GALLICANE
pouvons détailler ici les coutumes qui font ses privilèges; sons dirons sommairement qu'elles consistaient à reconnu ftre l'autorité des papes quant au spirituel seulement, et leur infaillibilité dans les questions décidées par eux et par les conciles de la même manière, a reconnaître les souverains du royaume comme chefs temporels , et à leur prêter serment de fidélité. Les évêques des Gaules, ayant assisté à la fondation de la monarchie française et participé au pouvoir, «'étaient accoutumés à respecter l'autorité temporelle. Éloignes de la cour de Rome , ils ne s'étaient nullement mêlés anx différends des papes avec les empereurs , et dans cette grande lotte Us n'avaient ni approuvé ni désapprouvé les actes des souverains pontifes.
Jusqu'à Grégoire VIII, les papes, quoique affichant maintes fois des prétentions exagérées, n'avaient cependant pas osé mettre leur autorité au-dessus de l'autorité de tons ; Grégaire imagina de soumettre l'autorité temporelle a l'autorité spirituelle, et d'arriver ainsi à la monarchie universelle. Plus tard , lorsque Grégoire IX , après avoir dédaré l'empereur Frédéric déchu de son royaume, vint rusaaer saint Louis > s'armer contre lui, offrant à son frère Robert le trône qu'il rendait vacant , ce saint roi rejeta les offres do pontife ; et les grands du royaume, parmi lesquels *r trouvaient grand nombre d'évêques, et qui formaient ses conseils, ne cachèrent pas l'indignation que leur inspirait une telle conduite. Il est donc certain que, quoique ne l'ayant pas déclaré formellement, le clergé de France ne reconnaissait pas au pape le pouvoir de disposer à son gré des royaumes , et qu'A faisait une distinction bien positive du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. On connaît les différends de quelques rois de France avec les papes et la manière dont il* se sont terminés.
La monarchie française n'a été constituée d'une manière définitive et absolue que sous Louis XIV. C'est alors que , libre d'entraves, elle a considéré sa puissance, et que, sentant sa force et son droit, elle a voulu l'établir d'une manière définitive en rejetant la prétention de Grégoire VII, que c'e droit divin les souverains pontifes sont monarques de tous les monarques de la terre. Louis XIV profita des troubles qui avaient éclaté à l'occasion de la régale, pour Uir*1 déclarer ses droits immuables par lesévéques de France. La recale était un droit féodal, que les rois avaient sur certain* tvècliés qui venaient à vaquer. Tant que durait la vacance du siège , ils en percevaient les revenus; et ils étaient aptes de plus, d'après le droit de régale, à conférer, sans que les pourvus eussent besoin d'institution canonique, tous les bénéfices, excepté les cures qui pouvaient être a la nomination des archevêques et évêques. Ce droit de régale, contre lequel s'étaient souvent élevées les plaintes des évêqnes , existait depuis des siècles : c'était nne suite de ce principe de droit féodal, qu'a la mort du vassal le fief retourne au seignenr. Mais il n'y avait que certains sièges qui fussent assujettis à ce droit; ce qui les faisait se plaindre. Louis XIV jugea à pro|>os d'y soumettre tous les évêchés *t archevêchés de France ; il signa deux déclarations , l'une de 1673, et l'autre de 1675, portant que toutes les églises du royaume sont sujettes à la régale, et que les arclievêqnes et évêqnes qui n'ont pas fait enregistrer leur serment le feront dans deux mois. Le clergé ne s'opposa pas à ces déclarations; il n'y eut que deux prélats, l'évéque d' A lais et celui rie Pamiers, qui protestèrent, publièrent des mandements contre les déclarations royales, et s'adressèrent directement au pape. Le souverain pontife prit fait et cause pour les dissident» , et envoya à Louis XIV trois brefs dans l«qnels il Marnait sa conduite, disant qu'il avait excédé ses pouvoirs , et le menaçant d'en venir à des moyens extrêmes »'d persistait dans ses déclarations. Cette résistance des évequw, soutenus par le pape, donna lieu à quelques troubles. * On ne voyait , dit la Collection des procès-verbaux des assemblées du clergé, d'un côté qu'excommunications lycées pour soutenir tes définitions du concile général ( celui de Lyon, sur lequel s'appuyait le pape), de l'autre quo
proscriptions de biens, exils, emprisonnements, condamnations même à mort, pour soutenir ce que l'on prétendait les droits de la couronne. La plus grande couftision régnait surtout dans le diocèse de Pamiers : tout le chapitre était dissipé ; plus de quatre-vingts curés emprisonnés, ou obligés 1 de se cacher; on voyait grands-vicaires contre grands- vicaires, le siège épiscopal vacant; le père Cerle, grand-vicaire nommé par le chapitre , fat condamné à mort par le parlement de Toulouse. »
Louis XIV , qui croyait à juste titre avoir fait assez pour l'Église, fut outré des brefs du pape et des troubles qu'ils fomentaient dans son royaume. Il ordonna aux évêques qui ; se trouvaient à Paris de se réunir chez l'archevêque de | cette ville pour y délibérer sur les brefs du pontife; mais, après de longues discussions, l'archevêque de Paris, craignant qu'on n'attribuât à l'inlluence de la cour les décisions ! qu'ils pourraient prendre, demandai à Louis XIV la permission de convoquer pour l'année suivante une assemblée générale de tout le clergé du royaume : le roi y consentit. En conséquence , les provinces envoyèrent de* députés , et l'as- 1 semblée s'ouvrit an mois de mars. Ce fut dans cette réunion que le cardinal de boirai ne , un de* principaux orne- I ments du siège romain, s'exprima dans ces termes, que nous j nous plaisons à opposer aux adversaires des libertés de l'É- | gllse gallicane : « Je ne puis nier que je suis Français,
■ nourri en l'université de Paris, en laquelle on tient l'au- ' torité du concile par-dessus le pape , et sont censurés comme i hérétiques ceux qui tiennent le contraire; qu'en France, on j tient le concile de Constance pour générai dans toutes ses
parties, et que pour ce l'on fera plutôt mourir les Fran-
■ çais que d'aller au contraire. »
i Dans cette célèbre assemblée , B o s s u e t , chargé de for- ; mu 1er les doctrines de l'Église gallicane, Int, à la séance i dn 19 mars 16M, une déclaration en latin qui établit so- . Icnnellement « que l'Église doit être régie par les canons ; que saint Pierre et ses successeurs, que toute l'Église même n'a reçu de puissance de Dieu que sur les choses spirituelles ; que les règles , les mœurs et les constitutions reçues dans le royaume doivent être maintenues et les bornes posées par : nos pères demeurer inébranlables ; que les décrets et le juj genient du pape ne sont point irréformables , à moins que ; le consentement de l'Église n'intervienne; que c'est en cela : que consistent nos libertés, auxquelles il n'est permis à j personne de déroger. » ( Voyez Déclaration nu Clerc é dk « Franck. )
I Telle est la substance des quatre articles et de la défense
I publiée par Bossuet, l'âme de cette illustre assemblée.
j Tout y est empreint de cette gravité antique qui annonce la majesté des canons inspirés par Dieu et consacrés par le
l respect universel du monde. Cette déclaration fut adressée par l'assemblée à tons les évêques du royaume, avec, une circulaire pour les engager à faire professer cette doctrine dans leurs diocèses et à ne point permettre qu'aucune autre y
\ fût enseignée. Louis XIV, par un édît enregistré au parlement le 23 mars t682, ordonna que la déclaration du clergé de France serait enregistrée dans toutes les cours de parlement, bailliages, sénéchaussées, universités, facultés de théologie et de droit canon ; qu'il n'y aurait désormais que cette doctrine-là d'enseignée dans les universités; qu'un professeur en serait spécialement chargé, et qnel'on ne pourrail être licencié si l'on n'avait soutenu cette doctrine dans l'une de ses thèse» publiques. L'assemblée adressa également cette déclaration au pape Innocent XI, avec une lettre explicative rédigée par Bossuet. Le pape cassa et annula la délibération prise par les évêques gallicans; il leur répondit une longue lettre pour leur prouver qu'ils se trompaient et les engager à reconnaître leur erreur. Mais ceux-ci persistèrent dans leur déclaration, et, après plusieurs années de discussion, la chose en resta la. Le grand roi était satisfait, et ne s'inquiétait pas de la cour de Rome. Le saint-père, de son côté, pouvait voir aisément que les temps étaient changés, et qu'il ne lui serait plus permis de tenter ce qu'avait fait
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autrefois Grégoire VII. 11 se tut : assez de douleurs avaient accablé l'Église pour qu'elle ne songeât pas a courir au-devant de nouvelles épreuves. Peut-être bien aussi les noms de Louis XIV et de Botsuet, la supériorité de l'intelligence et de la force, èvilèrcnt-ils à la catholicité de nouveaux malheurs. La déclaration de lfi»2 demeura comme le co»le de l'Église gallicane, contre laquelle les petites passions ultraniontaiuea se sont toujours mais en vain dé- Ci ALLIC ANES (Libertés ). Voyez Gailicanb (Église). GALLICANISME, doctrine de ceux qui défendent les libertés de l'Église gallicane, par opposition à l'ultra m ontanisroe, qui se montre entièrement dévoué aux volontés du saint-siége.
GALLICIE, province de la monarchie autrichienne, qualifiée de domaine delà couronne (kron land) et formant aujourd'hui les royaumes de Gallicie et de Lodomérie, avec les duchés d'Auschwitz et de Zator, et le grandduché de Cracovic. Elle confine au nord à la Pologne et à la Russie, à l'est à la Rus je , au sud à la Bukowine et à la Hongrie , à l'ouest à la Silesic , et contient une superlicie de t V»5 mill»^ géographiques carré*, dont 11 appartiennent au grand-duché de Cracovie, acquisition nouvelle de l'Autriche. Ce pays est une haute terrasse , située au pied septentrional des monts Carpathes, et qui s'étend au sud en décrivant un grand arc depuis les frontière* de la Silésic jusqu'à celles de la Transylvanie. Après une région montagneuse qui pénètre dans l'intérieur des terres jusqu'à une profondeur de 4 à 5 myriamètres, il présente une fertile région moyenne, onduleusenient entrecoupée de collines, qui parfois arrive à former des plateaux et parfois aussi, pré.* des fleuves, dégénère en plaines sablonneuses ou marécageuses. La partie septentrionale notamment n'est guère qu'une immense plaine, interrompue seulement ça et là. La Gallicie compte un grand nombre de cours d'eau importants, qui à l'ouest appartiennent au bassin de la Yistule , et à l'est à ceux du Danube et du Dniestr. La Vistulc, qui devient ua\i«ablc près de Cracovie, reçoit les eaux de la Itiala, de la Scda, de lu Skawa, de la Skawina, de la Raba, du Dujanec, de la Wysloka venant du plateau des Carpathes, et de la San venant du plateau de Lemberg. Le Dniestr , qui prend sa source dans l'une des ramifications que les Carpathes envoient en Gallicie, reçoit de fort petites rivières, par exemple, sur sa rive droite, le Stry , la Swika et la Bistriza; et sur sa rive gauche, le Sered, près des frontières de Russie, le Pod honte, et atteint ensuite le territoire russe. Le Prulh, l'un des affluents du Danube, ne tarde point à abandonner ce pays. La Gallicie ne possède point de grands lacs. De toutes les parties de la monarchie autrichienne , c'est celle dont le climat est le plus rude; et les hivers où le froid atteint jusqu'à 78" Réaumur ne sont pas rares. Cependant , et en dépit des nombreuses régions sablonneuses ou marécageuses qu'il renferme , ce pays est au total très-fertile et fournit à l'exportation des céréales, encore bien que l'agriculture soit loin d'y avoir pris tout ie développement dont elle serait susceptible. On y cultive sur une assez large échelle le chanvre et le lin, le tabac, le houblon, etc. La richesse forestière de la province est importante, quoiqu'au nord les forêt* soient fort éclaircies, tandis que dans les Carpathes d'immenses quautitës de bois pourrissent sur pied. En ce qui est du règne animal, la Gallicie produit surtout du gros bétail, et dans do* proportions Mflisantes pour qu'il y ait lieu a exportation, quoique Pan ne donne pas partout assez de soins à l'amélioration des race*; puis des chevaux, qui se distinguent pas de bonnes qualités, et des moutons, dont on a dans ces derniers temps beaucoup améliore l'espèce. Les abeilles, tant sauvages que domestiques , et dont l'éducation est une industrie très-répandue, surtout sur les frontières de l'est, produisent assez demie! et de cire pour constituer d'importants articles de commerce. La citasse, dans les montagnes surtout, ne laisse pas que d'être assez productive. Les ours et les loup», ainsi que les castors qu'on