HEIM
bien différentes : Le Champ de mai et Une Lecture au Théâtre-Français. Les curieux retrouveront dans les brochures et les jounuoi do temps l'expression peu charitable de la gaieté qu'excita cette dernière composition. Naïvement conçue, plus naïvement encore exécutée, elle eut autant de succès qu'une caricature de Biard. La petite réputation de l'auteur du Massacre des Juifs est restée depuis lors Tort compromise. Il faut dire d'ailleurs qu'il n'a jamais joui, même dans sa jeunesse, d'une popularité bien étendue ; et cependant, il a montré dans quelques portraits qu'il n'était pas sans habileté et sans finesse ; mais pour M. Heim l'expression a toujours été lettre close. Paul Mantz.
HEINE (Huai), poète allemand, né à Dusseldorf, le 1" janvier 1800, de parents Israélites, étudia le droit à Bonn, à Berlin, et à Gœttingue, où il Tut reçu docteur, et se convertit au christianisme en 1825. On ne sait pas trop pourquoi il prit ce parti , car tout aussitôt on le vit faire preuve du scepticisme le plus railleur. Les plaisants ont prétendu que ce qui l'y avait décidé, c'est qu'il souffrait d'être de la même religion que M. de Rothschild sans être aussi riche que lui, alors que pour le devenir il lui aurait fallu être aussi pauvre d'esprit que loi. Il habita alternativement Naubour&, Berlin et Munich jusqu'au moment où, entraîné dans le tourbillon des espérances qu'avait provoquées la révolution de Juillet, il vint se fixer à Paris. A partir de 1836 jusqu'à la révolution de février 1848, il y toucha une pension considérable sur les fonds secrets; circonstance qui n'a été connue que lorsque le gouvernement de Juillet eut été renversé, et qui lui a maintes fois valu le reproche assez mérité, d'avoir été à la solde de Louis-Philippe. En 1835, Heine avait été compris dans les mesures adoptées par la Confédération germanique contre les membres de la Jeune Allemagne. Depuis qu'il habite Paris, oà il s'est marié, il n'a quitté cette ville que pour quelques passagères excursions en Allemagne : la dernière qu'il fit, en 1844, le conduisit a Hambourg. Depuis plusieurs années une maladie de ta moelle épinière l'a réduit au plus déplorable état, sans que ses tortures physiques influassent en rien sur la mobilité do son esprit.
[ Ce n'est pas trop s'avancer que de dire de Henri Heine qu'il est un des hommes le plus spirituels de ce temps-ci, et qu'il n'y en a pas eu beaucoup au temps passé d'aussi ou de plus spiittuels que lui. Il y a en cet écrivain singulier du Cervantes, du Swift, du Rabelais et du Voltaire; il n'y a presque rien d'allemand , et ce rien en est le meilleur. C'est à cause de cela sans doute qu'il est considéré par ses compatriotes comme parfaitement étranger au pays où il a piis naissance, et qu'ils le tiennent pour une espèce de petit diable d'enfer qui use de ses facultés surnaturelles pour compromettre à force d'esprit la nation dans laquelle il a cti la malice de s'incarner. En effet, ils se troublent a l'aspect de ce charmant météore intellectuel, ils le renient pour un des leurs. La vérité est qu'il y a dans Heine je ne sais quoi de cet esprit railleur, caustique, inépuisable, qu'on est accoutumé de donner a Satan , et que s'il n'était au demeurant le meilleur homme du monde, on se signerait à chacune de ses paroles. Il a une sagacité merveilleuse pour découvrir les ridicules de l'homme, de quelque livrée qu'il s'affuble, cl un penchant insurmontable à s'en moquer. Nul n'aperçoit plus sûrement dans les événements qui nous affligent le coté plaisant qui doit nous consoler, et de plus, oui ne sait mieux les prévoir, nul n'est doué à un plus haut degré de celte faculté divinatrice qui est une îles propriétés de l'homme de génie. Notre langue lui est devenue si familière, qu'il l'écrit avec facilité et élégance. Plusieurs de nos revues littéraires en font foi , et il a traduit lui-même en français un de ses plus jolis ouvrages : les Reisebilder, ou Impressions de voyages , mieux que ne l'aurait fait le traducteur indigène le plus versé dans la connaissance de la langue allemande.
Ses poèmes parurent à Berlin en 1822. L'année suivante, il publia ses tragédies VAlmansor et de Radcliff, ainsi