GRAVITE
clioses qui et <lc gaieté.
« Grave, an sens moral, dit Voltaire, tient toujours du physique : il exprime quelque chose de poids ; on dit indifféremment un homme de poids , ou un homme grave- Le grave est au sérieux ce qne le plaisant est à l'enjoué ; il a un degré de plus, et ce degré est considérable : ou peut être sérieux par humeur, et même faute d'idées; on est grave, ou par bienséance, ou par l'importance des idées qui donnent de la gravité. Il y a de la différence entre être grave et être un homme grave. C'est un défaut d'être grave hors de propos. Celui qui est grave dans la société est rarement recherché. Un homme grave est celui qui s'est concilié de l'autorité plus par sa sagesse qne par son maintien. L'air décent est nécessaire partout ; l'air grave n'est convenable que dans des fonctions importantes. »
Un auteur grave est celui dont le» opinions sout suivies dans les matières non sujettes à contestation. Le style grave évite les saillies, les plaisanterie*. S'il s'élève par hasard au sublime, si dans l'occasion il est touchant, il rentre bientôt dans cette sagesse, dans cette simplicité noble qni est l'ennemie de son caractère. Il a de la force , mais pende hardiesse. La plus grande difficulté en l'employant est de ne pas tomber dans la monotonie. La gravité est ridicule chez les enfants , chez les sots , chez les êtres avilis par quelque métier infâme : le contraste du maintien avec l'âge , le caractère, la conduite, la profession soulève alors le mépris. La gravité ne suppose pas toujours la sagesse : elle est l'opposé de la frivolité, et non delà gaieté; elle diffère enfin de la décence et de la dignité, en ce que la décence recèle les égards qu'on doit an public, la dignité ceux qu'on doit à sa position, la gravité ceux qu'on se doit à soi-même. GRAVITÉ (Centre de). Voyez Centre de Gravité. GRAVOIS. Ce mot vient certainement de gravier, et I les petits fragments de plâtre qui n'ont pu passer au r, c'est-à-dire à travers une espèce de crible en osier. Ces petites pierres, sous le nom de gravois, sont battues de nouveau et passées an «as ou tamis de crin.
Lorsqu'on démolit des plafonds ou autres parties de bâtiment en plâtre, on trie ces démolitions : les plus gros fragment sont conservés sons le nom de plâtrai, et employés pour des cloisons, quelquefois pour des corps de cheminée; le reste s'enlève sous le nom de gravais ou gravais, et les voituriers qui conduisent ces tombereaux aux décharges publiques portent le nom de gravatiers. La butte des Moulins et celle de Bonne-Nouvelle à Paris ne sont formées que de gravois et autres objets de démolition. Dccuesne aîné.
GRAVURE. Ce mot vient du grec Ypiçw, je trace; et en effet la gravure consiste à tracer un dessin quelconque sur une matière dure. CVst de tous les arts celui qui a été exercé le plus anciennement, et on trouve encore quelques patères ou d'autres pièces en métal sur lesquelles on voit des figures, des compositions , des ornements gravés par les Romains , les Grecs, les Italiotes et les Égyptiens. On peut même citer un exemple de gravure chez les Hébreux, puisque le bonnet de leurgrand-prêtre était orné d'une plaque d'or sur laquelle était tracé le nom de Dieu, Jehova. Mais la gravure dans ces temps anciens n'avait pas l'importance qu'elle a acquise depuis le milieu du quinzième siècle, lorsqu'on eut découvert le moyen de tirer épreuve d'une planche gravée.
Les différentes espèces de gravures peuvent être séparées en trois divisions : 1 "la gravure en creux on en taille-douce et sur métal ; 1° la gravure en relief ou en taille d'épargne, soit sur bois, soit sur métal ; 3° la gravure en bas-relief ou de médaillés et de pierres fines.
La gravure en creux s'exécute ordinairement sur cuivre rouge ; on grave aussi sur cuivre jaune et sur acier. On a commencé d'abord par graver sur de petites plaques d'argent, puis ensuite sur étain, avantde faire usage du cuivre. On doit comprendre dans cette division : i°uigravurc au burin ;f\zgrapure à Veau-forte ; >° In gravure an pointillé ; 4° la gravure dans te genre du crayon ; :,■ la gravure en mezzotinte;
GRAVURE
6° la gravure en couleur ; 7° la gravure au lavis ; 8° la gravure de musique; 0" la gravure mécanique, parla madone Conté ou par le procédé Cotas; 10- la gravure hétiographique, etc. La graoureen relief se fait ordinairement sur bois, tel que le buis ou le poirier, mais aussi quelquefois sur cuivre jaune et sur acier. On doit la distinguer en : 1° gravure à une seule taille; 2° gravure en camaïeu; 3" gravure de vignettes sur cuivre jaune et sur acier.
Gravure en creux.
Nous ne rechercherons pas de quelle nature était le métal sur lequel gravaient les anciens , ni quelle préparation on lui donnait; il nous suffira de nous occuper de cet art au moment où, ver» le milieu du quatorzième siècle, il devint en peu d'années un objet de la plus hante importance , par la découverte deMasoFiniguerra,quien 1 453 trouva le moyen de tirer épreuve d'une plaque de métal qu'il venait de graver pour l'église de Saint-Jean de Florence ( voyez Nielle). Comme la gravure ne s'employait alors que pour orner les bijou v, les plaques dont on se servait étaient d'une très-petite dimension , et le métal qu'on employait était l'argent, quelquefois l'or. Lorsque, plusieurs années après, Mantegna et d'autres orfèvres gravèrent sur des planches plus grandes, et avec l'intention de tirer desépreures, qui reçurent le hom d'estampes , on ht usage d'un métal moins piécieux , tel que l 'étain; c'est du moins ce qu'on doit présumer en voyant des épreuves si faibles, tirées do gravures dont cependant ou rencontre assex rarement île bonnes épreuves , ce qui doit faire penser qu'elles ont été tirées à petit nombre. Enfin , plus tard , c'est-à-dire vers Pépoque où vivait Marc- Antoine Kaimond i, on commença à faire usage de planches de cuivre rouge, ce qui a continué jusqu'à nos jours , où cependant quelques graveurs se servent de laiton ou cuivre jaune. On «nploie aussi maintenant des planche* d'acier, dont on peut tirer facilement vingt mille épreuves, tandis que les planches de cuivre n'en donnent que trois ou quatre mille.
La planclie de cuivre étant passée au laminoir, on la coupe à ta grandeur convenable et on la plane, c'est-à-dire qu'en la plaçant sur une enclume, on la frappe à froid avec un marteau d'acier, de manière a rendre sa fermeté égale dans toutes les parties, en resserrant les pores ou les petits trous qui peuvent se trouver à la surface du métal. Il faut ensuite enlever avec un grattoir toute la superficie , de manière à ce que le cuivre soit bien pur et qu'il ne reste ni gerçure ni aucune partie oxydée; après quoi , on unit la planeue, d'abord avec un morceau de grès, que l'on passe dessav, puis après avec de la pierre-ponce, et enfin avec un charbon, ayant toujours soin de mouiller la plan ci te pendant ces diverses opérations. Le cuivre ainsi préparé doit rendre an son argentin, s'il n'est ni trop mou, ce qui l'empêcherait de donner beaucoup de bonnes épreuves, ni trop aigu, ce qui indiquerait que le cuivre est trop serré et trop sec, rendrait maigre le travail de la gravure, et donnerait pins de difliculté au graveur, par laçasse fréquente de ses pointes et de ses burins. Quelque soin qu'apporte le graveur au choix de son cuivre, encore arrive-MI souvent qull y est trompé.
Gravure au burin. C'est la gravure la plus ancienne et celle qui donne les plus beaux résultats; cependant il est rare d'employer le burin seul : ordinairement on se contente de terminer avec cet instrument le travail préparé d'abord par l'eau-forte. Pour graver au burin sur une planche de cuivre préparée ainsi que nous l'avons indiqué, on est dans l'usage de tracer légèrement son sujet avec une pointe, soit sur la planche à nu, soit sur un vernis que l'on noircit avec de la fumée , afin de donner à l'on) la facilité de mieux voir le brait qui découvre la planeue. Les figures ainsi tracées, on prend un tarin, petit barreau d'acier trempé, dont le bout, que l'on nomma ne* ou bec, est coupé de Mais et présente ainsi une pointe. Lorsqu'on veut se servir du burin, on le place à plat sur le cuivre, tandis qu'on tient
dans la main le manche, nui ressembler la moitié d'un chamnîgnon; la manière de tenir cet instrument, comme on le voit, ne ressemble en rien a celle en «wigo pour dessiner an crayon, à U plume ou au pinceau. Le burin, dirigé* par les Joint*, est poussé par la paume de la main , qui reçoit lïmpulsiou du bras entier. lorsqu'on veut faire une taille fine, la roaindoitrester a plat sur te cuivre; si onveutgonfler la taille , on doit progressivement lever le poignet , de manière à ce que le nez du burin , cessant d'être horizontal , entre davantage dans le cuivre et fasse une taille à la fois plus large; et plus profonde. Quoique l'exécution de ce travail présente quelques difficultés pour arriver h la perfection, encore n'est-ce pas la partie di (licite de l'art : ce qui distingue un artiste habile, c'est Indisposition de ses tailles et la va* rietc de ses travaux.
Les tailles , dans la gravure, sont ordinairement croisées, excepté dans les parties qui approchent des lumière*. Quelques graveurs cependant n'ont employé qu'un seul rang de taille; cela peut être regardé comme une singularité on un tour de force , qu'on ne doit pas chercher à imiter ; il serait é^dement (adieux de multiplier le croisement des tailles, et on oc le (ait que dans les fonds et dans quelques parties d'ombre. La manière dont les tailles sont croisées est loin d'èlre indifférente : elles doivent passer do carré au losange suivant qu'on Yeutgra?erdespiems ou d'autres objets inflexibles, des cliairs ou des draperies; dans tonales cas, lorsqu'on croise les taillas , on doit tacher d'en avoir une principale, qui soit placée dans le sens des muscles , si ce sont des chairs qu'on grave; dans le sens des plis, si ce sont des draperies; borisontale, inclinée on perpendiculaire, suivant que la partie de terrain ou de monument présente une plus grande longueur dans ira de ses sens, n faut encore avoir soin, lorsqu'on dispose ses tailles dans un monument, de les placer suivant la perspective, et tendant au point de vue, afin qu'elles ne nuisent pas à l'effet. Les tailles ne doivent pas être toujours de la même forée ; on les fait ordinairement plus fines et plus déliées dans les fonds et dans les demi-teintes ; souvent même, en approchant des lumières, on les termine par quelques points qui semblent encore prolonger la taille. Les travaux dans les premiers plans doivent être plus larges ; cependant on doit éviter l'abus dans lequel on est souvent tomW depuis quelque temps, de placer sur les devants des tailles qui choquent Vai\ par leur épaisseur, et qui laissent entre elles des blancs , qu'on est obligé de remplir par de petits moyens , qui sont moins un principe de l'art qu'une ressource pour dissimuler une faute.
Quoiqu'on puisse rigoureusement se servir exclusivement du burin, encore est-il rare de n'employer que ce seul instrument; souvent les linges, les plumes et les parties les plus délicates des chairs sont terminées avec la pointe sèche, instrument d'acier, fort acéré, dont la dénomination de sèche indique que son travail n'a pas, comme la pointe ordinaire, besoin du secours d'un acide ( l'eau -forte ). La pointe scclte se tient comme un crayon ; souvent elle coupe le cuivre aussi profondément qne le hurin, en donnant cependant moins d'ouverture à la taille. Enfin, dans la gravure au hurin , la plupart des travaux sont ordinairement commencés et traces à l'aide d'une pointe, dont l'emploi sera indiqué lorsqu'on parlera de ra gravure à l'eau-forte. On peut même dire que maintenant tous les graveurs au burin préparent leurs travaux, et souvent même les avancent beaucoup, à l'aide de l'eau forte; mais dans le quinzième siècle ce moyen était Inconnu. An commencement du seizième siècle, on en faisait peu d'usage; et dans le dix-septième encore an trouve de très-belles gravures faites avec le burin seulement, par Augustin Car rache, Goltzius, SatWer, Btemart, Villamène, Poilly, Edelinck, Visscher, Paul Pontiurf, Vorstermnnn, Bol-twcrt, Ma&son, "fauteuil, Roullet et autres. An dix-hotttème siècle, nous trouvons encore des chefs-d'œuvre dans les gravures de Baféthan, Wille, Raphaël Morghen, BervicelTard i e u ; le dix-neuvièine-stède, enfin, nous offre les noms de