GUÉNÉE
Depuis la mort de sa maîtresse , le prince de Goémenée ne venait plus passer l'hiver chez rarehevèque de Narbonne ; mais il habitait pendant cette saison le vaste appartement qu'occupait aux Tuileries la princesse son épouse, en sa qualité de gouvernante des enfants de France. A l'exemple de quelques seigneurs du temps, il y avait fait établir un théâtre, ou les acteurs, chanteurs et danseurs des trois grands théâtres de Paris donnaient des représentations. Il n'était hrtiit a \.\ cour et à la ville que des charmants spectacles des Tufleries ; car Us étaient précédés de brillants concerts, et suivis dé soupers délicieux : les bals, le Jeu , terminaient ces fêtes somptueuses. Le prince avait étaMi dans ce même palais un café on étaient admis indistinctement et à ses Irais tous ceux qui le connaissaient. « On s'émervaillait , dit encore M. de Segur, de la galanterie et de l'intelligence de ces têtes, surtout de la dépense qu'elles occasionnaient. La chose aurait paru simple ai on avait su qu'acteurs , ouvriers et fournisseurs ne touchaient jamais un sou , mais seulement des pensions ou des contrats viagers qui soldaient tout. M-* de Guémenée (aisait aussi de grands frais de représentation ; sa c harge semblait l'y autoriser , mais ses dépenses excédaient de beaucoup ses revenus , et die y suppléait, comme son marf, par des contrats d'obligation et des rentes viagères qui s'accumulèrent au point que la castastropbe arriva pour tous deux en même temps ; et lorsqu'il fallut en venir au Mtan , le déficit s'élevait à trente-trois millions. Tel était le bruit public Mais dans-un mémoire publié par M. Roy (alors avocat, conseil et mandataire de quelques milliers des créanciers du prince Guémenée, et devenu depuis ministre et pair de France), on voit qu'elles ne s'élevaient qu'à quinze millions. La princesse fut contrainte de se démettre de sa charge de gouvernante des enfants de France, et cette charge fut donnée a M™* de Poiignac. Le prince de Guémenée avait écrit an /tri: il avouait ses torts : Il avait été phis imprudent que coupable. H n'obtint que des lettres de surséance de trois mois .la justice après ce délai devait reprendre son cours si les affaires du prince n'étaient pas arrangées ; et c'est ce qui arriva.
Cet arrangement eut pu avoir lieu si le fisc ne fût intervenu pour une réclamation de plusieurs millions. L'actif" du prince se composait, outre un riche mobilier et de somptueux équipages : 1° d'une rente au capital de onze raillions ; 2'des seigneuries de Cliàtel et de Carnian ; »• des fiefs de Lorient et de Recouvrance, dont la concession, faite à la maison de Guémenée, n'était pas ancienne. L'État n'avait pu concéder à une famille le port de Lorient et uue partie du port et de la ville de Brest ; aussi, depuis l'avènement de Louis XVI au trône, ces deux ports avaient-ils été échanges pour ta principauté de Dombes. La liquidation ne fut terminée qu'en décembre 17'J2. L'échange des ports de Brest et de Lorient fut annulé par un décret de la Convention. Louis XIV avait donne l'exempte de ces aliénations du domaine public. U avait doté chacun de ses enfante Illégitimes de va.<te* démembrements de plusieurs provinces. La princesse de Guémenée périt sur l'échafaud,en 17»8. Son fils, le prince Louis-Victor Mériade de Rolian-Gueinenée figura a la tête des corps d'émigrés, et finit par passer au service de l'Autriche en qualité d'officier général. Dura (4e l'roaae).
GUÉNÉE (AiNroiisE, abbé), né à Étampes, de parents pauvres , le 23 novembre 1717 , étudia à Paris, embrassa l'état ecclésiastique , et en 1741 fnt agrégé à l'université de cette ville. 11 devint professeur de rWtorique au collège du Plessis. Il imprima dilférents ouvrages religieux traduits de l'anglais, et après vingt ans de professoral, Guénée, déclaré émerite, suivant l'usage, reçut une faible |>ension, el s'appliqua exclusivement à l'étude de la religion. Sa première édition des Lettres de quelques iu\fs portugais, allemands et polonais, à M. de Voltaire, parut en 1769, et obtint on succès prodigieux. Avec l'arme de la plaisanterie il défendait la Bible contre les sarcasmes de Voltaire. 11 loi fut d'autant puis redoutable, qu'il ne cessa d'applaudir a ses efforts pour réformer la société, établir la tolérance, la liberté et l égalité civiles, et provoquer toutes les améliorations populaires. A