GALANTERIE
l'apparence. On ne trouve guère trace de galanterie dans l'antiquité : la Bible, les livres d'Homère, montrent des hommes passionnés, mais point galants. 11 est probable, cependant, qu'à toutes les époques les hommes mirent dans leurs relations avec les femmes quelque chose de doux et d'aOectueux ; mais ils leur accordaient alors plutôt de la protection que des hommages. C'est de l'établissement du christianisme que date cette pitié pour la faiblesse, qu'une délicatesse généreuse déguisa sous des forme* élégantes : c'est lorsque la religion eut élevé moralement la femme à la hauteur de l'homme, qu'il crut pouvoir, sans déroger à sa dignité, se dévouer pour elle. Le culte de Marie opéra une révolution en faveur des femmes, non-seulement parmi les chrétiens, mais encore chez les nations qui les combattaient; car on sait que la guerre même échange les coutumes entre deux peuples. La vie retirée des femmes dans Pantiquité ne motive point leur défaut de galanterie, puisqu'on a décidé que c'étaient les Arabes, dont les harems ont toujours été impénétrables, qui en avaient donné les premières leçons a l'Espagne. La valeur, les connaissances, l'esprit vif et piquant de ces Orientaux répandaient sur une grâce que l'on s'empressa d'imiter ; à leur mna des fêtes, on livra des combats en l'honneur des dames.
Au temps de la chevalerie, un guerrier faisait vœu de galanterie autant que de bravoure. Non-seulement il devait avoir une dame et lui rester fidèle, mais H lui fallait encore être prêt à les défendre toutes, et ne médire d'aucune. Les coursa" amour, que les troubadours ont tant célébrées, n'avaient été instituées que pour juger de semblables cas ; et leurs arrêts, dont nous possédons des recueils, prouvent peu d'indulgence pour les coupables en fait de galanterie : il y avait quelque chose de noble dans ce respect pour des mères, des épouses, des maltresses, êtres qui n'ont pas la force d'en exiger. Mais la galanterie s'exagéra ses devoirs, quand elle se crut obligée à satisfaire les caprices et les impertinences des femmes. On vit des hommes échanger leur cuirasse contre une jupe, et combattre ainsi; on en vit d'autres employer leur fortune en tournois, afin de réjouir les dames d'une province; en (In, quelques-uns poussèrent jusqu'à l'idolâtrie la déférence et les égards que les dames sont en droit de réclamer, et il fallut distinguer la galanterie de la courtoisie, qui fut toujours mesurée.
Plus tard, la galanterie changea de forme. Le mot eut une nouvelle |acceptton , quand il s'appliqua au libertinage : François 1er, Henri IV, ne se bornèrent point à être galants, quoiqu'ils ambitionnassent ce titre. Le pouvoir aux mains d'une femme ranima l'esprit de galanterie pondant la régence d'Anne d'Autriche ; chacun était I rondeur ou royaliste , selon qu'il plaisait aux dames de sa société. Quand la guerre fut éteinte , les pastorales de d'U r fé , les romans de Scu d eri , et la carte du pays de Tendre, gâtèrent un peu celte renaissance; puis Louis XIV joignit à la galanterie une liberté de mœurs qui n'avait lien de commun avec les sentiments de ceux qui la professaient prirrritrvemenL Ainsi dénaturée, la galanterie fut bientôt dédaignée; et la crainte d'être appelé galant poussa les hommes jusqu'à la grossièreté ; dans les cercles, les femmes parurent les ennuyer, et ils s'en éloignèrent. Dans les lieux publics, ils abusèrent de leur vigueur pour s'emparer des meilleures places , et manifestèrent à haute voix leur opinion sur la beauté, la laideur, la vieillesse', les infirmités des femmes, qu'ils regardaient dédaigneusement : c'était abjurer toute galanterie. Nous ne dirons point que les habitudes des camps aclievèmit de nuire À l'esprit de galanterie en France , puisqu'il avait pendant si longtemps fait partie du caractère militaire; mais c'est au mélange de toutes les classes de la société qu'on a du sou anéantissement ; car la galanterie n'est que le résultat d'une éducation distinguée, de manières élégantes, ou d'une bonté et dViue douceur si parfaites que la nature en fait rarement les frais. Ce qui reste de galanterie en France ne s'appelle