‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 51 sur 614 · FUSIL · texte numérisé non relu

FUSIL

l*epuis, le fusil de munition, avec l'arme principale des soldats de l'Europe.

Le fusil à pierre, à l'usage des chasseurs, fut sur les mêmes principes que le fusil de munition, mais son canon fut forgé avec plus de soin, afin de le rendre résistant et .léger à la fois. En outre, le chasseur pouvant ne pas abattre le gibier du premier coup, on fabriqua des fusils doubles, ou composés de deux canons réunis au moyen d'une bande de fer hrasée entre les deux. On fabriqua des fusils à quatre coups; nous en avons vu a sept canons. Dn reste, ces tours de force sont rares: une arme aussi compliquée est plus singulière que commode. Enfin, au commencement de ce siècle, un Anglais amorça le fusil de chasse avec de la poudre fulminante, qui a la propriété de prendre feu quand on la eboque avec un corps dur ; dès lors la pierre à feu, le bassinet, etc., devinrent inutiles, et furent supprimés. L'arme ainsi modifiée prit le nom de fusil à piston, dénomination qui n'est point motivée, attendu qu'il n'y a point de jeu de piston dans sa batterie : on devrait s'en tenir à l'expression de fusil à percussion. Les fusils à pierre étaient déjà si parfaits, qn'il ne fallut pas moins d'une vingtaine d'années pour les faire abandonner à l'armée; d'abord, parce que les amorces de poudre fulminante coûtaient cher ; puis on fut longtemps à s'apercevoir que par leur emploi on n'avait pas besoin démettre autant de poudre dans le canon pour chasser le même projectile, etc. Depuis que les fabricants d'amorces ont pu les livrer a bas prix, et qu'on a reconnu tes avantages qu'il y avait à les employer, les fusils à percussion ont remplacé entièrement, ou à peu près, ceux a pierre. Nous avons dit que les fusils à piston n'ont point de bassinet ; cette pièce est remplacée par un conduit appelé cheminée, qui communique avec l'intérieur du canon; l'amorce, composée d'un mélange de pondre fulminante et de pondre ordinaire, est contenue dans le fond d'une petite capsule de cuivre ayant la forme d'un dé à coudre fermé ; le diamètre intérieur de la cheminée est égal à son diamètre extérieur , de sorte que la capsule coiffe celle-ci et tient dessus comme le couvercle d'une tabatière sur la cuvette. Au bout du chien du nouveau fusil est pratiquée une cavité dans laquelle, quand Parme est au repos, est logée la capsule et le sommet de la clteminée. Par cette disposition, l'amorce est a l'abri des chocs, do la pluie, etc. Quand on veut tirer l'arme, on redresse le chien, qui, lorsqu'on presse la détente, va frapper un coup sec sur la capsule ; l'amorce prend feu ; et comme la flamme qu'elle produit no peut se répandre à l'extérieur, elle pénètre dans l'intérieur du canon, et le coup part.

Les dangers que l'on court en bourrant la charge d'un fusil ordinaire, et l'avantage qu'il y a de charger en très-peu de temps, ont fait imaginer des fusils qui se chargent par la culasse. Dans le dix-huitième siècle, on fit quelques essais pour atteindre ce but, mais on n'obtint que des succès imparfaits. Depuis l'invention des nouvelles amorces, les arquebusiers ont été plus heureux ; on trouve aujourd'hui beaucoup de fusils construits suivant des systèmes différents, qui se chargent du coté de la crosse avec la plus grande célérité. TEvssfcnnn.

Le fusil de munition ou de guerre se compose, outre la ttaionnctte, de plusieurs pièces, telles que le bois ou le/tlf, le canon , la baguette, la batterie, la détente, la crosse, etc. De toutes ces pièces la plus imitante est le canon. Les canons en fer battu , pour les fusils de guerre ou de chasse et les pistolets, se divisent en trois espèces principales : 1° les canons faits d'une bande de fer roulée et soudée dans toute sa longueur ; 3° les canons tordus ; 3' les canons en rubans. Les canons pour fusils de guerre ou de chasse simples se font ainsi : on prend une bande de fer de lionne qualité, bien corroyée d'avance au marteau; celte bande s'appelle maquette- Le forgeur en canons la chauffe et la roule de manière que ses bords se touchent ou se croisent n>éme de quelques millimètres, après quoi il procède au soudage : pour cela, il fait chauffer te tube par le

FUSIL — FUSIL A VKNT

milieu, et le porte sur l'enclume ; son compagnon frappeur introduit une maquette dedans, et il* soudent une longueur d'environ deux pouces. En répétant celte opération uu nombre de fois convenable, on atteint l'un et l'autre bout du tube, qui se trouve soudé dans toulc 6a longueur; on le repasse encore une fois pour rendre le soudage aussi parfait que possible et faire disparaître les irrégularités de toutes , espèces, après quoi il est prêt à être loré.

Le canon tordu se fait comme le précédent ; on l'appelle 1 tordu parce que l'ouvrier tord la partie qu'il vient de sou- j der pendant qu'elle est encore chaude, en saisissant lo canon : dans un étau. Cette opération est motivée sur la propriété qu'a le ter étiré en bandes de s'arranger en fils qui imitent lès fibres du bois , et l'expérience a démontré que, toutes choses égales d'ailleurs, un morceau de fer forgé rompt moins facilement quand on le tire suivant la direction de ses fibres que si la force qui tend à le séparer en deux parties agit dans une direction faisant un angle quelconque avec celle des I fibres. On peut tordre le canon dans toute sa longueur ; sou- j vent on se contente de tordre le tonnerre. Passons au canon | de fusil en rubans. La maquette destinée à cet usage est de fer i pur ou d'étoffe composée de fer cl d'acier. L'étolfe se préparc j de cette manière : on forme une botte composée de lames | minces d'acier et de fer placées alternativement les unes { sur les autres, de façon cependant que Ici deux lames ex- < Irémes soient de fer : si , par exemple , le paquet se com- 1 pose de 39 lames, il y en aura 19 en acier et 20 co fer. On j soude le paquet ; souvent on le replie , on l'élire et l'on j forme une bande ou maquette composée de couebes aller- j natives de fer et d'acier. Avanl de procéder au forgeage du ! canon en rubans, l'ouvrier forme un tube de fer mince ou de j tolc soudée; après quoi il roule sur ce canon, qu'on appelle I la chctruse, la maquette en tire-bouchon. Ces préparatifs terminés, il ne reste plus qu'à souder ; opération qui se fait par j parties au moyen de plusieurs cliaudes. Quand la maquette < est d'étolfe, on la roule sur la chemise, de façon que toutes I les couches de fer et d'acier qui la composent soient visibles { el forment des spires parallèles.

Le canon étant formel soudé, n'importe de quelle ma- ! nière, on élargit et rectifie f intérieur en y passant une suite ! de forets composée de 20 et plus ; on commence par les plus petits ; dans.celte opération, ce sont les forets qui tour- I nent, tandis que le canon avance dans une coulisse.

Récemment le général Rémond a proposé d'armer toute ! l'infanterie d'un fusil à canon rayé en hélice, à tige et à balle j conique, se chargeant par la culasse. Son fusil est celui i de l'arquebusier Lefauchcux, aujourd'hui fort en usage à I la chasse, fusil dont le principe a été modifié par le général j pour l'appliquer au service des troupes. Il ne diffère de la j ca r ab i n c de Vinccnncs que pour le chargement par U cui- j rasse. Sa batterie est à charnière; elle se lève, met à jour j Pâme ou tonnerre du canon, et le soldat y introduit une car- l touche munie tout à la fois de sa balle et de sa capsule fulminante. Dès lors l'ancienne charge en douze temps n'en a plus que cinq ; la baguette est supprimée, ainsi que les temps de passer l'arme a gauclte, d'amorcer et de bourrer, temps qui subsistent encore pour la carabine à baguette des chas- j senrs de Vincenoes. Ces chasseurs retirant que deux coups j à la minute. En chargeant par la culasse, on en tirerait trois ! et quatre. Suivant le général, ce nouvel armement oblige à : modifier la lactique, l'artillerie ei même la fortification.

« Le fusil de munition ordinaire ne produit un bon effet ! (un effet meurtrier), dit M. de Saint-Ange , que de 1 50 à 200 ! mètres ; a îoo et au delà, presque tous les coups sont perdus, tandis qu'A 800 et à 1,000 mètres la balle de carabine at- | teint encore le but avec assez de justesse. A 1M> mètres , la | carabine fournit au but 82 coups portés sur 100; le fusil, , 42 sur f 00; à 200 mètres, la carabine donne 00 pour 100, le J fusil 26 ; enfin à 400 mètres , la carabine donne 40 coups i portés sur 100, et le moi) n'en donne plus que 14. A 800 et 1,000 mètres, la carabine fournit encore 10 a 16 pour 100; et le (mil zéro. Il résulte do là que le feu du fusil actuel de 1

munition n'ayant d'efficacité qu'à très-courte diftance,

le général Rémond n'hésite pas à le condamner au rebut! Avec la carabine du général, se chargeant sans baguette, on a trois fois plus de coups tirés et trois (ois plus d« coups portés. La fusillade alors prend même avantage rnr l'artillerie, et voici comment : la bonne portée pour ieboalet est de 1,000 mètres, mais celle de la mitraille n'est que de 500. Or les tirailleurs embusqués, blottis derrière des buissons, abrités par les inégalités du terrain, ne cessent de viser les canonnière, qui sont forcés à se tenir debout, et ili peuvent en tuer un bon nombre, ce qui finirait par annuler une batterie, faute d'hommes pour la servir. La mitraille k 200 mètres touche le but 3» fois sur 100, et la carabine (W fois ; à 400 mètres, la mitraille ne fournit que 22 coup» portés, tandis que la carabine en fournit 40. Ainsi un nombre de coups de fusil égal au nombre des biscaiens contenu dans une boite à mitraille prend sur celle-ci un avantage de 00 sur 34 ou de 40 sur 22, selon les distances. »

On emploie pour la défense des places un gros fusil , dit fusil de rempart. H est à percussion et reçoit des ballesd» calibre de S à la livre ; on le charge par la culasse; il est monté sur un pivot à charnière , qui , s'cmbollant au bout d'un pieu planté dans lo sol, rend la manœuvre facile, nonobstant le poids de l'arme, et annule une partie de l'effet du recul. Le maximum de la portée du fusil de rempart s'étend s 1,200 mètres; sa bonne portée, t'est-à-dire la distance à laquelle la direction de la balle conserve de la justesse, atteint à G00 ; il donne la mort jusqu'à 7 à 800.

FUSIL (de l'italien focile, -caillou ), morceau d'acier trempé avec lequel on frappe un caillou pour en faire jailli' du féu. Si l'on tend un papier blanc au-dessous du caillou su moment où il est frappé, on recueille les étincelles, qui, voes au microscope quand elles sont refroidies, présentes)! de petites boules de fer : ces étincelles sont «lonc du fer fonda.

Fusil est encore le nom d'un cylindroïde d'acier dent les bouchers, les cuisiniers , etc., font usage pour donner le fil » leurs couteaux.

FUSIL A VENT. L'air atmosphérique ei tous les gat en général ayant la propriété de faire ressort lorsqu'on le» comprime dans un espace hermétiquement fermé, on a depuis fort longtemps employé cet agent enfermé dans un tube pour chasser des projectiles. On croit que le fusil à vent était connu à Constantinoplo du temps du Bas-Empire; les Hollandais , les Allemands , soutiennent que c'est dans leur pays qu'il en a été fabriqué pour la première fois. Les Français prétendent de leur coté que le premier de ces sortes de fusils qu'on ait vu en Europe fut celui qu'un bourgeois de Lisieux présenta à Henri IV. Quoi qu'il en soit, on aaeu de s'étonner qu'une arme aussi perfide, aussi commode, n'ait pas été en usage dans les armées , si clic était connue plusieurs siècles avant l'invention de la poudre à canon.

Le principe de tout fusil à vent est le même que celui de la canne à vent. On fait en métal la crosse d'un fusil ordinaire, dans laquelle on ménage une cavité appelée réservoir, qui communique avec l'intérieur du canon par une ouverture qui se ferme à l'aide d'une soupape qu'on ouvre à volonté en pressant une détente : une autre soupape fait communiquer le réservoir avec l'air extérieur. Cette soupape s'ouvre de dehors en dedans. Quand on veut charger Parme, on prend une pompe foulante, on l'adapte à cette dernière sotpape , et l'on foule de Pair dans le réàervoir. Pins on y introduit de ce fluide, plus son ressort augmente. La balle ou tint autre projectile étant placé dans le canon , on presse la détente; une soupape s'ouvre, et se referme à l'instant ; une partie de l'air contenu dans le réservoir s'introduit avec impétuosité dans le canon , el chasse le projectile avec une certaine force, qui va en diminuant d'énergie à mesure que le réservoir se vide. On peut tirer ainsi vingt ou trente coup» capables de tuer ou de blesser un animal.

Les autorités ont sagement défendu l'usage du fusil à vent ; mais ce n'est pas la seule raison qui fasse qu'on en voie si peu, d'autres causes y contribuent pour lietuooup :

Page 1