GREENWICH
posé de 87» arcades et s'élevant au-dessus des maison* et des rue» du quartier de Londres appelé Southwnrk. Terminé en jniltet tsVJ, et désigné sous te nom de London-Gravesend-Railvay, ou encore de North-Kent-Railv>ay , ce chemin conduit aujourd'hui a Dorchester et à Chat haro, en passant par Gravesend.
CRÉES, nom que donne Hésiode aux deux tilles de Phorcys et deCéto, Pepliredo et Enyo, sœurs âti Gorgones. Elles étaient belles, mais étaient venues au monde avec des cheveux blancs, d'où leur nom de Crées, du grec Ypaîa , vieille femme. D'après des mythographes moins anciens , il y avait trois Grées, auxquelles le scoliaste d'Apollonius de Rhodes donne les noms de Pemphrido ou Prphriodo, d'Ento et de Lrno. Elles n'avalent à elles trois qu'un seul «il, non plus qu'une seule dent, mais de la grandeur d'une défense de sanglier. Elles ne connaissaient d'autre chemin que celui qui conduisait auprès des Gorgones, et étaient préposées à la garde des seules armes avec lesquelles Méduse pût être tuée.
GREFFE (Culture), partie vivante d'un végétal qui, mise en rapport avec une partie d'un sujet de même espèce ou d'espèce analogue , par les vaisseaux nourriciers, s'identifie avec elle et croit des sucs de la plante sur laquelle elle est transportée. La greffe est une des plus importantes opérations du jardinage; elle se pratique de mille manières différentes; sur toutes tes parties des plantes parcourues par des vaisseaux, elle est possible.
Thouin rapporte a quatre sections principales les différents genres de greffes.
A la première section appartiennent les greffes par approche. Le caractère essentiel de ces greffes est que les partie* dont on les forme tiennent à leurs pieds enracinés , et vivent de leurs propres moyens jusqu'à ce qu'elles soient soudées ensemble ; alors la communauté de séve est établie entre les individus. Ici l'union qui a lieu entre des sujets munis de leurs racines s'établit, ou par les troncs , ou par les tètes des sujets, ou par les branches, ou par toute autre partie du végétal , telle que racines , fruits , feuilles et fleurs.
La seconde section est celle des greffes par scions, faites avec de jeunes pousses boiseose* , comme bourgeons , ramilles , rameaux, petites branches et racines qu'on sépare de leur sujet pour les placer sur un autre, pour qu'ils y vivent et croissent à ses dépens; à cette section se rapportent les greffes en fente ou ente, en tète ou en couronne, en ramille, de côté, par racine et sur racines.
Us greffes de la troisième section sont celles par gemmes : c'est un œil, bouton ou gemme , porté sur une plaque d'écorce plus ou moins grande, de forme variée, transportée d'un point d'un sujet à un autre point, ou d'un sujet à un autre sujet. Elles comprennent les greffes en écu sson, en flûte, en sifflet, en chalumeau , etc. Ce procédé est de tous le plus usité pour la multiplication des arbres fruitiers et pour l'amélioration des espèces.
Enfin, la quatrième section se com|>osc des greffes qui s'effectuent au moyen de bourgeons encore herbacés des arbres, des plantes vivaces et même des plantes annuelles.
Quel que soit le mode de greffe que le jardinier emploie, le choix de sujets bien portants et vigoureux doit être son premier soin ; et ensuite les époques les plus avantageuses du mouvement de la séve sont pour lui une cause déterminante; la coïncidence exacte des parties où la séve circule en abondance e«t une condition sans laquelle il n'est point de réussite possible ; la rapidité dans l'exécution , le soin de préserver du contact del'air et des influences atmosphériques les parties juxtaposée* , l'habileté à diriger la séve vers le point qui a reçu la greffe, sont autant d'éléments de succès.
P. G*lDEilT.
GREFFE, GREFFIER. Un greffe est le lieu où l'on clavse et conserve les actes qui sont confiés à la garde et à la surveillance du greffier; le greffier est un fonctionnaire établi près des cours et tribunaux pour Icnir registre des
actes qui émanent dn juge, en dresser les prMèt-wbam,
conserver le* minutes et délivrer les eipédition*. Le* greffiers de tous les tribunaux sont nommés par l'empereur, qui peut les révoquer à volonté. Le* greffiers des juafa» de paix et des tribunaux de première instance doivent être âgés de vingt-cinq ans. Ceux des cours impériales doivent avoir l'âge de vingt-sept ans accomplis. Les greflien sont donc à la fois en quelque sorte secrétaires et archivistes fa tribunaux près desquels ils exercent, et ils sont pu coawquent chargés d'assister aux audiences, soit en personne, soit en se faisant remplacer par des commis assennenta, qu'ils doivent faire agréer aux tribunaux. Leur ininitiert est tellement indispensable, qu'ils font partie intégrant* delà cour ou du tribunal auquel ils appartiennent, de telle wiV que leur présence est essentielle à la validité des deewa» judiciaires. Les greffiers reçoivent à titre d'émolument» on traitement fixe et des droits de greffe, qui varient sortait la nature et l'importance des actes. Comme Us sont charge* d'un maniement de fonds assez considérable, et qu'Us col entre les mains de graves intérêts , la loi, comme garant» de leur gestion , les assujettit a un cautionnement, qui ot fixé en raison de la population et du ressort des triaonui près desquels ils remplissent leurs fonctions. Ils sont sono* a la surveillance des présidents des tribunaux et du ruai»tère public, qui ont le droit de les réprimander et de b dénoncer au ministre de la justice. E. db Chabrol.
Greffier vient de Ypafcv;, écrivain- En France, Philippe le Bel réserva à la couronne le droit de les nommer. Lan charge fut érigée en titre d'office par François I". IU furent supprimes avec les anciens tribunaux par l'assemblée oon* tituante.
GREFFE ANIMALE. L'analogie a fait donner et nom a certaines opérations qui consistent à insérer sur m individu vivant des parties qui lui sout empruntées ou même qui proviennent d'autres individus : telle est FimpUDUUn de l'ergot d'un coq sur sa crête, exécutée par Dublin-*, du Monceau, et répétée depuis avec succès. La natort semble agir dans ce cas comme dans celui des greffes *éf> taies. On doit encore ranger parmi les greffes auùnakt le différente* sortes d'autoplas t les que la chirurgie eu te sur l'homme.
GRÉGEOIS (Feu). Voyez Fro Gbécbois.
GRÉGOIRE (Saint), le Thaumaturge ,ou faiseur den racles, naquit à Néocésarée , dans le Pont, au troaie* siècle. Il suivit d'abord les leçons d'Origène, mais, s'etul bientôt converti au christianisme, il fut baptisé a Alexandrie , et manifesta dès ce moment la foi la plus ardesb Appelé, vers l'année 240, a l'épiscopat de sa ville naUk, ' ne se crut pas digne de cet honneur, et essaya de l'tuSts par la fuite ; mais les sollicitations du peuple furent si f im», qu'il dut se résigner. Malgré les persécutions contre le chrétiens suscitées sous le règne de l'empereur Dcte, i travailla avec persévérance a l'œuvre à laquelle il était apprit ; et les conventions qu'd fit dans la province du Pont tarent tellement nombreuses, qu'à peine y resta-t-il quelque* hérétiques. Lorsqu'il monta sur le siège de Néocésarée , on ai comptait dans cettevillc que dix-sept chrétiens; au moment de sa mort il ne s'y trouvait plus qu'un pareil nombre dV dolatres : aussi saint Grégoire n'écria-t-U , près d'expirer «Je dois à Dieu de grandes actions de grâces ; je ne Uù* à mon successeur qu'autant d'infidèles que j'ai trouve *• chrétiens. » Saint Grégoire le Thaumaturge mourut en suivant quelques-uns, en 270, ou même 271, selon d'auto» On célèbre sa fête le 17 novembre. On a de lui un PaUff tique de son ancien maître Origènc ; une Êpitre w*r nique , concernant les régies de la pénitence ; et une Périphrase de PEcctésiaste. La meilleure édition de ses œuvre» est de Paris , 1621 ( in-folio). On a encore attribué ace *»W docteur des sermons qu'on a lieu de croire de saint Frottai disciple et successeur de saint JesnChryàosume, mort en**:.
GRÉGOIRE (Saint) m: Nauak*e, surnommé le logien, naquit vers l'an 328, dans le petit bourg d'Arwuvt
GHÉ6Û1RE
voisin if«s U ville de Nazianze en Cappadute. Sou père, nommé Grégoire , appartenait à une secte qui, n'adorant que le Très-Haut , admettait tks pratiques du paganisme et du judaïsme. Sa inére, chrétienne ferveute, convertit son mari, et inspira à ses trois enfants Grégoire, Césarius et Gorgonie une pieté vite. L'alné lit de brillantes études à Césarée de Palestine, à Alexandrie d'apte, et enfin à Athènes, où il se lia avec le célèbre Julien l'Apostat A peine eut-il quitté cette dernière ville , ou il t'était lait remarquer par ses mœurs simples et évangélique* , qu'il se relira dans la solitude d'un désert, avec saint Basile, auquel l'uuissait une étroite atuitié. 11 aurait continue à vivre dans 1a retraite, si son vénérable pere , Grégoire, évéque de .Naxianze , succombant sous le poids des années, ne l'eût rappelé pour l'aider a gouverner son épiscopat. Élevé par lui au sacerdoce, puU sacré évéque de Sasima en Cappaduce, il ne tarda pas à abandonner ce siège à un autre évéque, [tour retourner de nouveau dans le désert; inai» son pere , sur le bord de la tombe, le rappela à Naxianze, et il se résigna à remplir les fonctions d'évèque de cette église, sans consentir à eu prendre le litre. Comme on tentait de le contraindre à acccepler l'épiscopat, il retourna dans sa retraite, et y mena U vie des auacliorètes de la Tltébaide. A celle époque l'Eglise de Conslantiaople se trouvait doiuiueo, par le* ariens; lus progrès de ces Itérétiques devenant extrayants, saint Gréuoire accourt dans celte capitale pour les combattre, les terrasse, fait un grand nombre de convenions, y institue une congrégation qui professe tes principe» du concile de N bée, et dont Théodose se déclare te protecteur, et se trouve consolé par «et te marque de la plu* honorable coubance des calomnies que ses ennemis ne cessaient de répandre contre lui. L'empereur ne s'en tint pas à cette démonstration bienveillante : il installa lui-même Grégoire sur le siège archiépiscopal de Constantino pie , et assembla un concile des évèques d'Orient, qui te confirma dans cette dignité ; us, attaqué par le* évèques d'Egypte, U ne voulut pas
que son élection devint le sujet de troubles dans l'Eglise: il se démit donc de ses (onctions, retourna gouverner pendant quelque temps l'episcopat de Kaziause, y fit établir un évéque, et rentra dans te retraite, où il mourut, vers l'an 389, dans sa soixante-deuxième année.
Celte passion irrésistible pour la retraite, qui a domiuê toute sa vie, l'avait rendu d'une bumeur triste, chagrine, et quelque peu satirique ; cependant, on ne saurait lui en faire un crime , car toutes tes villes épiscopales étaient alors en proie à des troubles suscités par tes ariens. Il s'éleva contre la hardiesse avec tequelte cette secte et celte des macédoniens formatent des assemblées et s'emparaient des églises ; mais il y a loin de là à l'intolérance et au lèle outré contre
l'accuser. Ce fut dans te retraite que saint Grégoire de Nasianne composa ses anivres : te partie qui nous en est parvenue consiste en cinquante discours ou sermons sur divers sujets, deux cent trente-sept lettres, des poèmes, et deux
au savant Muratori. I ne profonde connaissance de la religion, une énergie singulière dans l'expression des vérité*, soit du dogme , soit de la inorale, caractérisent te plupart de ses écrits, qui brillent aussi par une éloquence dont aucun de ses contemporains n'a approché, et qui l'a lait surnommer l'isoenU» des Pèrts grecs.
GREGOIRE (Saint), évéque de Nysse, en Cappado<« , docteur de l'Eglise , et Irère rte saint Basile, naquit à Sébaste, en 3.1 1 ou 333, de parents distingués par leur noblesse, et épousa Théoaébie , dont saint Grégoire de Nazlanze nous a laisse un brillant éloge. D'accord avec elle, et pour se vouer plus spécialement a la pratique de la vertu , il entra dan* l'état ecclésiastique et reçut l'ordre de lecteur, tandis que Ttiéosébie éteitedmise parmi les diaconesses. Mais bientôt, son gont pour les lettres profanes se réveillant avec plus de force, il renonça aux fonctions cléricale*, abandonna le sanctuaire, rentm dans fa monde et iVlonna par l'éclat de
se* brillantes leçons de rhétorique, auxquelles la jeunesse
courait eu foule. Le clergé vit avec peine un clerc abandonner les tondions saintes auxquelles il avait été initie; saint Grégoire de Naziaaze lit entendre au jeune piofe&wur des paroles fortes et sévères, et il u'eut pas de peine a le convaincre que sa conduite, peut-être seulement irréfléchie, avait été généralement regardée comme une apostasie dont il devait su hâter de réparer le scandale. Grégoire, renonçant à U brillante carrière qui s'ouvrait devant lui, se relira dans te solitude peur expier sa faute, puis te rendit auprès de saint Basile, son frère , qui avait été élevé , eu 370, sur te siège de Césarée, inétropolitam de la Cappailoce. Il y demeura peu de temps, adonné aux humbles fonctions de te cléricature ; car en 371 ou 372 il fut, malgré sa résistante, appelé a l'évécbé de Nysse, sulïrigant de Césarée.
Son attachement à la foi de Nkée , sou opposition coustante al'ariauisuje.elU supériorité de sou Ulent , tout contribua à l'exposer aux persécution* de celle secte fanatique. Obligé do luir, de se cacher, pour éviter la pri»on, peut-être te mort; forcé d'abandomier son siège, dénoncé à un concile exclusivement composé d'ariens , et qui cependant u'osa prendre a ut une mesure contre lui, il ne lit entendre qu'une seule plaùite, et ce fut l'évèque de Kaaitiue qu'il reuilit dépositaire de te douleur cruelle qu'il éprouvait. En 37», Gratieu, étant devenu seul maître de l'empire, par la mort de Vateus , se bâta de rappeler les évèques exiles et de les rétablir sur leurs sièges.
Grégoire était à peine rentré a Nysse, qu'une perte douloureuse l'obligea de s'en éloigner de nouveau : son frère et son métropolitain , saint Basile, pour lequel il avait autant de vénération que de tendresse , venait d'être enlevé à l'Église, et c'était à lui qu'il était réservé de lui rendre les derniers devoirs. Au mois d'octobre de la même au me, il assista au concile d'Anlioehe, convoqué pour remédier aux abus nés du règne de Valeus , et y reçut la mission de visiter l'Arabie et la Palestine , afin d'y ramener tes lidetes à l'antique foi qu'ilsavaient abandonnée, il entreprit ce voyage en 38U, et |iarcourut la Terre Sainte, En 3&1 il prononça, au concile de Constanlinople (deuxième oecuménique), l'oraison funèbre de sainte Macrine, sa sonar, dont n'avait reçu te dernier soupir avant son départ pour l'Arabie. En Ml et en 394 on te voit encore se présenter à deux autres conciles de Constanlinople , dont te second , en récompense de son zèle, lui donna le titre de métropolitain. Ce sont les derniers léraorables de sa vie, que termina la mort des , suivant quelques auteurs , mais plus probablement le 1Q janvier de l'an 400. Les Grecs ont chond ce jour pour honorer sa mémoire; les Latins la célèbrent le ;> mars.
Appelé à détendre l'élise, autant par sa conduite que par ses écrits, saint Grégoire de .Nysse, grâce à la vivacité de sa foi et à la modération de son caractère, répondit admirablement aux vues de te Providence et aux devoirs «te son apostolat. Ses œuvres ne te cèdent en rien aux plus beaux ouvrages de l'antiquité : dans ses discours, l'élégance, te pureté , l'éclat du style , semblent te disputer à l'énergie de te pensée, à te fécondité des preuves, a toutes les qualités dote véritable éloquence; dans la polémique, on le voit s'attacher surtout à enlever à l'erreur te masque dont elle se couvre, et parvenir constamment a dévoiler ses ruses et son hypocrisie. Aussi, le septième conçue général , qui lui donna le glorieux titre de Père des Pères, voulant condamner les impiétés des nestoiieos et confirmer l'ancienne doctrine de l'Église, produisit-il avec empressement contre les nouvelles erreurs le» écrits de l'évèque de Nysse. Les ouvrages qu'il a laissés *e composent de discours, d'Iioméliee , de traité», de lettres, d'ouvrages dogmatiques ou de controverse, et de livres ascétiques. Parmi les nombreuses éditions des <eu» vres de saint Grégoire de Nysse, te meUleore est celte de NiveHe ( Paris, Itil», 7 vol. in-tol.). Cette de 1618 (3 volt in-fol. ) et celle de 163» sont moins correctes.
L'abbé J.DutEssï
5ô6 GRÉGOIRE
GRÉGOIRE DE TOURS ( Gborciub Fwiocmrjs, connu M>us le nom de) , naquît en Auvergne, d'une famille séna* toriale, le 30 novembre de Tannée 539, fut élu évéque de Tours en 573, prit alors le nom de Grégoire en l'honneur de son bisaïeul, saint Grégoire, évéque de Langrea, et mourut Tan 593 , à Page de cinquante-quatre ans. L'Église l'a mis au nombre de ses bienheureux , la Gaule au rang de ses plu« grands évêques ; la postérité voit en lui le père de notre histoire nationale. La Jeunesse de Grégoire de Tours fut celle d'un pieux et studieux lévite. Devenu évéque, il se trouva , par* sa haute position de patricien et de prélat gaulois , mêlé , sans avoir ambitionné cet honneur, à toutes les affaires politiques de son temps : Contran et Sigebert 1" l'employèrent dans leurs négociations comme dans leurs querelles. Il encourut ta haine de Cbilpéric 1er et de Frédégonde , en donnant asile au duc Gontran et au prince Mé. rovée. Dans le concile de Paris , qni condamna le vertueux et trop facile Prétextât, il osa seul défendre cet évéque. « Il avait, dit M. Guixot, le double patriotisme de la religion et du pays : en lui se manisfestait cette vertu épiscopale , cette importance politique , qui transportait alors à l'évéque la puissance du sénateur romain , et offrait à la race vaincue une protection respectée contre les violences de la conquête, »
Grégoire de Tours a laissé de nombreux écrits : lui-même en donne le catalogue à la fin de sa grande histoire : « J'ai écrit, dit-il, dix livres d'histoire, sept de miracles , un de la Vie des Pires ; j'ai commenté dans un traité un livre de Psaumes ; j'ai écrit un livre d'Heures ecclésiastiques. » Son principal ouvrage est son Histoire ecclésiastique des Francs, titre qui révèle le secret de l'état social à cette époque. « Ce n'est pas, dit M. Guizot, l'histoire distincte de l'Eglise, ce n'est pas, non plus, l'histoire civile et politique seule, qu'a voulu retracer l'écrivain ; l'une et l'autre se sont offertes en même temps à sa pensée , et tellement unies, qu'il n'a pas pu songer a les séparer. Le clergé gaulois et les Francs, c'était alors en effet toute la société , la seule du moins qui prit part aux événements, et pût prétendre a une histoire. Le reste de la population vivait misérable, inactif, ignoré. •
L'histoire de Grégoire de Tours s'étend jusqu'à l'an 591, et se divise en dix livres. Le premier est un résumé assez confus de l'histoire ancienne universelle, surtout sous- e
rapport religieux ; il se termine à la mort de saint Martin de Tours, en 397. Cette dernière partie renferme des détails intéressants sur rétablissement du christianisme dans les Gaules. Le second livre s'étend de la mort de saint Martin de Tours à celle de Clovis. Le conquérant mérovingien nous apparaît dans toute la vérité de son caractère. Rien de plus intéressant que le récit de sa conversion. Cette belle expression, le nouveau Constantin , appliquée à Clovis, appartient à Grégoire de Tours. On est taché seulement de la froideur avec laquelle il raconte les crimes du catéchumène de saint Remi. Le troisième livre se termine à la mort de Théodebert, roi d'Austrasie, en 547. Le quatrième embrasse la suite des événements jusqu'à la mort de Sigebert 1", roi d'Austrasie, en 595. Le cinquième contient les cinq premières années du règne de Childebert II, roi d'Austrasie , de 575 à 680. Le sixième finit à la mort de Chilpéric , en 584. Le septième est consacré à l'année 587. Le huitième commence au voyage que lit Contran à Orléans , en juillet 685, et finit à la mort de Leuvigikle , roi des YisigoUis d'Espagne, en 58e. Le neuvième s'étend de l'an 587 à l'an 519. Le dixième , enfin s'arrête, pour l'histoire politique au montent ou l-'rédégonde, en butte à la haine des Francs , vient te mettre sous la protection de Gontran ; et pour l'histoire ecclésiastique, à la mort du bienheureux Arédius (saint Yrieix), aube en Limousin, c'est-à-dire au mois d'août Mt. Après avoir parlé d'une contagion et d'une disette qui cette année déaola les pays de Tours et de Nantes, il termine par une chronique des dix-neuf évêques de Tours, lui compris. C'est là qu'il donne l'énoncé de ses ou- La préface qui est en tète des dix livres est fort
Grégoire de Tours est souvent obligé de « mettre on scène dans son histoire : il le fait avec simplicité et modestie. On voit que , soit qu'il s'agit de défendre le clergé , ou luimême, ou les privilèges de son église, on les proserilt qui s'y étaient réfugiés, 11 se montra toujours à lt hauteur de ses devoirs et de sa position. Son dernier traducteur, M. Guixot, écrivain protestant, rend pleine justice m» ce rapport à l'Hérodote gaulois. Il reconnaît que, qudques reproches qu'on puisse faire à son histoire, pour lacosfuaoa qui y règne, pour les fables dont elle est semée, pour si partialité en faveur des rois orthodoxes, il n'est aucun de ses contemporains qui ne les mérite davantage.
Chartes Do Roiom.
GRÉGOIRE. Seize personnages de ce nom, sans confier un antipape, ont occupé la chaire pontificale depuis 590,. où le premier y fut élevé, jusqu'à la mort du dernier, arrivée en 1846.
GREGOIRE 1« (Saint), dit le Grand, à cause de soa caractère moral et de ses vertus , naquit a Rome, vers l'anWf du riche sénateur Gordien. II descendait en ligne diiwtt du pape Félix IV. Une jeunesse studieuse le rendit, par la variété de ses connaissances, digne d'être élevé d'abord à la dignité de préteur |«r l'empereur Justin le Jeune. Grégoire l'y fit remarquer par les lumières de son esprit , la maturité de son j ngement et un amour extrême de la justice. Oo ne lui reprochait qu'un grand luxe, une splendeur toute uoodaine dans ses vêtements comme dans ses habitudes, d tout faisait craindre qu'il ne disait l'immense fortune que devait lui laisser son père ; mais à sa mort Grégoire, dent la piété avait lutté sans cesse contre son faste, parut tout à coup un homme nouveau. Il fonda sept monastères, dont six en Sicile'et un à Rome , distribua aux pauvres ses ride habits, ses meubles précieux, et prit l'habit monastique dan» le cloître de Saint-André, dont il était le fondateur, et dont il devint bientôt abbé, malgré lui, par le choix de ses frère. Le jeûne , la prière et l'étude devinrent ses occupation» iniques. Frappé de la beauté de quelques Anglais ex posés comme esclaves à vendre, dans le marché de Rome, et appnnul avec douleur que ces insulaires n'étaient pas chrétiens 1 obtint du pape Benoit 1er l'autorisation d'aller prêcher la foi dans la Grande-Bretagne ; mais à peine se fut-il mises route , que le clergé et le peuple forcèrent le pape 4 le rappeler. Fait diacre de l'Église romaine en 578, il fut envojea Constantinople par Pélage II, vers l'année 580. Plusieurs négociations importantes le retinrent longtemps dans relu capitale, ou il s'acquit l'estime de toute la cour. L'empereur Maurice le choisit pour être parrain d'un de ses fils; et au rentrée à Rome , qui eut lieu peu de temps après, le 1*1* Pélage s'efforça de le retenir auprès de lui en qualité de secrétaire. Le monde lui pesait trop pour que cette charge pût longtemps lui convenir. A force de prières , 0 fut eoni libre de se retirer auprès de ses moines, mais à ta mort d< Pélage, les acclamations de Rome entière l'appelèrent*" pontificat. Grégoire en frissonna de crainte. Il s'enfuit de la ville, écrivit à l'empereur pour le supplier de ne pas eosûrmer son élection, et se cacha dans une caverne. Mais k peuple l'y découvrit, le ramena dans Rome et l'introaia malgré lui, le 3 septembre 590.
Ce saint homme avait cependant des ennemi» qui racov sérent de dissimulation et d'hypocrisie. Sa vie entière repousse ces accusations. Sa modestie , son humilité, se manifestèrent par ta simplicité de sa maison. Son palais po> toutes les apparences d'un monastère; sou église même m sans faste et sans pompe. Ses revenus furent consacrés as soulagement des pauvres ;sa constante occupation était H»traction de son peuple. De concert avec l'empereur Maori* il termina le schisme des i vèques d'Istrie. Maïs il est de dire que tant de vertus étaient mêlées de quelque ist*léraoce, que l'empereur avait peine a maîtriser. La cosvffsion des Lombards et ta destruction de Panam sine (arrêt ouvrage, et il en témoigne un Lettre* a la reiDe Tbéodclide. Le
d1 Adrien anr te siège de Thèbes , malgré rarcbevêque de La risse, l'absolution d'an prêtre excommunié par l'archevêque de Milan, la soumission de Ma\ime , évêque de Salone , attestent la suprématie sons son pontifical du saint* siège sur les églises d'Occident. Il n'osait encore montrer la même ambition à l'égard des patriarche» de Constanlinople. Mais ceux -d affectant de prendre le titre d'évêque universel, Grégoire lutta constamment contre cette prétention. La guerre des Lombards contre l'exarque de Ravenne vint ajouter a sot embarras. Le roi Agitait" mit le siégo devant Rouie en 595, et la Tille, dégarnie de troupes par l'exarque romain, fut réduite è te dernière extrémité. Lassé de demander en vain du secours à l'empereur, Grimoire songea À faire une paix particulière. Cette prétention déplut à la cour impériale. Les négociations furent traversées par l'exarque; mais la mort de ce Romain ayant aplani les difficultés, cette paix (ut conclue en 598 par l'abbé Probus, envoyé du saint-siège.
Grégoire n'avait point pendant ce temps oublié les païens de la Grande-Bretagne. Ses missionnaires, partis en 595 , sous la conduite du moine Augustin, arrivèrent deux ans après dans le royaume de Kent, où la reine Bertbe avait déjà préparé leurtriompbe. Le roi Éthelbert et une partie «le son peuple se convertirent ; mais il fut plus difficile de soumettre te nouvelle Église britannique a la tiare. Augustin mourut en 605 sans y être parvenu. Rome ne régnait en souveraine que dans les Gaules, et l'abbé Cyriaque vint en 599 y tenir un concile |»ur te réforme des abus dont Grégoire ne cessait de se plaindre. Il eut moins de peine à réformer la liturgie que la discipline. Après avoir composé un antiphonaire , il régla la psalmodie des psaumes, des oraisons, îles cantiques. Il institua une académie de chantres, et donna lui-même aux jeunes clercs des leçons «le plain-chant. Il permit les images, à condition qu'on ne les adorerait point. Quant aux temples des païens, il voulait qu'on les respectât, mais qu'on les convertit en églises. On lui doit anssi l'invention du p u rg a toi re, qui parait pour la première fois dans le quatrième livre de ses Dialogues. Il fit de grands efforts |iour obliger les prêtres à la continence, et finit par défendre l'ordination de ceux qui avaient perdu leur virginité. Il permit toutefois qu'on admit au sacerdoce les veufs qui depuis la mort de leur femme avaient donné des preuves de leur chasteté. Il veilla sans relâche sur les monastères, elles força de rentrer dans la règle; mais il y introduisit lui-même de grands alius en les affranchissant de te juridiction des évoques. Il se faisait rendre un compte exact de toutes les églises de son obédience, et les dirigeait par ses exhortations. La réparation des basiliques de Saint-Pierre et de Saint- Paul occupa enfin les dernières années de sa vie, malgré les nouvelles guerres des Lombards contre l'exarque. Grégoire eut du moins , avant de mourir, la consolation de négocier et d'obtenir la paix une seconde fois.
Tant de travaux et de fatigues n'étaient pas propres à le guérir des infirmités qui ne cessaient de l'assiéger. La goutte le retenait fréquemment dans son lit, mais ces affreuses douleurs n'arrêtaient point l'activité prodigieuse de son esprit. Aucun pape n'a plus écrit de lettres que lui .- les rois, tes princes, les évéques, les hommes considérables de son temps, en recevaient à la moindre occasion ; ses légats en étaient surchargés dans leurs voyages ; et c'est dans cette volumineuse correspondance qu'on peut suivre les moindres détails d'une vie aussi pleine. On est fâché d'y lire des flatteries inconvenantes à l'adresse de l'infâme Brunchaut et du sanguinaire Phocas. Son étonnante crédulité à IVgard des miracles les plus ridicules est encore un défaut à lui reprocher; mais ces défauts étaient plutôt ceux de son temps que les siens propres. Il avaitun tact merveilleux pour démêler la vérité de la calomnie dans les accusations qu'on lui portail contre les prêtres. Lvs faussaires, les sorciers, les simoniaqiK's, les sclu'smatiques, eurent dans ce pape un terrible adversaire. Heureux si le zèle de la foi ne l'eut pas porté plus loin! Mais, en «lépit des dénégations do Platine
il est difficile «le ne pas croire aux nombreux témoignage, qui l'accusent d'avoir détruit quelques ricltetses littéraire de l'antiquité, comme Ennuis, Nœvius et Tite-Livc. Bayle prouve du moins qu'on lui impute â tort l'incendie de te bibliothèque pateline. Ce grand pontife mourut le 12 mars 604 , après treize ans six mois et dix jours de règne, l'aul et Jean Diacre ont écrit sou histoire; ses oeuvres ont eu dix-sept éditions, tant à Rome qu'à Paris; te dernière a paru en 1675.
GREGOIRE II fut le successeur de Constantin I", en l'an 715. Il était fils d'un Romain, appelé Marcel, et fut élevé dans Saint-Jean de Latran, sous les yeux de Serge I", dont il devint le bibliothécaire- Son règne fut d'abord trouble par les Lombards, qu'il menaça vainement de la colère de Dieu ; mais il eut recours au duc Jean de Naples, et parvint à les chasser de la ville de Cumes. Malheureusement leurs ravages n'étaient pas aussi facilement répares. Grégoire II fut constamment occupé i relever les murs de Rome, à restaurer les couvents et les églises, que dévastaient les incursions de ces peuples. II se consolait de ces désastres en étendant la foi dans la Germanie, par les prédications de ses légats et par l'appui de Charles Martel. Dans un concile tenu à Rome en 72 1 , il s'éleva contre les mariages contractés avec des femmes consacrées à Dieu ou avec de proches parentes ; contreceux qui consultaient les devins, contrelcs clercs qui laissaient croître leurs cheveux. Mais une querelle plus sérieuse lui était réservée de la part des iconoclastes L'empereur Philippique, dit Uardanes, ayant ordonné d'enlever le tableau du sixième concile général de l'église de Sainte-Sophie, le pape Constantin, prédécesseur de Grégoire II, indigné de cette profanation , excommunia l'empereur. La dispute s'échauffa; on en viut à examiner et bientôt à commander le culte des images. Anastase II et Justinien 111 , successeurs de Bardanes, favorisèrent ce culte ordonné par le saint-siége ; mais L é o n l'Isau • rien s'éleva à l'empire, et son premier èdit bannit les peintures deséglises. L'édit porté en Italie fut lacéré par Grégoire II; et le nouvel empereur en conçut une haine si violente, qu'il essaya trois fois de le faire assassiner par des sicaires. Cette tentative criminelle, déjouée parle zèiedes Romains, n'était pas propre à calmer la colère du pape. U excommunia l'empereur et l'exarque de Ravenne , et leva l'étendard de la révolte dans toute l'Italie. Ravenne, Naples, Venise, secondèrent sa vengeance. L'exarque et ses gouverneurs furent massacrés en 723; les Lombards profitèrent de ces divisions pour s'emparer des domaines de l'empire, et dépouiller le pape, en s'aliiant a l'empereur, qui leur pardonna leurs premières déprédations. Grégoire II, luttant d'adresse avec Léon PIsaurien, fit à son tour comprendre au roi Luitprand qu'il avait plus à gagner avec lui , et le remit dans ses intérêts. Le patriarche «le Constantinople , Germain, s'était aussi rangé du parti du pape contre son empereur : il répondait par des anathèmes â des menaces. Grégoire II assemhla en 727 un concile dans Rome, pour légitimer la défense de payer l'impôt à la puissance impériale et pour délier les sujets de leur serment de fidélité. Le duc de Naples, Exhilarat, et son fils Adrien , après quelques succès contre Grégoire II , furent pris et mis à mort par tes Romains. Pierre , duc de Rome , fut chassé de cette ville ; le patrice Eutychius essaya vainement de ramener les Lombards au parti de Léon : il n'échappa à la mort que par la fuite. L'empereur fut réduit h solliciter un concile oecuménique : Grégoire II ne lui répondit qiuî par une excommunication nouvelle ; mais ce lut le dernier acte de son pontificat et de sa vie. Il mourut vers les premiers jours rie 731 , après seize ans de règne.
GREGOIRE III (ut l'héritier «le son nom, de sa haine et de sa puissance. Pendant les funérailles du pape précédent , il fut enlevé du cortège par le peuple , et placé sur le trtae de saint Pierre. C'était un prêtre syrien, fort instruit dans les lettres latines et grecques, fort ami des pauvres , et doué de grandes vertus. Il débuta cependant, malgré la douceur que les historiens lui prêtent, par une diatribe violente, adressée à l'empereur Léon, I
s, aussi terrible, en réponse à la lettre de ce prince. Ces missive* parurent si fortes, que le prêtre Georges, chargé de remettre la seconde , revint à Rouie sans avoir osé remplir cet ordre. Quatre- vingt-treise évoques M rassemblèrent bientôt en concile dan* l'église de Saint- Pierre, pour appuyer les opinions du saint -siège sur le colle des images. Des anathémes nouveaux furent lancés contre le* iconoclastes ; et le légat Constantin fut chargé tle les appor-
ririRt-quatre ans. C'était le jeune et savant Êrunrrn, Ai d'Othon de Saxe, marquis de Vérone, et de la princesse Jodlth , sœur de I empereur Othon III. Ce prince , setnwnrt dans les environs de Ravcnne avec son armée . Ion de u vacance du saint-siége, fit élire son neveu ; et Rome le reçut avec joie, dans l'espoir d'être enfin délivrée de la tyruuue de Crescentiiis. Mais le jeune pontife usa envers le bruni d'une générosité qui lui devint fatale : A peine l'emperrir
iconoiiastes ; ei tentai i onsuimn imcnarge ne les appor- a une gencrosue qui lui acvini rattie : A peine renier i ter à Constantinople, à la place de Georges, que les officiers eut-il repassé les Alpes , que Cresceotius souleva la pops-
de l'empire avaient arrêté en Sicile. Le moine Constantin eut le même sort en Orient; et des précautions furent prises |K)ur enip^rher les lettres de Rome d'arriver jusqu'à l'empereur, qui fut moins heureux dans ses projets de vengeance : sa flotte, envoyée pour châtier les Italiens, périt dans les eaux de l'Adriatique, et toutes ses revanches se bornèrent à la saisie des domaines de saint Pierre dans les pays restés sous sa domination.
Le légat Bon if ace continuait pendant ce temps ses prédications en Allemagne, sous la protection de Charles Martel, duc des Français, suivant les expressions de la lettre même do pape. Mais il tenta vainement d'attirer ce prince en Italie pour châtier les Lombards, qui avaient, encore une fois tourné leurs armes contre le saint-siége. Grégoire III avait irrité le roi Luitpranrl, en prêtant son appui à Trasimond, duc de Spolète, qui sVtait révolté contre ce monarque, et qui après sa défaite s'était réfugié dans Rome. Le Lomtant vint le redemander à la tète d'une année, et, sur le refus du pape, il mit le siège devant la capitale. Grégoire III implora le secours de Charles Martel, lui envoya des légats, des lettres et de riches présents , avec les clefs du tombeau de saint Pierre, et antres reliques précieuses, le doc des Français ne répondit que par d'ntrtrcs cadeaux , et ne jugea point convenahle de guerroyer contre les Lombards. la rooTt le délivra de cette obsession en740 ; et l'année suivante, Grégoire III le suivit au tombeau. Il fnt enterré à Saint- Pierre, le 5» novembre 741. Rome lui dut la réparation et l'embellissement de la plupart de ses églises. Des couvents furent fondés par loi ; d'autres embellis et enrichis de ses dons.
GRÉGOIRE IV succéda à Valentin, en 827. Mais son élection offre cette particularité que les Romains attendirent la confirmation de Louis le Débonnaire pour le consacrer. Il ne prit donc possession de son siège que le 5 janvier 828. Cétalt un Romain d'une famille distinguée , sous-diacre et prêtre du fait de Pascal Ier. Il débuta par ériger un magnifique tombeau , dans l'église de Saint- Pierre, au pape saint Grégoire , et y fit transférer ses cendres. Il plaça dans le même oratoire les corps de saint Sébastien et de saint Tiborce. En souvenir du titre de Saint-Marc, qu'il avait porté avant son exaltation, il fit restaurer cette église, et l'enrichit de ses dons. La ville d'Ostie , rebâtie et fortifiée, Ait appelée de son nom Gn<yoriopohs, que l'histoire ne lui a pas conservé. Les querelles de Louis le Débonnaire et de ses enfants remplissent la vie politique de ce pape ; et l'historien Heyddcger a quelque raison d'accuser ici sa loyauté. Grégoire IV n'eut pas même assez de franchise |K»ur adopter franchement le parti de Lothalre, qui l'amena d'Italie en France; il prit le masque d'un conciliateur pour tromper Louis, pour débander ses troupes, pour l'abreuver d'humiliations, et osa traiter de menteurs , de fous et de malicieux , les prélats qui restaient fidèles à leur empereur. Ce prince eut l'occasion de se venger du pape, et ne lui donna que des marques de générosité. Rétabli sur le trône en 834, Il protégea l'église de Rome contre les dépnklations de ce même Lothaireet de ses troupes. C'est durant lamêmc année, qu'à la ;<ollicitation de ce prince, Grégoire IV créa l'archevêché de Hambourg pour saint Anschaire, qu'il cliargea en même temps de prêcher la foi citez les Scandinaves. Ce pontife survécut trois ans à l'empereur Louis; mais l'histoire n'a recueilli de ses dix dernières années que la date de sa mort, arrivée au commencement de $44. Il avait institué, en 835, la fête de Tous les Saints.
GREGOIRE V succéda à Jean XVI, en 990, à l'âge de
lace romaine , se fit proclamer consul , chassa Grégoir? T de son palais, et fit élire à sa place l'antipape Philagatt* , évêque de Plaisance. Grégoire se retira dans Pavie , e\com munia Cresccntins et son compétiteur, et implora le seeotin de son oncle. Othon III ne se fit point attendre : il rameni son neveu dans Rome, relégua au fond de l'Allemagne Tutipape , horriblement mutilé par la même populace qui f«>irt couronné, et fit précipiter Cresceotius du haut du chaton Saint-Ange , où ce rebelle avait cru trouver un n?fa;r. O pontificat ne Ait pas de longue durée. Le rétablissement d u noul sur le siège métropolitain de Reims , l'excommnniu tion du roi Robert , de la reine Berthe et de tous les pf'& qui avaient assisté a leur mariage, en compocent à peu pn* tonte l'histoire. Quelques auteurs , Machiavel , entre autrey ajoutent l'institution du collège des six électeurs rhir;-» de décerner l'empire d'Allemagne ; mais ce tait est conte*". Grégoire V mourut dans sa vingt-septième année, lt H février 99!). Son épitaphe vante sa libéralité et parle de dos» pauvres qu'il faisait habiller tous les samedis.
GREGOIRE VI lut élevé sur le saint-siége en I0*S. Tnw autres pontifes se le disputaient, Renott IX, Sylvestre III et J c an X X. Le premier officiait à Saint-Jean-*- Latran , le second à Saint-Pierre , le troisième à Saintr-^h rie-Majeure ; mais l'histoire les dépeint comme trois rni*rables, qui se partageaient les revenus de l'Église , poor h sooiller de leurs infamies. Un prêtre nommé Jean Gratit*< d'une famille noble, entreprit la délivrance de Rome. H l« engagea à force d'or à se déposer eux-mêmes , hit éh: m leur place , et prit le nom de Grégoire VI. Sa sagesse . moine Glaber, répara les scandales de ses prédécesseurs il s'efforça de mettre un terme aux désordres et aux sédiboiu; mais le mal était trop grand pour qult loi fut po«?thV * l'extirper. Le patrimoine de saint Pierre était mis au pflh? par une foule de seigneurs complices de la faction des cent* de Toscanellc. Les campagnes étaient infestées de voleur» a d'assassins : on n'était pas même en sûreté dans les ru» <* dans les églises de Rome. Les offrandes de* fidèles étsâesil enlevées aux autels, on se les disputait même à main arm" Grégoire VI avait peine à sobsister. Dépouillé de son h»porel et du produit des oblations, il employa d'abord le* exhortations pour amener les coupables à résipiscence; m«s tout fut inutile , Jusqu'aux anathèmes et à la force des ira* Il obtint quelques restitutions par la violoace, et ren* assez de sécurité aux grandes routes pour que les pèlen»' pussent reprendre le cliemin de Rome. Mais la popntaee romaine, accoutnmée an pillage, lui fit un reproche des j»»**** châtiments qu'il infligeait aux criminels. Des cardinaux »»• bilieux l'accusèrent d'avoir acheté le saint-siége LW1 reur Henri le Noir, instruit de ce nouveau désordre , 4e' cendit en Italie, et convoqua un concile à Pavie, pwf î mettre un terme. Grégoire VI vint l'y trouver, et M rtp d'abord en pontife. Mais ses ennemis Unirent par l'emnort*. et, soit qu'il ait été déposé, suivant certains auteurs, m" qu'au dire de certains autres , il se soit sacrifié à la pai* f' blique , ce pape , dont Rome alors n'était pas digne , s* pouitla de la tiare après vingt mois de pontificat , et >'» mourir obscurément en Allemagne, oh l'empereur He»" l'avait relégué.
GRÉGOIRE VIL C'est le célèbre Hildebrand, d»ot * nom rappelle tant d'ambition et de violence , tant de fnt deur et d'hypocrisie. Ilaylc l'a comparé aux Césars d j£ Alexandre. On se trompe cependant quand on lui aHril**^ ventioa de cette politique profonde qui a fini par 1
GRÉGOÎRE
les rois, îl est sans doute te premier pape qui ah osé en communier et déposer usa souverain. Mais te continuateur de Bossuet a eu tort de répéter, après Othon de Freisingen et autres, que la déposition d'un empereur avait été jusque là sans exempte. Sous ne reproduirons point ceux dont s'étaye Hildebrand lui-même dans ses lettres : ils sont ou faux ou mal choisis ; mais nous dirons qu'avant lui la puissance ecclésiastique s'était permis des attentais de cette nature. L# premier fut nn trait de lâclieté de la part d'un clergé tremblant et servile. C'était pour complaire à l'usurpateur Ervige que , sur la fin du septième siècle , les évéques d'Espagne avaient prononcé la déposition de leur roi Yamba ; et cent trente ans après, le clergé de France, qui avait déjà substitué Taudace et la révolte à la servilité, s'était fondé sur cet exemple pour déposer Louis le Débonnaire. Il était tout naturel que l'évêque de Rome, après avoir établi sa domination sur les évéques d'Occident , réunit dans sa main tous les droite qui- s'etaieut arrogés tes divers clergés de son obédience. Celui qui avait donné l'empire à Chariemagne, pouvait *e croire d'ailleurs autorisé à en dépouiller les successeurs de ce prince ; et soixante-dix ans avant Grégoire VII son digne prédécesseur Grégoire V avait excommunié Ro- j bert «le France et l'avait entièrement isolé de son peuple, j Cest cette faiblesse d'un peuple ignorant et superstitieux , I tel qu'était alors celui de l'Europe , qui tit la force d'Hilde- i brand. Ses fréquents voyages l'avaient mis à même de cou- j nattre tout le parti qu'on pourrait tirer de cette religieuse j soumission aux ordres d'un pontife, et la nature l'avait j «loué de tout l'orgueil, de toute la constance nécessaires pour ; faire tourner ce servilisme à la gloire on au profit du saint- ! siège.
Ce pape avait soulevé trop de passions, alarmé trop d'intérêts, pour que sa mémoire ne fût pas en hutte aux atta- . ques de l'esprit de secte et de parti ; et , par une réaction que le temps présent nous fait merveilleusement compren- ; Ire , il a été loué sans réserve par ses défenseurs. Ces con- ; tradictions sont un grand embarras pour un hi*t<)rten impartial , et il est probable que te monde ne saura jamais à quoi •'en tenir sur les vices et les vertus d'Hildebrand. Son origine même est devenue un problème. Si nous croyons certains écrivains allemands, i I serait fil s «l'un charpentier nommé Banizon ; et en jouant avec les copeaux de son père , il aurait formé par hasard le» lettres de ces paroles du psulmiste : // dominera d'une mer à l'autre. Mais d'autres biographes le font descendre de l'illustre lamille d'où sont sortis plus tard les comtes de Petihane. Ton» s'accordent à te faire nattre à Soane, ville de Toscane, vers l'an f 013. Arrivé ur.% l'enfance à Rome , H fnt confié anx soins d'un frère de sa mère, nommé Laurent , qui était alors abbé de Notre- Dame-du Mont-Aventin, et que son savoir fit parvenir plus tard à l'archevêché d'Amalfi. Il vint achever ses études en France, sous Odilon , abbé de Cluny, prit l'habit de ce monastère, et dut bientôt à son habileté la mission d'aller défendre à Rome les intérêt* de son ordre. C'est alors qu'il connut Parchiprêtrc Gratien, qui fut depuis le pape Grégoire VI ; il s'attacha à h ri comme un zélé disciple, te suivit dans l'exil , et parut à sa suite à la cour de l'empereur Henri te Noir, qui fnt émerveillé de l'éloquence avec, laquelle il prêchait la parole de Dieu. Rappelé à Rome par Léon IX, il lut ordonné sons-diacre , et chargé de réformer le monastère de Saint- , Paul , dont les moines se faisaient servir par «tes femmes. La longue vacance qui suivit ce pontificat , et qui était due I à la crainte d'élire un pape sans te consentement de l'empereur, fut un supplice pour Cartier Hlklebrand.
De cette époque date sa détermination d'enlever cette prorogative à la puissance séculière, et de transformer en > vassal du saint-siége celui-là même qui en était le suzerain. , Député en 1055 par tes Romains pour supplier l'empereur de leur désigner un pontife, il s'Indigne «te cette condescendance, rassemble quelques évéques à Majeure pour conserver du moins un simulacre «l'élection , fait étire un parent de l'empereur, pour lui ôter l'idée d'un refw, lui donna te '
nom deYictorlI, et l'emmène à Rome malgré le monarque et malgré lui-même. Il devient dès ce montent l'Ame do sacré collège, te conseil du saint-siége, te chef obligé de toutes les légations importantes ; il prévide en cette qualité le concile de Lyon et celui de Tours. S'il est absent, les papes, qui l'ont apprécié, recommandent en mourant de ne rien faire avant son arrivée ; et comme à la mort d'Etienne X les comtes «te Toscanelle se hâtent d'impoeer on pape aux Romains ( voyez Baron- X ), Htktebrand, indigné que d'aussi petits princes s'arrogent un «droit qull vent enlever au chef même de l'Empire, fait casser cette élection parle peuple et lui substitue Nicolas II. Cebitai lui témoigna sa reconnaissance par la dignité de cardinal et te titre d'archidiacre de l'Egltee romaine; et à la mort de ce nouveau pontife, il se mit à la tête du parti puissant qui donna la tiare à Alexandre II, malgré la cour Impériale. Henri le Noir n'était plus . H e n r i I V venait d'hériter de l'Empire sous te tutelle de l'impératrice Agnès : une minorité parut aux yeux d'Hildebrand une circonstance favorahle pour arriver à son bot- La cour lui opposa vainement un nouveau pontife. • Les rots n'ont aucun droit à l'élection des papes «, répondit-il à l'archevêque de Cologne, qui était venu à Rome pour dépendre les tes droite de l'empire, et l'élu d'Hildebrand reste en possession du saint-siége.
Son tour était enfin arrivé. Depuis §«in enfance, il avait vu passer dansla chaire de Saint-Pierre onze papes et trois antipapes ; mais te jour même où Alexandre II avait cesséde vivre, pendant que te clergé de Rome était assemblé ptwr s'entendre sur une élection nouvelle, te peuple se mit à crier autour de la basilique : « Hildebrand pape! saint Pierre l'a élu ;» et te clergé confirmant sur-le-champ l'élection du prince de» apôtres, il prit te nom de Grégoire VII. Il est ridicule sans doute de le défendre contre tes accusations de magie et de sorcellerie auxquelles te cardinal lien no», avocat «te l'antipape Gui bert, attribue son éllection , mais il ne léserait pas moins de croire aux faux semblants d'humilité, aux affectations de modestie, dout Hildebrand se |wre dans ses lettres. Ainsi, il écrit à ce même Guibert, archevêque de Ravenne, que, «sans lui donner le tem|>* déparier», on l'a porté violemment sur le saint-siége.* La mort d'Alexandre II est retombée sur moi , « dit-il dans une autre à l'abbé «te Mont-Cassin. Celui-ci lui répond qu'il aurait dû attendre l'enterrement de son maître avant d'usurper sa place. Mais, arrivé à sa soixantième année, il devait être pressé de parvenir à une puissance qui le mit à même d'accomplir tes vastes desseins de son orgueil. Son but est marqué dans ses actes et dans ses paroles. ■ Quel est l'homme un peu instruit qui ne préfère les prêtres anx rois?» écrit-il dans une de ses lettres * Ils croient peutêtre que la dignité royale est au-dessus de la dignité épiscopate, dit-il dans celte qu'il adresse à Herimar, évêque de Metz; qu'Us sachent donc «te combien elles di fièrent : l'une a élé inventée par l'orgueil humain , l'autre instituée par la bonté divine. » Parmi les vingt-sept maximes qu'on lui attribue, et qull aurait fait adopter par son premier concile de Rome, en t07«, il proclame qu'il est permis au pape de déposer les empereurs et de dispenser du s«'riiK'iit de lidélité fait aux princes. Or l'Eglise n'était point parvenue à ce degré de puissance; Hildebrand le prouve lui-moine en soumettant son élection à ce mène empereur Henri IV, dont il va troubler te règne. Mais celui qui avait te dessein de soumettre tes rote au saint-siége devait avoir l'ambition d'y monter. C'est donc à te seule hypocrisie qu'il faut attribuer sa réponse a l'envoyé de Henri, qui vient demander aux seigneurs et au clergé de Rome pourquoi ils ont fait un pape sans consulter teur maître.» Les Romains m'ont élu malgré moi, répète-t-il au comte Eherard; Ils m'ont fait violence, mais ils n'ont jamais pu m'obliger à me faire ordonner avant de connaître te volonté de l'empereur. »
H n'en avait pas moins tait des actes de souveraineté, en no permettant à Ebbies <te Rond de laire la guerre an
Maures d'Espagne qu'à la condition d'y maintenir les droits de saint Pierre; U n'en avait pas moins écrit à Godefroy le Bossu, duc de Lorraine, et mari de la famesjse Mathilde, « que si l'empereur ne l'écoutait pas, le pape ne serait pas maudit pour n'avoir point ensanglanté son épée.» Le prêtre Anselme ayant été élu évéque de Lacques dans la même année, Grégoire VII lui trait défendu de recevoir l'investiture de la main du prince. Ceat cette grande querelle des investitures, source de divisions et de désordres, que suscite ce pontife comme le premier point d'attaque contre la puissance royale; et ce qui donne un grand argument à ses panégyristes, c'est la pureté des motifs dont il s'appuie. La corruption du clergé était à son comble. L'incontinence des prêtres et de* moines était poussée jusqu'au scandale. Au mariage, qui leur était permis encore, Us joignaient la débauctie et le concubinage. L'avarice des prélats égalait leur ambition. La simonie était publiquement avouée. Si les biens des particuliers étaient à la merci des confesseurs, le* biens ecclésiastiques étaient, en revanche, pillés ou usurpés par les seigneurs. Les souverains eux-mêmes vendaient les évécliés et les abbayes. L'empereur et Philippe 1", roi de France, étaient plus particulièrement signalés par les délateurs de ces attentats; et l'adroit Hildebraml ne manifesta d'abord que l'intention de les réprimer. C'est sur Philippe qu'il essaya sa puissance à l'occasion de l'archidiacre Landn, nommé a l'évéché de Maçon, et dont ce roi voulait rançonner l'investiture, Grégoire VII ameuta les évoques de France contre leur souverain. U écrivit à celui de Cbalons que le roi renoncerait à la simonie, ou que les Français excommuniés reruseraient de lui obéir. Et ces lettres, ces défenses, étaient datées de 1*7», avant que l'empereur eût ratifié son élection. Il fait plus, il défend à Philippe, sous peine d'excommunication, de se mêler désormais d'affaires ecclésiastiques. Sa circulaire aux prélats de Reims, de Sens, de Bourges et de Chartres est un modèle de violence et de rage. Il parle du roi de France comme d'un tyran couvert de crimes et d'inlamie, dont l'exemple excite ses sujets à toutes sortes d'attentats. Mais Philippe laissa prêcher le pape, dont les accusations n'étaient pas toutes des calomnies; il continua sa scandaleuse vie et ses vices furent protégés par les vices de son clergé et parla politique même d'Hildebrand.
Ce pontife avait intérêt a ménager loi rois, à ne pas pousser avec eux les choses à l'extrême, de peur qu'ils ne vinssent à se liguer avec un empereur qu'il avait résolu de son» mettre ou d'anéantir, et cette lutte qu'il méditait depuis longtemps, qu'il avait inutilement conseillée aux quatre ou cinq papes dont il avait dirigé les affaires, lui présentait d'assex graves difficultés pour qu'il ne fut point tenté de la compliquer. « Il s'attaquait, dit le jésuite Maimbourg, dont l'impartialité est ici remarquable, il s'attaquait à un empereur jeune, riche, puissant, plein de feu et de courage, jaloux de son honneur et de ses droits. Il savait, en outre, que la •éventé dont il avait usé pendant ses légations envers les prélats débauchés et simoniaqueade l'Allemagne ne les avait point disposés a l'obéissance, et l'historien que nons venons de citer attribue ses démonstrations d'humilité au besoin d'une confirmation qui imposât silence à ces évêques. Il se lassa bientôt d'un rôle qui répugnait n son caractère. Il fit revivre une accusation de simonie portée contre Henri IV au trid'Alexandre II, et fit partir quatre légats pour l'Aine, sous prétexte de remédier aux abus dont l'Eglise avait à se plaindre. L'empereur vint au-devant île ces envoyés de Rome ; et c'est seulement de leur bouche qu'il apprit l'anathème dont il était frappé et le décret d'excommunication lancé contre les clercs qui recevraient à l'avenir d'un laïque l'investiture d'aucun bénéfice . Henri fut surpris de cette audace; mats la guerre qu'il soutenait contre la Saxe révoltée, le lot ça de dissimuler. Il craignit les effets de cet anatbéme , et le détourna pnr une soumission calculée, qui lui valut une absolution tout aussi sincère. Cette paix ne fut qu'une trêve fort courte. Les évêques
ayant refusé le concile que demandaient à présider le* envoyés du pape, Henri IV rougit de sa faiblesse, et ippuyi par se* propres défenses l'opposition de son clergé. Grégoire VII éclate à cette nouvelle : il excommunie l'archevêque de Brème, Liémar, premier auteur de cette oppoy- Uon, ainsi que les principaox officiera de l'Empire, et leur ordonne de venir lui rendre compte de leurs actions. Il toit en même temps au roi de Danemark pour s'assurer de )i coopération de ses troupes dans le CM OÙ le saint-siège en aurait besoin. S'il ménage encore l'empereur, c'est qse celui-ci, luttant d'hypocrisie avec le pape, manifeste le plat grand désir de mettre un terme aux désordres de ÏE«li* Mais ces deux rivaux ne tardent point à lever le masq^ Henri, vainqueur des Saxons, soutient ouvertement ceux de ses conseillers que le pontife a frappés de ses foudres; d Grégoire en vient à citer à son tribunal le chef de l'Empire.
Henri brave les menaces du pontife , chasse de ses élit» les envoyés de Rome , convoque un synode à Wonn* jwni travailler à la déposition d'Hildebrand, et, s'il faut en croire quelques historiens, passionnés peut-être, il ourdit à Root une conspiration contre les jours du pape , par l'entremis.' de l'archevêque Guibert, son ancien chancelier. En effet, le î& décembre 1075, le préfet Cencius entre tout armé àml'église de Sain te- Marie- Majeure, s'empare du pape, qsi célébrait la messe de minuit, le dépouille de ses ornements A renferme dans une tour qu'il avait fait construire sir le pont Saint-Pierre. Mais le bruit de cette violence soulève le peuple contre le ravisseur. La tour est assiégée ; Cencius est réduit à implorer sa grâce du pontife, et fuit de Rome ses complices, pour éviter la colère d'un peuple excité à la vengeance par 1a vue d'une blessure que le saint-père » reçue dans ce guet-apens. Grégoire retourna tranquillerunt à l'autel, et finit les trois messes que les conjurés av.v«it s violemment interrompues.
Cependant, le M janvier 1076, s'ouvrit le synode de Worms. Le cardinal Hugues Le Blanc, excommunié posr *» débauches, y assista de ta part de l 'archevêque de Rt» enn.- Il y apporta une histoire du pape, fabriquée par le rardiMl Ben non, où étaient accumulés tous les crimes imaginables; et cette assemblée, présidée par l'empereur lui-même, prononça la déposition d'Hildebrand, comme usurpateur, apostat, criminel de lèse-majesté, et préférant les adultères el paillardises aux chastes mariages. L'étrange décret de celte assemblée, dont nous n'osons pas citer ici les «près**»*, est apporté aux évêques de la Loua hardie et de ta d'Aneonc, qui jurent tous sur l'Evangile de ne plus i naître Grégoire VU pour pape. L'empereur écrit en temps au peuple de Rome, nu pontife lui-même, et lui ordonne de quitter le salol-siége Un clerc, Roland de Parnr, a le courage de remettre ces lettres au milieu du concile que Grégoire tient a Rome ; il traite le pape de loap ravisseur, et somme les seigneurs et les prélats de se trouve? * la Pentecôte en présence de l'empereur pour élire un à*l«< l'Eglise. Roland aurait payé de sa tête cette folle d*»£ che, si Grégoire ne l'eût couvert île sa générosité. Sa viow» n'éclata que contre l'empereur et ses conseillers. H eoipj0?1 même un miracle pour frapper les esprits, et montrai» "J concile un œuf où était gravé un serpent armé dune ép* et d'un bouclier, il s'écria qu'il fallait se servir du g»*« " la parole et frapper le. serpent à U tête. Il »comm!'"]1 l'empereur, le déclara déchu de la dignité impériale, et i • ses sujets de leurs serments. Les évêques d'AHenug9* ( de Lombardie furent frappés des mêmes anathètiw*-
Ceux ci les lui rendirent avec usure, et Guibert * » venne, les ayant rassemblés à Pavie, prononça a son l'excommunication du pape. Mais la puissance po° 1 1 était déjà trop bien établie pour qu'elle ne prévalût n»«< l'esprit des peuples contre les décrets des condj »g ( ciaux. Plusieurs seigneurs et prélats reculèrent dry» ^ anatbéme, et vinrent se jeter aux genoux du p01) '.. |pfl. Saxons, excités par ses agents, levèrent de nouveau Le A"~ n<wfeini.« a» souabe se *
le chef de l'Église; Ici ducs de et «le Caiinlhie se liguèrent avec eux contre Henri IV. Les seigneurs cl U*s évéques l'abandonnèrent presque tous; sa cour fut désertée. Le 16 octobre, neuf mois après le synode de Worrns, les mêmes hommes se rassemblèrent i Tribur, sous ta direction des légats du pontife qu'ils avaient renié. On donna un an à l'empereur pour se faire absoudre, sous peine d'être déposé ; et ce prince, retiré a Oppenbeim , de l'autre coté du Rhin, avec une poignée de serviteurs fidèles, en face de cette ville de Tribur, dont le nom seul «liste encore, fut réduit à des négociations déshonorantes. Le pape fut invité a se rendre à Augsbourg pour juger ce différend ; il se mit même en route avec sa fidèle compagne, la comtesse Mathilde, veuve de trente ans qui lui livrait ses États et ses troupes avant de les lui laisser en héritage, et dont la présence attirait sur la vie privée de ce pontife tant d'accusations qu'il est aussi difficile «le réfuter que d'admettre. Mais l'empereur ne voulut point attendre son juge en Allemagne ; il courut au-devant dé lui , non pas en suivant la roote ordinaire, dont les passages étaient gardes |>ar sesennemis, mais la Bourgogne et en traversant la Savoie, dont le souverain ne lui ouvrit les portes qu'au prix d'une province.
Henri, arrivé ainsi en Lombardie, avec sa femme et son jeune fil*, fui étonné de se retrouver a la tête d'une armée qu'avaient rassemblée les seigneurs et les prélats du pays. Le pape, effrayé de cette levée de boucliers, se réfugia dans la forteresse de Canosse; mais la lâcheté de l'empereur ne tarda point à le rassurer. Il implora la médiation de Mathilde, de l'abbé de Cluny, de fous les familiers du pape, pour être admis en sa présence, et n'entra dans Canosse que pour abjurer sa dignité d'homme, pour ravaler celle de l'Empire. L'allier Hildebrand le tint trois jours dans son antichambre, les pieds nus, au mois de janvier, vêtu seulement d'une tunique de laine, criant en vain miséricorde, et ne recevant de nourriture que ce qu'il en fallait pour soutenir une vie si honteusement dégradée. Grégoire VU l'admit seulement le quatrième jour, feignant de céder aux supplications de Mathilde, el ne lui accordant même qu'une absolution conditionnelle. Henri consentit à le suivre a Augsbourg, a y paraître en criminel devant ses accusateurs, à ne porter jusque là aucune marque de sa dignité. Le* témoins de celle scène étaient pour la plupart révoltés de cette dureté barbare ; les prélats et les seigneurs lombards furent indignés de la lâcheté de leur souverain. Toutes les villes d'Italie lui fermèrent leurs portes ; on résolut de couronner son (ils et de marclter droit à Rome. Cette humiliation nouvelle le fit rougir de ta première. Rejeté par les Allemands pour avoir été proscrit par le pape, repoussé par les Italiens pour s'être réconcilié avec l'Eglise, le faible empereur se démentit une troisième fois pour regagner l'amitié des Lombards. Il révoqua son abjuration, et reprit sa vie de schismatique.
Dans l'intervalle, les grands et le clergé d'Allemagne avaient donné l'Empire à Rodolphe de Souabc , dans une troisième assemblée , tenue a Forcbeim, le 13 mars 1077. Cette élection fut un cruel embarras pour Grégoire VII : il était connue emprisonné dans un «les châteaux de sa belle pénitente. Les partisans de l'empereur le cernaient de toutes parts : il ne pouvait, disait-il, ni passer en Allemagne ni rentrer en Italie. Son caractère en fut atterré. Cest la seule circonstance de sa vie où son orgueil et sa fermeté se soient démenti». 11 n'osa donner son approbation au choix du nouvel empereur, quoique les instances de rassemblée de Forcbeim fussent poussées jusqu'à l'injure. Il blâma ta précipitation des électeurs, mais n'eut point le courage d'accomplir ta déposition de Henri, après l'avoir si violemment poursuivie et ai ouvertement proclamée. 11 trouva cependant le moyen de regagner sa capitale, et tint un quatrième concile, où furent excommuniés les principaux évéques de la Lombardie. Dans deux autres conciles, tenus en 107» et 1079, après avoir reçu l'abjuration de l'hérésiarque Bérenger, et lancé l'anathème sur Nitéphorc Botonialc, usurpateur du trône de Constantinople, il donna audience aux députés des deux empereurs blet. nr. i.\ coutil., —t. x.
d'Occident, et les renvoya l'un et l'autre k une < solennelle, dont il n'assigna le lieu ni l'époque. Il n'osa se prononcer qu'après la bataille de Fladenheim , perdue en Saxe par Henri IV, le 27 janvier 1080; et se tournant avec la fortune contre un ennemi dont il croyait n'avoir plus rien à craindre, il se vengea, par sa violence, de la contrainte où il avait vécu pendant plus d'une anoée. S'adressant aux apôtres, il leur dénonce l'empereur, et termine son réquisitoire par la reconnaissance de Rodolphe. Il y ajoute le renouvellement des foudres dont il a frappé Henri IV, et dont il est prêt à frap|ier tous ceux qui, comme lui , se permet* traient de donner encore des investitures.
Cependant, la fortune ne répondit point à ses espérances: Rodolphe fut battu à son tour ; quarante-neuf évéques, rassemblés à Brixen par les ordres du vainqueur, prononcèrent une seconde fois la déposition de Grégoire VII , et donnèrent le saint-siége à Guibert, archevêque de Raveune, dont les sourdes intrigues avaient depuis longtemps encouru l'excommunication. Le décret rendu contre Hildebrand est, comme les siens, un tissu d'injures et de grossièretés. Il sent alors la nécessité de se forU6er par des alliances. 11 avait eu en 1 073 quelques démêlés avec Guillaume le Conquérant, qui n'avait point voulu soumettre l'Angleterre à un évéqtie d'Italie; il le caresse maintenant, et réclame son secours contre les ennemis de l'Église. Il avait, dès la première année de son pontificat, excommunié le Normand Robert Guiscard, duc de Sicile et de Calabre; il le reçoit en grâce, en lui arrachant toutefois un traité qui le rend vassal du saintsiége, et qui l'oblige à défendre le pape. Fier du secours des Normands et des troupes de Mathilde, il veut aller assiéger son compétiteur dans Ra venue; il encourage les partisans de Rodolphe, il s'érige en prophète, et du haut de la chaire il leur prédit à jour fixe la mort de Henri et Panéaiitiasement de sa puissance. Mais le prophète est démenti par l'événement: c'est Rodolphe qui meurt à la bataille do Mersbourg sur l'Etaler ; et Grégoire croit échapper au ridicule en prétendant que sa prodiction de mort se rapportait à l'âme, et non au corps de l'empereur. Malheureusement pour lui, les troupes de Mathilde avaient été délattes le même jour près de Mantouc. Henri IV courut en Italie pour achever le reste, et pour introniser l'antipape Guibert. Les serviteurs de Grégoire en (rémirent, et le pressèrent de se réconcilier avec ton ennemi; mais il se montra digne de luimême. Au lieu de fléchir, il renouvela le décret de déposition dans le huitième de ses conciles, et se prépara à soutenir un siège. Henri vint camper sous les murs de Rome; il laissait l'Allemagne au nouveau concurrent que ses adversaires lui avaient donné dans ta personne d'Herman de Luxembourg, pour s'attadier au principal auteur de ses tourments. Mais l'inflexible pontife repoussa pendant trois ans ses attaques réitérées. Le peuple le supplia vainement de mettre un terme à ses souffrances. « Qu'il se soumette, répondait il, et je l'absoudrai. » L'opiniâtreté de Heuri égala ta sienne; il s'empara entin de ta ville par trahison, ou par surprise, et lit introniser son pape Guibert , sous le nom do Clément (II , qui lui rendit bienfait pour bienfait, eu lui donnant enfin la couronne impériale.
Grégoire VU, retiré dans le château Saint-Ange, riait de leurs actions et de leurs menaces ; il ne fut |>as mémo ébranlé par la défection des Romains, qui, lassés d'une lutte aussi longue, s'étaient rangés du parti du vainqueur. Il alten<lail les secours de Robert Guiscard, qui était allé soutenir les droits de l'empereur Michel contre l'usurpateur du tronc de Constanlinople. Robert vint enfin au commencement de mai 1084. Henri était absent; il avait couru en Allemagne pour apaiser quelques troubles. Mais les soldats qu'il avait laissés à l'antipape Guibert et les Romains eux-mêmes repous sèrent les premières attaques des Normands. 11 fallut que Robert emportât ta ville d'assaut. Le pillage et l'incendie suivirent sa victoire, et Grégoire VII, ramené dans son palais, ne régna plus que sur les murs de Rome: Les coeurs des itabilants n'étaient plus « lui, les vassaux de
étaient lasses ou vendus. Robert n'osa point attendre le
retour de l'empereur, et concilia au pape de le suivre à Salet ne. Il sortit de Rome au moment où les trou|>es impériales y rentraieat aux acclamations du peuple. Ces affronts et ces fatigues usèrent les dernières forces de l'o|>iniAtre vieillard, que La mort attendait dans sa retraite. Il la vit arriver «.a us fléchir, et conserva au lit de mort son orgueil et son opiniâtreté : « Hors le prétendu roi Henri, dit-il, hors son antipape et leurs conseillers, j'absous et je bénis tous ceux qui croient que j'en ai le pouvoir. • Ce langage était moins chrétien, mai» U était plus conforme à son caractère. Le 25 mai 1085 il avait cessé de vivre.
Il n'est pan un mmiI souverain de son époque, pas un seul royaume, sur lesquels il n'ait essayé d'asseoir sa domination. Il prétendait que la Saxe avait été donnée par ChariemAgnc à saint lierre , que l'Espagne lui appartenait avant d'être aux Sarrasins, et qu'il aimait mieux la leur laisser que de la voir passer à des chrétiens qui n'en feraient pas hommage au saint-siége. Il s'appuyait encore sur un prétendu diplôme de Cbarlemagne pour exiger les tributs de la France. Il menaçait les juges souverains de Sardaigne de donner leur lie à des conquérants qui la lui demandaient , s'ils persistaient à lui refuser le denier de saint Pierre. Deux rois se disputaient la Hongrie : il écrivit à un et h l'autre pour les engager tour à tour à se soumettre au saint-siège, qui était, disait-il , souverain de ce pays. U élevait les mêmes prétentions sur la Dalmaiie; et le prince Démétrius, héritier du trône de Russie, étant venu à Rome pour visiter le tom- Iwau des apôtres, Grégoire VII l'amena à recevoir la couronne de ses mains comme un don de l'Église romaine. On lui attribue la première pensée de la pieuse folie des croisades. Il y songea dès la seconde année de son |>ontilieat. L'Europe lui dut ainsi trois legs funestes: la querelle des investitures, la rivalité des rois et des panes, la vaine conquête du saint-sépulcre, c'est-à-dire trois siècles de schismes , de guerres civiles, de guerres étrangères et de calamités de toutes espèces. On conçoit dès lors aisément l'enthousiasme pour la mémoire d'un prêtre qui a voulu raux pieds du chef de l'Église. Quinze ans après sa mort, le pape Anastase IV le fit peindre dans une église parmi les bienheureux. En 1584, son nom fut inséré dans le Martyrologe par Grégoire XIII; en 1609, Paul V permit au chapitre de Salerne de l'honorer comme un saint ; enlin, cinquante ans après, Alexandre VII introduisit son office dans toutes les basiliques de Home. Cet office pénétra dans les églises de Bénédictins en 1710 , et c'est de là que sortit, sous le pontificat de Benoit XIII, une légende de Grégoire VII, qui souleva toutes les puissances protestantes etcatholimies de l'Europe. Contentons-nous de voir en lui un grand homme, sans tenir compte de* maux dont il a aflligéson siècle. Disons, toutefois, que lus vices de son temps turent i que lui , car il ne put réprimer aucun des abus et i déshonoraient le sacerdoce, l'empire et le
GRÉGOIR E VI 1 1 (Mam ice BOURDIN) , antipape, gouverna l'Église conjointement avecGélase II. C'était un Espagnol, que le père Maimbourg traite de scélérat, et qui par la faveur de Bernard, arehevêque de Tolède, Ait d'abord évêque de Coimbre. Il fit, en 1 10g, le voyage de Jérusalem, s'acquit, en revenant par Constaiitinople, l'amitié de l'empereur Alexis, et succéda à saint Géraud dans l'ardtevêché de Prague, en 1 1 10. Ayant passé, cinq ans après, en Italie pour solliciter l'appui du pape Pascal II contre ce même Bernard qui avait commencé sa fortune, et qui voulait maintenant le soumettre a la piimatie de Tolède, llotirdin ohtint l'uffrant de son archevêché, et partit, comme légat de oe e, pour aHer négocier la paix avec Henri V. Mais r, qui revendiquait sur Rome la riche succesi comtesse Mathilde, était résolu à pousser les choses à l'extrémité ; il conduisit son armée jusque dans ia capitale, d'où le par* Pascal s'était enfui, et sur le refus des cardinaux, M fit couronner dans Saint-Pierre par oe même Bourdin ,
qui devint ainsi l'ennemi de cehji qui Pavait déségoé. 1 munié par Pascal II, il s'attacha de plus en plus à la rau*«de l'empereur, et après la mort de ce pontife et la non-confirmation de Jean deGaète, que cinquante-ct-un cardinaux avaient éhi sous le nom de Gélase II , l'ambitieux. Bour^n ceignit la tiare par la grâce impériale, le 14 mars 1 1 ih. et prit le nom de Gféçoéte VI II. Gélase, retiré à Gaète, renouvela les anathèmes de Pascal ; mais une partie île l' Allemagne et de l'Angleterre reconnut le nouveau pape ; et Gélase, après avoir essayé vainement de rentrer dam Ronw. alla mourir en France, au monastère de Cluny , en il (9 Grégoire VIII n'en fut pas plus avancé. Quelques rardiuam lui donnèrent un nouveau rival dans la personne de ( alixte 11, qui en 1120 le força de quitter Rome et de se renfermer dans le château de Sut ri. Les lubitants de cette u& ne lui furent pas longtemps fidèles: ils le livrèrent au vainqueur, et le malheureux Grégoire, vêtu d'une peau de mouton ensanglantée, monté à rebours sur un chameau, dont ii tenait la queue, ignominieusement promené dans les rue» de Rome, menacé de mort par la populace, ne fut sauve que par la générosité de Calixte, qui l'envoya mourir dan* un monastère.
GRÉGOIRE V1H (Aj.bkht ne SPINACHIO), successeur d'Urbain III, fut élevé au pontificat le 21 octobre lis: C'était un personnage renommé pour sa sagesse, plein or zèle pour les choses saintes, et fort opposé aux pratique» superstitieuses que l'ignorance avait introduites dans CEghV Grégoire signala son avènement en adressant aux prince chrétiens des lettres par lesquelles il les conviait à la crutsade. Il promettait des indulgences, prescrivait des jeûnes, se soumettait lui-même aux plus rudes austérités, et travaillait, dans l'intérêt de la conquête des lieux saints, à la reconciliation des Pisans et des Génois, lorsqu'il mourut a Pise, le 16 décembre 1 187, après avoir occupé le trône pon tifical pendant un mois et vingt sept jours.
GRÉGOIRE IX (Ucolino de SEGM), succéda à Honoré III, le 19 mars 1227. 11 appartenait à ia famille d'Innocent III. C'était un homme de grand esprit, fort savant, fort grand canonlste, et saint François d'Assise lui ava t prédit la tiare. Rien n'égala le faste de son couronnement ni la richesse de son cortège. La Rome du Christ brillai alors de toutes les splendeurs mondaines. Mais des soins plus importants occupèrent Grégoire IX. La guerre des Albigeois durait encore, et les légats du saint-siége s'efforçaient de ranimer les fureurs des croisades, qui se rah»tissaient tous les jours. L'em|>ereur Frédéric 1 1 fut sommé de tenir la promesse qu'il avait laite «le passer eu Asie avec une armée; il s'embarqua à Blindes, mais il y rentra avec sa flotte trois jours après, sous le prétexte d'une grave maladie. Le pape ne se paya point de ces raisons. Ennemi personnel de Frédéric depuis l'emprisonnement et l'exil des deux frères d'Innocent III, ses proches parents, il saisit ce prétexte pour se venger, et le 29 septembre 1227 il excommunia l'empereur du haut de la chaire d'Anagni , après un sermon des plus violents. L'anaUième, renouvelé deux fois, fut suivi d'un manifeste adressé à tous les évéques, qui se terminait par la menace d'une déposition solennelle. Frédéric Il écrivit de son coté à tous les souverains de la chrétienté pour justifier sa conduite, et, récapitulant tous les griefs de la maison de Souabe contre le saint-siége, il ne lit qu'irriter davantage le pontife orgueilleux, qui lui répondit par une huile d'excommunication, plus violente encore que les deux premières. L'empereur perdit patience : il attira dans son parti les Frangipani et autres nobles romains; et Grégoire IX, attaqué par eux dans l'église de Saint-Pierre , fut forcé de se réfugier à Pérouse. Frédéric II n'en continua pas moins son voyage vers la Terre Sainte, et ce fut cette fois malgré les défenses du pape, qui le regardait alors comme Indigne de délivrer le saint-sépulcre. Le |tontife, sur ces entrefaites, faisait la guerre aux lieutenants de l'empereur. Il envoya même une armée sur ses terres, et Jean de Bricnne, autrefois roi de Jérusalem, [-orta le fer et le feu
dans le royaume de Sicile, bu non du successeur de saint Pierre. Frédéric II, instruit de ce* déprédations, fit la paix avec le sultan d'Egypte et revint, en 1229, défendre son trône et se» État*.
A cette nouvelle, Grégoire IX entre en fureur, prononce la déchéance de son ennemi, et repouwe d'abord tous ses ambassadeurs Mais, par IVntremise d'Hennan, grand-maître de l'ordre Teutonique, une espèce de pais est conclue, en 1530, sans qu'aucun des deux rivaux abjure sa haine et son désir de vengeance. L'empereur fomente des révoltes dan» le sein de Kome, tout en promettant au pape de le secourir cootre ses ennemis, «Grégoire, contraint de loir une seconde fois la capitale, en juillet 1231, essaye de soulever les villes d'Italie contre Frédéric; il lève, en attendant, des sommes énormes dans tous les États catholiques. Enfin, les intérêts de la croisade réunissent un moment ces deux rivaux à Spolëte. Frédéric II promet de repasser dans la Terre Sainte, et prête ses troupes au pape pour étouffer les rébellions qu'il a fomentées lui-même. Le* Romains sont force* de se soumettre, et Grégoire IX , en reconnaissante de ce service, donne à son tour ses troupe* à l'empereur pour châtier ton 61s.
A ce* appaiencesde conciliation succèdent, en H.16 , de» plaintes réciproques Trots années se |>nsseot de part et d'autre en manœuvres secrètes, en intrigues et en escarmouches. Mais en 1X39, sous prétexte de l'occupation de la Sardaigne par les troupe* impériales , Grégoire fulmine une nouvelle excommunication cootre Frédéric, dont il énumère en termes injurieux les prétendus attentats contre l'Église. L'empereur répond par de nouvelles injures, il s'adresse à tous le* princes, et traite le pape de Ualaam, d'antechrist, de dragon séducteur, de prince de* ténèbres. Cette guerre de plaine est suivie d'une guerre plus sérieuse. Le pape détourne les fonds et les guerriers destinés à la croisade pour se défendre contre son ennemi. Frédéric 11 demande, de «on coté, la convocation d'un concile général, et appuie sa demande par une invasion en Italie. Les légats du pape lèvent des tributs et des hommes en France, et offrent l'Empire a Robert d'Artois , frère de Louis IX. Mais le saint roi était un grand homme. Il répondit par un noble refus, et envo>a des ambassadeurs à Frédéric M pour s'en expliquer avec lui. Les seigneur* d'Allemagne refusèrent aussi d'en élever un autre à l'Empire. Cette guerre allligeait les rois de France et d'Angleterre; ils supplièrent le pape d'assembler un concile pour en décider. Grégoire IX y consentit ; mais ce fut alors Frédéric 11 qui s'opposa a cette convocation, après lavoir sollicitée ; il ne lui convenait plus de soumettre au jugement des prélats une cause où il s'apissait parement de la puissance séculière. 11 ferma toutes les voies de terre et de mer aux évêques qui se rendaient a l'appel du pape, tandis que Louis IX, par des motifs de •le politique intérieure, arrêtait dans ses États les sommes exorbitantes qu'y levaient les légats du saint-siège. La guerre ravageait les environs de Rome. Bénévent, Faenza, Spolettc, étaient an pouvoir de l'empereur. Le roi de Hongrie , attaqué par les Turcs , appelait vainement à son secours les <leu\ puissances. Frédéric et Grégoire s'imputaient réciproquement les cause* de cette invasion et l*im|M>*sibilité on ils disaient être de secourir les Hongrois. Mais Prédéric avançait toujours vers Rome, et Grégoire IX allait être réduit à une nouvelle mite, si la mort ne lui eut épargné cette honte. Ce pape avait déjà quatre-vingt-cinq ans à l'époque de son exaltation, et l'on a peine à comprendre tant de passions violentes dans le cœur d'os viefitard. Il mourut dans sa centième année, le 20 juillet 1241, et légua à ses successeurs cette guerre des guel f es et de* gibelins, qui devait longtemps embraser l'Italie. Le saint-siége lui doit un legs plu* précieux et plus utile à sa gloire, c'est le recueil de* décisions papales, qui fut appelé les ikçretaUi de Grégoire r.X, et qui devint par la suite le code de la monarchie pontificale.
GREGOIRE XI (ThEalim-. ou Tikscn VISCONTI) suc* céda, en 1J7I, àCléiocal IV, après une vacance de trois
ans. 11 était sur la route des Saints Lieux , quand les quinze cardinaux, réunis en conclave à Viterhe, s'ennuyèrent de leur longue prison, et s'en remirent an choix de six d'entre eux, qui l'élurent tout d'une voix. Il était alors simple archidiacre de Liège , et c'est à Saint-Jean-d'Arrc qu'il reçut la nouvelle de son élection. Il ne fut sacré a Rome que le 27 mars 1272. Mais son exaltation lui importait moins que la prédication d'une croisade nouvelle et la réunion des Eglises grecque et latine. Il convoqua à cet effet un concile k Lyon, et força Michel Paléologuc, empereur de Constantinople, d'imposer à ses prélats la soumission à l'Église romaine. Les anathèmes qu'il prononça à l'Instigation du roi Edouard d'Angleterre contraignirent Gui de Montfort , assassin du prince Henri d'Allemagne, i venir se jeter a ses pieds, presque nu et la corde au cou. Grégoire X le livra au roi de Sicile, qui le fit mourir en prison. Il fut moins heureux I dans son projet de réconcilier les guelfes et les gibelins de Florence, et s'en vengea par un interdit jeté sur cette ville, qu'il traversait pour se rendre à Lyon , où l'attendaient plusieurs rois ou princes et des prélats de toutes les contrées i de la chrétienté. Les envoyés de Palëologue l'y joignirent le 1k juin 1275, et le 4 juillet arrivèrent les ambassadeurs , du khan des Tartares. Les uns et les autres reconnurent le ' pape pour le père commun des chrétiens ; mais ce ne fut ! qu'une réunion momentanée. la croisade , qui était le second objet de ce concile , se borna a des levées de décimes et à des engagements sans résultat. Cette assemblée n'en eut d'autre que des règlements de discipline ecclésiastique et la constitution des conclaves pour l'élection «tes papes, tels à peu prés qu'ils se tiennent de nos jours. L'Empire était alors disputé par Alfonse de Castille et Rodolphe de Hapshourg Grégoire X se prononça pour ce dernier, et força | son compétiteur à se désister de ses prétentions , moyen- | nant l'autorisation de lever une dlme sur le clergé d'Es- . pagne pour les frais de la guerre contre les Maures. Les | rois étaient alors les très-humbles vassaux du saint-siége. ; Deux brefs datés de Beaucairc l'an 1275 ordonnent, l'uu à Alfonse III de Portugal , d'obéir aux décrets de ses pré- ■ décesseurs Honoré III et Grégoire IX; l'autre, au roi d'Aragon , d'abandonner une concubine qu'il a enlevée à son mari. L'empereur Rodolphe vient a son tour lui donner des marque* de vassalité en jurant a ses pieds de respecter le patrimoine de saint Pierre et de soutenir ses droits sur le royaume de Naples. Forcé par les inondations de l'Arno de traverser Florence, qu'il avait frappée d'interdit, il leva l'excommunication en entrant dans la ville, et la renouvela i à sa sortie avec une grande violence, après avoir béni le ' peuple sur son passage avec une douceur angélique. Il alla : mourir vingt-deux jours après, à Arezxo, le 10 janvier 1276, et fut enterré dans la cathédrale de cette ville, dont le clergé ne manqua pas de lui attribuer des miracles et tic ; le regarder comme un saint. L'Église se borne à le considérer comme un digue |H>ntife.
GRÉGOIRE XI ( PiraiRE-Roccn de MAUMONT), neveu de Clément VI , qui l'avait promu à la pourpre, à l'âge de ; dix -sept ans, sous le nom de cardinal de Beaufort, succéda , sur la chaire de saint Pierre, a l'rbain V, en 1370. Son : pontificat débuta par le vain projet de réconcilier Charles V de France et Edouard III d'Angleterre, et par ■ excommunication «les irercs visconti, qu m lit poursuivre, en 1373, par les armes d'Amédéc de Savoie. Il rétablit pendant ce temps la paix entre la reine Jeanne de N'aples et Frédéric le Simple, de In maison d'Aragon , en faveur duquel il confirma l'érection du roy aume de Trinacrie comme fief immédiat de la couronne de Sicile. Cet acte était plus humain que la persécution des turlupina , espèce de | vaudois qui habitaient la Savoie et le.Dauphiné , et qu'il I livra à la colère du roi de France. Il eêt mieux tait de tourner les armes des chrétiens vers Constanlinople , dout les |m»vinces étaient ravagées par des landes ottomanes. Mais j Grégoire XI ne vH dans cette guerre qu'un moyen d'amener i les Paléologuet et les Grec* à reconnalu~e enïuu la supré-
du pape; et Portent échappa tout à la fois a ses em~ | pontifcat si son rival voulait en faire
pereurs «t aux pontifes qui prétendaient y dominer.
A celte époque commençait a surgir, du sein de l'Église, cette s^ric de novateurs qui devaient en démembrer la monarchie et en diviser tes doctrines. Un chanoine de Prague, nommé Jean Milicius , regardé comme le précurseur de Jean liuss, prêchait, en 1374, une espèce de réforme en Bohème, eu Pologne et en Silésie. Grégoire XI suscita contre lui les foudres des prélats d'Allemagne et le glaive de l'empereur Charles IV, pour le punir, dit-on, d'avoir osé écrire sur la porte même du Vatican, que l'antechrist était venu, et qu'il était dans l'église. Un hérésiarque plus célèbre paraissait en même temps en Angleterre : c'était Jean Wiclef, docteur d'Oxford, qui donnait aussi au pape la qualification d'antechrist. Grégoire XI écrivit à tous les prélats anglais pour leur commander le châtiment de ce rebelle ; mais les régents du jeune Richard II le mirent à couvert des censures ecclésiastiques ; et Wiclef, iort de c*A appui, attaqua plus ouver* tentent le pouvoir temporel cl spirituel des papes , les mystères , les dogmes et les constitutions de l'Église catholique. 11 osa même comparaître devaut les juges de Rome, accompagné des ducs de Lancastre et de Percy, et Grégoire XI mourut sans avoir tiré vengeance de cet hérésiarque.
Le plus grand événement de ce pontificat est le retour de la cour papale a Rome, après soixante-douze ans de séjour à Avignon. Pressé par les sollicitations des Romaïus, par les reproches de saint Pierre d'Aragon , par les prières de sainte Catlierinc de Sienne et de sainte Brigitc de Suède, Grégoire XI céda surtout à la nécessité d'arrêter par sa présence la spoliation et le ravage des domaines de l'Église. Le patrimoine de saint Pierre était en proie à une foule d'usurpateurs sanguinaires. Florence avait formé une ligue puissante contre l'autorité du pape , et une armée d'Anglais et de Bretons n'avait pas plus elfravé les rebelles que les anathèmes du saint-siége. L'Italie lui échappait, et les Romains avaient déjà offert la tiare à l'abbé du Mont Cassln, qui l'avait acceptée. Grégoire XI annonça donc à toutes les puissances chrétiennes sa résolution de retourner dans sa vieille capitale ; et, laissant six cardinaux pour gouverner le comtat, il s'embarqua avec treize aulrcs à Marseille, en 137G. Les troubles de I Italie ne lui |*rmeitaient pas de prendre la voie de terre. Il relâcha seulement à Gènes , à Pise , à Piombino, et remonta le Tibre depuis Ostie jusqu'à Rome , où il entra , le 17 janvier 1377, au milieu des acclamations du peuple. 8,000 lampes éd.iiiaient la basilique de Saint- Pierre , où il alla rendre grâce à Dieu de son retour. Mais sa vie (ut de courte durée. Les Romains avaient contracté pendant trop longtemps des habitudes d'indépendance. Des pouvoirs populaires s'étaient établis : ils avaient capitulé, il est vrai, avec l'autorité pontificale; mais leur jalousie éclatait à chaque occasion et multipliait les révoltes. Le désordre s'accrut pétulant les cinq mois d'été que Grégoire XI alla passer à Anagni. A son retour, il trouva les bannereis plus puissants et plus insolents que
jamais. Les Florentins secondaient tous ces mouvements, et le trésor de l'Église ne suffisait pas aux créanciers du pontife. Il se repentit d'avoir cédé aux sollicitations des Romains, et songea sérieusement à reprendre la route d'Avignon. Mais le chagrin que lui causait sa situation le conduisit au tombeau le 27 mars 1378. C'est le dernier des papes français : on loue sa science, son zele pour les arts et la pureté de ses ntunirs; mais on l'accuse de népotisme.
GRÉGOIBE XII (Ahce CORARIO). C'était un vieillard octogénaire, d'une des premières familles de Venise, et patriarche in par tib us de Constantinople. Il était évoque de Venise quand Bonilace IX l'envoya à Naples en qualité de nonce pour remettre ce royaume sous la domination 'te Ladisla». 11 succéda enfin à Innocent VII, en 1400. Le grand schisme d'Occident affligeait l'Église depuis la mort de Grégoire XI. Elle avait toujours deux papes; et celui de France se nommait Benoit X 1 1 1 à l'avènement de Grégoire XII. Mais celui-ci avait juré avant son élection de se démettre du
, pour laisser a un
conclave général la faculté d'élire an pape unique. Il eovoji d'abord trois légats à Benoit : les ambassadeurs de France se Joignirent à eux, et le pape ou l'antipape d'Avignon eut Pa«r de céder à leurs prières. Mais ni l'un ni l'antre n'avait envie de tenir sa parole. L'entrevue devait se faire à Savonne. Boraft ne s'y rendit que parce que Grégoire ne voulait pas s'j rendre Celui-ci s'était avancé jusqu'à Lucques avec ta ferme intention de ne pas pousser plus loin , et il ne répondait qur par des violences aux prélats qui lui rappelaient son serment Ses cardinaux, irrités, l'abandonnèrent et se retirèrent à h», en protestant contre une promotion que leur |>ape voulait faire, et qu'il lit après leur départ Grégoire XII répondit à leur maniieste par l'excommunication , et les cardinauv, de leur coté, en appelèrent à un concile , en traitant kuc cliefd'anteclirist.de scélérat, d'ivrogne, dtiomme de bm, de lâche destructeur de l'Église. La France menaçait es même temps Benott XIII de se soustraire à son obédience : celui ci répondait à son tour par des interdits et des anithèmes, et le clergé gallican faisait lacérer sa bulle et châtier les messagers qui l'avaient apportée. La glace fui tout à fait rompue ; le conseil du roi , l'assemblée du clergt, l'université, prononcèrent leur séparation, et s'adressèrent aux deux collèges de cardinaux pour mettre un terme à te scandale. Un concile fut convoqué à Pise par les deux partis, et les deux papes furent sommés d'y comparaître Il s'ouvrit le 2 5 mars 1409, sous la protection du marétM de Boucicaut, qui parcourait l'Italie avec une année française. La cause des deux papes fut examinée : ils foreol l'un et l'autre déclarés contumaces ; et le 5 juin, après une citation nouvelle a la porte de ta cathédrale de Pise, le patriarche d'Alexandrie prononça leur déposition.
En vertu de cette sentence, vingt-cinq cardinaux entrerait au conclave, et un troisième pape fut élu sous le nom d' A • lexandre V. Grégoire XII ne se tint point pour tnita. Retiré près d'Aquitée , il opposa concile à concile, et lança sur les cardinaux de Pise des foudres, dont ils se moquèrent Menacé par le sénat de Venise, fi se déguisa en marchand pour échapper à la captivité, et se sauva sur les galères de Ladialas, qui le conduisirent kGaète, pendant que sou camérier, revêtu des habits ponlificaox, était battu et volé par les sbires du patriarche d'Aquilée. Rome reçut avec joie If w*0veau pontife Alexandre V, auquel succéda Jean X XI II» sans que la situation de Grégoire XII en rat aménorèe. La trahison de Ladislas ajouta même à ses angoisses. Ce roi perfide le vendit au pape Jean 'pour 100,000 durai' ; mais les habitants de Gaète le firent secrètement embarquer sur un vaisseau véuitien, qui le transporta à Rimioi, m» la protection de Charles Malatesta. Quelques évéques d'Allemagne le reconnaissaient encore, et il leur envoyait des décrets, qu'il leurétait impossible d'exécuter. Le schisme, entretenu par son obstination , acquit une violence de plus P*r les cruautés de Jean XX11I. Il fallut en venir à un conçue général : ce rut celui de C o n s ta n c e, où l'empereur Ssn«mond invita les trois papes à se rendre. Grégoire XII»"" se fier à ses ennemis : il abdiqua la puissance pontifie**' dans un consistoire qu'il tint à Rimini, et le concile, h* tinguant de ses deux compétiteurs, qu'on avait été obus* de déposer, lui déféra les litres de doyen des cardinal» * de légat perpétuel dans la marche d'Ancone. Ir le dec«M» en outre, le second en ordre et en dignité après le P*l* 1u serait élu. Grégoire jouit deux ans de ces honneurs, et |wm rut le 18 octobre 1417, k l'âge de quatre-vingt^ntt
GBÉGOIRE XIII ( Ctuau» ou Reçues BIK>NC0>IM; GNO), successeur de P i e V , fut élu le 14 mai 1*72. " de Bologne, et était né en 1502. Professeur à l'univers» «le celte vibe, à l'âge de trente-deux ans, il vint à Bonie «• Ii39, et y fut nommé référendaire. Paul III l'enioja phi» tard au concile de Trente, et â son retour « fut Meees*^ ment vicaire de l'auditeur de la chambre sous ce w*0 pape, secrétaire apostolique sous Jules III, évèquc ft (3t' dinal sous Paul IV, qui lui confia la légation de Port*»1'
Cest là qu'il connut le cardinal Granvelle, qui devint par la suite le principal auteur de non exaltation. Elle eut lieu cous le* terribles auspices delà Saint-Barthélémy *• des auteurs dignes de quelque foi asaureot qu'il lui en coûta d'être obligé d'approuver de semblables horreurs. Mais il est difficile de concillier cette assertion avec les actes mêmes de ce pape. Il fit tirer le canon du château Saint-Ange en réjouissance de cet infâme massacre, osa en remercier Dieu dans son temple , persécuta les | Ht» testants avec un acharnement digne des ligueurs de France , félicita le duc d'Anjou de se» victoires sur les calvinistes, lui envoya la rose d'or avant son départ pour la Pologne, et secourut de ses trésors l'empereur et le mi d'Espagne Phillippc II. Il fallait que ces trésors fussent bien considérables ; car il distribuait en même temps des subsides h don Juan d'Autriche, à l'ordre de Malte, au duc de Brunswick, bâtissait des églises magnifiques, fondait et dotait vingt-deux collèges, construisait des greniers publics et ajoutait de belles fontaines aux monuments de Rome. Le cardinal Granvelle, son ancien protecteur, fut le premier, et à peu près le seul, qui éprouva sa fermeté comme pontife, a l'occasion d'un criminel que ce cardinal, vice-roi de Naple», avatt enlevé à la juridiction de l'arcltevëqnc. Grégoire XIII menaça île le déposer; et le fier Granvelle céda à l'autorité nouvelle de son protégé d'autrefois. U fut moins heureux dans le projet de réconcilier le peuple de Gêne» avec le* nobles, dans ses négociations contre les Turcs, dnns celles qui avaient pour but de donner la couronne do Pologne à la maison d'Autriche, dans ses trames contre Hlisabcth d'Angleterre et en faveur de Marie Sluart. Il envoya vainement quelques soldats en Irlande et soixante jésuites en Angleterre. Ses soldats furent battus , ses jésnites chassés, et ses menées n'eurent d'autre résultai que d'aggraver le sort des catholiques anglais. Philippe II le joue à Lisbonne, et s'empare du Portugal, pendant que Grégoire XIII prétend juger A Rome les titres des divers concurrents qui se disputent l'héritage du roi Sébastien. Mais le plus grand témoignage de sa faiblesse, c'est l'empressement qu'il met à féliciter le roi d'Espagne sur sa conquCle ; et les historiens ont cru le justifier en alléguant qu'il attendait de Philippe II des grâces et des dignités pour Jacques Biion-Compagno, son fils naturel.
En Allemagne, sesconseilaéenouent contre les passions de Gehhard Trochsess, archevêque île Cologne, qui embraie Je calvinisme pour épouser une religieuse. Mais un prince de la inaisonde Bavière se fait élire à la pince de Gebhard, et les armes bavaroises appuyant les analltèmcs de Grégoire XIII, le coupable est forcé de cherclier un asile en Hollande. Le grand-mattre de Malte, Jean Épiscopius de la Cassièrc, arrêté et mis en prison par des chevaliers espagnols, ayant invoqué l'assistance du pontife, fut assez heureux pour se voir rétablir dans sa dignité. Mais le pouvoir du pape était méconnu sur les terres même de l'Eglise. D'innombrables bandits, protégés par des seigneurs puissants et surtout par la famille des Orsini, infestaient les routes de sa capitale, et la réduisaient presque à la famine, lia venaieot même jusque dans Rome braver les sbires et l'autorité du saint-père. La mort de Raimond Orsini, attaqué et tué dans son palais par le prévôt , causa une sédition violente, que Grégoire ne put apaiser que |uir le supplice de sespropresoffitiers. Le frère de Raimond se vengea sur Vincent VHelli, petit-lils du pontife ; eteesdésordres lui survécurent. Ceux de la France duraient encore : il voulut en profiter pour y affermir sa domination, et une bulle où il attaquait la puissance royale y lut publiée par quelques prélats ultramontains. Mais le parlement interdit ce libelle, et fit saisir le temporel des évêques dissidents. Disons pourtant, à la louange de ce pape, qu'il refusa constammenlde donnera la ligue une approbation solennelle; que ni les Guises, ni les jésuites, ni Henri III, ne purent lui arracher le moindre bref de confirmation , et qu'en dépit de leurs sollicitations, il ne voulut jamais consentir à excommunier Henri de Navarre et le prince de Condé. La mort le surprit au milieu de ces embarras, vers le 10 avril iu& : il
iOIRB 565 avait quatre-vingt-trois ans. Son peu pie le regretta , car il n'en avait reçu que des bienfaits ; une statue lui fut érigée dans le Capitole. Cest à lui que nous devons la réforme du ca I e ndr ier, sollicitée depuis longtemps par les astronomes, et que les Russes et les Grecs rejettent encore.
GRÉGOIRE XIV (NhxmasSFONDRATO) suscédaà Urbain VII, le 6 décembre 1590. Né à Crémone, en 1535, il était devenu évêque de cette ville, puis cardinal en 1583. Les intrigues du cardinal de Montalte triomphèrent, dans le conclave, des nombreuses factions qui s'y étaient formées, et lui donnèrent la tiare. Le peuple crut un moment qu'il était fou en l'entendant rire aux éclats pendant son exaltation; mais s'il faut en croire de Thou, c'était tout simplement une mauvaise habitude, que châtièrent rudement les diatribes de Pasquin. Ses prodigalités firent oublier cette inconvenance. Il fit donner mille écus à chacun des cinquante-deux cardinaux qui étaient présents au conclave, rétablit les pensions des grands seigneurs que Sixte-Quint avait supprimées, et l'histoire n'eut rien dit île plusde lui, si les troubles de Franco ne lui eussent donné une célébrité malheureuse. Son pontificat de dix mois fut cruellement rempli par son dévouement sans bornes à la ligue expirante. Il n'imita A cet égard ni la réserve de Grégoire XIII, ni la politique de Sixte-Quint. H donna tête baissée dans les plans de Philippe H et îles jésuites. Sans égard pour les représentations de la noblesse de France, il se déclara ouvertement contre Henri IV, l'excommunia, lui et ses adhérents, excita les Français à déférer la couronne au roi d'Espagne, leva une armée do 11,000 hommes pour secourir les ligueurs, et leur sacrifia tous les trésors amasses par Sixte-Quint. La fièvre et la grave! le remportèrent, le 15 octobre 1&91, malgré les potions cordiales que lui préparait avec un soin filial l'ambassadeur de Philippe IL GREGOIRE XV (Aunusonr. LtIDOVISIO) succéda à
| Paul V, le 9 février 1611. Il était né le 9 janvier 1554, de l'une des plus illustres familles de Bologne. FJcvé par les jésuites au collège allemand, et plus tard, par les jurisconsultes de sa ville natale, il vint à Rome à l'instigation de Grégoire XIV , qui le nomma collatéral du sénateur. Clément VIII le créa référendaire et juge civil. Paul V lui conféra l'archcvéchéde Bologne, la nonciature d'Espagne et le chapeau de cardinal, et à soixante-sept ans il monta sur
j le trône de saint Pierre. Cest à lui que le duc.de Lesdigaières avait dit : « Je me ferai catholique quand vous serez pape. * Il le fut, et Lesdiguières tint parole, mais l'é- |iéc de connétable y était pour quelque chose . Les intérêts (lu saint-siége et un zèle ardent pour la religion firent de Grégoire XV un violent persécuteur des huguenots, malgré son affectation de douceur et de mansuétude, à laquelle quelques historiens se sont laissé prendre. « Faites sentir votre fureur à ceux qui ne connaissent point Dieu, » écrivait-il à Louis XIII ; et ce roi fit une rode guerre aux protestants de son royaume. Les protestants de Bohème et de Genève ne furent point oubliés par sa colère. U aida l'empereur de ses trésors et de ses troupes, et eût livré les Genevois à l'ambition du duc de Savoie , si le grand ministre qui dirigeait Louis XIII n'eut moins pensé a punir quelques huguenots de plus qu'à empêcher l'agrandissement d'une puissance voisine. Il ne trouva pas plus de complaisance dans le sénat île Venise quand il prétendit lui défendre d'accorder aux Grecs le libre exercice de leur culte : les Vénitiens songèrent moin? au salut de leurs âme» qu'à celui de leur commerce.
A la faveur do ces débats religieux, l'archiduc Léopold et Philippe III d'Espagne s'étaient emparés de la Valteline, et la France, qui n'était plus d'humeur à souffrir oes usurpations, fit alliance avec le duc de Savoie et avec les Vénitiens pour les chasser de cette province. Grégoire XV frémit pour la paix de l'Italie. Il s'offrit pour médiateur aux cours d'Espagne et de France, et en vertu d'un traité signé à Madrid , le 4 février 1623, la Valteline fut mise en dépôt dans ses mains, avec faculté d'en disposer à la satisfaction dei deux couronnes. On assure qu'il fut tenté de la garder
pour lui; mais il ne vécut point assez pour justifier cette nées des accusation. Une affaire plus importante occupait sa diplomatie : le roi Jacques d'Angleterre voulait à tout prix marier son fils Charles à une infante d'Espagne, et, attendu la différence de religion , le cabinet de Madrid exigeait une dispense dti pape. Grégoire XV y vit un moyen de ramener l'Angleterre dans le giron de l'Église romaine; mais il abusa tellement de la faiblesse de Jacques I", et lui imposa tant de conditions que la mort le surprit avant d'avoir mené h fin cette négociation. 11 était dans la destinée de ce pape de ne rien achever de cequ'i! avait commencé. Cependant^) est vrai de dire que son pontificat ne dura que deux ans cinq mois et vingt-neuf jours. Il mourut le » juillet 1623, fort regrette des pauvres, qui furent les objets constants de son inépuisable charité. On lui attribue un livre intitulé les Décisions de la rote, que Beltramini a publié avec des commentaires. VlEîOcrr, de l'Acadrmic Française. GRÉGOIRE XVI (Macro CAPELLARI ), pape de 1831
à f&i6, naquit le 28 septembre 1765, à Bellunc, dans les i rut fran|)é
L*n attachement opiniâtre a une profonde aversion pour modernes, une susceptibilité exagérée, qui toi une hostilité déclarée contre l'Eglise partout nu il était question de revendication de droits : tels furent le* traits di&tinctifs de tous ses actes dans les négociations entamées à la suite des incideuls que nous venons de rappeler. Pes I de papes ont publié plus de brefs et tenu plus d'allocutions ! que Grégoire XVI ; et un violent esprit de controverse est le ; caractère distinctif de tons ces manifestes.
En 1837 il ordonna, comme moyen de prévenir les ra- , vages du choléra, qu'on ftt à Rome une exposition publique ! des reliques des apôtres saint Pierre et saint Paul ; en IVte 1 il donna à l'Europe le spectacle d'une canonisation nouvelle. ; et fil ordonner des prières publiques dans toute la chré- I tienté à l'occasion de la situation où se trouvait l'Église I d'Espagne , par suite de l'état de confusion et <)'auarciae , dans lequel ce pays était tombé. Ce souverain pontife, mon
•vie le 1er juin lKio.
GRÉGOIRE, patriarche de l'Eglise grecque d'Orient, né en 1739, fut élevé à Dimizsana, en Morte, et se forma à l'étude des sciences dans plusieurs monastères, puis en der- • nier lieu dans celui du mont Athos. Apres avoir d'abord Ht j ermite , il fut nommé archevêque de Smyrne, et en I79S j patriarche de Constantinople. Par son humilité, par sa cha- ! ritéel sa bienfaisance, il acquit de plus en plus l'estime tun- 1 venelle, vivant avec simplicité , taisant observer stricte- , ment par son clergé les règles de la •liscipline ecclésiastique, i et consacrant ses revenus à des œuvres pieuses, a des cha- ; ri lés distribuées sans acception de croyance religieuse, et a fonder à Constantinople une imprimerie, dont les presse* furent employées à la propagation d'ouvrages utiles. Il fa- I vorisa surtout l'établissement d'écoles d'enseignement on- ! tuel à Scio, à Pathmos, à Smyrne, à Athènes et à Sparte. | Lorsq ne, en 1 82 1 , éclata en Morée lïnsu rrection des Grecs, j le patriarche devint suspect à la Porte. Afin d'empêcher le ' massacre général de ses coreligionatres résolu à Constaiitii nople, il lança, le 21 mars 1821 , sur le* instances aussi près santés que menaçantes du divan, l'a
Étals Vénitiens. Il entra jeune encore dans l'ordre des Bénédietins-Camaldules, et s'y distingua tellement par son savoir canonique et son érudition dans les langues anciennes et modernes de l'Orient, qu'il fut bientôt élu vicaire général de sa compagnie. En 182& Léon XII le promut au cardinalat ; plus tard il le créa préfet de la Propagande et l'employa dans les négociations suivies avec le roi des Pays Bas |»our la conclusion d'un concordat. Sous le pontificat de Pie VIII, le cardinal Capellari fut cliargé de la direction des négociations suivies avec le gouvernement prussien an sujet de la fameuse question des mariages miites. Élu contre toute attente pape dans le conclave de 1831 , il ceignit la tiare le 2 février, et prit le nom de Grégoire AT/. Son règne devait être des plus agités. En effet , a peine Grégoire XVI fut-il assis sur le trône pontifical , que la sourde agitation produite en Italie par le retentissement de la révolution de Juillet éclata sur divers points de la péninsule, en mouvements insurrectionnels, dont les États de l'Eglise eux-mêmes ne furent pas exempts , et qui ne purent être réprimés que par l'intervention de la France et
de l'Autriche. Au lieu d'en prévenir pour longtemps le retour j et Soiiûo* , instigateurs du mouvement , et adressa en outre par l'adoption d'une politique plus conforme à l'esprit de 1 à son clergé une lettre pastorale dans laquelle l'obéissance
! des Grecs envers la Porte était présentée comme un devoir de conscience; mais sa mort était dès lors décidée. Lorsque
son temps, Grégoire XVI, cédant à la funeste influence des conseils qne lui donnaient les cardinaux Bernettiet Albani, chargea une armée autrichienne de mettre à la raison ceux de ses sujets que d'intolérables abus avaient poussés à l'insurrection. C'est alors que Casimir Périer.pour faire contre-poids à l'armée que le cabinet de Vienne faisait entrer dans les États Pontificaux, envoya une division île nos trou» pes occuper Ancône (1832).
Aux soucis qu'inspirait au souverain pontife la situation critique du patrimoine de saint Pierre, vinrent bientôt se joindre des tribulations causées par les démêlés politiques
la famille du prince Morrousis, après avoir été confiée à la garde du patriarche , k la suite de l'exécution de ce prince , parvint, grâce a l'intervention de l'envoyé russe, et à l'inso de Grégoire , à s'embarquer sur un vaisseau qui la conduisit a Odessa , il donna connaissance du fait aux autorités turques aussitôt qu'il en fut instruit. Mais, le premier jour de Pâques ( 22 avril 1 82 1 ), après la célébration du service div in, il fut, sur un ordre du sultau, arrêté par des janissaires
à sa surtie de la basilique, puis pendu avec trois évêques du sainl-siége avec l'Espagne et le Portugal. Ces puissance», ! et huit prêtres , devant la grande porte de l'église, et tout jadis essentiellement catholiques, en arrivèrent à rompre ; revêtu de ses habits pontificaux. On plaça alors sur sa poi-
trine le texte de sa condamnation a mort. Ce fut deux jours après seulement qu'on enleva son cadavre du giliel et qu'on le jeta à la mer. Mais des matelots l'en retirèrent et le conduisirent à Odessa, où il fut enseveli en grande pompe.
Le patriarche Grégoire est auteur d'un Dictionnaire de la langue grecque, qui ferait six volumes in-folio, mais dont les deux premiers seulement ont paru (Constantinople, 1819-21).
toutes relations avec la cour de Rome et à prendre le parti de se passer de son concours pour opérer les réformes jugées indispensable* dans leur organisation ecclésiastique Plus tard surgirent les collisions avec le gouvernement prussien à l'occasion de l'enlèvement des archevêques Droite de Vischtriug rtthmin, tousdeux arrachés de leur siège (affaires de Cologne et de Posen) par suite de leur conduite dans la
question des mariages mixtes, a propos de laquelle ils pré- ; Ou a aussi de lui une traduction en grec tendaient taire revivre des incapacités décrétées an seizième commentaires, des Épitres de saint Paul, siècle, mais hautement réprouvées par le* mours et les j GREGOIRE (Hetuu), évêque constitutionnel de idées actuelles; puis les différends avec la Russie , a l'occasion du retour dans le sein de l'Eglise grecque de plus de trois millions de grecs unis, détachés du giron de l'Église catholique par des moyens que le gouvernement russe nV>t que trop enclin à regarder comme légitimes. Dans les discussions auxquelles donnèrent lien ces divers événements, Grégoire XVI, tout en paraissant n'employer que -> ton de MHdmi.te.iMt
naquit àVéuo, près de Luné ville(Meurtlie, le 4 décembre 1 750. H étudia à Nancy. Nommé professeur au collège de Ponl-à- Moussoo en 1773, il publia la même année V h loge dt la poésie, qui fut couronné par l'Académie de Nancy. Il cultivait alors la poésie et avait composé quelques essais, qui dan* la suit» furent anéantis. Élevéausacerdoce, il devint vicaire, puis curé d'EioheraKMnil et de Vaucourt. De 17 si 1787, il parcourt la Lorraine, l'Alsace, la Suisse et la partie de l'Aile-
magne qui avoisme c« «fermer pays. Dans le journal de ce* excursions, dit M. Htppolyte Carnot, « on le voit rempli d'admiration pour les beautés de la nature et d'intérêt pour re* reovres de l'homme, s'enquérir de ton» les perfectionnement* susceptibles d'être transportés parmi ses compatriote», et attribuer à la liberté tout ee qui le frappe avantageusement dans les meeurs et les usages de In Suisse. »
L'année suivante, 17*8, Grégoire remporte à l'Académie de Metz un pris autrement important que celai de V Eloge de la /•oéJérx'est son Essai sur la Régénération physique, morale et politique de* Juifs. Cette production excita l'entltoustasme. L'auteur «entait Pindomptable besoin d'employer ses vaste* t acuités an bien des peuples. Aussi quels transports ne (tut-il pas éprouver en voyant venir l'heure de le* exercer en toute liberté t L'eût-il connue depuis longtemps, il n'aurait pas été mieux préparé. « Tandis que les assemblée* de la Bretagne préludaient aux états généraux ( c'est Grégoire qui parle), la Lorraine aussi s'élpr Irisait : une convocation, adressée aux hommes les plus notables des trois ordres, les réunit a Nancy, en janvier 1789, pour s'occuper d'une formation d'élat* provinciaux: l'assemblée était trop nombreuse pour délibérer , elle nomma quarante-huit commissaires : j'étais du nombre.... Dans une lettre imprimée, j'avais stimulé l'énergie des curés , écrasés par la domination éptscopale, mais justement révérés des ordres laies, qui, témoins habituels de leur* vertus, de leur* bienfaits, dans tous les cahiers réclamaient en leur faveur. Nommé aux états généraux, j'arrive à Versailles; le premier député que je rencontre est Lanjuinais ; le premier entament que nous contractons, c'est de combattre le despotisme. « Il se trouve rapidement le chef du clergé populaire. Lorsque, le 13 juin, les trois curés du Poitou se réunirent au tiers état, Bailly, qui le présidait, et plusieurs autres membres, jugèrent la présence de Grégoire nécessaire dans la chambre du clergé, afin de l'entraîner. I) est superflu de dire que, le 20, il ne manqna pas la séance du Jeu de Paume ni relie du 22, que les communes, avec 149 membres du clergé, tinrent dans l'église Saint- Louis.
La fusion des ordres consommée le 17, Grégoire est élu secrétaire presque a l'unanimité avec Mounier . Sieyès , Lally-Tollendal , Clermont-Tonnerre , et Chapelier. Le 8 juillet il appuie la motion de Mirabeau pour le renvoi des troupes. L'avant-veille de la prise de la Bastille s'était annoncée pai des événements sinistres. Craignant que les minute!! des procès verbaux et des lettres d'adhésion déjà arrivées ne fussent enlevées de vive force, et ne pouvant prendre les ordres de l'a «semblée, par ce que ce jour, qni était un dimanche, il n'y avait pas de séance, Grégoire consulta les
soustraire ces actes de naissance de la liberté et ceux de ses premières luttes. Il les fit envelopper sons le sceau de l'assemblée et le sien. M"" Émery, femme du député de ce nom , laquelle savait apprécier ce dépôt, se chargea «le le cacher, et pendant trois jours il fut à sa discrétion. Le même soir. 11, six à sept cents députés, qni n'étaient pas allés à Paris, se rassemblèrent dans la .salle des séances, précédemment salle des Menus. En l'absence du président, Grégoire consentit à occuper le fauteuil. Les vastes galeries étaient remplies de spectateurs, dont l'inquiétude pouvait encore s'accroître à l'aspect des physionomies sombres des députés. Improvisant sur les tentatives de la tyrannie, sur la ferme résolution qui animait tous les mandataires de la France d'exécuter le serment du Jeu de Paume, Grégoire s'écria avec enthousiasme: ■ La terreur n'est pas faite pour nous. Nous sauverons la liberté naissante qu'on voudrait étmdfer dans son berceau, laliot-il pour cela nous ensevelir souk les débris fumants de cette salle. « Des acclamations unanimes accueillirent ces paroles : il fut décidé que la séance serait permanente. Le 13 il parle énergiquement contre les entraves dont la cour environne l'assemblée, et demande un comité jour dénoncer tous les ministres coupables et les