‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 319 sur 614 · GOLDONI · texte numérisé non relu

GOLDONI

En 1759 H fct nomme coadjuteur en chef du chancelier de FHire, et eut le plaisir de joindre Ace titre cehri de directeur d'un théâtre de société, dans le palais du gouverneur. Il arrangea pour sa troupe des pièces de Métastase, et en composa lui-même. Ses parents, qui ne pouvaient vivre sans lui, le rappelèrent a Bagnacavalli, où il perdit son père. Songeant sérieusement A sa fortune, dont la médiocrité l'effrayait, il se fit recevoir avocat à Venise, en 1733 ; mais sa clientelle étant peu nombreuse, il employa son temps à faire dus almanach* en verset en prose, qui eurent beaucoup de succès. Une cause importante gagnée lui donnait ta vogue, quand des intrigues amoureuses et un mariage manqué l'engagèrent à quitter Venise. Errant dans le non! de l'Italie pendant la guerre de 1733, pUié par des déserteurs, il trouva heureusement a Vérone des comédiens dont le chef était son ami, et qui représentèrent sa mauvaise tragédie de ht>lisav-<\ que l'on voulut bien applaudir. Sa mère, tout en regrettant qu'a abandonnât le barreau, finit par approuver la carrière vers laquelle un penchant irrésistible sem- Mnit l'entraîner, et il ne s'appliqua plus qu'a travailler pour le théâtre. Ses relations intimes avec les comédiens le jetèrent dans un genre de vie assez dissipée, jusqu'à l'année 1786, qu'il épousa la fille d'nn notaire de Gènes, avec laquelle ii vécut dans une union parfaite, et dont la famille le fit nommer consul de Gêne* A Venise, en 1739. item ans après, certains accidents le forcèrent à quitter cette place, et il voulut aller tenter la fortune ailleurs. Il parcourut avec sa femme le nord de l'Italie, désolé par la guerre, et se vit dépouiller de tout ce qu'il possédait par des hussards autrichiens; voulant demander au prince Lohkowicz, qui

cheminant péniblement avec sa femme, la portant sur son dos A travers deux torrents, courant mille dangers dans un pays couvert de soldats ennemis, il arrive enlin A Rùnini, où le prince fait un accueil plein de grâce à l'auteur de ttelisatro, du Cartesan , et d'antres comédie* qu'il a souvent appiaudiesj On lui rend ses effets ; on lui confie la direelioa du spectacle; il gagne de l'argent et s'amuse, chose qui lui étaient également nécessaires.

En visitant Florence, il s'y lit pour amis Corchi, Goii, Lami, et tout ce que cette ville comptait alors d'hommes célèbres : il en fut ainsi à Rome et dam tonte l'Italie. En 17S3 on le critiquait encore beaucoup, mais sa gloire était assurée, et sur tous les théâtres de l'Italie on représentai! ses pièces, qui n'avaient pas moins de succès h la lecture qu'à ta scène. Goldoni avait fait une étnde particulière de Molière, et pour introduire dans ton pays la comédie de caractère, il luttait courageusement contre ses compatriotes, qni préféraient les tarées et les pièces à canevas, dont les acteurs Improvisaient leurs rotes. Il était difficile de détrôner Pantalon, Arlequin, le Docteur : c'était attaquer Venise, ftergame, Bologne, dont ce* masques semblaient les représentants t ausni Goldoni se fit-il beaucoup d'ennemis, A la tête desquels on doit placer le comte Gozzi, auteur comme lut, et qni dressa un théâtre rival du sien. Des comédiens italiens ayant joué à Paris f Enfant d'Arlequin perdu et Retrouvé, pièce s canevas, qu'il avait faite pour le célèbre mime Sacehl, les gentilshommes de la chambre lui proposèrent de venir en France pour deux ans. Il arriva dans ce pays, qu'il avait toujours désiré connaître, en 1791; il allait le quitter, a son grand regret, lorsqu'il fut nommé maître de langue italienne de Mesdames, filles de Louis XV. Pendant plusieurs années, ce poste ne lui valut qu'un logement au château de Versailles, et l'agrément d'être des voyages et d'assister aux fêtes et spectacles de la cour: on oubliait de payer des appointements à celui qui n'en demandait point. Enfin, Mesdames obtinrent pour lui une pension de 3,600 livres, qui, jointe à l'argent qu'il recevait d'Italie pour les représentations et les impressions de ses pièces, suffit a lui procurer toute l'aisance que u modération de ses goûts lui faisait désirer. La sup-

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pression de cette pension en 1791 laissa Goldoni et sa femme dans un état voisin de la misère : il tomba malade. Un rapport de Joseph Chénier à la Convention fit rétablir la pension du vieil auteur en 1793, la veille même de sa mort, et on se borna à en accorder une de 1 ,300 francs A sa veuve, âgée de soixante-seize ans.

Goldoni , malgré la finesse et la vivacité de son esprit , avait le caractère le plus doux, le plus aimable; il était aussi probe que désintéressé, et, quoique fort sensible aux louanges, ne concevait aucune inimitié contre ceux qui le critiquaient. Dans ses comédies, il a poursuivi impitoyablement les vices et les travers ; i l n'y en a pas une qui ne soit morale. Si la lecture de ses pièces était moins entraînante, on remarquerait que son langage n'est correct et élégant que lorsqu'il écrit dans le dialecte vénitien ; mais l'intérêt est si vif, on prend tant de part A l'action , les personnages se sont tant emparés de l'imagination, que l'on ne s'arrête plus au style dans lequel ils s'expriment : leur sort , leur passion, voilà ce qui occupe. La modestie de ooiunm nuisit a sa ceieorue. nieu qu'il soit l'auteur d'une comédie restée au Théâtre-Français, honneur singulier pour un étranger, sa réputation est de beaucoup au-dessous de son mérite; et le Bourrit bienfaisant est loin de pouvoir donner une idée du charme, du piquant, de l'originalité avec lesquels il peint les mœurs et les hommes de toutes les classes de la société en Italie, à l'époque où il y vécut. Il a composé cent cinquante comédies au moins; les éditions de son théâtre sont sans nombre: ses Mémoires, écrits en 1787 (Goldoni avait alors quatrevingtsans) sont aussi amusants que sincères.

C* de Bbaoi.

GOLUSCIIMIDT M ). Fof«lJtM (Jenny).

GOLUSMITH (OuvitR), historien et romancier anglais, né le 10 novembre 1728, àPallasou Pallice, dans le comté de Longford (Irlande ), était fils d'un pauvre ministre de campagne qui, au moyen d'un fonds commun (ait dans la famille , l'envoya en 174& étudier la théologie A Dublin. Un soufflet qu'il reçut un jour de l'un de ses professeurs le détermina A quitter cette ville ; mais la faim ne tarda pas A l'y ramener, et alors son frère le réconcilia avec son maître. Après avoir ensuite rempli pendant un an l'emploi de précepteur, il s'était décidé A partir pour l'Amérique. Mais le capitaine mit A la voile sans l'attendre, et emportant avec lui la modeste valise qui contenait tout son liagage. Olivier Goldsmith dut donc s'en revenir auprès de sa pauvre mère, qui, A foi ce de sacrifices et de privations, parvint encore A l'envoyer étudier la médécine A Edimbourg. Mais s'étant imprudemment porté caution pour un ami, il dut fuir de cette ville, et s'en alla alors à Leyde, où pendant une année il se livra A l'étude de lacliimie et de l'anatomie. Il finit pourtant par y renoncer pour se faire voyageur, comme si c'eut été là une carrière. Il partit donc A pied le sac au dos, se remettant du reste à la Providence. Du courage, sa voix, une flfile, tels étaient ses seuls trésors. Les airs qu'il jouait ou chantait lui valaient un gtte pour la nuit et du pain pour la journée. « Quand, au tomber du jour, dit-il, j'approchais des chaumières, je jouais un de mes airs les plus joyeux, et cela me procurait non -seulement un logement, mais encore ma nourriture pour le lendemain. » C'est surtout en France qu'il employait ces moyens ; ailleurs , il en mettait de plus difficiles en pratique. Dans toutes les universités étrangères et les couvents, on soutenait alors A certaines époques des thèses philosophiques contre les premiers venus qui voulaient les attaquer, et celui qui avait fait preuve d'habileté pouvait réclamer une gratification pécuniaire, un dîner et un it pour une nuit. Goldsmith parcourut ainsi la Flandre, la France, PAIIemagnt et la Suisse, où il composa une partie de son poème The Traveller. A Genève, il devint le guide d'un jeuno Anglais ; mais l'avarice extrême deson patron le décida A l'abandonner A Marseille. De IA il se rendit à Padoue, où , dîton, il se fit recevoir docteur en médecine. Revenu en Angleterre en 1750 , la misère le réduisit A accepter dans une école de Peckham les rudes fonctions de pion, qu'il éabangea

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plus tard contre celles de garçon apothicaire. Enfin, un de ses anciens camarades de l'université d'Edimbourg l'encouragea à aller s'établir comme médecin praticien à Londres.

Les malades ne venant pas, Goldsinith mourait de faim, quand il lui arriva de faire la connaissance de Griflitb, alors l'éditeur du Monthly Review, qui lui donna quelque travail ; mais au bout de buit moia, croyant pouvoir désormais voler de ses propres ailes , il se brouilla avec lui. Après avoir publié son Enquiry into the présent sltilc of lotie and literature in Europe ( Londres, 1 7a9 ), il se livra désormais avec une ardeur extrême aux travaux de la vie littéraire, récoltant dans cette carrière beaucoup de gloire sans doute , mais fort peu d'argent. C'est ainsi qu'il donna , entre autres, ses Lettre» Chinoises, qui |varurent d'abord dans le Public ledger, et qu'on réimprima ensuite sous le titre «le The Citizen of the World ( 1762). Vers le même temps il termina son poème TheTraveller (Le Voyageur). Vinrent ensuite : Utters on English hlstvry (1704); The Vicor qf Walefield ( 1766 ); sa première pièce de théâtre, The gooti natured man (1767 ); son poeme, T/ie deserted Village (1770) ; Roman History(iT!0); son Uistoruqf Kngland ( 1773); ta seconde pièce de théâtre, She sloops ta conquer (1773); Jtistury oj Greece ( 1773 ) ; enfin, d'après IJuflon, son Hitiory of the earth and animated nature (A roi., 1774), ouvrage demeuré inachevé. 11 travaillait a un dictionnaire universel des arts et des sciences , lorsque la mort le surprit, le \ avril 1774.

Après les étranges vicissitudes dont la via de Goldsmilh avait été semée, il ne faut pas s'étonner que ses poésies aient des couleurs locales si vives, qu'il décrive, par exemple, son Village abandonné avec une vérité si naïve et ai touchante, et que dans son Voyageur ( The Traveller ) il déploie, avec les nervations les plus fines , toutes les ressources de U plus poétique imagination. ■ Douce poésie, vierge cliaruiante . s'écrie Olivier Goklsmith à la fin d'un de ses poèmes, trop pure pour un siècle dégénéré et corrompu, on tu ne trouves plus un roeur capable de battre a tes généreuses inspirations ; déesse aimable, trop négligée , trop décriée , orgueil de ma solitude , source de tous mes plaisirs comme de tous mes maux, loi qui m'as laissé dans la pauvreté où lu m'as trouvé, adieu !» Et en effet il dut lui en couler de renoncer aux douces rêveries du poêle, pour se livrer au nide travail de l'écrivain condamné par son étoile à gagner avec sa plume son pain de chaque jour.

Ses œuvres dramatiques lui assurent un rang distingué dans le tliéAtre anglais. Son Vicaire de. Wakejield, que toute l'fcurope a lu, relit encore, et lira toujours, et qui est devenu un livre classique, a fait sa réputation comme prosateur, i n tenant compte de tous ses autres travaux, si nombreux et si divers, on comprend qu'y n'y a rien d'exagéré dans les éloges que les meilleurs critiques lui ont donnés. Jamais poète depuis Pope n'a eu plus de correction et d'élégance. Il possédait d'ailleurs ce qui manquait à Pope, un rare bonheur d'expression et des traits pleins de naturel et de naïveté. Samuel Johnson a dit de lui : « Olivier Goldsmith , |ioete, philosophe et historien, propre a tous les genres, sut orner tous les sujets : habile tantôt a nous faire rire et tantôt à nous faire pleurer, son génie exerçait sur les affections du • u'ur une douce tyrannie, et rien ne manquait i son expression, à la fois noble, pure et délicate. »

GOLDWASSER. Voyez Eau-de-Vie oe Dast/u.

GOLFE. Admettons avec la scieuce moderne les divers âges de la terre, la formation lente de son écorce en stratifications successives sur un noyau inconnu : ne peut-on pas dire que dans le dernier cataclysme qui donna à notre globe sa forme actuelle, les eaux de la mer, oscillant dans un bassin fraîchement creusé, heurtant des rivage* mal affermis, les déchirèrent en mille lieux et y creusèrent de* détroits, des golfes, «les baies? Y eut- il alors vers le pôle arctique une crépitation extraordinaire, dont l'histoire est restée empreinte sur te littoral, taillé tt coupé en mille dentelures bizarres

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par de* golfes 1 La plm csesuJérahls de are fraude* aat la

mer Blanc ha, véritable golfe, m fend duquel le tsar Pierre jeta le port d'Arehangel; position maririme singulière, an le commerce ne pénètre que pendant six mois de l'année, et d'oo la naarina miMaire de la Russie m peut menacer notre Europe que pendant le manie temps , aar le reste de l'année elle est Moquée et retenue prisonnière par fes glaces. Plus bas, ai tout à fait dans l'intérieur des terres, les golfes de Bothnie et de Finlande marquent ta limite extrême de la mer Baltique; la nature y est austère et froid* ; le dira de* nations du Nord dut y poser ses premiers temples au milieu d'âpres rochers , au Mte desquels flottent des brume* glacée* comme des ténèbres visibles.

Sur nos cotes occidentales , l'océan Atlantique fil un pas dont le golfe de Gascogne est la trace ; tes notre* pierres de l'enmark le limitent an nord , au sud le dernier cap <fe I KspAgue : parages dangereux aux navigateurs quand l 'luver y apporte ses brumes, tes tempêtes et ses frima* j car aie* ce n'est plus dans le ciel que le marin cherche sa route, l'uél fixé snr le fond, la sonde à la main , I marche à tâtons. La Méditerranée écorna la côte de Provence, et creusa le «o I fe de lion ; son nom indique son caractère , mort lAonit ; on trouvait autrefois que la mer y était furieuse comme un lion. De 14 , ébranlent l'Italie, eH* étendu V golfe de Venise comme un bras , puis , par me oscillation contraire , frappant la céte septentrionale de l'A trique vers la régence de Tripoli, elle s engouffra dans le golfe de la Sidre , redoutable à cause des courants et des vents qui y battent en côte, redoutable surtout à eaune des féroces nations qui peuplent ses rivages. La rote oceidentable de l'Afrique, moins ciselée, moins tourmentée, s'infléchit retraitant devant rénorme masse de* eaux de l'Atlantique et oim rit le golfe de Guinée , région des longs calmes , des diateers étouflantes : malheur an marin maladroit qui, pour se rendre au Cap de Bonne-Espérance , s'engage dans cette atmosphère immobile ! ballotté par les longues et étemelles vagues que l'Océan roule depuis les régions australes, il voit aver un impuissant désespoir ses vivres inutilement s'épuiser et le scorbut décimer son équipage. Le cap Negro borne ne midi ce grand golfe ; sol horrible, volcanique et calciné, sans ornbrages, sans verdure, sans eau : ses habitants rabougris, à peine doués d'un langage, vont chaque matin, avec des pennies d'autruche , éponger la mince couche de rosée que les . nuits éclatantes déposent sur ses peintes rocailleuse*.

L'océan Indien rudoya les rivages de l'Asie. Dm pretnsrr bond, il ouvrit le golfe dn Bengale, où le génie constuercial de l'Angleterre attire aujourd'hui le* marchand* de tout ronivers; le Gange l'arrêta; il donna une autre secousse su continent, et creusa profondément le golfe Per&iqne. La masse d'eau fluviale que l'Euphrate et le Tigre charriée* des sommets de Taorus le fit reculer ; il déposa dans sa retraite des bancs de piutadincs, ou hottres à perle : là, l'Arabe (end sa lente mu une faible barque ; nés tribus errent au gré des vagues, toujours ardentes au pillage, toujours en guerre, et nomades encore sur l'eau comme au milieu des sables dn désert; enfin, par. un dernier effort, il voulut se joindre à b Méditerranée, il franchit le détroit de Bab-el-Mandeh (Porte de la Mort ), se traîna sur les roches niadréperiqnes dont ce méridien est hérissé , et traça dn sud au nord 1«> golfe Arabique, appelé aussi mer Rouge ; mais la force toi manqua au milieu des sables : il s'arrêta à quelques lie un» de but, laissant seulement nn long et étroit sillon, eu pendent six mois de l'année souille le vent du midi, et le vent de nord pendant les six autres mois ; rivage* célèbres, bevceae de* deux religions qui partagent aujourd'hui l'univers, ancienne routa du commerce de l'Inde, que l'Angleterre • de nos jours ressusciter par la toute-puissance de In peur.

Toute la bande orientale de l'Asie, depuis la pcesenj^SB

Malacca jusqu'aux limites de la Sibérie, vers in mer d*0> choisi, est coupéede nombreux golfes : tels le gobe de Stassv, le golfe de Tonqum, la mer Jaune et plusieurs autres,

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