HEINE
que r Intermède lyrique. Ces oeuvres n'eurent pas tout d'abord la célébrité qu'elles étaient dignes d'obtenir, la poéae n'étant alors en faveur que parmi un nombre très-rcstrànt de connaisseurs ; mais dès que les deux premiers volumes de ses Reisebilder (Hambourg, 1826-1827) furent sorti* de dessous la presse, ils produisirent une vive sensation dam le public et excitèrent l'enthousiasme parmi La jeunesse. Deux autres volumes , publiés en 1830-1831, ne firent que donner plus d'activité et plus de force à ces sentiments. C'est qu'il y a dans ce livre, outre un esprit prodigieux, de* réflexions politiques dont la portée audacieuse ravissait les imaginations allemandes. On n'a parié nulle part de la France, de Napoléon surtout, comme il en est parié dans ce livre ; nulle part le grand capitaine n'a été Jugé avec autant de profondeur et d'originalité. Les Lieders [Chants), publiés aussi en 1 827, à Hambourg, plurent extraordinairemenL Vinrent ensuite des ouvrages moins importants , celui qui est intitulé Kahldorf ou Lettres sur la Noblesse , adressé au comte de Moltke (Hambourg, 1831); les Essais sur
Y Histoire de la Littérature moderne en Allemagne (1833);
Y État de la France (1833), qui n'est guère que la réunion d'articles sur Paris publiés dans la Gazette iTAugsficmrg ; Le Salon (1835-40); Les femmes de Shakspeare, avec illustrations ( Paris et Leipzig , 1 839 ) ; Sur Bœr n e ( l tUo ) ; et enfin les Nouvelles Histoires (1844). En 1855, sur te lit de douleur on il est cloué, il a encore fait paraître De Y Allemagne (2 vol. in-18) et Ltttèee (1 vol.). Ce dernier ouvrage renferme les lettres qu'il adressa «le Paris a U Gatelte d'Augsbourg de 1840 à 1843.
Heine, au témoignage des Allemands, excelle dans la prose; mais il s'est surpassé peut-être dans la poésie lyrique, où il fait vibrer les cordes les plus délicate*, desquelles, pour nous servir des expressions bizarres d'un biographe allemand, il tire à la fois des dissonnanees ira niques et les sons les plus spirituellement voluptueux. Avec Menzel et Bocrne, il avait pressenti la révolution de 1830, et disposé les esprits de l'Allemagne à en recevoir le contre-coup. On était fatigué d'ailleurs de la séctieresse qui régnait depuis longtemps dans la littérature allemande; de là l'enthousiasme indicible qu'excitèrent les chants acérés de Heine, son esprit impie et sa satire impitoyable. Sa mUsioa finit avec 1830. Il se répéta, non pas qu'il ne fût pins i la hauteur des idées nouvelles, mais parce que n'ayant pas obtenu de la propagande qu'il faisait en Allemagne avec sa plume tous les effets qu'il en avait espérés , il se repentit d'avoir trop bien auguré de l'énergie politique de ses compatriotes , tomba dans l'indolence et dans le dégoût, Ut»a percer à travers ses railleries un sentiment de mépris pour les descendants dcHermann.ct pratiqua llndiflérence en matière politique comme il la pratiquait déjà en matière religieuse. Cest ce qui a fait dire qu'il manquait de la probité des opinions et de la fermeté du caractère. En effet, il a joué a peu près avec tous les partis ; et ce qu'il y a de plus noble, de plus sublime , de plus sacré, ne lui parait propre qu'à servir anx jeux de son esprit. Dans son livre sar Bœrne, ce système est poussé jusqu'au cynisme.
On lui reproche en Allemagne d'avoir nui beaucoup à la littérature, et principalement à la poésie allemande, par le ton de sentimentalité outrée qui règne quelquefois dans la sienne et qui est devenue contagieuse. On ajoute que son genre de lyrisme menace aussi d'avoir pour ccWquenee de détruire toutes les lois du rhytlune parmi ses successeurs ; on reconnaît pourtant que citez lui du moins one ceri .u &> harmonie musicale |ieutà la rigueur servir de compensation à cet inconvénient. Mais on trouve surtout déplacé quHI ait essayé, dans quelques articles de la Revue des Deux Mondes, d'initier les Français à la connaissance des mystères de la philosophie allemande. Le fait est que cette initiation hibou lit qu'à nous fortifier dans cette opinion qu'il n'y a rien de piu* creux , de plus vain, de plus fantastique, de plus chimérique; de plus opposé au bon sens, à la clarté, à la sobriété de l' esprit français que cette philosophie. C'est ce que Heine a voirJa