HÉBERT
Cordeliers, où Hébert fit voiler la statue de la liberté et la pancarte des droits de l'homme. La conjuration élabora un plan par suite duquel la Convention eût été décimée et même remplacée temporairement par la Commune ; mais ce plan , ait heu de fortifier la Commune, l'abattit. Le général Ronsin et l'adjudant général Mazuel rédigèreut des pamphlels, dans lesquels la marebe dictatoriale du comité de salut public était dénigrée; on y disait la liberté perdue saus une résistance immédiate, car toutes les places étaient ou allaient être données à la folie ou à la trahison : la contrerévolution était certaine ; des craintes étaient éveillées sur le sort et la quantité des prochain» approvisionnements. Ces éerits, répand*» clandestinement dans les marchés, émurent les gens du peuple et des campagnes : ils rendirent bientôt les approvisionnements difficiles. Sur ces entrefaites, les utilitaires du parti, principalement Mazuel et Ronsin, visitaient fastueuseuent les prisons et annonçaient la prochaine cessation du régime actuel ; ils parlaient haut, plutôt comme leur courage et leur irritaliou le» y poussaient, que suivant la prudence. L'autorité avertie, cherchant à saisir ces puissants agitateurs en flagrant délit, ne s'y décida que lorsque leurs manœuvres eurent produit on certain effet à la surface. Les mesures prises par l'autorité réussirent, et les conspirateurs furent arrêtés avant leur levée de boucliers. Au root d'ordre, tous les clubs, ceux même sur lesquels ils avaient compté, lâchèrent pied, suivirent le torrent et se déchaînèrent contre eux.
Les conjurés furent déférés à la justice du moment, et parurent devant le tribunal révolutionnaire neuf jours après leur arrestation. Tous ces grands factieux sacrifiés par les partis réunis de Danton et de Robespierre étaient atterrés, à l'exception de Ronsin , de Clootz, de Mazuel , jeunes hommes d'un grand courage. Les débats furent courts, agités, étouffés. Ronsin et Mazuel se conduisirent avec énergie. Hébert en appela à l'ancienne amitié de Robespierre , pleura et marchanda sa vie. ■ Vous ne me remplacerez pas, disait-il, moi qui étais toujours prêt pour les grandes circonstances! » Les débats s'atlachèreut spécialement à flétrir Hébert, Monunoro , Ronsin , Perdra , comme concussionnaires et escrocs , gagnés par l'or de l'étranger pour agiter la France et y perpétuer les troubles; accusations toutes fausses et absurdes, contre lesquelles protestèrent vainement les accusés. Hébert mourut mal; pourtant l'exemple ne lui manquait pas. H mourut au milieu d'amis résignés d'avance à toutes lescliances de la vie révolutionnaire; il tomba presque en défaillance à la vue de Péchafaud. Ses lèvres devinrent bleues, ses \eux hagards, et le bourreau dut le soutenir pour lui aider à monter. H avait épousé une religieuse jolie et gracieuse, qui eut la même fin, et périt peu de temps après avec la jeune épouse de Camille Desmoulins : la même charrette les conduisit à la mort. Hébert était petit, fluet, d'une figure jolie et spirituelle : c'était un des élégants de l'époque de la terreur ; personne ne mettait plus de soin â sa toilette; ses collègues l'aimaient, à cause de son caractère franc et de sa gaieté. Il mourut à trente-neuf ans, le 24 mars 17U4- Frédéric Fayot.
UÉBERTISTES ou ENRAGÉS, partisans d'Hébert, siégeant avec lui au club des Cordeliers, et parmi lesquels on remarquait Anacharsis Clootz, Ronsin, Vincent, Montraoro, etc.
HÉBKTllDE. Voyez Facits.
HÉBRAÏQUES (Ecriture, Langue et Littérature). hébraïque, de même que Hébreu , vient de Eber, et signifie au delà, parce que Abraham, dont les Hébreux sont les descendants, est venu (2,000 ans av. J.-C. ) de l'autre côlé de l'Euphrate, de la Mésopotamie, pour entrer dans le pays de Chanaan , ou la Palestine.
Parmi les langues séndtiques ( ainsi appelées parce que la plupart des |ieuples qui les parlaient descendaient de Sein ), cdle des Hébreux, qu'on appelle aussi langue chanancenno, passe pour la {dus ancienne. Son alphabet est coin-
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comme finales, une seconde forme. Ces lettres sont carrées, et portent le nom d'écriture atchourUh ( venant d'Asruour [la Syrie]), tandis que le caractère samaritain est plus grand et d'une forme plus compliquée. Qudqueâ-unes des lettres de l'alphabet samaritaiu ont assez d« ressemblance avec leurs correspondantes dans l'alphabet hébreu, mais quatorze d'entre elles n'ont absolument rien de commun, et les cinq finales manquent aux Samaritains; ils n'admettent ni les points-voyelles , ni les accents toniques et diacritiques , dont nous parlerons plus loin. Lequel des deux alphabets est le plus ancien? Cette question est longuement discutée dans le Thahuud ; mais la forme compliquée du caractère samaritain , que le Thahnud désipie avec raison sous le nom de raati ( brisé ), parce qu'il est formé de lignes brisées, fait croire que c'est ce caractère qui est l'ancien caractère hébreu : et cela est d'autant plus probable que la simplicité de l'écriture atchourith usitée de nos jours est évidemment un perfectionnement , car toujours la simplicité est un progrès. Ensuite, le nom d'aschourith ( venant de la Syrie ) indique suffisamment que c'est une importation exotique. Nous ajouterons qu'on se servait du caractère samaritain pour les amulettes, et qu'on le trouve sur des médailles qui remontent, à ce qu'on croit, aux premiers siècles de l'ère vulgaire.
On écrit les lettres hébraïques de droite à gauche, et elles servent aussi à indiquer les nombres.
La langue hébraïque renferme un certain nombre de mois primitifs, auxquels on donne le nom de racines, mots généralement composes de trois lettres ; mais il y en a aussi de deux , et quelques-uns de quatre lettres. Les diverses modifications d'action, de relation, de temps, de nombre , de genre , de possession , sont indiquées par des points appelés points-voyelles , qu'on place au-dessus, audessous ou dans les lettres; l'intonation est indiquée par des accents appelés accents toniques , signes qui se placent au-dessus ou au-dessous des mots , à la dernière ou à l avant-dernière syllabe. Les modifications se font aussi souvent par des consonnes spéciales, attachées, soit au commencement (préfixes), soit à la lin ( aftixes ) du mot radical ; on croit que l'introduction des points-voyelles et des accents toniques remonte en partie à Esra (Esdras), qui vivait 480 ans avant J.-C. Il en est qui les font descendre au sixième ou même au septième siècle de l'ère vulgaire : cette opinion est d'autant plus probable qu'on ne trouve pas de traces des noms des voyelles dans le Thalmud. Ces divers signes phonétiques sont devenus indispensables ; les omettre , comme l'ont voulu les partisans de Masdcf, serait augmenter la difficulté dans l'étude d'une langue morte depuis deux mille ans.
Les relations de position entre les objets du discours et la liaison des |>ensées sont indiquées par des particules, piépositions, adverbes, conjonctions et interjection?. La langue hébraïque est riche, harmonieuse et simple; die a peu de règles et quelques exceptions. Son extrême simplifié, sa nudité grammaticale , font voir qu'il n'y a rien de moins mérité que la réputation de difficulté qu'on est convenu d'attacher à l'idiome biblique. La lecture en est également facile. En ne s arrêtant pas À la prononciation douteuse de quelques Irttres , qui s'est diversifiée par suite des temps et dans divers pajs, il ne faut qu'une intelligence, une mémoire et une persévérance très-ordinaires pour déchiffrer l'hébreu en très-peu de tempe, les sons attachés aux lettres de cette langue étant invariables. Une bonne grammaire, et la lecture de la Bible, voilà tout ce qu'il laut pour faire en peu de temps des progrès dans la langue hébraïque. Les meilleurs travaux publiés dans ces derniers temps sur celte langue sont ceux deGeseniuscld'Ewald.
On a beaucoup discuté sur l'antiquité de la langue hébraïque. Est-elle ou n'est-elle pas une langue primitive? Quoi qu'il en puisse être, elle n'en est pas moins belle, énergique et d'une concision remarquable. La Bible, voilà sa littérature : cdle littérature est riche, grande, majestueuse
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L'influence que ce monument littéraire a exercée sur les juif» et les chrétiens lui donne une importance historique. Par les sentiments religieux qui régnent dans la littérature des Hébreux, par son antiquité, cette littérature surpasse celle de tous les peuples ante-chrétiens. Elle est une source sûre de l'histoire de l'humanité et de son développement intellectuel. Cependant, tout ne nous en est pas parvenu ; et ce que nous en possédons n'a pas été à l'abri des vicissitudes du temps non plus que des interpolations. C'est pour mettre un terme a ce système d'interpolations et à ces vicissitudes, que les auteurs de la Mxssara entreprirent des travaux qui, pour paraître minutieux, n'en sont pas moins précieux.
Nous avons dit que l'Ancien Testament compose toute la littérature hébraïque : par là nous entendons dire que l'Ancien Testament seul est une autorité pour la philologie, quand il s'agit de comparer un mot ou une phrase pour arrivera une plus grande intelligence du texte. Seule aussi la Bible est regardée comme inspirée et appelée Écriture Sainte; mais les livres apocryphes, les Midraschim,la Mischna, le Thalmud, les commentaires sur le Thalmud et sur la Bible, les ouvrages hébreux du moyen âge, comme ceux d'une époque plus rapprochée de nous, tant en |wose qu'en vers , la littérature rabbinique enfin , tout également partie de la littérature hébraïque ; seulement, dans cette dernière partie de la littérature hébraïque , le langage est moins correct , quoique plus riche ; de même que dans la poésie hébraïque moderne il y a plus d'art, mais moins d'élan, moins de nationalité, que dans les brûlantes inspirations poétiques de l'Ancien Testament.
Occupons-nous d'abord de la littérature hébraïque proprement dite, «le la littérature biblique , de l'Ancien Testament. Cette littérature est d'autant plus importante que la plupart des monuments qui la constituent sont d'une époque tellement reculée, qu'il ne nous en est pas parvenu d'autres monuments écrits. Le plus ancien écrivain des Hébreux est de quelques siècles antérieur nu temps où les Grecs connurent l'écriture , et le dernier écrivain biblique est à peu près le contemporain d'Hérodote, le père de l'histoire grecque. « C'est de Moïse, dit de Vctte {Introduction critique, p. 13), le législateur des Hébreux, que la tradition Itébraïque date le premier usage de l'écriture chez ses compatriotes; on ne peut pas dire qu'il a fondé la littérature liébraique , mais il en a fourni le commencement ; il a consigné par écrit ses propres lois. » L'Ancien Testament contient la collection des livres regardés comme inspirés et saints par les Israélites et les chrétiens. Ces livres sont rédigés pour la plus grande partie en hébreu ; une moindre partie en est écrite en chaldéen. L'Ancien Testament est ap|>elé par les rabbins les Vingt-quatre Livres, qui comprennent le Pentateuque, les Premiers Prophètes, les Derniers Prophètes et les Ketoubime ou écrits saints. Le t texte, indépendamment des points- voyelles et des accents | toniques , est di>isé par chapitres et versets; mais cette division est, à ce que l'on croit, d'origine chrétienne; on ne la fait pas remonter au delà du treizième siècle. Cbez les Juifs, il existe encore (tour le Pentateuque, une autre division, c'est celles des Paraschas. Après l'exil de Babylone, on établit en Palestine des synagogues où l'on récitait tous les sabbats des passages du Pentateuque qu'on divisa ainsi en cinquante-quatre sections ou paraschas, parce que dans une année bissextile il y a cinquante-quatre sabbats.
La partie de l'Ancien Testament qui a été le plus soigneusement conservée, c'est le Pentateuque. Servant à l'usage de la synagogue, elle en possède des exemplaires d'une haute antiquité , écrits en écriture carrée avec un soin minutieux sur du parchemin en rouleaux, d'après les exemplaires authentiques. Il n'y a dans toute l'Ecriture Sainte que le Pentateuque et le livre d'Usiner qui soient conservés de celle manière.
Le premier livre imprimé en hébreu (ut un Psautier, publié avec le commentaire de Kimhi, à Bologne, I an li"T ;
en 1*83 parut le Pentateuque; en I48«, les Premiers et les Derniers Prophètes; en 1487 on imprima à {tapie* les Ilagiographes ; enfin , en 1488, une édition complète de la Bible lut laite à Soncino; et par la suite il parut successive* ment en divers lieux des commentai res rabbiniques sans ou avec le texte biblique.
Les Samaritains n'admettent et paraissent ne connaître qu'un seul ouvrage inspiré, c'est le Pentateuque ; U est écrit en hébreu , mais avec des caractères samaritains. Le texte présente des variantes nombreuses, souvent importante*, nous les avons consignées dans les notes qni accompagnent notre traduction du Pentateuque. L'existence du Pentateuque samaritain n'a «té connue en Europe qu'en 1616 et grâce à Petro de Valle.
La deuxième division de l'Ancien Testament comprend les Prophètes. La prophétie traite des discours et des exhortations d'hommes inspirés ces hommes cultivaient la musique et la poésie; ils furent les conseillers des rois, on plutôt ils donnèrent au peuple , dans les temps prospères , des avertissements, dans les temps malheureux des consola lions et des règles de conduite. Isaie, Jérémie, Ktécbiel, Joël, Amos, Osée, etc., sont tantôt sublimes et couru*transportés sur les ailes de l'inspiration , tantôt touchant» et mélancoliques, quand ils pleurent les malheurs de Sion Mus l'histoire aussi est comprise parmi les prophètes : e'eq qu'elle apparaît tantôt comme tradition poétique , taaM comme histoire positive. De ce nombre sont Josué , Les Juges, Samuel, Les Rois et les Chroniques ; et de même que le Pentateuque mentionne un Livre des guerres de Dm qui ne nous est pas parvenu, dans Josué ( X, 13) il est question du Livre Yaschar, qui ne nous est pas non plus parvenu. Il en est de même de plusieurs productions de Salomon, îles chroniques des rois d'Israël et de Juda. Dans Daniel , la tradition et l'histoire paraissent sous la forme d'une prophétie. Le livre des Samaritains qui porte le nom de Josné est écrit en arabe , en caractères samaritains. C'est wk espèce de Chronique en 47 chapitres ; elle commence par l'histoire des Hébreux, un peu avant la mort de Moïse, et *e termine au temps des Romains, sous Alexandre-Sévère.
Ia poésie lyrique , plus ancienne que l'exposition prophétique, a pour olijet soit les événements miraculeux de l'histoire nationale, soit la gloire du Très-Haut ; quelquefois au*elle chante les plaisirs ou les peines de l'homme. Dans cette catégorie se distinguent particulièrement les Psaumes. Cette partie de la Bible, ainsi que les Proverbes de Salomon, Jet et les Cinq Meguitolh, c'est-à-dire le Cantique des CemUques, Ruth, 1rs fomentations, Y Ecclésiaste et Esther, cette réunion de |>oemes didactiques, descriptifs et historique* , est connue sous le nom de Ilagiographes on écrits saint».
La loi nationale, la patrie, voilà l'âme de la littérature hébraïque. Même dans les livres historiques, le choix et l'exposition de ce qui est raconté apparaît sous la dépen las» du point de vue théocratique de la religion hébraïque, et U plainte <l.u psalmiste retentit des cris de douleur de la nation. V Ancien Testament contient îi ouvrages, qui ooojtituent le canon juif. Le motif pour lequel les Sautant*** n'ont pas accueilli dans leur canon tous les livres ut rxncsea Testament, c'est peut-être que leur position à regard des Juifs était hostile. S'ils ont adopté le Pentateuque. c'est » cause de leur grand respect pour Moïse : quant au livre qui porte le nom de Josué, et qui, nous l'avons dit, du'lere êm Josué des Juifs, ils l'appelèrent ainsi parce que ce général descendait d'Ephraïm. Chex les premiers chrétiens, l'Ancien Testament seul avait une autorité religieuse (<tc Vette, Introd. crit. ). Peu à peu, les Evangiles et les écrits des apôtres parvinrent à avoir la même autorité.
Quant aux livres appelés apocryphes par opposition aux livres canoniques, ce sont des livres dont la lecture p«Mtque était défendue, quoique l'étude en fftt prescrite aux chefs : plusieurs font même partie du canon akxandna Transmis par les Juifs hellénistes, ces livres sont ou traduit* en grec, ou originairement écrite en celle laugue : ce sont le-