HARPON
de l'ajouter à U foule de leurs dieux, et l'hellénisèrent sous l'heureux nom d'Harpocrate. Ils en firent le dieu du silence, trompés qu'ils furent par la figure de ce mystérieux enfant, dont les doigts étaient appliqués sur ses lèvres, qu'ils tenaient closes , signe muet de la discrétion chex presque tout les peuples. Ils l'appelèrent encore Siçaiion, d'un mot de leur idiome (tigdn, se taire).
L'Arphochrat égyptien était fils d Osiris et d'Isis, et frère d'Horus le Superbe, du soleil dans sa force, de l'astre solsticial d'été, l'ilypérion des Hellènes. Les Egyptiens représentaient encore Harpocrate, débile, assis sur des lotus en fleur. Les lugubres cénobites des hypogées de Memphis le peignaient la tête rasée, à l'exception du côté droit, derrière l'oreille duquel sortait une tresse de cheveux. U ligne de démarcation que faisait sur le crâne cette bizarre coiffure, était l'emblème de l'équateur, la partie rasée celui de l'hémisphère non alors éclairé par le soleil , et la partie chevelue celui de l'hémisphère qu'éclairait alors cet astre. Les Grecs se hâtèrent d'embellir de leurs riants emblèmes cette tête bizarre ; ils firent éclore sous leur ciseau poétique un jeune homme, beau, nu, la tête ornée de la mitre égyptienne; ils mirent dans une de ses mains une corne d'abondance versant fruits et fleurs, et, comme au Soliiil, dont il était aussi l'image , ils lui donnèrent le carquois d'or et les flèches Allantes. De plus, ils placèrent à ses talons la chouette, qu'il laisse derrière lui dans les ténèbres. Les prémices des légumes lui étaient offertes. Quelquefois aussi il porte les attributs qu'il a pris daus son berceau oriental , une robe asiatique longue et flottante, une couronne «le feuilles et de fruits de pécher, arbre dû aux adorateurs du feu, aux mages. Du temps de Yarron et de Pline l'ancien , son culte, comme dieu du silence, était très-connu è Rome. Ses statues, l'index sur les lèvres, étaient placées aux portes des temples; elles indiquaient qu'un religieux recueillement était plus agréable à la Divinité que des paroles. Ia mode romaine était de porter au doigt une bague ou sceau , sur lequel était gravé un petit Harpocrate imposant aux hommes par sa simple imago le secret des lettres. Do.ne-Ua.ror.
IIARPOCRATIOi\( Vaunius), rhéteur d'Alexandrie, habile grammairien, auteur d'un lexique grec des mots employés par les dix grands orateurs d'Athènes, Oral ores Attici, sorti pour la première fois des presses aldines en 1&03 , avec les scolies d'Clpien sur Démosthène , et dont la dernière édition a vu le jour à Berlin en 1*33. Il aurait vécu suivant les uns cent-soixante ans après J.-C., sous l'empereur Veras, dont il aurait été l'un des précepteurs ; selon d'autres , il aurait été, en l'an 350 de notre ère, contemporain de Libanius le Sophiste , qui dans une de ses lettres parle en effet d'un grammairien de ce nom. Le fabuliste espagnol lriarte, ayant découvert dans la bibliothèque de Madrid un ouvrage de médecine superstitieuse portant son nom, lui en a fait honneur, parce que l'auteur du livre y dit qu'après avoir cultivé avec succès la grammaire en Asie , il est allé se fixer a Alexandrie. Du reste, aucune antre particularité de sa vie n'est connue.
HARPON* HARPONNKUR. L'arme qui, lancée par un vigoureux et habile matelot, assure la prise d'une baleine, aussi volumineuse qu'un navire, fut d'abord appelée harpeau, et s'appelle aujourd'hui harpon, deux noms empruntes du grec: un large ferde flèche, dontla pointe, triangulaire, est bien acérée, attaché à un manche de bois de deux mètres environ, auquel tient une longue corde , voilà ce qui compose cet instrument de destruction. Le harponneur qui fait son apprentissage doit connaître les parties du corps de l'animal où le harpon fait une blessure mortelle, et dont il nej>eiit être arraché durant les secousses violentes du blessé, fuyant ot entraînant avec loi la corde fatale et la chaloupe qui porte ses meurtriers. La distance à laquelle il lance son arme est à peu près celle où le soldat romain faisait usage de son javelot (pllum) contre l'ennemi; mais le poids du harpon surpasse d'un kilogramme et demi a deux kilogrammescetuidu pilurn; | son fer est très-large, et il faut l'enfoncer à une grande proton*
HARPON — HARBIS
dcur dans les chairs du cétacé ; de plus, la corde , entraînée par le projectile , ralentit la vitesse du jet, et le harponneur manquerait toutes ses captures si ses forces n'étaient pas très-supérieures à celles du soldat romain. Maintenant l'art du pêcheur baleinier a fait de grands progrès, et ses succès ne dépendent plus de la force d'un seul homme : le harpon est lance' par la poudre a canon à une distance beaucoup plus grande , et dirigé, plus sûrement par une bouche à feu dont la forme et les dimensions sont appropriées à cet usage. Ferrv.
HARRACH (Famille de). Le mariage morganatique contracté par le feu roi de Prusse Frédéric-Guillaume III avec une comtesse de Harracli, en 1824, appela dans ces dernières années l'attention publique sur cette famille autrichienne et catholique. Réduite à l'obscurité et à la médiocrité, elle ne laissait pas que de pouvoir faire preuve d'une noblesse aussi ancienne et aussi avérée que pas une des maisons de la haute aristocratie de la monarchie. C'est en l'an tClG que Charles de Hamuch , favori de Ferdinand II, obtint le titre de comte pour lui et ses descendants. Son nis atné, Ernest-Albert, né en IJ>98, mort en 1667, fut cardinal et archevêque, d'abord de Prague et plus tard de Trente, et joua un rôle important dans les troubles de la Bohême. Wallenstein , duc de Friediand , avait épousé une comtesse de Harrach.
Les frères d'Ernest-Albert, Chartes-Léonard et Olhon- Frédéric, devinrent la tige, l'un de la brandie aînée, celle des comtes de Harrach-Rohrau , l'autre de la branche cadette, celle do Harrach- Bruck, celle à laquelle appartient l'épouse morganatique du feu roi de Prusse. • Ferdinand -Bonaventure de Haruack- Brick, né en 1627, mort en 1706, longtemps ambassadeur près la cour de Madrid, a laissé sous le titre de Mémoires et négociations secrètes (2 vol.; La Haye I720),des souvenirs curieux. L'un de ses fds, nommé, en 1709, archevêque de Salzbourg, mourut en 1727 ; un autre fut promu, en 1723, à la dignité de feldmaréchal -général, et mourut en 1764 préskient du conseil aulique de guerre; le troisième, Aloys- Raymond , succéda h son père dans le poste d'ambassadeur à Madrid, fut nommé en 1728 vice-roi de iNaples, et mourut en 1742 avec le titre de ministre de conférences. De ses trois petitsfils, l'alné, Népomucène- Ernest , hérita du majorât de la branche dont il était le représentant ; le cadet, Charles -Borromée, étudia la médecine, fut reçu docteur, et exerça cette profession avec autant de distinction que de succès pendant plus de trente ans à Vienne, où il mourut, en 1 829. Le troisième, Ferdinand- Joseph, né en 1763, qui avait épousé une demoiselle de Rayski, se remaria en 1833, avec la fille d'un jardinier de Berlin, et est mort à Dresde, en 1841. De son premier mariage il avait eu plusieurs enfants, entre autres Augusta, née à Vienne, le 30 aont 1800, que le roi de Prusse rencontra aux eaux de TippliU. Frappé de la beauté de la comtesse de Harrach , le vieux Frédéric-Guillaume s'en éprit virement, et, après l'avoir créée princesse de Liognitz, l'épousa morganatiquementà Charlotten bourg, le 9 novembre 1824, en lui assurant un douaire considérable. Dans une position si difficile, la princesse de Liegnitz, par sa conduite pleine de modestie , sut mériter l'estime et l'affection des membres de la famille royale ainsi que du peuple de Prusse. Dès le 25 mai 18î6 elle avait compris la nécessité politique que lui faisait sa position de renoncer au catholicisme pour embrasser la religion protestante.
Le représentant actuel de la brandie aînée, celle de Uarracli-Ilohrau, Antoine dk Haahach, né le 16 juin 181 5, prend le titre de grand-écuyer héréditaire de la province d'Autriche.
IIAHRI.\GTON( James), célèbre publidste anglais, né en ICI 1, à Upton, dans le comté de Northumberland. Après •voir quitté les bancs de l'université d'Oxford, il alla voyager en France, en Italie, en Allemagne, en Danemark et en Hollande, et de cette longue tournée, entreprise dans un but philosophique , rapporta en Angleterre <k-s sentiment*
tout républicains, qui n'empêchèrent pas Chartes V* de le nommer gentilhomme de sa chambre. Harrington servit ce prince fidèlement , sans renoncer à ses opinions politiques, et fut du pdit nombre de ceux qui ne craignirent pas de j l'accompagner jusqu'à l'échafaud, pour lui donner une der- I nière preuve de leur dévouement. Tant que dura le protêt - { torat de Cromwdl, il vécut étranger aux affaires publiques, j consacrant toutes ses pensées à la composition de son Oceana, ) ouvrage écrit en forme de roman allégorique, et dans lequel l il trace l'idéal de la république, ou du gouvernement des nations. Il parut à Londres en 1650, etétaitroervetlleusentent propre à donner sallsfadion au goût d'un siècle où les plans imaginaires de républiques faisaient le sujet oontinud des conversations et des discussions. Il obtint donc une vogue extraordinaire, que ne justifie guère un style dur et rocailleux. Il a été traduit en français en 1795.
Avant d'être mis en vente, il avait été saisi par ordre de Cromwdl, et Harrington avait eu beaucoup de peine k ea obtenir la main levée. 11 lui fallut pour cela dédier son Uvtc au protecteur, qui, après l'avoir lu, dit que l'auteur avait entrepris de le dépouiller de son autorité, mais qu'il nequitferait pas pour un coup de plume ce qu'il avait acquis à la pointe de Fépée. Pour mieux faire apprécier se* doctrines et les répandre, Harrington fonda un club, nommé Rota , qui fut dissous après la restauration des Stuart*. Les écrits qu'il publia dans la suite, sous le règne de Charles II, le firent ea lermern la Tour, le 28 décembre 1661. Il était accusé de haute trahison. Bien qu'acquitté sur ce clief par les commissaires des deux chambres, il resta longtemps detrau dans 111e de Saint-Nicolas, près de Plymouth. Ses amis n'obtinrent sa mise en liberté que lorsqu'une grave malaJk eut mis sa vie en péril. Il succomba quelque temps après* Londres, le 11 septembre 1G77. Il avait perdu la raison i . la suite des remèdes trop violent* qu'on lui avait admm^- I très. Outre quelques poésies qui ne s'élèvent pas »u-de>se« I du médiocre, on a encore de lui des Aphorisme*, où il evpo* ses principes politiques.
HARRIOT ( Thomas ), célèhro mathématicien angUi» , ! né en 1560 , à Oxford , découvrit les relations qui existent entre les racines et les coefficients d'une équation dont le fécond nombre est ramené à r>ro ( voyez les formules (7) de l'article Équation, t. VIII, p. 710 ). Il fut conduit à ce résultat par cette remarque, qu'il fit le premier, que toute équation d'un degré supérieur peut être décomposée en facteurs du premier degré. Mais c'est à tort qu'on lui a attribué le théorème de Descartes connu sous le nom de règle de» signes.
Harriot accompagna Walter Raleigli dans son expédrtiua de Virginie. Il leva la carte de ce pays, et pubtii à son retour à Londres la relation de ce voyage. Mais son ouvrage principal, celui qui renferme ses découvertes mathématiques ne parut qu'en 1620 , sous le titre oVArtts analyUcr Praxis ad .rquationes algebricas resolvendas ( Loo-lrp> , in-folio). Werneren donna une nonvdle édition en lut. Harriot était mort a Londres, le 2 juillet 1631.
HARRIS (Jamks), métaphysicien et grammairien anglais , né k Close , près de Salisbury , en 1*09 , était news du célèbre lord Shaftcsbury, et expira à Londres, le 32 décembre 1780. La mort de son père l'ayant mis en possession d'une fortune considérable , il renonça k l'étude de U jurisprudence, que déjà il avait commencée à Lincoln'» loa. pour se consacrer entièrement à la littérature. Le imnis ouvrage qu'il publia était intitulé : Three treatues ; thejmt concerning art. the second concerning music , paiatat and poetry, the third concerning happintss (Londres, 1744). Vint ensuite Hermès ou recherches philosophiques sur la grammaire universelle (Londres, t?ài\ ouvrage qui obtint un grand succès et fut traduit en plusieurs langues. Tliurot le publia en français, en 179«, avec un vivant discours préliminaire sur l'histoire de la gnuuiuatrr A partir de 1761 jusqu'à sa mort, Jantes Harrù fut cv n.t--r de In chambre des communes. tn 1762 il fot nommé lord