celle de son petit-fils. Le rédacteur en cliel de La Presse reçut l'acte d'abdication de l'élu des Ml, et courut le porter A la chambre. On sait le reste.
La révolution du 24 Février mettait le pouvoir précisément aux mains des hommes que M. Emile Girardin était habitué de longue main A trouver parmi ses plus implacables ennemis. Nous ne serons que justes en proclamant ici avec la Irance entière que, loin alors d'avoir peur, ou seulement de paraître intimidé en présence d'une situation qui avait tant de périls pour lui-même, il fut admirable de courage, de patriotique énergie. Un article intitulé Confiance ! par lequel, en portant A la connaissance de ses lecteurs les faits dont les journées des 23 et 24 révrier avaient été témoins, il apprenait A la France A regarder résolument en face les hommes qui lui imposaient la république, ne fiit pas seu lement un morceau de véritable éloquence, ce fut encore une belle et noble action. Tandis que tous les publicistes neaux gages la police du château ou se cachaient ou se
taisaient comme </es lâches, lorsqu'il» ne désertaient pas des infimes, avec arme» et bagages, pour m taire les souteneurs de la république, M. Emile Girard m, loin de mettre son drapeau dans sa poche, le relevait d'une main plut ferme que jamais. Le 23 février, La Presse tirait au plus à 30,000 exemplaires ; un mois après, «ou tirage alternait le chiffre presque fabuleux de 70,000 !
M. Émile Giranii n était arrivé a Papogéedc ses succès; désormais il ne pouvait plus que déchoir. Ce|>endaiit , il faut le dire, c'est en grande partie à lui-même qu'il doit attribuer le déclin, dès lors si rapide, de son influence. Les trop brusques exemptes de versatilité d'opinion qu'il donna a ce moment lui (iront bientôt perdre tout le mérite de sa conduite et de son attitude en Février. A la suite des journées de Juin, le général Cavaignac, usant des pouvoirs dictatoriaux dont il avait été investi par l' Assemblée nationale, suspendit pendant sic semaines La Presse, et fit mettre son rédacteur en cl>ef au secret pendant une couple de jours, en même temps qu'en faisant revivre l'obligation du cautionnement il détruisait vingt autres feuilles non moins hosUtes que La Presse aux hommes du National. Dès qu'il put faire reparaître son journal , M. Girardin se livra contre le chef du pouvoir exécutif à des attaque* dont la violence dépassait tout ce qu'on avait encore pu lire et ouïr de plus extrême en ce genre, même aux plus mauvais jours de la première révolution ; et cette polémique, à laquelle la Muse de la patrie vînt se mêler avec des vers qui étaient autant de coups de poignard, fot désavouée par tous les honnêtes gens. Il appuya ensuite très-chaudement la candidature de Louis-Napoléon à la présidence de la république ; mais il est permis de croire que ce fut surtout en haine du général , car deux mois à peine aptes l'élection du 10 décembre, La Presse figurait déjà au nombre des adversaires du président. Cette évolution nouvelle avait été trop rapide pour ne pas donner lieu à de m alignes interprétations ; aussi beaucoup n'y virent-ils que le désappointement d'un ambitieux.. Depuis longtemps en ellet le rédacteur en chef de La Presse posait sa candidature aux fonctions de ministre en chef, ou plutôt de ministre unique. S'ofMt-il alors a l'Elysée, et fut-il «conduit? Ses services furent-ils oubliés , ou seulement mal apprécies? A ces questions pourront seuls répondre les faiseurs de Mémoires secrets, les Bachaumont de notre époque ; car ce n'est qu'avec le temps que la lumière pourra se faire sur tous ces petits mystères de la grande polillquc. Quoi qu'il en ait pu être, convenons que la médiocrité de tous les hommes qu'on vit alors se succéder à la direction de* affaires était bien faite pour justifier, si non ses rancunes , du moins ses prétentions.
L'opposition de M. É. Girardin au gouvernement de Louis. Napoléon devint de plus en plus systématique et personnelle. Cependant, l'avenir se présentait encore à lui d'une manière si vague et si confuse, qu'à certains moments sa polémique, quelque acerbe qu'elle fût, trahissait un visible découragement. On répétait partout qu'il était fatigué de la lutte, disposé par conséquent à vendre son journal et à dire un éternel adieu à la politique. Ce sera vraisemblablement dans un de ces moments là que M. le comte de Cliambord fit offrir (100,000 fr. de La Presse, qui valait hardiment le double. On devine quelle réponse dut être faite à une proposition évidemment dérisoire.
Nature essentiellement mobile, mais extrême en tout, M. É. Girardin ne pouvait plus s'arrêter sur la pente rapide où il était arrivé; et bientôt sa transformation fut complète. 11 se fit plus républicain cent fois qu'on ne l'était au National, embrassa avec son ardeur habituelle les doctrines les plus désorganisalriccs du socialisme, et, renégat conservateur, mérita d'aller s'asseoir sur les bancs les plus élevés de la Montagne en qualité de représentant des socialistes du Bas Rhin. Nous ne nous chargerons pas d'ailleurs d'expliquer comment deux années plus tard, malgté do si ardentes aspira, lions démocratiques, il put inventer et soutenir avec la passion qu'il apjwrte en toutes choses la candidature de M. le