GUADELOUPE
jusqu'à Séville pour les navires d'un fort tonnage, et jusqu'à Cordoue pour des bâtiments de moindres dimensions.
GUADELOUPE, tle découverte en 1493, par Christophe Colomb, qui loi donna ce nom à cause de la ressemblance qu'offrent ses montagnes avec une chaîne appelée de même et située en Espagne, sur les confins de la Nouvelle- CastUie et de l'Estramadure. Elle était alors habitée par le* Caraïbes. Les Européens laissèrent écouler près d'un siècle et demi sans chercher à s'y établir. Mais vers le milieu de 1635, 550 Français, conduits par deux gentilshommes, nommés de l'Olive et Duplessis, vinrent jeter dans 111e les fondements de la colonie actuelle. La guerre avec les Caraïbes ne tarda pas à éclater ; elle dura environ quatre ans, au bout desquels la paix fut conclue avec les naturels, qui do reste avaient été précédemment forcés d'abandonner l'Ile. Les Français commencèrent alors à cultiver la terre, et la colonie se peupla de quelques nouveaux Européens et de plusieurs cotons de Sainl-Clu-istoplie. Les coin|>agnies auxquelles le privilège exclusif du commerce des Iles do l'Amérique avait été successivement accordé s'étant vues contraintes de renoncer à ce privilège , plus onéreux que profitable , la Guadeloupe fut vendue en 1649, avec Marle- Golande , la Daurade et les Saintes, au marquis de Boisseret, qui les acheta au prix de 60,000 livres tournois et de 600 livres pesant de sucre fin par an; celui-ci céda la moitié de son marché à Houel , son beau-frère. La domination de ces seigneurs propriétaires dura quinze années, pendant lesquelles quatre marquisats, un comté et plusieurs autres fiefj se formèrent dans Plie. En 1664 Louis XIV acheta, pour la somme de 125,000 livres, la Guadeloupe et ses dépendances, et les céda à la Compagnie des Indes occidentales. Cette compagnie n'ayant pas mieux réussi dans ses spéculations que les précédentes , le roi se chargea d'acquitter ses dettes, et la Guadeloupe fut définitivement réunie au domaine de l'État. En 1666, 1691 et 1703, les habitants de l'Ile la défendirent avec la plus éclatante bravoure contre les attaques des Anglais, et parvinrent à les repousser. Mais en 1759 la Guadeloupe tomba au pouvoir de ces derniers, qui t'occupèrent à trots reprises différentes, de 1759 à 1763, en 1794, de 1610 à 1814. En 1813, par suite du traité signé le 3 mars à Stockholm entre l'Angleterre et la Suède , la première céda la Guadeloupe a la seconde; mais la paix de Paris la restitua â la France.
La Guadeloupe est après la Trinité la plus considérable des Petites-Antilles , et le chiffre total de sa population est aujourd'hui de 129,000 Ames. Elle est située dans l'océan Atlantique, par les 15* 59' et 60° 40' de latitude nord, et par les 63" 20' et 64" 9' de longitude ouest, à environ 10 myrialoètres de la Martinique , et à 500 myriamètres do France. Cette Ile, qui a 164,513 hectares de superficie, dont 45,701 en cultures, 23,786 en savanes, 23,609 en bois et forêts, et 71,547 en terres incultes, se compose de deux parties presque égales, séparées l'une de l'autre par un détroit nommé la Rivière-Salée.ie 8 kilomètres de longueur, sur 30 à 120 mètres de largeur, navigable seulement pour les embarcations non pontées, et communiquant des deux rotes avec la mer.
La partie occidentale est la Guadeloupe proprememt dite ; elle présente à peu près la forme d'une ellipse. Une chatne de montagnes, boiséeset volcaniques, d'une liauteur moyenne de 1,000 mètres, la traverse du nord au sud. Un volcan, encore en activité, nommé la Soufrière, la domine, et s'élève à 1 ,5â7 mètres au-dessus du niveau de la mer. La ville de la Basse-Terre (6,000 hab. ), chef-lieu de la colonie et siège du gouvernement, se trouve au sud-ouest, sur le littoral. La partie orientale, nommée Grande-Terre, a une forme qui se rapproche de celle d'un triaugle ; son territoire est plat , sans bois et presque sans ean, mais fertile. Le séjour de U Grande -Terre ne réunit pas les mêmes conditions de salubrité que celui de la Guadeloupe proprement dite. C'est dans cette partie qu'est située la Pointe-à-PUrt , ville et port de commerce très-important. ( Population avant le tremblement de terre de 1843, 9,000 habitants).
eto «UAJ
La Guadeloupe compte dans sa dépendaii
très petites Iles, qui sont :
1» Marie -Gatande, située » une distance de 26 kilomètres : cette Ile a 66 kilomètres de tour, et produit les marnes denrées que l'Ile principale; 2'' le groupe d'Ilots nommé les Saintes, situé & 11 kilomètres, et qui produit )*aticoup de café et de vitres; j° l'Ile de la Déti rade; 4° enfin, la moitié de 111e Saint-Martin, comprenant sa pur lie nord : cette Ile, située a environ 1 5 m y riamèlre* de la Guadeloupe, est possédée dans sa partie sud par les Hollandais. La portion qui relève du gouvernement de la Guadeloupe peut avoir 28 kilomètres de tour; elle produit principalement du eucfè et du coton. La température moyenne de la Guadeloupe est de 27" centigrades. On ne trouve point dans Plie les serpents et insectes venimeux qui infestent plusieurs des Iles voisines; mais la colonie n'est pat moins exposée que celles-ci aux ravages affreux des ouragans. Ce fléau, souvent accompagné de rax de marée et de tremblements de terre, la déjà frappée onze fois depuis le commencement du siècle; et l'ouragan du 8 janvier 1843, ce terrible désastre, qui dévasla toute l'Ile, détruisit la plus grande partie de la Poinle-à-PItrc, la plus belle ville des Antilles, coûta la vie à plusieurs milliers d'hommes et causa une perte totale de plus de 70 millions
présent a la mémoire des
La Guadeloupe avec ses dépendance.* est la plus importante des colonies françaises de l'Amérique. Ses produits principaux sont le sucre, le café, le colon, le cacao, le manioc, l'igname, » patate et le mats. Dans les premiers temps on ne cultivait à «Guadeloupe que le petun, ou tabac Ce ne fut qu'en 1663 que Ton commença à y (aire du sucre tous la direction d'une cinquantaine de colons hollandais , qui, forces de fuir le Brésil, vinrent s'établir à la Guadeloupe, avec 1,200 esclaves environ. L'espèce de canne » sucre cultivée alors dans la colonie provenait de Madère et des Iles Canaries : on la remplaça en 1057 par des plants de canne du Brésil, et peu de temps avant la révolution de 178» cette dernière espèce fut eHe>mëme remplacée par la canne d'Otahiti, que l'on cultive encore aujourd'hui dans la colonie. Un juif, nommé Benjamin d'Acosta, introduisit la culture dn cacao à la Guadeloupe et dans les autres Antilles en 1660, et les premiers plants de café y furent apportés en 1720 par le chevalier Deselieux. Depuis une quarantaine d'années, ces dernières cultures ont été négligées pour celle du sucre. Mais l'abolition de l'esclavage a naturellement arrêté l'essor de la prospérité de cette colonie. On y compte aujourd'hui Ml moulins a sucre, dont 1967 ii lié tes, 222 à vent et 142 hydrauliques. Le nombre total des habitations de la Guadeloupe est évalué a 3,610; avant l'émancipation des esclaves elles représentaient une valeur d'environ «20 millions de francs.
Au mois de mai 1860 un effroyable incendie réduisit en cendres une partie de la vile de la Pointe-a-Pttre, déjà •I cruellement éprouvée en 184S; ce sinistre lut attribué, avec beaucoup de vraisemblance, aux nègres émancipés, parmi lesquels fermentait à ce moment une extrême irritation contre leurs anciens maîtres, et qui n'avaient pas craint de se révolter ouvertement. Le gouverneur déclara la ville en état de siège, lit venir en toute liâte du renfort de la Martinique, et réussit à comprimer cette tentative d'insurrection , qui eût pu avoir d'incalculables conséquences. Le 16 mai 1851 on ressentit encore A la Guadeloupe une secousse de tremblement de terre qui causa de grands désastres à la Basse- Terre et à la Poiote-a-PItre.
D'après un séoatus-censuUe du 7 avril 1854, promulgué le 3 mai, le commandement supérieur et la haute administration de la colonie sont confiés à un gouverneur, sous l'autorité du ministre de la marine et des colonies ; un conseil privé consultatif est placé près du gouverneur, avec l'adjonction de deux magistrats désignés par le gouverneur; ce conseil connaît du contentieux administratif. Le terri-
- GtJADET
toire de la colonie est divisé en communes. 11 y s daas chaque commune une administration, composée de maire, les adjointe et dn conseil municipal. Les maires, a^ e. conseillers municipaux sont nommés par le gouverneur Vt conseil général, nomme moitié par le gouverneur, moitié par les membres des conseils municipaux, vote les ùêr*n^> d'intérêt local, les taxes, contributions et Il donne son avis sur toutes les questions niai dont la connaissance lui est réserrée ou sur lesqwitr* il est consulté par le gouverneur. La justice est adminttrée par six tribunaux de paix, trois tribunaux de pmnim instance, une cour impériale et deux cours d'assise*.
GUADET (MuMHîEnrre-ÉUB), naquit le 20 juillet 17». à Saint Kiuiiion. C'est la qu'il fit ses premières Hinr- A quinze ans il quitta sa ville natale pour aller a Bordrjui terminer son éducation ; pats, très-jeune encore, il ails i » seoir au milieu de ce barreau et se mêler à cette «o* du haut commerce, qui formèrent de tout temps dans «ju ville deux puissances parallèles et sans rivales. Lorsque 1> semblée constituante se sépara pour faire place a Ta blée législative, Guodet, qui obtenu un grand nombre de suffrages pour la deputitu aux états généraux, fut désigné par son département |*nr aller siéger dans cette Assemblée législative, avec V«rgniaud, Gensonné, Fonfrède, Dneos, eto., a» qui devaient être nn jour célèbres et jeter un vif ectat x: la révolution française.
A leur arrivée à Paris , les députés de Bordeaux tnarorent les partis fortement prononcés. Ils firent alliance darassemblée avec les défenseurs de la consutnuoa , her» * rassemblée avec les jacobins. Giiadet, jeune, ardent, in**tueux, fort de son talent, fut l'un des premiers a se lim ^ marquer et à révéler un improvisateur ehaleoreux atq* aux principes nouveaux. De nombreux triomphes orale» achevèrent de lui assigner une haute place dans rapni* La journée du 20 juin fournit ans girondins roceast i « se dessiner plus franchement qu'ils ne Favaieni (ait entsn Le général Lafayette, quittant ses troupes, sepr-^u le 28 juin, à la barre de l'Assemblée nationale pour *• mander an nom de l'armée, au nom de tons les nonète gens de France, la répression des insultes prodiguées u s* narque. Guadet court alors à la tribune , et, après no secours marqué au coin de la plus haute raison et ét I *quence la plus chaleureuse, demande que le ministre <tc guerre soit interrogé pour savoir s'il a donné un cas** » général, ou bien s'il a quitté son poste sans autorisât»* ministre, et que la commission «les douze fasse le bnif main on rapport snr le danger d'accorder à des généras» * droit de pétition. Pour la Gironde aussi, cependant, les tva du 20 juin durent être un sujet de profondes et douloureu*réflexions : placés entra deux écueils, le despotisme et » ^ cence, les girondins pensèrent qu'ils pouvaient enwre amener le roi à leur cause, maîtriser ainsi les partis, H ^ triompher leurs principes, qui étaient ceux de la «on** tion ; c'est dans ce but et dans cet espoir que Verpiui>J Guadet, Gen^ouné, écrivirent cette fameuse lettre M <* fit plus tard tant de bruit. Dans cette lettre, ils dexn^*" au roi d'écarter les armées qui menaçaient la Franc*. * (aire choix de ministres patriotes, de donner au prince rrç* un gouverneur attaché aux principes constitutionnel» cl J * hérer franchement lui-même a ces principes. Tel était lot*, de cette démarche, tant reprochée depuis anx girondins-
Le 26 juillet, Guadet, organe de son parti, lut un prof* ^ message au roi , qui se terminait ainsi : « La nain» ' saura sans doute défendre et conserver sa liberté; mai-4' ' vous demande, sire, une dernière fois, de vous unir pour défendre In constitution et le trône. » Le roi, 6*r ses antécédents , persista dans sa conduite. Le* p^'^' alors, désespérant de fonder en France une rnonsrcl*^' titutionncllc, se décidèrent pour la république,
l'expression de M. Thiers , ne fut désirée par eu* sespotr de la royauté. Ils concoururent donc i
'en * JO août
Dès le 30 du même mois Guadet provoqua an décret de dissolution contre le municipalité, produit de l'insurrection, composée de tout ce qu'il y avait de plus extrême dans le parti populaire, Robespierre, Marat, etc. ; mais cette muni* cipalité brava le» décrets de l'Assemblée, resta à son poste, et ne répondit que par les massacres des 2 et 3 septembre, barrière .le sang dressée désormais entre la Gironde et les meneurs de Paris.
Cest dans ces circonstances que l'Assemblée législative céda la place à la Convention. Le département de la Gironde s'empressa de réélire ses députés les plus marquants : Vergniaud, Guadet, Gensonné, etc. ; Paris, de son coté, envoya à la même assemblée les membres les plus ardents de sa municipalité, Danton, Marat, Robespierre, etc. La lutte fut dès lors transportée dans l* sein même de la Convention. Cette assemblée s'ouvrit le ai septembre 1792, et dès le 23 Vergniaud et quelques autres membres attaquèrent ouvertement la députation de l»aris et notamment Robespierre et Marat. Guadet appuya avec vigueur cette accusation. Louvet renouvela, le 20 octobre, l'attaque contre Robespierre, et c'est encore Guadet qui, toujours prêt à combattre, se chargea de soutenir la lutte. Quand vint le procès du roi, on fut d'accord sur la culpabilité ; mais la Montagne voulait porter un jugement définitif, tandis que la Gironde, refusant de prendre sur elle la responsabilité d'un pareil acte, réclamait V appel au peuple. Cette mesure salutaire ayant été rejelée , il ne s'agit que de l'application de la peine. Guadet vota la mort; mais lorsque la question do sursis fut mise aux voix, il vota pour le sursis : ce second tempérament lut encore écarté, et de tous les biais employés par les girondins il ne résulta qu'une seule chose, c'est qu'il leur répugnait de conduire Louis XVI à l'échafaud, mais qu'ils n'osaient le dire. Ce fut une faute dont ils ne tardèrent pas à porter la peine; car le 9 mars suivant , au moment ou Guadet se disposait à paraître à la tribune, il fut assailli par les plus violentes clameurs : Nous ne pouvons entendre un conspirateur, s'écrie un membre. Oui , oui, reprennent une foule d'autres, il y a ici des conspira' teurs.
Le jour même Guadet et son parti furent voués aux poignards des assassins. Dans la nuit du 9 an 10 les conjurés s'armèrent, et peut-être dans cette circonstance les députés menaces ne durent-ils qu'à leur vigilance et à leur attitude imposante d'échapper à un nouvel acte de la tragédie de septembre. Du reste, Guadet ne se faisait guère illusion sur l'issue de la lutte qu'il soutenait avec un courage à toute épreuve. Au mois d'avril. Robespierre ne craignit plus d'attaquer en face les députés de la Gironde, Vergniaud et Guadet se défendirent en orateurs inspirés : Vergniaud , toujours grand, toujours beau quand il avait écrit; Guadet plus inégal, mais aussi plus sensible, plus impétueux, plus entraînant, parce qu'il improvisait toujours. Ils arraclièrent les applaudissements de rassemblée; mais bientôt, le 15 avril, les députés de trente-cinq sections de Paris se présentent à la barre de la Convention, demandant que vingt-deux représentants, et Guadet entre antres, fussent suspendus de leurs fonctions comme coupables du crime de félonie envers le peuple souverain. La Convention déclara la pétition calomnieuse; et cependant, cinq jours après, la'municipalité elle-même vint en demander l'impression et l'envoi aux départements. La Convention repoussa encore cette demande; elle ne pouvait rien de plus. Dans ces tristes circonstances, Uordeaux tout entier éleva une voix indignée, et, dans une adresse énergique, menaça Paris d'une éclatante vengeance s'il était porté atteinte à la vie ou a la liberté de ses mandataires. Sur la demande de Guadet, l'adresse de la Gironde fut imprimée , affichée dans Paris, et envoyée aux départements. Enhardi peut-être par ce succès, qui lut montrait la majorité toujouis acquise a ses principes, Guadet porta bientôt après a la tribune une des motions les plus liardies qui eussent encore été faiU's. Il proposa de casser les autorités de Paris, de remplacer provisoirement dans les
GUADET on
vingt-quatre heures la commune de cette ville , et enfin la convocation et la réunion des suppléants de rassemblée à Bourges , dans la crainte d'une dissolution prochaine de la Convention. Le succès d'une pareille mesure eût sans contredit sauvé la France , mais aussi le non-succès devait infailliblement entraîner In ruine de la Gironde. Elle échoua dans l'assemblée même ; car celte portion du centre connue sous le nom de Marais, et qui jusque ici avait voté pour les girondins , a/osa répondre au vœu de Guadet. Il fut donc livré avec ses amis à tonte la fureur du peuple. De là la proscription du 31 mai, journée fatale, qui, en mutilant la Convention, livra la France à toutes les horreurs de la pins atroce anarchie.
Guadet et quelques autres proscrits, Buzot, Karbaroux , Salles, Pétion, Louvet, etc:, trouvèrent les moyens d« s'éloigner de Paris et de se réfugier dans le Calvados. Obligés de fuir d<> nouveau , après avoir échoué dans le mouvement insurrectionnel des départements qui leur étaient dévoués, les proscrits s'embarquèrent à Quimper; on sait que, pouvant se réfugier à l'étranger et attendre là des temps meilleurs , ils préférèrent suivre dans le département de la Gironde leur collègue Guadet, dont l'urne confiante et généreuse leur promettait asile et sécurité. Mais leur illusion lut courte et la réalité terrible , surtout pour Guadet Quand les proscrits mirent le pied dans le département de la Gironde, 0 était déjà, comme le reste de la France , au pouvoir de leurs prescripteurs : là, comme ailleurs, tout tremblait sous les commissaires de la Convention. Cependant Guadet conduisit secrètement ses amis jusqu'à Saint-Bmilion, où était toute sa famille, et où il pouvait espérer trouver le plus île ressources. Après bien des peines et de* démarches, il finit en effet par leur procurer un asile à tous, non dans les grottes de Saint-Emilinn, comme on l'a si souvent imprimé, mais chez des amis , chez des parents , dans la maison même de son père. Toutefois, Guadet et ses collègues n'avaient pu arriver jusqu'à Saint Émiiion sans être vus et reconnus. On les avait aperçus vers le Bec-d'Ambes; on savait qu'ils avaient remonté le cours de la Dordogne; Guadet avait même été reconnu aux environs de Libourne ; il était facile de comprendre que tous s'étaient dirigés vers Samt-Emiliou. Le dimanche 6 octobre 1793, vers le soir , le représentant Tal lien arriva donc dans cette ville : cette première perquisition, peu sévère, a ce qu'il parait, ne produisit aucun résultat. Saint- Em il ion, toutefois, n'en continua pas moins à être surveillé avec soin ; car on était persuadé que les proscrits devaient avoir choisi ce lieu pour retraite.
Enfin, le 15 juillet 1794, au point du jour, toutes les carrières qui entourent la ville, la ville elle-même et les maisons de Guadet père et de sa famille , se trouvent tout à coup cernées par des bandes de forcenés, secondés par des chiens, dont ils ont l'atroce précaution de se faire accompagner : un détachement formidable de troupes révolutionnaires leur prête également appui. Guadet et Salles sont trouvés dans la maison de Guadet père, et conduits à Bordeaux devant la commission militaire, qui n'a quà constater l'identité , car Salles et Guadet sont depuis longtemps hors la lu1. Interrogé par le président, celui-ci répond : « Je
la main, demander votre salaire aux tyrans de ma patrie. Ils ne la virent jamais sans pâlir; en la voyant abattue, ils pâliront encore. • Arrivé sur l'écliafaud, il s'offre à la mulbV tnde le Iront calme et tranquille ; il veut parler, mais on ordonne un roulement de tambour, et il ne peut faire entendre que ces mots -. « Peuple, voilà l'unique ressource des tyrans : ils étouffent la voix des hommes libres pour commettre leurs attentat». » D avait trente-cinq ans, et misait après loi une veuve et deox orphelins. Le père de Goadet, vieillard de soixante-quatoraeans, et une tante, arrêtés en même temps (pie lui, montèrent aussi sur l'éc hafaud pour lui avoir donné asile. Un jeune frère, adjudant général à l'armée de la Moselle, fut également entraîné dans sa perte. Un seul de la famille échappa à celte boucherie : il était