GO
GODWIN — GŒKGEY
avait voulu se suicider, puis elle s'était jetée dans la Tamise. Sauvée encore uue fois , elle s'était retirée à Pentonviile , dans les environs de Londres , où elle vécut longtemps avec Godwin. Noos avons vu plus haut combien celui-ci était opposé a l'institution du mariage; il crut cependant, dans cette circonstance , devoir sacrifier ses propres idées à celles du inonde, en épousant une femme qui avait suffisamment pn uvé par ses écrits et sa conduite qu'elle partageait ses opiuions. Elle ne survécut que peu de temps à la cérémonie, et mourut en couches, le 10 septembre 1797, après de vives souffrances. Quatre ans après la mort de sa première femme , Godwin en épousa une seconde , et s'établit libraire a Londres. Depuis cette époque, il publia plusieurs livres d'éducation sous le pseudonyme d'Edouard lîaldwin. Il mourut le 7 avril 1930. Léon Gaubiht.
GOELAND.
GoClaodi, goélands!
Hamenea-ouoi no* mari*, noa auanu '
Ainsi chantent la femme et les filles du pécheur breton, quaud le soir, sur la grève, elles cherchent à distinguer une voile bien aimée de l'écume des vagues qui blanchit à l'horizon. Pourquoi la famille du pécheur redemandc-t-elle ainsi son chef aux blanches mouett es qui s'ébattent sur les plages, et dont les aigres cris répondent seuls à sa prière? C'est qu'elle ignore leurs habitudes féroces. AU ! si elle savait qu'à cette heure même où elle invoque leur protection, une bande de ces oiseaux s'acharnent peut-être sur le cadavre du pécheur naulragé ! Mais la fille du marin aime l'inexprimable douceur de la figure du goéland, et sa robe veloutée et éblouissante, et son vol si gracieux et si léger ; elle sait (car son père et sou amant le lui ont souvent répété dans les longues causeries du soir), elle sait que quaud le navire déploie ses voiles pour franchir l'Océan, le goéland déploie ses longues ailes, et part avec lui, tantôt poussé par le souffle de la tempête, tantôt balancé par la lame où il se repose et l'attend. Doué d'un appareil de vol puissant, le goéland reste l'infatigable compagnon du matelot; il fait avec lui des traversées de sept à huit cents lieues sans toucher la terre du pied; comme lui, il va pécher sur les bancs poissonneux qui bordent les rivages de l'Amérique ; comme lui encore, il s'assied sur les glaces flottantes qui descendent du pôle, car il ne craint pas la rigueur des frimas : son plumage épais l'enveloppe d'uu impénétrable manteau. Souvent, sur le sable, la jeune fille des bords de la mer a lotie en vain à la course contre le goclaud, et le souvenir même de sa défaite lui est agréable; car plus d'une fois elle lui a enlevé les deux ou quatre œuis qu'il dépose dans un nid u l*ine abrité par un caillou, et quand elle suit dans les airs les évolutions de ces oiseaux, qu'elle les voit tantôt raser comme un éclair la surface des eaux, tantôt s'élever tout d'un trait, ou tomber soudain comme une masse de plomb, se croiser, se lieurler, elle applaudit a leurs jeux. Mais ces jeux sont féroces; tout ce qui flotte sur la mer, petit poisson ou charogne infecte, est (tour eux sujet de guerre à mort, et le juge de la querelle dévore le prix du combat ; le vaincu lui-même, mis en pièces par ses propres lrères, devient la pâture de leur insatiable acloutonneriu et un nouveau sujet d'extermination. Du reste, s'ils sont voraces quand la proie s'offre à eux, s'ils se gorgent ouhe mesure quand ils ont francité lippée, ils supportent aussi de longs et pénibles jeûnes; et quelquefois des semaines entières s'écoulent sans qu'ils puissent apaiser par le moindre aliment les cris de leur estomac a (lamé. Les goélands font des apparitions dans l'intérieur des terres, sur le bord des lacs ; l'habitant des campagnes les regarde comme les précurseurs de la tempête ou de l'ouragan. Dans la nomenclature de l'histoire naturelle des oiseaux» le goéland n'est qu'une inouefte.de grosse espèce. Théogène Pauc.
GOELETTE. Tout est coquet, tout est séduisant dans ce joli navire; nul autre ne se bahwce aussi gracieusement sur la surface ondulée des rades, nul ne revêt des
formes plus amincies, plus légères, plus élëgautes; u coque repose sur l'eau comme le dauphin endormi mit la ligue ; ses deux mats , capricieusement inclinés es arrière , portent des voiles diversement taillées : les deux inférieure et les plus grandes, trapézoïdales, du genre de celles qu'on nomme latines; celles de l'avant, triangulaire» : ce sont les focs , et pour aller) saisir dans les régions élevé» de l'air la brise, qui parfois s'y maintient, elle ut» u sommet de ses mats de légères voiles carrées. Ton set mouvements sont vils et rapides ; dès que le vent gonfle tes voiles , elle semble glisser sur l'écume (Ira lames plutôt qu i tracer des sillons ; quand elle louvoie , on dirait qu'elle remonte dans le lit même du vent ; veut-elle s'abandonner au courant de la brise, die déploie sur son avant une grade voile carrée , qui l'emporte comme un oiseau ; et si U \m pèle la surprend en pleine mer, elle ne fuit pas : les tjçtvqui la poursuivent la briseraient en déferlant sur sa poope, trop faible; elle appareille des voiles très-basses, prcwle le nez au vent et à lame , et souvent enveloppée d'un iw> teau d'écume, parfois même de nappes d'eau, die reasti et défie leur furie. Cest en Amérique qu'il faut aller ebertki des modèles parfaits de ce genre de bâtiments : notre c*»traction française , trop sévère et trop lourde, ne nous ofirc rien de comparable aux goélettes desÉUU-Lnis. Leurs ptforboats ( bateaux-pilotes), qui font presquetout lecomtaerode cabotage du Mexique, des- Antilles et des bancs de Bïlwnn, ont une allure clmrmante aux yeux du marin. Toutefois, u goélette, si brillante, douée de si précieuses qualités » 1» mer, ne doit être conliee qu'à des hommes expérimenta, ce qui fait son mérite lait aussi son danger : l'oflirier œil> droit ou négligent, qui se laisse surprendre par on grais,e» perdu, et avec lai l'équipage et le navire entier, qui sous le vent qui le presse en flanc , chavire et sombrr Mai ses voiles démesurées. Qu'on parcoure les annales desiu~ f rages de notre marine militaire, et l'on verra que les p* lettes sont presque les seuls navires qui courent encore I danger d'être engloutis en pleine mer. L'hélice, qu'on moinenouà ajouter aujourd'hui a ces navires, leur donnera »a> doute le moyen de lutter avec plus d'avantage contre 1*
D ou vient le mot goélette? U est une vagabonde et suivant le soleil , toujours rasant les flou dm vol rapide, souvent se jouant autour des navires comme pour se rire de leur marche trop lente; un la nemme ?-> lette~. AerauVou trouvé quelque rapport entre uv «m plein de vivacité et lo joli navire dont nous venons 4e parler ? ThéOgèue Page, capitaine de vau*j«.
GO li M < > S. Yoye* Aloues, Il v dbophvtks.
GOEHGEY (Annua). aprè» K essulli la hguie h i saillante que présente l'histoire de la ruvohition de Hoi g r i e , né le • & février lôift, à Topora, comitat de Zip», ,ut la haute Hongrie, fut destiné par wnipère A l'état nul fam, et entra en 1832 à l'école de pionnier» de Toi u eue»* de cadet. Après quatre années d'études passées a celle «<*• il revint en 1S30 à son régiment. En 1&37 son pérorer1 à le (aire admettre dans le régiment nohle des gardes dor»o: du royaume de Hongrie, et au printemps de 1&41 U fui «■ rorperé avec le grade die premier lieutenant au régime»» * hussards du Palatmat. la mort de son père, arrivée en ih. le délia de l'obligation de persévérer dans une carrière n» ! n'avait embrassée que par déférence pour ses vœux ; aussi*11 les tendances particulières de son esprit k rendaient de en plus impropre à la vie de garnison. Dons l'elédel!>'^>uWu,t ta donc tes rangs de l'armée, et dans l'aotomue de 1* f*1* année il se rendit à Prague pour y suivre les cours d* 1 tcole des Arts et Métiers. Mais déçu dans l es|»oir qu il conçu de voir abréger eu sa faveur le uorubre d'ani*« <> e tudes voulu par les réglemeuts, il renonça aussitôt s ** projet, et se décida à suivre exclusivement te cours ée* mie tliéorique et pratique fait a l'ooiversité. Jusque »»n l'attrait particulier qu'avait pour lus la carrière do l'c»*^ gncuatut n'avait point exercé d'i
GOERGEY
carrière; car, en raison de l'état de choses qui existait en Hongrie avant les événements de mars, il regardait comme impossible son admission au nombre des professeurs attachés a un établissement d'instruction publique. Mais au printemps de tftiH, l'esprit libéral du premier ministre des cultes et de l'instruction publique en Hongrie, te baron Eœtvœs, lui permit d'espérer obtenir une chaire dans sa patrie; et quand, invité par une proche parente à se cltarger momentanément de l'administration de ses terres, situées près de son pays natal , il revint dans ses foyers, le ministre lui renouvela encore a Pesth l'assurance que sa qualité de protestant non plus que l'absence de titres académiques réguliers ne feraient obstacle à ce qu'il pût occuper une cliaïre de chimie. En mai 1848 Gœrgey écrivit une dissertation Sur tes acides solides , volatiles et gras de rttuile de noix de cocos , qui obtint les honneurs de l'impression dans les comptas-rendus de l'Académie de Vienne (l»48, 3* cahier).
En même temps Gœrgey suivait sans cesse avec une plus attentive anxiété la tournure que prenaient les affaires de «on pays. Quand il devint évident pour tous qu'une lutte était désormais inévitable, il demanda à être admis dans les rang de l'armée, et entra avec le grade de capitaine dans le cor]» des Honveds. Promu chef de bataillon, Gœrgey, lorsqu'on apprit que le ban J e 1 1 a c h i c h marchait sur la Hongrie, fut envoyé à 111e de Csepel, où, le 2 oclohre 1848, il fit traduire devant un conseil de guerre et fusiller le comte Eugène Zichy, arrêté porteur de dépèches du ban. La vigueur de résolution, peu coromuue encore pour l'époque, dont il avait (ait preuve en cette circonstance , le blâme complet qu'on lui entendit émettre et qu'il n'hésita pas a consigner par écrit au sujet de l'armiabue intervenu à peu de temps de la entre Permet et Jellachich , mais surtout les succès obtenus par P armée hongroise lorsqu'elle contraignit le corps du général Hotli à mettre bas les armes, succès qui ne purent être attribues qu'aux mesures prises par Uu>rgey contrairement aux ordres formels de Pereael, général commandant en chef, attirèrent sur lui l'attention des chefs du parti extrême de la révolution Irongroiac. Us crurent avoir trouvé en lui l'homme qui réussirait bien vite à taire prendre une attitude plus résolue au* troupes placée* sou» les ordres de Moga, et qui depuis quelque temps restaient dans l'inaction, sur les rives de la Leitha, sans oser franchir ta frontière. Gœrgey fut envoyé an camp avec le grade de colonel; mais il n'y (ut pas plus tôt arrive que des considérations stratégiques le tirent se prononcer également contre tout mouvement en avant. Cependant, lorsqu'on décret formol de la diète, en date du 17 octobre, eut -ordonne do franchir la frontière, et après la perte delà bataille do tkhvvcchat, due surtout aux mauvaises dispositions prises par Mogm, celui-ci se vit retirer son commandement , qu'on confia à Gcergey en même temps qu'il était promu au grade de général. Gcergey, se défiant de la levée eu masse produite par Vagttation de Kossuth, commença par une épuration sévère de son année; mais alors, contrairement à l'attente et aux désirs du gouvernement hongrois et de ta nation, il demeura dans l'inaction ; et même quand, le 10 décembre suivant Wiridischgrnda commença son mouvement agressif, il se relira par Raabjnsqn'a l'estb, ne suivant en cetaqno ses vues personnelles. Pendant ce mouvement de retraite, il publia à W ai tien, ta 2 janvier 1849, la fameuse Déclaration de V armée du haut Danube, dans laquelle il promettait de défendre la monarchie hongroise et la constitution sanctionnée par le roi Ferdinand W Après la division de l'armée en différents corps, on lui eontta l'importante mission d'empêcher, par une pointe sur les villes de* montagnes, l'ennemi de marcher droit sur Debreczln, alors siège du gouvernement; et il s'en acquitta delà manière lapins satisfaisante. Dans le cours de cette expédition, iâeut constamment n combattre les corps commandes par Schlick et Nagent, et de beaucoup supérieurs en force au sien ; il eut même à diverses reprises complètement Je dessous, et se trouva maintes fois acculé dans dos positions
d'où il semblait impossible qu'il parvint à s'échapper ; mais il n'en réussit' pas moins à tenir toujours ta campagne, et il finit, en enlevant à ta baïonnette les hauteurs du mont Brangisko, considéré jusque alors comme imprenable, par se frayer passage et par opérer sa jonction avec l'autre corps d'année qui s'était avancé Jusque sur les rives de ta Theiss.
Les défiances dont Gœrgey était devenu l'objet de ta part du comité national de défense et du gouvernement, défiances qui n'avaient pu que s'accroître depuis sa proclamation de Waitxen, eurent pour résultat de taire déférer le commandement en chef au général polonais Dembinski. GuTgcy reçut le 5 février à Eperiès la nouvelle de cette détermination. Profondément blessé dans son orgueil, ta rancune qu'il gardait au nouveau général en chef se manifesta d'abord à Kapofna (26-28 février), oh il arriva trop tard avec son corps ; de sorte que si le plan de bataille conçu par Dembinski n'aboutit point à un désastre complet, du moins il ne produisit point de résultats décisifs. Cette circonstance, jointe aux dispositions malhabiles prises alors par Dembinski pour effectuer sa retraite par delà ta Theiss , excita dans l'armée et dans la nation un mécontentement universel ; aussi Dembinski, mal vu déjà comme étranger, dut-il donner sa démission. Il fut remplacé dans son commandement en clief par Vetter. Mais celui-ci, à son tour, et sous prétexte de maladie, s'en démit dès les premiers jours d'avril ; et alors Gœrgey , en qualité de général le plus ancien en grade, fut appelé à le remplacer.
La campagne d'avril, qui commença sur ces entrefaites et fut signalée par une série non interrompue de victoires, telles que les affaires de Gœdcclœ (7 avril ) , de Waitxen ( 9 avril), de Nagy-Sarlo ( 19 avril ) , l'occupation de Komorn (24 avril) , la bataille d'Acs (28 avril ) ou de Waitzcn, par suite de laquelle Welden fut contraint de se replier sur Prcsbourg, fournit de brillantes preuves des talents de Gœrgey comme général. Mais, au lieu de reprendre l'offensive et d'envahir le soi autrichien, il marcha sur Ofen, qu'occupait encore un corps autrichien commandé par Hentzi. Après un siège qui dura trois semaines , et après avoir opposé aux assiégeants ta plus intrépide résistance , cette ville ouverte fnt prise d'assaut le 21 mai. Gcergey refusa alors la dignité de feldmarécbal que Kossulh lui offrit en récompense de ses services ; cependant, il consentit a se charger du portefeuille de la guerre dans le ministère S réméré*. Par cet acte, de même que ]>récédemment par une proclamation publiée le 20 avril à Komorn , Gœrgey manifestait tout au moins l'intention d'accepter les conséquences de la déclaration d'indépendance faite par le diète nationale le 14 av ril, encore bien qu'il soit avéré que cette mesure avait été désapprouvée par lui et qu'il n'attendit qu'une occasion favorable pour ta faire révoquer.
Tandis que Gcergey, après ta prise d'Ofen, taisait écouler trois semaines dans une complète inaction, par suite d'obstacles insurmontables, dont le gouvernement lui renvoyait la responsabilité , les Russes avaient pénétré par divers cotés à la fois sur le sol hongrois, aux termes d'un traité officiellement publié le 1er mai, mais qui depuis longtemps était l'objet de négociations actives entre les gouvernements russe et autrichien. Les forces russes et autrichiennes avaient utilisé de leur mieux l'inaction des Hongrois; et dès lors Gœrgey regarda comme impossible la résistance aux forces combinées des deux empires. Pour pouvoir tout au moins se venger de l'Autriche , il exigeait de Kossulh qu'il n'opposât aucun obstacle à l'invasion de la Hongrie par l'armée russe, et qu'il concentrât à Komorn toutes les forces hongroises disponibles. Mais Kossulh , de son côté, dans l'espoir d'une intervention venant de l'ouest , ayant décidé la concentration provisoire de toute l'armée nationale sur les rives de la Theiss , l'ordre fut donné a Gœrgey d'avoir à se conformer à ce plan et d'évacuer Komorn avec le gros de l'armée. Gœrgey résolut alors de regarder cet ordre comme non avenu , et d'agir seul contre les Autrichiens. Par suite de cel acte natent d'insubordination . le
GGERGBY — GCERRÉS
lional enleva à Gcr-rgey son commandement en chef, qui fut partagé entre Mesuras et Dembinski ; mais le coq» d'armée aux ordres de Grergey protesta contre la révocation de son général. Le gouvernement n'osant pas prendre un parti énergique , transigea et laissa le commandement en chef à Gorgey , à la condition qu'il évacuerait immédiatement Ko* morn, pour vcuir le rejoindre sur les rives de la Tlteiss. La marche en avant des Ruiues ayant eu pour résultat de couper à Gorgey la roule de la capitale ainsi que celle de S^egedin , siège du gouverneatent national , il risqua encore, le 11 juillet I8i9, une bataille sous les mure Komorn; mais il la perdit, se vit rejeté dans la place, et ce ne Tut que la 1 3 qu'il put commencer son mouvement de retraite sur la Thciss. Les Russes le suivirent pas à pas, sans réussir pourtant A l'entamer , jusqu'à ce qu'enfin , après avoir été tres-alîaihli par la déroute que l'ennemi lui avait fait essuyer le 3 août à Nagy-Sandor, près de Pebreczin , il atteignit le H août Arad, od déjà le gouvernement national avait dû se réfugier. Au lieu de se conformer, lai aussi, aux ordres du ministère de la guerre et de converger sur Arad , Dcmbinski s'était dirigé sur Temesvar et y avait essuyé une déroute complète, le 9 août. La nouvelle officielle de ce désastre arriva à Arad le 10. Grr-rgcy jugea dès lors qu'il était impossible de continuer à lutter davantage ; déjà, en face de Kossulh, il avait déclaré que, si la nouvelle de la déroute de Dembinski venait à être confirmée, Il mettrait bas les armes aussitôt. Feu de temps auparavant , et surtout d'après les instances de Gcergcy , le gouvernement national avait résolu d'offrir la couronne de Hongrie à l'empereur de Russie. Gœrgey , qui dès le 3 1 Juillet s'était mis en rapport avec les Russes , sans pourtant entamer avec eux des négociations formelles, devait être chargé de l'exécution de ce décret. Mais le désastre essuyé par Dembinski ayant rendu impossible tonte défende ultérieure, et comme il ne restait plus à l'armée nationale d'autre ressource que de déposer les armes, Kossulh , qui ne trouva rien à objecter à une semblable détermination et refusa seulement de présider l'accomplissement de cette mesure , fut sommé par Gongey de donner sa démission et de lui abandonner la puissance suprême.
Le 1 1 aoûtGrergçy fut investi de la dictature, et deux jours après, à Vlllagos, toute l'armée hongroise , forte encore à ce moment de 20,ooo Jiommes d'infanterie et de 2,000 hommes de cavalerie, avec 130 bouches à feu , se rendait sans conditions aux Russes commandés par Rudiger ( voyez Honcrjb).
Gœrgey, après sa sou mission, fut gracié et interné à Klagenfurt, où il réside depuis lors comme simple particulier, consacrant ses loisirs à des travaux de chimie. Il a aussi écrit des Mémoires, qui ont paru en 7 vol., à Leipzig (1855), sous ce titre -. Ma vie et mes acte* en Hongrie, dans tes années 18'ih et 1849. On peut à bon droit dire de ce livre que c'est un des plus Intéressants et des plus instructif qui aient été publiés jusqu'à ce jour sur la révolu tion hongroise. Il a eu pour résultat de démontrer que la capitulation de Villagos ne fut point un acte de trahison , puisqu'elle eut lieu au vn et su et du consentement de Kossulh ainsi que du gouvernement national; mais que par toute sa conduite antérieure (la question de préméditation ou de non-prémédilation restant d'ailleurs complètement réservée), Gcergey avait rendu inévitable ce dénoûnient du drame révolutionnaire hongrois.
GOERITZ on GOR1CE, en allemand Gerfs, en italien Gorizzia. Ainsi s'est appelé, de 1814 à 1849, un cercle de l'arrondissement de Trieste, dans le royaume d'HIyrie, mais qui depuis cette époque a été de nouveau réuni avec Grad i ska, et sous l'ancienne dénomination de comtés princiers rie Gcertzet de Gradiska, au margraviat d' I s t r i e, pour former un domaine propre île la couronne, composé de deux districts , divisés chacun en quatre capitaineries (celles du district de GoîiIï et de Gradiska sont Gartz, Gradiska, Tolmein et Sessana).
Cette contrée, généralement montagneuse, est arrosée par un grand nombre de cours d'eau aboutissant à la mer en
formant de belles cataractes , et plus particulièrement par l'Isonso. Sur une superficie de 37 myriamèlres carré», elle compte une population de 193,000 habitants, dont m,m appartenant à ù race slave , et 70,800 à la race italique du Frioul. Cette dernière partie de la population liabite surtout les régions occidentales et méridionales , sur les frontières de l'État vénitien et le long des cotes de la mer. Cependant b Lingue italienne et même la langue allemande sont «Mmal comprises et parlée» dans les parties nord-est du pays, uu domine généralement la race slave.
Ce pays faisait jadis partie de l'///yric«n»,domfl parU^ci toujours les destinées jusqu'au onzième siècle, époque «u il fut érigé en comté particulier par l'empereur Henri IV, qui en gratina, à titre de iiel héréditaire, les comtes de lirai. La descendance de cette maison s'ôtant éteinte en l'an l«ao, le comté de Gœriti Ht retour à l'empereur Maximilien 1".
Son chef-lieu, Gatritz, ville bâtie sur l'Isonso, couple une population de 11,000 âmes, et est le siège d'ua évéck. Ses principaux édifices sont une cathédrale , remarquable par son architecture; l'église dépendant de l'ancien colleae des jésuites, transformée de nos jours en caserne; l'hôtel de ville, le couvent des frères de la miséricorde, le jon théâtre du faubourg de Stadcnitz, le palais épiscopal, et quelques Itftels particuliers appartenant àdes familles noble». Os trouve à Gmritz un séminal re épiscopal, un gymnase, un allège, une école de sourds-muets, etc. L'Industrie deshabituti consiste surtout dans le raffinage des sucres, la fabrication <ta rosoglioet de toutes sortes d'étoffes de soie, la préparai un des cuirs, le blanchiment des toiles et la teinturerie. En Istf, les princes de la branche aînée delà maison de Bourbon, expulsés de France par la révolution de Juillet, choisirent Gceritz, pour le lieu de leur résidence. Le roi Char les I y mourut, le 6 novembre 1837 , et son 61s , Louis Antoine, duc à'Angouléme , en 1844.
GOERL1TZ, chef-lieu de cercle dans l'arrondastmart de Liegnitz, province de Siiesie (Prusse), sur la rive giueltf de la Neisse , la deuxième de ce qu'on appelait jadis In us villes de la haute Louée, station principale du c**on de fer saxon-siléaien , était déjà une place importante » douzième siècle. Sa population- 6'clevc aujourd'hui a 20.0'«J âmes; la fabrication et le commerce des toiles , des draps des rubans et des cuirs forment la principale industrie de ses habitants. En 1851 on y a construit une joue salle de spectacle. Une des principales curiosités à voir à Gfffto est l'imitation du Saint-Sépulcre de Jérusalem, qui « trouve devant la porte Saint-Nicolas, aux une hauteur \o* sine de la petite église de la Sainte-Croix. Le dévot fondateur de ce monument fut un bourgmestre de Goxliu, appelé Emmerieh, qui, en 146a et 1476, allait en pèlerine à Jérusalem avec quelques artistes. A son retour, ayaaton trouver dans sa ville natale un endroit qui avait qodsnt ressemblance avec celui où est situé à Jérusalem le tomba* de Jésus-Christ, il y It élever , de i4ao à 149S , un awns ment qui est la reproduction exacte- du Saint-S«-puW «, U piété des descendants do fondateur n jusqu'à ce jour M tous les frais de l'entretien et de la conservation de «t édifice. Dans un des cimetières de GuerliU reposent '|uelf .t> hommes anx noms desquels s'attache une grande célébrité, entre autres Jacob Bœhme, qui à partir de tMt e*n? dans cette ville la profession de cordonnier.
GOERRES ( Jacques-Joseph on ) , écrivain rem" qnable dont las travaux ont eu tour à tour la pnritvqw. l'histoire et la mythologie pour objet, et qui donna à IA*magne le curieux spectacle d'nn abandon complet des de Irines et des principes qu'il avait d'abord professés en «■ ligion comme en politique, naquit à Coblenlx, le ">'■> H» vier 1776, et mourut à Munich, le te janvier 1848. 11 •«* commencé par étudier la médecine à Bonn, lorsque le» «<•■ nements de 1 733 te firent renoncer à cette entrière. Cou"* I ont es les tètes ardentes de cette époque, il se jeta tf* passion dans la politique, embrassa les idées dont la rf* lutlon française était le symbole, et M preuve de UW
GGERRES -
comme orateur dans les club» et les assemblées |>opulaires. 11 publia aussi à celle époque La Femlle rouge, journal supprimé bientôt par l'électeur île Hessc , qui se crut or* Censé dans un de ses numéros , et que Gœrres ressuscita tout de suite après sous un titre analogue. En novembre 1791), il fit partie d'une députalion envoyie à Paris par le parti auquel il appartenait, afin de demander l'incorporation immédiate des provinces du Rliin à la république française. Cette députation n'arriva qu'après la révolution du 18 brumaire, et ne put pas même obtenir une audience du premier consul. A son retour en Allemagne, Gcerres accepta une place de professeur d'histoire naturelle et de physique à l'école secondaire de CoblenU. En 1806, il lit à Heidelberg des cours qui attirèrent un grand nombre d'auditeurs, et publia alors, en société avec Brentano et Arnim, La Gaztlte des Ermites. Il lit ensuite paraître ses Livres populaires de l'Allemagne ( Die deutschen Yolksbucher ( Hcidelberg, 1807 ] ), recueil de légendes, de romans et de traductions poétiques destiné à retremper l'esprit public et a ranimer lê i»atriolismc des masses. Revenu en 1808 à Cohlenlz, où on lui avait conservé sa chaire, il donna la preuve de l'étude approfondie qu'il avait faite de la langue persane par la publication des Histoires mythiques du monde asiatique ( Hcidelberg, 1810, 2 vol. ). La poésie do moyen Age fut aussi de sa part l'objet de travaux sérieux, dont témoignent les «perçus ingénieux qu'on trouve dans l'introduction à l'édition qu'il a donnée du Lohengnn ( Heidelberg, 1813).
La tournure prise par les événements politiques à la suite de la retraite de Russie réveilla le patriotisme de Guerres; il s'affilia au Tugendbund , et dans le but de réveiller l'esprit allemand, particulièrement dans les provinces rhénanes, il publia a partir de 1 81 \ Le Mercure rhénan, feuille iiHligéc à un point de vue tout démocratique. Lorsqu'elle fut prohibée, en 1816, il alla s'établir de nouveau avec sa famille à Heidelberg. Mus tard il revint encore a Coblentz. C'est à celte époque qu'il nt paraître ses l ieux Chants /*>pulmrcs allemands ( Francfort, 1817 ). Nommé directeur de l'instruction publique dans la province du Rhin central en tRift, H encourut la disgrâce du gouvernement prussien, | qui donna l'ordre de l'arrêter lorsque ileux années plus tard il ht paraître L'Allemagne et la Révolution (Coblentat, 189.0 ), ouvrage d'nne énergie remarquable, écrit dans l'esprit de la démocratie pure, éloquente protestation contre la politique de plus en plus rétrograde adoptée par les différents cabinet* de l'Allemapne à la suite de l'assassinat de Kotz ebne par Sand. Guerres se réfugia alors en France, où 11 resida {tondant quelque temps à Strasbourg; pois il se rendit en Suisse. C'est alors qu'il fit successivement paraître Le Livre héroïque d'Ivan, d'après Le Chah Nameh de Ftrdusi ( 2 rot., imo ), traduction libre de ce vieux poème, à l'usage des lecteurs allemands ; L'Europe et la Révolution ( Sttittgard, 182» ) , livre où on aperçoit les premiers signes de cette tendance au mysticisme qui devait conduire l'écrivain démocratique a. devenir quelques années plus lard l'avocat du parti nltramontaln ; Des Affaires des provinces rhénanes ( 1822 ); La Sainte-Alliance et le* peuples au Comores de Vérone ( 1822), publications présentant un bizarre pêle-mêle d'allusions érudite* empruntées à toutes les branches de ta science humaine, et empreintes d'une teinte de mysticisme de plus en plus prononcée. 11 publia ensuite à Spire : Emmanuel Swedenborg , ses visions et son rapport avec l'Église ( 1827 ).
En 1827, il fnt nommé professeur d'histoire générale et «l'histoire littéraire dans la nouvelle université fondée à Munich ; et à partir de ce moment on le vit à la téta du parti rétrograde combattre en toutes occasions l'esprit de progrès, et présenter l'histoire au point de vue du mysticisme religieux.
Gcprres fut incontestablement l'un des* puWicMtcs les plu* ingénieux et le* plus originaux de l'Allemagne ; son côté fort . cVtalt une inépuisable verve d'ironie cou Ire la
- GOERTZ 36S
constitution administrative des États modernes, et le système tout artificiel de politique qui en est le résultat. Mais il ne s'apercevait pas que souvent sa raillerie provoquante était un arme dont on pouvait se servir contre lui-même; car, en définitive, c'est toujours uniquement avec des phrases sonores, mais creuses, qu'il attaquait ce libéralisme, qu'il déclarait n'être et ne savoir faire que des phrases, prxtereaque mhil.
GOKHTZ. Voyez Gonm.
GtJERTZ ( Famille dk SCHLITZ ne ). Cette famille allemande, dont il est question dès le neuvième siècle comme possédant la sdfméurie immédiate de Schlilz sur la Fulda, fut élevée en 1617 au rang des barons, puis en 1726 à celui des comtes de l'Empire. En vertu de l'acte constitutif de la confédération du Rhin, elle (ut placée avec se» domaines sous la souveraineté du grand-duc de Hesse. En 1829 une décision de la diète germanique accorda a son chef la qualification honorifique tVErlaucht (illustrissime ), pour laquelle nous n'avons pas d'analogue en français.
La lamillc de Gcertz forme aujourd'hui deux branches : l'alnée est celle dont les possession* sont située*, sous ta souveraineté du grand-duc de liesse ; ta cadette est établie dans le royaume de Hanovre , et ajouta à son nom celui de Wrlsberg. Un membre de cette famille mérite une mention particulière.
GŒRTZ (Gkouces-Hekm de SCHLITZ, baron nz ) fut d'abord conseiller intime et maréchal de la cour du duc de Holslein-Gottorp, et vint au nom de son maître trouver à Stralsund Charles XII, quand, eu 1714, ce prince se fut décidé à quitter Bender pour retourner dans ses Etat*, après cinq années environ de quasi-captivité chei les Turcs. Le dnc de Holstem-Gottorp avait intérêt à savoir au juste quelles dispositions d'esprit Charles XII rapportait de sa longue absence, et si sa politique remuante et guerroyante n'avait pas été modifiée par l'adversité. Il ne pouvait conlier une mission de cette nature à un homme plus capable de ta remplir que le mareclwl de sa cour, baron de Gœrt/. Charles XII , frappé îles ressources d'esprit dont ce négociateur lit preuve dans les divers entretiens qu'il eut | avec lui, lui proposa d'entrer à son service, et ne tarda pas à le nommer son principal ministre. La Suède se trouvait alors dans une situation presque désespérée; les plans conçus par Ganta pour lui rendre sa prépondérance dans les affaires de l'Europe n'en furent que plus vastes, et ses efforts pour les mettre à exécution, que plus infatigables. Dès 1716 on le voit cherchant à exciter de nouveaux troubles en Angleterre , dans l'espoir de rallumer la guerre à laquelle avait mis fin le traité d'Utrccht. Son plan consistait à mettre à ta disposition dn prétendant une somme d'argent considérable et un corps de dix mille hommes de troupes levées en Allemagne et en Suède, qu'on ferait débarquer en, Ecosse. Le cabinet anglais en lut instruit par set agents à l'étranger, et méprisa d'abord ce qui lui parut nïtrc qu'une intrigue vulgaire et sans portée. Mais le baron de Gœrta s'étant rendu en 1717 à La Haye, afin de pouvoir mieux Icnir et diriger tons les fils du complot , l'Angleterre sortit do son indifférence, et obtint du grand-pensionnaire llcinsius qu'il fit arrêter, sous un prétexte quelconque, le brouillon dont les menées n'allaient à rien moins qu'à faire remanier une seconde fois la carte de l'Europe. Cette arrestation , fuite en dehors des règles ordinaires dn droit des gens , produisit un grand scandale; aussi, en 1718, les états de la province de Gueldre se lassèrent-Us de servir de «eAliers à l'Angleterre , et , sans même consulter les états généraux, remirent -ils en liberté le baron de Gcr-rtz, dont la détention n'avait en rien modifié les idées ou plutôt tas illusions. Use hâta en effet de retourner auprès de Cl taries XII, après avoir sur sa route négocié a Berlin un traité dirigé tout à la fois contre ta Russie et ta Danemark. Charles XII se décida alors à attaquer sans plus tarder le Danemark , et envahit la Norvège à ta téta d'une nombreuse armée. Chacun sait qu'il trouva ta mort ta 1 1 décembre 1718, «mis les murs de ta ville
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de Frédéricsham , frappé d'une balle , qu'on supposa n'être pas partie des rangs de l'ennemi. Sa saur, Ulrique-Éleonore, lui succéda. Cette princcs.se partageait l'aversion générale de la nation suédoise pour un ministre sur qui on rejetait toute la responsabilité de l'état déplorable où le royaume se trouvait réduit, par suite des héroïques folies de Charles XII. Aussi bien, Gœrtz était étranger ; qui ne sait que c'est toujours là un crime irrémissible aux yeux des peuples? Il fut donc, tout aussitôt après la mort du roi, arrêté sous la prévention d'avoir tenté de rendre le sénat et les divers collèges odieux au leu roi , de l'avoir poussé par ses perfides conseils dans de |>ernicieu*es entreprises , notamment d'avoir été le principal instigateur de la malheureuse guerre de Norvège, où ce prince devait si fatalement périr, d'avoir en outre introduit dans le royaume de la monnaie de mauvais aloi, en fi n de s'être rendu coupable de diverses malversations, bien ou mal fondées. Après une procédure expéditive et de pure forme , le baron de Gccrfi fut condamné à mort, et eut la tète trancliée, le 28 février 1719. Il mourut avec la plus stoique intrépidité, après avoir composé lui-même sa propre épitaplte, ainsi conçue : Mors régis, Jldes in regem, est mors mea (La mort du roi, ma fidélité envers le roi, telles sont les causes de ma mort ).
GOES (Huco yak de*), célèbre peintre flamand , élève et successeur de Jan van Eyck. On n'a que des renseignements très-vagues sur sa vie. La ville de G and parait avoir été le principal théâtre de son activité. Entre autres tableaux , il y peignit si bien à l'huile l'histoire de la sage Abigail sur une muraille, dans la demeure dn bourgeois Jacob Weytens, que celui-ci lui donna en mariage sa fille, belle personne, qui avait servi de modèle à l'artiste pour le personnage d'Abigail. La douleur qu'il éprouva de la mort prématurée de cette compagne adorée le détermina à se confiner dans le monastère de Rodendale, près de Bruxelles, où il mourut revêtu de la dignité de chanoine. Le principal tableau de Hugo van der Goes se trouve dans l'église Santa-Maria Nuova de Florence; il représente l'enfance du Christ avec les bergers en adoration et un groupe d'anges. Dans les l/Jizii, on voit de lui une madone entourée d'anges qui (ont de la musique. La pinacothèque de Munich possède un tableau sur lequel se trouvent le nom de ce peintre et la date de 1472, représentant saint Jean dans le désert, près d'une source. On lui attribue aussi les peintures intérieures du grand reliquaire de la cathédrale d'Aix-la-Chapelle. Parmi les tableaui du musée de Berlin qu'on lui attribue de même, figure un Eece homo, d'un fini remarquable , mais exprimant d'une manière vulgaire les souffrances physiques. Ce sentiment très-limité du beau est le trait caractéristique du talent de van der Goes ; et c'est là un défaut que ne racliètent ni le fini de l'exécution ni l'intelligence des détails.
GOCTHALAND. Voyez Gotbland.
GOETHE ( Jean- Wolfgakc ), le plus grand nom de l'Allemagne moderne. Fils d'un conseiller impérial qui jouissait d'une fortune assex considérable et d'une haute considération , Goethe naquit le 28 août 1749, à Francfort-sur-le- M .«in, point central et neutre entre la France et la Germanie proprement dite. A peine ouvre-t-il les yenx, l'art antique et moderne, la pompe des cérémonies impériales, attirent les regards de reniant. Les belles vues de Rome tapissent les a|>partemenU de son père. Les accents de la belle langue italienne arrivent à son oreille; ses parents lui vantent tout ce qui a rapport à l'Italie, surtout les poètes italiens et le divin Torquato Tasso. La bibliothèque de la famille est pleine des meilleures éditions hollandaises des auteurs latins et d'ouvrages sur les antiquités romaines. Le conseiller impérial possède une collection d'histoire naturelle et un jardin botanique; ses occupations favorites sont le jardinage, la peinture, la musique; U se fait souvent aider par son jeune fil*. Voilà les premières impressîonsquisedévcloppenl dans une existence simple et unie. L'enfant grandit; le cerveau le mieux organisé pour tout comprendre eclot et rayonnesous
ces influences. Les belles marionnettes de sa sriori'roère lui apprennent l'art dramatique. Il observe ensuite h ville on il a vu le jour. Là, les couvents entourés de murs etressemblant à des châteaux forts ; pins loin l'hôtel de ville touque et les curiosités qu'il renferme : monuments historiques de l'élection des empereurs, escalier impérial , salle impériale, statues des empereurs germaniques, tombeau do brave G u n t lier, également respecté de ses amis et de ses ennemis; salle du conclave, sénat religieux qui a exercé unt d'action sur les annales du pays; la Bu I le d'Or, enfin, qu'on lui montra, et que sa vénération poursuivit longtemps d'os regard idolâtre. La religion du passé s'empare de lui à cet aspect; et ce goût passionné des choses anciennes s'accroil encore par la lecture de vieilles chroniques et la vue de vieilles gravures sur bois. L'heureux garçon, qui n'avait rien à lairc que de se préparer à être un grand homme, recueillait mille observations sur la route de son adolescence insouciante. Dans les foires, il contemplait tous les objet* que le monde produit , dont les hommes ont besoin, et que les habitant» des diverses latitudes échangent entre eux. Le» sculptures des cathédrales et des palais lui offraient la repr<v sentation symbolique des cérémonies du moyen âge- Ole» faisaient renaître comme par enchantement devant les yeui de sa pensée la variété des siècles éteints; sa curiosité s'émut. 11 étudia l'histoire ; il voulut connaître les nom», le» coutumes et les opinions du temps passé. Le coumonownt d'un empereur, spectacle majestueux, vint achever cet<n geignement historique. Il nous dit lui-même quel fot «s enthousiasme lorsqu'il fut témoin de ce grand souvenir do moyen âge.
Ainsi , les circonstances continuaient pour Gothe ce irh la nature avait commencé. Une intelligence prompte, m travail assidu, une mémoire facile , concouraient à cette belle et noble éducation. Les nombreuses maladies de l'eafance lui facilitèrent les moyens de digérer ses lectures, es augmentant sa disposition naturelle à la méditation. Il subi aussi une influence religieuse toute spéciale. La tolerawf et l'impartialité présidèrent à ses premières pensées.
Il venait d'entrer dans sa huitième année lorsque» 17» la guerre de sept ans éclata. Quelques années après, le» Français occupèrent Francfort : l'un de leurs officier», le comte de Tborane, fut logé dans la maison des parent» de Goethe, et se prit d'une vive affection pour l'entant, doit l'Imagination fut singulièrement éveillée par ces relation»»!* tous les jours avec un étranger, bon connaisseur et p*i amateur des beaux-arts. Bientôt il ae fit auteur dranub que pour les marionnettes, il est vrai, ruais elles lui donnèrent la connaissance technique de la scène.
A ce moment un théâtre français s'établit à Francfort : * eu devint le spectateur assidu , se fortifia dans la cotuu* sanec de cet idiome, conçut un nouveau système dnuu 1 que, et dépouilla les préjugés de son pays et de son leaa> La paix fut conclue : Gœtlie , adolescent, perfectionna m* éducation. Le dessin, la musique, l'observation des otf* naturels , les éléments delà jurisprudence et l'étude des lu gues modernes l'occupèrent alternativement Le patoinfc" mand des juifs lui donna l'idée d'apprendre l'hébreu , éude qu'il ne poussa jamais fort loin, mais qui eut pourtant peu lui l'avantage d'arrêter son esprit sur les livres saroU. U* plut à détailler la peinture historique de certains caractère bibliques , et ,1'histoiro de Joseph fut son premier outra* pot-tique. Il y représenta tous les événement» jusque du* leurs moindres détails, et s'imposa l'étrange tâche de le*n> conter avec la plus grande exactitude : apprentissage dï tiste gothique, auquel il se soumettait. Il s'habitua de* W« à dicter , méthode qu'il aima jusqu'à, la fin de sa vie, qu'on le voit par ses périodes. La facilité qu'il trouvait à n» sembler et à conserver ses idées augmenta eo loi la lâfoj* innée de création et d'Imitation. L'expérience, à I» vrn>. lui manquait encore, mais il l'acquit bientôt. Le comu*1^ de plusieurs hommes distingués, différentes affaires doui k chargea son père, 1 initièrent à U corinaiasance d« eb*>
et des événements de la ne réelle. Telles furent à la fois la poésie et la philosophie qui dirigèrent la vie du jeune poète. L'amour vint lui donner, pour ainsi dire, le dernier fini, laperfection suprême. Ces amours durèrent peu , leur dénoûment fut triste et pénible ; mais l'impression n'en resta pas moins dans le cœur du poète. Elle lui fit (aire plus d'une découverte importante. Les portraits de femmes qu'il eut occasion de tracer en reçurent l'ardent reflet. La jeune fille de la tragédie iïEçmonl n'a pas d'autre modèle. Elle se nommait Marguerite: la Marguerite de Faust illustra et immortalist re nom. Quelques moment* pleins de charmes passés près d'elle avaient laissé dans son Ame une passion violente, qui ne lui laissait ni repos, ni sommeil, ni santé. Il se guérit lentement et avec peine; la paix ne rentra dans son cœur que lorsqu'il alla terminer ses études à l'université.
Conformément au plan que son père avait tracé pour lui, il se rendit à Leipzig, où régnait le pédant G ottsched, mais où Ernesti et Gellert attirèrent principalement ses regards. L'université lui déplut singulièrement. Elle lui faisait refaire un peu plus mal tout ce qu'il avait déjà fait. L'histoire de ta philosophie lui prouvait le vide et le vague des systèmes. Tout ce qu'on lui disait sur la logique lui paraissait extraordinaire ; il ne concevait pas que ces opérations de l'esprit , que depuis sa jeunesse il avait exécutées avec la plus grande facilité, on le contraignit a les isoler, à les morceler, à les démolir pièce à pièce pour en apprendre le véritable usage. Quant aux choses invisibles, au monde surnaturel , il croyait en savoir à peu près autant que son professeur; et il trouva bien des côtés faibles dans la science Idéologique. L'étude du droit lui offrit les mêmes incertitudes, et lui inspira l'opinion qu'il exprima plus tard avec tant de talent dans une scène de Faust.
L'époque littéraire dans laquelle il se trouvait jeté se développait et naissait de l'é|>oque précédente par la contradiction , comme il arrive toujours. Tout était encore obscur dans la partie théorique de la poésie : les jquestions secondaires absorbaient tout. Cependant , l'esprit de liberté et de liardiesse allemande s'agitait déjà , et faisait écloredes morceaux pleins démérite et d'inégalité. On avait imité l'Espagrie, puis l'Haï i enfin la France ; on commençait à prendre pour modèle l'Angleterre. Le sentiment et la réflexion de Goethe le mêlaient è ce mouvement -. il transformait tout en poésie, et son pins grand chagriu, cotume il le dit, c'ét lit île ne pouvoir multiplier les sources de son inspiration par de lointain* voyage*, de ne pouvoir sortir du cercle qui Peatoiirait immédiatement
Alors commença pour lui l'habitude, qu'il conserva pendant toute sa vie, de donner à toutes ses émotions une teinte littéraire et artistique. Dés qu'une chose lui causait du plaisir ou du chagrin, il transformait ce sentimenten un poème; et cette contemplation intérieure le rendait à la tranquillité : tout ce qu'il a composé, poèmes lyriques, drames, élégies, romans, doit être regardé comme appartenant à une vaste confession qui complète sa biographie. La méditation des arts l'attirait aussi. Il s'attacha spécialement à leur partie historique. Il étudia avec ardeur Wfnckclmann et les collections de Huber, de Krcisshauf, de Richtcr : elles exercèrent non jugement, formèrent son gont, et le familiarisèrent avec toutes les écoles. L'n voyage qu'il fit plus tard.a Rome acheva de le perfectionner sous ce rapport. Grethe s'exerça aussi dans la gravure, et poussa ce talent fort loin; mais les exhalaisons dangereuses de l'ean-forte, jointes à quelques erreurs de régime, lui causèrent une maladie dangereuse, qui se prolongea jusqu'à ,1'année 1768. A cette époque il quitta Leipzig, on. il avait appris fort peu de droit, mais où il avait posé les bases profondes et larges de sa gloire.
Son retour dans la maison paternelle ne le guérit pas complèternenL Très-souffrant et accablé des soins d'une lente et triste convalescence, il attira l'attention d'une jeune personne , dont la sensibilité mystique modifia beaucoup sa vie i ilérleure. On retrouve les intentions et les expres$ions;dc Cette jeune personne dans les Confessions d'une beUeâme,