HALLE — HALLEBARDIERS
gibier, du beurre, des œuf» et de» cuirs ; Billingtgate, marché aux poissons; Farringdon, reconstruit il y a peu de temps, et où Ton Tend des légumes, des fruits, de la viande; Uoney-Lane. Les autres marchés sont disséminés dans l'étendue de l'immense ville. Quelques villes secondaires de la Grande-Bretagne ont de magnifiques établissements de ce genre, par exemple Newcastle, Liverpool, Birkenhead.
En Belgique , en Hollande , en Allemagne, les denrées se vendent partout sur la voie publique ou sous de frêles échoppes mobiles; nous citerons seulement comme exceptions la poissonnerie et la vieille boucherie d'Anvers, élégant monument gothique, le marché des RécoUets à Bruxelles. Enfin les bazars de Constantinople sont à bon droit célèbres. W.-A. Dockett.
HALLE (Dames de la). C'est probablement par ironie qu'à une époque où les femmes nobles seules s'appelaient daines on donna ce nom aux marchandes et revendeuses des halles. Quoi qu'il en soit, sous l'ancien régime, ces braves grosses commères, ainsi que celles de la place Maubert, à la naissance d*bn fils de France, lors d'un mariage royal ou d'une victoire remportée, au premier jour de l'an, etc., avaient le privilège d'être introduites jusque dans la galerie du château de Versailles et d'y complimenter le monarque à genoux. On leur donnait ensuite à dîner au grand-commun , et c'était un des premiers officiers de la maison du roi qui en faisait les honneurs. Le repas était splcndide. Elles partageaient encore avec les charbonniers le droit d'occuper la loge du roi et celle de la reine aux représentations gratis. Quand éclata la révolution, la dame de la halle fit taire un moment ses instincts monarchiques; on en vit, aux 5 et 6 octobre, courir à Versailles pour ramener à Paris le boulanger, la boulangère et te petit mitron. Napoléou, eu reconstruisant l'édifice social, ne pouvait pas oublier de restituer aux dames de la balle toutes les attentions gracieuses qu'avait eues pour elles l'ancien régime. On les revit donc aux Tuileries comme ci-devant. Elles ont aussi élé l'objet des attentions du nouvel empereur, qu'elles acclamèrent en plusieurs circonstances, et qui après le 2 décembre leur fit donner un bal, dans une salle immense, construite à grands frais
Le langage des dames
sur le marché des Innocents, de la halle est à bon droit passé
en proverbe ; il a donné naissance à un genre de littérature longtemps à la mode, le genre poissard Vadé en est le Corneille. Après une séance de l'Académie bien polie, bien savante, bien correcte et bien rhétoricienne, le bon Dtimarsais s'en allait se placer derrière les piliers des halles pour se désennuyer, au riclie développent des tropes extraordinaires inspires par la seule passion à ces être» incultes et grossiers. C'était aussi un des amusements favoris du comte d'Artois que d'aller incognito , après un déjeûner à ta Petite Hotte ( cabaret alors en grand renom), se faire engueuler par les poissardes ; ces dames ont en effet pour caractère commun une effronterie qui leur met sans cesse l'injure à la bouche, et quelles injures !.. Du reste, elles font courageusement un rude métier, et quelques-unes sont plus qu'à leur aise. Les énormes bijous, les lourdes dentelles constituent leur grand luxe. W.-A. DtcxeiT.
H ALLE (Forts de la). Voyez Forts de la Halls.
HALLÉ (Jkak-Nosx), né à Paris, en 1754, fut d'abord destiné à la profession de son père, peintre et recteur de l'Académie de Peinture; mais un médecin alors célèbre, Lorry, qui était son oncle , le détermina à étudier la médecine. En 1777, Hallé obtint le grade de docteur de la faculté de Paris; il ne tarda \m à prendre rang parmi les notabilités «lu temps dans sa profession , puisqu'il fut admis parmi les membres de l'Académie de Médecine, et s'y lit remarquer par diverses observations , par des expériences ainsi que par des recherches. Après la tourmente révolutionnaire , Hallé fbt chargé de divers emplois : il fit partie d'une commission instituée pour publier des livres élémentaires ; il fut nommé professeur à la nouvelle École de Médecine, et enfin un fauteuil de l'Institut lui fut décerné. A l'École de Médecine,
Hallé fut chargé de l'enseignement de l'hygiène et de la physique médicale; ses leçons, faites dans un style élégant, attirèrent un grand nombre d'élèves. Malheureusement la prononciation de l'orateur était embarrassée au point d'être pénible pour l'oreille des auditeurs ; il se jetait en outre dans des prolixités telles, qu'aucun de ses cours ne fut complètement achevé dans sa carrière scolaire. On espérait que la presse obvierait à ces défaute , et un traité d'hygiène qu'il avait souvent promis de publier fut vainement attendu ; il en traça seulement le cadre, dans V Encyclopédie méthodi que. Tourtelle , professeur à l'École de Médecine de Strasbourg , s'en empara pour y renfermer des éléments dTiygiène , ouvrage estimé. En société avec Nystcn , Hallé publia aussi dans le Dictionnaire des Sciences médicales un long article sur l'hygiène. C'est surtout à l'Institut que Hallé brilla par des expériences et des recherches pour apprécier la valeur de diverses découvertes importantes : telles furent entre autres la vaccine et le galvanisme. Plusieurs rapports témoignent de la variété et de IVtendue de ses connaissances , ainsi que de son zèle pour combattre le charlatanisme. On lui doit encore la traduction d'un ouvrage anglais de Goodwin sur la connexion de la vie avec la respiration; il surveilla aussi l'édition des Œuvres de Tissot. Tourmenté depuis longtemps par un calcul urinaire , il lui fallut recourir, eu 1832, à l'opération de la taille, la seule ressource qu'on eût alors dans cette grave affection : il succomba aux accidents de ce remède extrême. D' Cmaabos.miui.
HALLEBARDE , mot dérivé de l'allemand, et composé de bard ou barthe, vieux mot teutonique, qui signifie hache ou lance , et peut-être de hell , claire ou brillante; car on dit'en allemand hellebarde. Cette arme d'hast est d'invention danoise; les Allemands et les Suisses l'adoptèrent comme arme offensive ; et ce furent ces derniers qui l'introduisirent en France. Elle fut d'abord l'arme de l'infanterie d'élite de chaque corps , et ensuite l'arme des sergents. Voila pourquoi les Italiens l'appelaient sergentina. 11 y avait déjà des espèces de hallebardes au temps de Philippe- Auguste ; mais on appelait becs-de-faucon , fauchards, fauchons , guisarnus, pert uisanes, les diverses armes à fer, de formes bizarres, antérieures à Louis XI. Ce fut l'admission des Suisses, sous le règne de ce prince, qui répandit en France l'usage de l'arme positivement nommée hallebarde. Celle qu'où désignait ainsi, par opposition au longbois, se composait d'une hampe, ou d'un manche, de deux mètres au plus de long, et d'un fer, de forme particulière, adapté par une douille à l'extrémité de la hampe. Ce 1er formait au-dessus de la douille , d'un côté tantôt une hache , tantôt un croissant tranchant, à pointes aiguës, et de l'autre un dard droit ou crochu; il se continuait, dans le prolongement de la hampe, en une lame, à deux tranchants , large à sa base , et se terminant en pointe aiguë. La hallebarde était susceptible de recevoir divers ornements : le manche était garni de drap, de velours, de couleur vive; la douille se cachait sous une houppe, ou gland , à franges d'or, d'argent, ou de soie; le fer, découpé à jour, était parfois ciselé avec art, et, afin de rendre l'arme plus meurtrière, on avait, dans les derniers temps, adapté sur la douille deux canons de pistolet. Les Suisses excellaient à manier la hallebarde , et ils en donnaient des leçons. Le duel à la hallebarde était sévèrement défendu, à cause de la gravité des blessures que faisait cette arme d'estoc et de taille. Elle cessa d'être en usage dans l'infanterie française au commencement de la guerre de 1756; mais les cent-suisses, gardes à pied ordinaires de nos rois, l'ont conservée jusqu'en 1789, et les sergents de l'armée anglaise jusqu'en 1815. Maintenant encore , dans la plupart de nos cathédrales, les suisses d'église marchent fièrement, tenant d'une main une hallebarde , de l'autre une canne de tambour- major.
G*1 Bardin.
HALLEBARDIERS, infanterie d'élite qui rappelle les doryphores de l'antiquité ; en quelques pays , les hallcbardiers faisaient partie de la garde des souverains et de la
HALLEBARMERS — HALLER
garde des gouverneurs de province En riémont , jusqu'en l'an vi, il a existé des corps de ballebardiers ; à Rome et à Naples, il y en a encore, charges de la garde du souverain ; en Autriche , ils s'appelaient trabans. 11 y a des troupes de ce même genre en Chine, de temps immémorial. Il n'y a pas eu en France de corps spécialement nommé haUebardtcrs. Louis XI arma de la hallebarde les Suisses qu'il prit à «on service. Les francs-archer», certaines enseignes, les légions de François l«\ étaient en partie composas de liallebardiers ; le reste était des ptquiers et arquebusiers. Los luUlebardiers des troupes susses s'ap|>elaieut aussi espadons et joueurs dY/xV, parce qu'ils étaient porteurs de ces deux genres d'armes. Dans tous les pays soumis aux Bour bous, la garde «les palais et châteaux royaux était avant la révolution de 1780 confiée à des Suisses fiallcbardiers. G*1 B ardus.
I1ALLECRET, HALECRET, ALCRET ou ALEC'RET, espèce de léger corselet, fait en petites laines de fer battu, en (orme d'écaillés. Il se composait de deux pièces , l'une couvrant la poitrine , l'autre l'épaule , et était plus léger que la cuirasse. La cavalerie française, à laquelle on donnait sous |.ouis XI le nom de gens d'arme* , |>ortait le hallccret. Sous François le, cette armure fut donnée à presque toute l'infanterie; on la remplaça au dix -huitième siècle par le plastron.
Il ALLER ( Albert oe) . le prince des physiologiste* , fut à la fois auatomiste , médecin , botaniste, poète, physicien , philologue , savant universel , chirurgien quant à la théorie, habile prosateur et homme d'Etat. Il était né â berne, en 1708. Sa famille faisait partie de ces sages patriciens qui gouvernèrent longtemps la confération. Enfant précoce , à quatre ans il lisait la bible et l'expliquait aux gens de son père ; à huit ans , il faisait des extraits ùans Bayle , on sans doute il puisa le goût de la polémique ; à neuf ans , il savait le grec , à dix le chaldéen ; et il avait à peine quinte ans que déjà il avait composé des comédies , des tragédies , et un poème de quatre mille vers. Voila pour la partie fabuleuse de sa vie : chaque histoire célèbre commence ainsi par un roman.
Ayant fait sa philosophie sous un médecin , cet enseignement lui inspira le goût de la médecine, et bientôt il partit pour l'université de Tubingue , où il eut pour maître le célèbre Camerarius. Le jour même où il soutint son premier acte public , s'étant promené dans la campagne avant le lever du soleil, il composa son Ode au matin , une des poésies les plus intéressantes parmi celles qu'il a imprimées. Ensuite , quittant Tubingue pour Leyde, il devint, vers 1725, un des disciples les plus assidus et les plus chéris du grand Boerhaa v c , dont il a depuis commenté plusieurs ouvrages. Il soutint sa thèse doctorale à l'âge de dix-neuf ans, en 1737 ; et cette thèse, de même que le mémoire qiri l'avait précédée , eut |K>ur objet la réfutation d'une erreur an atomique due à un nommé Coschwitz, nomme alors célèbre. 11 gâta quelquefois son bonheur et s'aliéna quelques contemporains par des disputes inutiles. Après cela vinrent les voyages, de 1727 à 1728 : voyage à Londres, ou il se lia avec Cheselilen, Douglass et le jeune Pringle, le Des&enettes des Anglais ; voyage à Paris, où il connut J.-L. Petit, Ledran , l'illustre Wlnslow, les deux Jussieu d'alors, Antoine et Bernard ; voyage a Baie , où il reçut les leçons de mathématiques de J. Bernoulli. Enfin, revenu à Berne après quelques temps d'absence, vers la An de 1728, ce hit alors qu'il étudia les plantes de la Suisse, dont il publia plus tard le savant catalogue , renfermant près de 4,500 variétés. Alors aussi il dirigea la bibliothèque publique, se livrai d'immenses recherches d'érudition, et publia le recueil de ses poésies, lesquelles ont eu dans l'espace de vingt-cinq ans plus de trente éditions en diverses langues. Quant à la médecine pratique, on devine bien que l'érudition et la poésie ne lui laissèrent pour elle ni beaucoup d'aptitude, ni assex de loisir.
Dorant huit ans, depuis 1728 jusqu'en 1730, il parcourut constamment les Aine* pendant l« boite saison, toujours
I herborisant, ce qui profita à son bagage poétique autant qu'à ses collections de végétaux : son poème Sur les Alpts jouit encore d'une certaine réputation. Nommé par te rai d'Angleterre Georges II à La deuxième chaire de rrwxki m< de l'université de Gœttingue , ville que Haller a enriciSr et rendue fameuse, son arrivée fut marquée par un grand ouilieu r : sa voiture de voyage versa dans les tristes rues -t. Grettingue, et sa jeune femme, Marianne de Wyss, qui l'a*compagnait, mourut de sa chute. On peut juger de ta douleur qu'il ressentit, parl'odc attendrissante où Italler a épat» I ses regrets et dépeint les vertus de sa compagne, dont k souvenir lui semblait ineffaçable. Cependant, et sans doutr grâce a l'étude , grâce aux travaux qui remplirent alors tooi ses moments, Haller finit par se consoler, après deux ans. d'une douleur qu'il avait crue éternelle : il se inaria mén i trois fois dans l'espace de dix ans. Dans les dix-sept années qu'il passa à Grettingue, où y professait tout à la hws u. chirurgie, la botanique et Tanatomie, U fonda un jardin en plantes, une école anatomique, une école d'accouchen n!, une académie de dessin, un temple protestant, une nca j<n:« littéraire ; il publia des éditions annotées d'un grand nombre d'ouvrages célèbres, imprima plusieurs éditions de w»
| poèmes, ainsi que VSnumération des plantes de la Smisu.
; il se livra en outre à d'innombrables dissections, et prt-
; sida à beaucoup d'expériences de physiologie , bien que h vue du sang lui causât de vives émotions.
Comme botaniste, la science lui doit beaucoup moins qui Linné, qu'à Tournefort, qu'aux Jussieu, moins aussi qq'à Adanson. Comme anatomiste, il eut pour rivaux Camper, Winslow, H uu ter, Uaubenton, Duverney. Comme naur, liste et philosoplie , il eut des vues moins élevées que Butta, une pensée moins robuste, et comme écrivain, on stytt moins riche d'images, un renom d'une durée plus incertaine. Comme poète et littérateur, Voltaire et Rousseau ha causèrent encore plus d'insomnies que Linné et Buffoe , s» rivaux en d'autres carrières. Mais ce qui fait de HaMer u homme incomparable, ce sont ses ouvrages de physiologie, de même que son érudition scientifique : c'est ea physiologie qu'il est roi , et ses Bibliothèques d'anatomtr. de botanique et de chirurgie sont aussi impérissables qnt ses Stementa Phytiologix (8 vol. in-f). Après avoir fond* sa renommée par ces différents ouvrages , et principale*»-* par ce dernier; après avoir formé des disciples comme Lus. et Mecket le père, déjà visité par des rois dans sa ebétive bourgade , et en correspondance avec Buffon, avec Voiture et le grand Frédéric, associé aux plus illustres ac.rdétmes . il fut nommé, en 1745 , membre du conseil souverain de Berne (bien qu'alors il habitât loin de l'Hervétie), et l'ent-
I perenr François I" l'anoblit en 1749. Ce fut alors ou? st décida à quitter Grettingue pour s'établir dans sa ville natale, qui venait de marquer gtorieusement sa place du< ses conseils.
Berne eut ainsi la préférence sur Berlin . où Frédéric 11 appelait Haller de cette voix séduisante qui suscita à Voltaire lui-même tant de déceptions et de repentirs. Une fois à Berne, à l'âge d'environ quarente-deax ans, H aller u»>oin une activité nouvelle. Tour à tour juge, préfet cantonal directeur des salines de la confédération helvétique, purfondateur de l'université de Lausanne, plusieurs foui ans* il dut employer son éloquence à la réconciliation de •{■piques cantons voisins , tant ces austères confédéré!, saisie ont toujours été enclins à la discorde. Devenu vieux, il can> posa deux romans et des dialogues, dans le but de pr*ron>rj l'aristocratie. Haller était doué d'une mémoire «tonnanU on l'a vu , à la suite d'un évanouissement, et cocus* essai des facultés qu'il récupérait, éttumérer sans ntnk erreur tous les fleuves qui se jettent dans l'Océan U possédait presque au même degré te français , raUemaou . l'italien et le suédois. Tantôt comme observateur, et Uniùt par dissidence de doctrines, il eut à combatif* tour à tour Coscliwili, Hamberger, Bu(f<>n, I*imettrie, Voltaire, etr Mais les Lettre* qu'il publia contre cetai-d éteint en atte