‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générale les plus indispensable à tousChapitre 567 sur 614 · HARMONIE · texte numérisé non relu

HARMONIE

HARMONIE. C'est l'expression de l'ordre entendu dans le sens le plus élevé et le plus complet : Vharmanie dans les oeuvres de Dieu, Y harmonie dans les œuvres de l'homme. Cest ce qui en fait la perlection ; de sorte que ce grand mot d'Aormonie représente, à bien dire, ce qu'il y a de réel dans la création. Toute œuvre sans liarmonie est un accident de la nature ou de l'art. Et aussi la science la plus réelle est celle qui embrasse le monde dans ses rapports d'ensemble et de détail pour en montrer l'unité. L'unité n'est que l'harmonie. La philosophic et les lettres, la morale et la politique , la nature et l'art, tout va à l'harmonie, et sans l'harmonie le génie même n'est qu'un grand desordre. Bernard in de Saint- Pierre, avec sa pensée un peu superficielle, mais avec sa parole pleine de grâce, a indiqué les harmonies secondaires de la nature, c'est-à-dire les rapports extérieurs des êtres entre eux; mais, quel que soit le charme de cette poésie , ce n'est point encore l'harmonie telle que l'étudié la philosophie véritable. Les harmonies parlent aux yeux, l'harmonie parle à l'intelligence. Celui qui, par une puissance surhumaine de conception, se donnerait la vue intime de la création dans son ensemble, avec ses soleils et ses mondes, avec leurs mouvement* réguliers et variés tout à la fois, avec l'immensité pour limites, depuis l'atome jusqu'à l'être infini, celui-là aurait une idée de l'harmonie; mais cette idée suppose une intelligence qui n'est pas celle de l'homme. L'harmonie , telle que nous la concevons , est à peine un reflet de l'Iiarmonie telle que Dieu la réalise. C'est pourquoi il est vrai de dire philosophiquement que la suprême perlection de l'intelligence serait de concevoir cette liarmonie universelle , qui de tous les points de l'infini aboulit à Dieu, créateur des êtres. Ainsi , par des considérations de philosophie, on arrive à la loi chrétienne , qui montre le ciel comme la dernière révélation des mystères du monde, et fait de cette claire vne de Dieu le bonheur infini. Or, la vue de Dieu , c'est la possession complète de l'harmonie universelle.

Sous ce rapport, la philosophie des anciens était plus haute et plus religieuse que la nôtre. L'étude de la nature était pour eux l'élude de l'harmonie des êtres. Il est poss ble que cette généralité de leurs idées ail nui longtemps à l'observation des faits isolés, et par conséquent au progrès des sciences proprement dites. Mais l'intelligence humaine en était agraudie, et la raison des philosophes en recevait une empreinte poétique, qui ne s'est plus retrouvée dans les seuvres analytiques de la philosophie moderne. Tel était le penchant de ces génies méditatifs pour la contemplation des lois générales, que ce mot même d'harmonie, appliqué h Tordre du monde , représentait réellement à leur esprit une idée de musique; et réciproquement la musique s'expliquait pour eux par des lois numériques , empruntées aux rapports des corps célestes. Philosophes plus disposés , ce semble, que nous ne le sommes à recevoir et à garder les impressions primitives de la nature , ils expliquaient le monde comme- une œuvre de la création admirable, et dans cette œuvre ils voyaient toujours la présence du géuie créateur. La physique, c'était donc pour eux une lioésic; et c'est pourquoi l'harmonie était le premier objet de leur contemplation. Puis cette disposition de leurs idées se faisait sentir dans toutes les sciences humaines, et surtout dans celle qui étudie l'homme, non-seulement l'homme physique, mais l'homme moral, l'homme vivant et intelligent, cette autre création merveilleuse, où se réalise l'harmonie par le mélange de* passions et des idées , des penciiants mauvais et des combats vertueux. Et c'est ainsi que Platon, le philosophe de l'harmonie , était conduit à montrer l'homme toujours fidèle à lui-même dans ses paroles et dans sa vie, somme un instrument de mélodie, qui rend des sons dignes des cieux.

Le mot harmonie conservera toujours un sens mystique, qui ne saurait pas plus disparaître du langage des que du langage de la poésie. Malgré lui ,

cherche l'harmonie dans le» «uvres de la nature ou dans

les sciences propres. On a tout fait de nos jours pour rompre cette loi de création intellectuelle , plus puissante que le délire des novateurs. A celui qui veut pas d'harmonie, c'est-à-dire qui ne veut pas d' ble et d'unité dans les œuvres d'art, nous deman< lerons pourquoi sa pensée, s'il a une pensée, s'arrête toute saisie devant un monument d'antiquité qui porte cette einpeinte, malgré ses systèmes de laid et d'horrible! Qu'il porte son regard sur ces magnifiques créations d'architecture, où l'Iiarmonie a mis son cachet mystérieux, il sera tout confondu de ce spectacle, et sa raison se débattra vainement sous cette impression d'admiration et de respect Cela donc est-il imaginaire? et l'harmonie n'est-ce rien, quand l'harmonie vous peut ainsi captiver malgré vos théories les plus rebelles ? Le secret de notre enthousiasme à la vue de toutes les grandes œuvres de Dieu ou de l 'homme , c'est toujours l'harmonie de ces œuvres, et plus cette larmonie nous apparaît, plus notre enthousiasme a d'élan et peut devenir fécond et créateur à son tour. LantnrrK.

Les anatomistes appellent harmonie une articulation immobile, dans laquelle les enfoncements et les énuneoces que les surfaces osseuses présentent sont peu marqués, * tel point que l'on pourrait croire que la jonction des os a lieu par simple apposition de leur surface : on pourrait citer pour exemple l'articulation des os &ou .«-maxillaires entre eux.

En peinture, le mot harmonie signifie l'accord qu'il y a entre les couleurs d'un tableau, et dans la compo><li< .n elle-même, raccord qui peut exister entre les j>ersonnage* de ce même tableau . ainsi, on dira qu'il y a une grande harms

trouve d'accord avec la composition et que les couleurs y sont disposées de telle sorte qu'elles servent à faire comprendre l'expression du tableau. Dans les tableaux de Poussin, l'harmonie des couleurs dégénère quelquefois en monotonie; et l'on pourrait lui faire ce reproche à juste titre.

Harmonie se dit encore du bon accord qui existe entre différentes personnes : ainsi , l'on dira d'une famille dont tous les membres sont bien unis : il y règne une haï monte parfaite.

HARMONIE (Musique). Les sons peuvent être ente» lus de doux manières, successivement ou sùnul ta marient dans le premier cas, il forment la mélodie, en suivant différentes inflexions ou intonations; dans le second cas, fls composent ['harmonie . en obéissant aux loi la modulation. L'harmonie est donc cette branche tante de l'art musical qui traite de la connaissance des <*>&*. lorsqu'ils se font entendre simultanément, de leurs dMfcrentes combinaisons, de leurs rapports généraux et relatif-, et de leur enclialnement. Le but de l'harmonie est ifuccompagner la mélodie , soit que celle-ci plane à 1 auto . murmure dans le médium, ou gronde a la basse d'une mua> que quelconque. Mais il n'en faut pas moins concevoir l'harmonie, abstraction faite de toute mélodie, de tout riijlhwt et de toute mesure, pour se rendre compte des nombreuse» combinaisons dont elle est susceptible et bien saisir U duction des lois qui règlent la concordance de ces nVnto

d'accords. L'enchaînement des accords entre eux est seau*à des lois dont le principe, aussi simple qu'iogenk-uv, fut découvert par R ameau . Le système de la basse fon damental o, inventé par ce grand homme, système a. lu* et rejeté tour à tour, fut enfin étudié et approfondi par us homme d'un talent immense, Reic h a, qui, comprenant t*»i le parti qu'on pouvait tirer d'une aussi ingénieuse théorie, en l'appliquant aux découvertes dues aux progrès croissants de l'art musical , en fit la base de son système d'harmonie. C'est sa méthode que dans les courtes explications que nous allons L'enchaînement des accords est calculé sur la mari U <k

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