HAUDRIETTES — HAUSER
HAUDRIETTCS , nom 'donné aux religieuses d'un hôpital fondé en ISOfi par Ètienne Haudri, pancticr du roi Philippe le Bel, au Marais, dans la me qui porta depuis le nom de nie des Haudrietles, pour y recueillir un certain nombre de femmes pauvre* et veuves. Sous Clément VII, en 1386. l'hôpital contenait trente deux pen-
sionnaires, qualifiée* de bonnes /mimes de la chapelle d'Etienne Haudri. En 14U elles portent le nom Ac femmes hospitalières, et sont présidées par une maltresse. 11 arriva dans cet hôpital ce qui arrive dans beaucoup d'antres : les administrateurs s'emparèrent insensiblement des biens des administrés , et au commencement du dix-septième siècle il n'existait déjà plus d'hôpital. Ces bonnes femmes prenaient toujours le titre d'hospitalières , et leur maîtresse celui de supérieure, mais on n'y voyait plus de pauvres veuves. Ce n'était qu'un couvent , dont les religieuses lurent, en 1622, translérées dans celui de l'Assomption, rue Saint-] lonoré. Leur conduite nYlait pas des plus régulières; et on avait tenté vainement, à diverses reprises, d'établir une réforme dans leur maison. Cest le cardinal de La Ilochcfoucauld qui réussit le premier à les soumettre à une règle, en les transportant dans leur nouvel asile, ancien hôteiqui lui avait appartenu, qu'il avait vendu plus tard aux jésuites, et que ceux-ci revendirent aux liaudrietles. Klles y étaient établies depuis six mois, lorsque ce dernier nom leur fut enlevé et leur revenu réuni a celui du monastère de ia rue Saint-Honoré, qui u'eut plus que le titre de \' Assomption. Ce couvent lut supprimé eu 1790.
IIAUSEN ou HUSO. Voyez Estihceo».
HAUSER (Gaspard). Certain passant rencontre, le 2fi mars lft2R, dans les rues de Nuremberg un jeune homme qui paraissait avoir de quinze à seize ans. Ce malheureux pouvait à peine se mouvoir ; l'éclat du jour semblait blesser sa vue; il ne savait répondre a aucune question, quoiqu'il prononçât très-distinctement quelques mots auxquels rien n'annonçait pourtant qu'il attachât le moindre sens. Il offrait dans ses traits, nullement rebutants, tout le caractère de l'enfance, quoique parvenu à cet â^e où l'on est près de devenir homme, et montrait presque machinalement une lettre dont la snscription désignait une personne connue, au logis de laquelle on le conduisit. Là il refuse avec dégoût toute autre nourriture que du pain et de l'eau , se laisse tomber sur de la paille, et s'j endort d'un sommeil aussi calme que profond. A son réveil, il regarde tout avec la curiosité d'un être pour qui tout est nouveau et l'insensibilité stupide de celui qui ne conçoit rien, qui ne s'inté* resse à rien. La lettre dont il était porteur ne jetait aucune lumière sur son origine, son nom , sa vie précédente , les lieux où il vécut, en un mot sur son obscure destinée. Ceux entre les mains desquels il tomba ne savaient s'ils devaient h considérer comme un véritable imbécille ou un rusé fripon ; car bien qu'il semblât dénué de toute éducation , il écrivit néanmoins avec facilité et correction le nom de Gaspard Hauser, et parvint à faire comprendre que c'était le sien. Dans le doute, ses hôtes le firent jeter en prison, et là on s'aperçut bientôt qu'il n'y avait rien que de vrai dans la profonde ignorance, que de candide dans le caractère du malheureux enfant. De minutieuses remarques, faites sur tout ce qui avait trait à sa personne, convainquirent qu'il ne dut faire que rarement usage de ses jambes , car la peau de la plante de ses pieds était douce, sensible, fraîche comme celle du plus beau teint; et nullement usage de ses forces , car tous ses mouvements prouvaient qu'il n'en connaissait pas la portée. Il parut clair qu'il n'avait jamais rien vu, rien appris; qu'il était étranger à la vie commune ; qu'il ignorait l'essence et les devoirs de notre espèce , la nature et l'existence même de la société civile; qu'il semblait avoir vécu, ou plutôt végété, dans un isolement presque absolu, dans une constante obscurité ; car chez lui l'organe de la vue était si laible, que le moindre trait de lumière lui causait de vives souffrances. Il n'avait idée des distances et pouvait à peine se tenir dc,
bas:
bout, preuve qu'il n'habita qu'un réduit élr il <l n'ayant probablement Jamais connu l'alternative .h* i .; t; et des jours, il ne savait point mesurer le temps. Il i nitait de tout cela que ;es conceptions étaient extrêmement bornées ; d'ailleurs, il se montrait patient et doux, obéissait au moindre Reste, et ne se dépitait que de ne pouvoir saisir les objets éloignés qu'il croyait près de lui, ou s'il s'était brôlé en touchant ceux dont il ne soupçonnait point la blessante chaleur.
L'on commença donc à s'intéresser au *ort de cette innocente victime d'une atrocité sans exemple, et l'on sYt< "ria moins qu'on ne l'avait fait d'abord de voir Gas|tard It iriser jouer en enfant avec des poupées, cherchera les nourrir, leur adresser des sons Inarticulés, en prendre plus de -uin que de lui-même; ses gardiens tentèrent île lui donner une éducation qu'ils n'eussent pu étendre au delà des ( luises strictement c\ig> es par la décence et le besoin, comme de l'enseignement de quelques mots usuels, si le professeur Daumer ne l'avait entreprise avec une vive et généreuse ardeur. Les leçons de ad homme de bien illuminèrent proinptement l'esprit, te cœur, l'imagination si neuve encore de son élève, aussi bon que docile et reconnaissant , dont les progrès furent d'autant plus rapides mie chez ce nouvel Ëmile toute idée était un sentiment, et tout sentiment une indicible jouissance; il semblait créer lui-même le savoir ur la voie duquel on le plaçait; il en ressentait un orgueil stimulateur qui hâta le succès des soins bienfaisants de son vertueux maître. Le physique el l'intelligence de Gaspard Hauser s'améliorèrent simultanément; ses yeux s'accoutumèrent à l'éclat de la lumière; il reprit des forces et de l'activité : mais ce qu'il apprit d'un monde précédemment ignoré de lui altéra son humeur naïve, sans lui faire rien perdre de son heureux naturel et de l'intérêt même qu'il était accoutumé h ressentir pour son premier et intame geôlier.
Ce que l'on soupçonnait déjà sur la triste existence de Gaspard Hauser, on le sut positivement enfin dès qu'il put clairement s'expliquer ; c'est qu'il avait constamment habité une chambre basse, étroite, froide, privée de jour, dans laquelle on ne le nourrissait que de pain et d'eau ; qu'il en avait été enlevé durant la nuit, transporté derrière son guide sur un animal qu'il ne connaissait point alors , puis abandonné avec cette lettre qu'il montra au premier passant; qu'on ne lui avait appris que quelques mots dont il ignorait la valeur, et à écrire son nom. Il se présentait cependant à sa mémoire quelques autres Idées vagues, il est vrai, confuses, incohérentes : était-ce des songes? Mais les songes sont l'image affaiblie de ce qu'on a vn î Ces idées sans suite et sans accord étaient-elles un rappel vers un état antérieur? Mais quel pouvait-il avoir été? Son généreux protecteur se perdait en raisonnements et en conjectures.
Gaspard Hauser était déjà presque totalement oublié le jour oh l'on apprit par les journaux allemands, cinq ou six ans environ depuis l'époque oii il fut rencontré, et rendu à la vie sociale par le professeur Daumer, quand on apprit, disons-nous , qu'après avoir, dans une belle soirée d'été , contemplé avec ravissement un riel étoilé , s'être élancé en esprit vers l'auteur de tant de merveilles, s'être pénétré pins que jamais du sentiment à la fois pénible et consolateur de la différence du bien et du mal, ainsi que du sort futur et immortel que ce sentiment nous présage, quelques mouvements de haine s'étaient, pour la première fois, manifestés en lui à l'égard du misérable qui le retint si longtemps dans un sombre cachot. 11 ne dissimula point h fou maître cette affection si étrange pour lui, et qui lui inspira le projet d'écrire ce qu'il savait ou soupçonnait être relatif à sa vie. L'infortuné était sans doute surveillé ; l'on craignit probablement qu'il ne se doutât de ce qu'il fut, on qu'il se mit sur la trace de son origine, car il se vit à l'instant l'objet d'une tentative d'assassinat dont il fut quitte pour une blessure peu dangereuse et bientôt guérie. Le coupable échappa à toutes les recherches , et lord Stanhope,