BRUXELLES
Bruxelles est le siége du gouvernement belge et des autorités supérieures, tant civiles que militaires, de la province. Elle possède une université libre, entretenue aux frais de la province, de la ville et de particuliers ; une école militaire, un collége royal, une école de commerce, une académie royale des arts et des sciences , une académie de médecine, une école de sculpture, de peinture et d'architecture ; un conservatoire de musique, une école vétérinaire, une bibliothèque nationale contenant plus de 150,000 volumes et environ 90,000 manuscrits, une galerie de tableaux, un cabinet d'histoire naturelle, de physique et de mécanique, une collection d’armures et un jardin botanique. On y trouve en outre six théâtres, exploités avec ou sans subvention municipale, plusieurs associations musicales et sociétés des arts, des établissements d'instruction de divers degrés à l'usage de Vun et l’autre sexe, tenus par des corporations religieuses ou par des instituteurs privés, une société philanthropique et un grand nombre d’institutions de bienfaisance. La population, qui en 1825 ne s'élevait qu’à 84,000 habitants, en comprend (fin 1866) 287,241 ; et ce chiffre pourrait encore être augmenté de 90,000, si on voulait y ajouter la population des villages appartenant à la banlieue de Bruxelles, tels que Etterbeck, Ixelles, Saint-Gilles, Anderlecht, Molenbrék, Lacken, Sharbeck et Saint-Josse-ten-Node. Les dépenses à la charge de la ville s'élèvent à 5 millions et demi de francs , dont la moitié sont couvertes par les droits d'octroi prélevés sur les objets de consommation, les matériaux de construction et le combustible.
Le commerce de Bruxelles est essentiellement un commerce de luxe et de détail ; et en raison du petit nombre de maisons importantes qu’elle contient, il est impossible de comprendre Bruxelles au nombre des villes commefciales de l'Europe. En revanche, une foule d'industries diverses y prospèrent, notamment la fabrication des dentelles, des meubles, des voitures, du papier et des cuirs. La fabrication des armes et des tapis a été très-anciennement portée à un haut point de perfection. On peut‘en dire autant de la dentelle, quoique ce soit là une industrie plus particulièrement exploitée par la population de Gand , ainsi que le constatent les vers suivants :
Nobilibus Bruxella viris, Anlwerpia nüurmis, Gandavurn laqueis, formosis Burga puellis, Lovanurn doctis, gaudet Méchlénia stultis,
La manufacture de tapisserie de haute-lisse de Bruxelles n'existe plus. Elle se soutint, quoique languissante, jusqu’en 1788. Les troubles qui survinrent alors , la mode, qui discrédita ce genre d'ameublement parmi les gens riches, les seuls qui pussent en faire l'acquisition, la dispersion des artistes et dés ouvriers, tout contribua à Ja ruine de cette fabrication renommée, dont les monuments qui subsistent attestent l'excellence. Les variations de la mode ont fait encore disparaître deux manufactures de cuirs dorés pour tenture, dont le goût doit moins regretter la perte que le commerce, auquel ces fabriques assuraient dans le Nord, en Allemagné, et surtout en Turquie, des bénéfices considérables,
Lé commerce et l’industrie sont vivifiés à Bruxelles par une boursé, trois banques (la Société générale, la Banque de Belgique;et la Banque nationale, créée en 1851), degrands marchés, des canaux, de belles routes, et surtout par les chemins de fer qui mettent Bruxelles en communication avec le réseau des chemins de fer belges , notamment avec Anvers, Gand, Liège, Mons et Namur,
Naguère encore foyer dela contrefaçon littéraire, Bruxelles, en vertu d'une récente convention internationale, à laquelle il ne manque plus que la sanction des chambres belges, ne tardera pas à voir disparaître de son sein celte industrie factice et parasite, qui d’ailleurs avait cessé depuis longtemps d’être productive pour ceux qui s’y livraient, en raison de la concurrence eflrénée qu’ils se faisaient les uns aux autres,
Il paraît en ce moment plus de vingt journaux politiques quotidiens à Bruxelles, qui dès 1651 avait un journal quolidien publié en langue française. Anvers en avait un en langue flamande dès 1610. L'action de la presse n’est soumise à Bruxelles, comme dans le reste de la Belgique, à aucune entrave fiscale, à aucune censure, à aucune Compression. Ce n’est donc pas des législateurs belges qu'on peut dire : ubi silentium faciunt, pacem apellant !.…. F
Il est question dès le huitième siècle dans les chroniques d’un lieu désigné sous le nom Bruchsella, qui paraît avoir été d'abord celui d’une maison de plaisance des rois francs. Un diplôme d’Othon 1°", en date de lan 966, constate l'existence d’une église dans laquelle les investigateurs les plus récents veulent reconnaitre l’église Saint-Michel, en remplacement de laquelle fut construite plus tard l’église Sainte- Gudule, Gerberge, sœur d’Othon le Grand, apporta cet endroit en dot au duc Giselbert de Lorraine. Gerberge, fille de son petit-fils Charles, épousa Lambert, comte de Louvain ; et avec cette famille le territoire de Bruxelles passa sous la suzeraineté des ducs de la basse Lorraine et de Brabant, grâce à l'influence desquels la ville parvint à une grande importance. A partir de Jean 1° (1251-1259) elle parait avoir été la demeure des souverains, bien que Louvain conservât toujours son titre de capitale. Après de nombreuses luttes, soutenues tantôt contre les nobles, tantôt contre les princes régnants, par les habitants, jaloux à l'extrême de leurs priviléges et de leurs libertés, et après les terribles guerres civiles que la mort de Jean II attira sur la ville, l'héritage de sa fille Jeanne passa à la comtesse de Flandre, femme du duc de Bourgogne, Philippe le Hardi, laquelle confia l’administration du Brabant et du Limbourg à son fils Antoine.
A la mort de celui-ci (1430), le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, hérita du duché de Brabant; et sa petite-fille, Marie, femme de l'empereur Maximilien, apporta à la maison de Habsbourg la ville de Bruxelles, qui alors était déjà considérable et entourée de redoutables fortifications. Les atteintes incessantes portées par les princes de cette maison aux franchises et priviléges de Bruxelles y provoquaient de continuelles émeutes, qui cependant se terminaient toujours à la satisfaction réciproque des deux parties. Charles-Quint avait déjà en réalité fait de Bruxelles la capitale des Pays- Bas, et y avait amené tout le luxe et l'éclat d’une cour. Sous son fils Philippe If, qui établit également dans cette ville la résidence de l’infante Marguerite de Parme, investie en son nom des fonctions derégente des Pays-Bas, Bruxelles devint le principal foyer de la révolution dont cette province fut le théâtre. En 1566 Briderode, à la tête de la noblesse confédérée, ayantremis à la régente l'expression de ses griefs, et une adresse où l'on réclamait la liberté de conscience, cette démarche décisive donna naissance à la ligue des Gueux, qui s’y constitua le soir même.
C’est à Bruxelles que l’inquisition et le duc d'Albe, général de Philippe I{, étouffèrent dans des torrents de sang les libertés des Pays-Bas. Dans la longue lutte qui s’engagea entre le roi d’Espagne.et les insurgés de cette contrée, Bruxelles fut tour à tour la grande place d’armes de chacun des deux partis en présence. C’est dans cette ville que fut signée, en 1576, la pacilication de Gand, et le 9 janvier 1577 l'Union de Bruxelles contre don Juan d'Autriche, En 1578 elle se souleva ouvertement contre l'autorité du gouverneur général , et malgré l’horrible anarchie intérieure à laquelle elle fut alors en proie, elle réussit à se maintenir indépendante pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’enfin, après la mort du prince d'Orange, assassiné par un traître, elle se trouva obligée de capituler (10 mars 1585) entre les mains d'Alexandre Farnèse duc de Parme, successeur de den Juan d'Autriche, Les ecclésiastiques, et plus particulièrement les jésuites, firent alors tous leurs efforts pour en extirper le protestantisme, qui, en dépit des persécutions, y avait jeté de vivaces racines, Le gouvernement d'Isabelle, fille de Phi«
BRUXELLES üppe et femme de l'archidue Albert, à l'administration de laquelle furent confiées, en 1598, les provinces méridionales, demeurées fidèles, contribua singulièrement à rétablir le bien-être et la prospérité des Pays-Bas, bien que cette princesse y eût appelé une foule de corporations religieuses de de toutes couleurs et fût restée impuissante à y empêcher la vropagation d’un vaste système de corrnption.
Bruxelles eut beaucoup à souffrir des guerres faites par l'Espagne à Louis XIV (hombardement de 1695), et de celles de l'Autriche contre Louis XV (siége de 1746, sous les ordres du maréchal de Saxe ), mais bien plus encore de lesprit constant d'opposition à la maison de Habsbourg, qui s’y maintint (décollation du syndic des corps de métiers, Agnussen, en 1719) jusqu’à ce qu’enfin, après la paix d'Aix- la- Chapelle, Marie-Thérèse adopta à l'égard des Pays-Bas la politique, plus conciliante et plus modérée, des dues de Bourgogne, ses aïeux. C’est de cette époque que datent le plus grand nombre des institutions utiles et des édifices les plus unportanis de Bruxelles, qui bénit encore aujourd'hui la mémoire du gouverneur général Charles de Lorraine, à qui une statue a été érigée en 1848. Le règne de Joseph II inaugura une époque de douloureuses épreuves, connues dans Yhistoire sous le nom de Révolution de Brabant (1789). A la suite d'une courte période d'indépendance, la domination autrichienne s’y trouva à peine rétablie en 1790, que la bataille de Jemmapes fit tomber la Belgique au pouvoir des F rançais ; et le 14 novembre 1792 Dumouriez entra à Bruxelles, qui depuis le commencement des hostilités avait servi de grand dépôt d'armes et de munitions aux coalisés et de refuge aux émigrés.
La victoire que %es Autrichiens remportèrent à Nerwinde ( mars 1793) chassa les Français de la ville; et l’archiduc Charles, frère de l’empereur François, vint de nouveau s’installer dans le palais des gouverneurs généraux. L'empereur François II lui-même s’y rendit le 9 avril 1794, ef y confirma solennellement la constitution brabançonne, connue sous le nom de Joyeuse entrée. Mais quelques mois plus tard la victoire remportée à Fleurus par Jourdan rouvritià l'armée franzaise les portes de Bruxelles, qui, entre autres douloureux sacrifices qu’elle eut à supporter alors, dut se résigner à ne plus être que k chef-lieu d’un nouveau département français, créé sous le nom de la Dyle; et malgré la protection toute spéciale dont elle fut l’objet de la part de Napoléon, elle ne put jamais, sous la domination française, recouvrer son ancienne splendeur. Délivrée en féyrier 1814 par les armées alliées, elle fut incorporée, avec toute la Belgique, le 21 septembre 1815, au nouveau royaume des Pays-Bas, constitué sous la souveraineté du prince Guillaume d’'Orange-Nassau. Bruxelles devint alors, alternativement avec La Haye, le siége des états généraux et de la cour du souverain.
En dépit du puissant essor imprimé par le nouveau gou-
vernementf à la prospérité matérielle de la ville, c’est à Bruxelles qu'éciata (25 août 1830), à la suite des événements dont Paris avait été le théâtre dans les journées de 27, 28 et 29 jrillet 1830, la fermentation qui couvait depuis longtemps en Belgique contre la domination hollandaise; et une mémorable bataille de rues, qui dura pendant quatre Jours, s’engagea alors entre les troupes hollandaises et les habitants de la ville. L'heureuse issue de cetle révolution eut pour résultat de dédommager Bruxelles des souffrances passagères qu'elle lui imposa, par le titre et les avan- {ages de capitale du nouvel État indépendant qui se constitua alors sous le nom deBelgique. Le 21 juillet {831 le nouveau souverain, le prince Léopold de Saxe-Cobourg, fit son entrée dans ses murs; et depuis, la tempête de 1848 n’a pu y provoquer que des troubles insignifiants, En 1855 Bruxelles fut agité par suite de laugmentation de la bière. Des troubles plus sérieux, en mai 1857 et en décernbre 1871, ameuèrent chaque fois le changement du ministère,