FUGGER
samment à entretenir l'animosité d'Eck contre Luther et les Wittenbergeois. Quand, en IMO, Charles-Quint s'en vint à Augsbourg présider la diète de l'Empire, il logea dam la magnifique maison que possédait Antoine Fugger, sur la place du Marché aux Vins de cette ville. Le 14 novembre 1530 il éleva les deux frères, Antoine et Raymond, à la dignité de comtes de l'Empire, avec droit de bannière, et leur abandonna en toute propriété les domaines engagés de Kirchberg et de Weissenhorn. Il les fit en outre admettre parmi les princes de l'Empire, au banc des comtes de Souabe, et leur délivra des lettres patentes contenant l'octroi des privilèges et immunités attribués à la dignité de prince. En reconnaissance de l'assistance qu'ils lui prêtèrent pour l'expédition qu'il entreprit en 1535 contre Alger, il leur accorda le droit de battre des monnaies d'or et d'argent, droit dont leurs descendants firent encore usage en 1621 , 1624 et mémo I69J. A sa mort, Antoine Fugger ! six millions d'écus d'or en espèces , sans compter ut tité infinie de joyaux , d'objets précieux et de propriétés si* tuées dans toutes les contrées de l'Europe , et même dans les deux Indes. Quand Charles-Quint , venu a Paris , alla visiter le trésor royal, on raconte qu'il dit aux seigneurs cliargés de lui en faire les honneurs : « Nous avons à Augsbourg un simple tisserand asset riclw pour acheter tout cela. »
L'empereur Ferdinand II ajouta encore a la splendeur du nom des Fugger, en confirmant tous les privilèges que Charles-Quint avait octroyés à cette maison , et en en accordant de plus considérables encore aux deux chels de la famille , les comtes Jean et Jérôme Fucctn , qui eurent le bon sens de continuer le commerce , source première de l'illustration «le leur nom, et qui par là ajoutèrent encore aux richesses immenses de leur famille. Les plus hautes dignités de l'Empire leur furent accordées , et plusieurs famille* souveraines se vantaient liautement de leur être alliées Ils possédaient de précieuses collections de tableaux , de statues et de livres , favorisaient les sciences et les arts avec une noble libéralité et faisaient des pensions à un grand nombre d'artistes, peintres ou musiciens. Leurs demeures, leurs jardins, réunissaient toutes les merveilles du luxe d'alors; et les écrivains contemporain» s'extasient à les décrire. Jean de Schweinichen, dans ses Mémoires, si instructifs pour ceux qui veulent connaître l'état moral et politique de l'Allemagne à la fin du seizième siècle , raconte avec une charmante naïveté combien il se sentit déplacé , lui rustre gentilltomrae campagnard , n'ayant auparavant jamais connu d'autre magnificence que les oripeaux de la misérable petite cour de son duc de Silésie-Liegnitz, lorsque les aventures de ce vagabond couronne et en guenilles l'amenèrent à Augsbourg , où les Fugger lui firent les honneurs de leur table et de leur maison. A cette occasion, Schweinichen, en sa qualité de gentilhomme du duc , servit son prince à table, et dans sa vieillesse il gémit encore en songeant à la mortification qu'il éprouva , ainsi qu'à la bruyante hilarité qu'il provoqua parmi h» convives, en se laissant cltoir tout de son long, sur le pavé en mosaïque de la somptueuse salle à manger de l'opulent marchand, avec le lourd plat d'or massif et chargé de viandes qu'il tenait de ses deux mains Au dessert, Fugger, en homme bien appris, consentit à faire, sous forme de prêt, au duc de Silésie, à un prince du saint empire, l'aumône de quelques milliers de florins.
Ce luxe , celle magnificence, ces richesses immenses, donnent de la vraisemblance à une anecdote suivant laquelle Charles-Quint, au retour de son expédition d'Alger, étant descendu à Augsbourg chez Antoine Fugger, celui-ci mit le feu au tas de bois de cannellicr placé dans U cheminée do la chambre réservée à l'empereur, avec l'obligation que ce prince lui avait souscrite. Mais ce qui assure une longue durée à la mémoire des frères Fugger, c'est le bien qu'ils firent , ce sont les institutions charitables qu'ils fondèrent en diverses conlrees et plus particulièrement à Augsbourg, où subsiste encore de nos jours, dans le faubourg Saint-