GIRONDE
ccrcnt l'odieux complot , et parvinrent à obtenir qu'une commission de douze membres fût instituée pour entreprendre des recherches à ce sujet ; mais au moment où cette commission se préparait à faire un rapport qui semblait devoir mettre au grand jour les plus coupables menées , la «aile de la Convention fut envahie par une loule nombreuse , et au milieu d'un affreux tumulte, qui se prolongea jusqu'à la nuit, la minorité, restée seule dans l'enceinte, cassa la commission. Ceci se passait le 27 mai ; trois jours après , eut lieu la crise qui détermina le triomphe du parti jacobin cl consomma la ruine de la Gironde.
Vingt-neuf députés appartenant à cette portion de l'assemblée furent mis en état d'arrestation par décret du 2 iuin; de ces vingt-neuf députas , la plupart furent arrêtés à Paris et enfermés à la Conciergerie : c'étaient Brissot , V e rguiaud, Gcnsonné, Lasource, Fonfrède, Duperret, Ducus, Carra, Fauchet, etc. ; d'autres, tels que P é l i o n, Guadet, Buzot, Barbaroux, Salles, Loti vet, etc., avaient trouvé le moyen d'échapper au sort de leurs collègues , cl s'étaient réfugiés dans les d«-partcinenls de l'Eure et du Calvados , qui devinrent le centre d'une insurrection , un moment redoutable , contre les nouveaux chefs de la Convention. Déjà, avant le 31 mai, les plus importantes villes du midi s'étaient énergiquement prononcées en faveur des girondins. Après leur proscription , on courut aux armes do toutes parts, et l'on envoya des commissaires à Caen, où les députes s'étaient constitués en commission de gouvernement , sous le titre d'assemblée des départements réunis. l ue armée se forma même, sous la conduite dn général Wimpfen ; mais, à peiue organisée et composée de jeunes recrues inhabiles au service militaire, elle se dispersa promptenn-nt à Vcrnon devant les bandes organisées et disciplinées du Comité de salut publie. Alors les députés cherchèrent un asile dans le département de la Gironde. Les commissaires de la Convention les y précédèrent ; d'activés recherches furent .dirigées par Tallien : cachés par les soins généreux de quelques habitants de la petite ville de Saint-Emilion, où Guadet, l'un d'eux, avait reçu le jour, ils parvinrent quelque temp> à se dérober aux poursuites du procousul ; mais enfin Salles et Guadet furent saisis et conduits à Bordeaux ; ils y subirent courageusement la mort. Grangeneuve les avait précédés de quelques jourj sur l'échafaud. Petiou, Buzot et Barbaroux eurent une fin plus déplorable ; le dernier se brûla la cervelle ; les cadavres des deux autres fureut trouvés dans les bois , dévorés par les loups. Quant à ceux que recelait la Conciergerie, après plusieurs mois de captivité, ils furent enfin reuvoyés par la Convention devant le tribunal révolutionnaire, qui les condamna à mort. La défense de quelques-uns d'entre eux lit plus d'une fois pâlir et trembler leurs juges ; Ils entendirent leur arrêt arec- calme. Valazé seul se Irappa d'un poignard qu'il tenait caché dans son sein. Les derniers moments des autres forent pleins de dignité : Us montèrent sur l'écltafaud le 31 octobre t"aa.
Ainsi finirent ces hommes dont les talents oratoires et Us vertus patriotiques parent de quelque éclat la plus triste de nos phases révolutionnaires, et qui furent, selon toute apparence, les seuls et vrais républicains de l'époque. La proposition qu'ils firent de confier la garde de l'assemblée à un corps composé de citoyens appartenant aux quatre-vingttrois départements fut le prétexte de cette vaine accusation de fédéralisme, au nom de laquelle on les envoya à ta mort. On sait aujourd'hui que si quelques-uns d'entre eux professaient une sincère admiration pour les institutions américaines , et même les croyaient ventes susceptibles de •'adapter au gouvernement régulier et définitif d'une vaste république, telle que la France, du moins aucun n'émit alors le xuju de rompre cette unité indispensable en ce moment au maoïlien de l'indépendance nationale, tnenicée par l'Europe. Ce point est formellement établi par plusieurs passages des Mémoires de Buzot, publiés en isaa Comme parti politique, la Gironde a été et est encore tr. ^-diversement appréciée