‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 9 sur 556 · BRUTUS -- BRUXELLES · texte numérisé non relu

BRUTUS -- BRUXELLES

ou d’ambition. C’est l'opinion qu'on se fait de Brutus en lisant sa fameuse lettre à Cicéron , justement vantée par La Harpe comme un des chefs-d’œuvre de léloquence latine , et la lettre, non moins curieuse, qu’il adresse à Atticus, pour lui dire franchement tout ce qu’il pense de son prudent ami, T. TOoUssENEL.

BRUTUS (Décmus), l’un des meurtriers de César, avait été son général de cavalerie dans les Gaules, et plus tard il fut désigné dans son testament comme devant succéder à tous les droits d’Octave dans le cas où celui-ci mourrait sans hérilier mâle. C’est lui qui aux ides de mars, voyant César céder aux craintes de Calpurnie , et prèt à remettre l’assemblée du sénat, lui fit honte de sa complaisance pour les terreurs d’une femme, et sut l’entraîner à la mort. Il y aurait du danger pour César, :disait Décimus, à mécontenter le sénat, qui l’attendait. Après la mort de César, le sénat, qui, dirigé par Cicéron, voulait tenir la balance égale entre les meurtriers de César etses vengeurs, ou qui plutôt craignait Anloine, confirma par un décret à Décimus le gouvernement de la Gaule Cisalpine, qu'Antoine se fit adjuger par le peuple. C’est ce qui donna lieu à la guerre de Modène, où, par la singulière politique du sénat, Décimus, l’un des meurtriers de César, fut défendu contre Antoine, son vengeur, par Octave, son héritier. Antoine vaincu, Décimus obtint le triomphe, fut comblé d'honneurs au préjudice d’Octave, dont le sénat ne faisait pas même mention dans ses solennelles actions de grâces à l’armée victorieuse. Octave comprit sa fausse position, et se garda bien d’accabler Antoine. Celui-ci, fortifié des troupes de Lépide, revint attaquer Décimus, qui, ne pouvant lui résister, résolut d'abandonner l’italie, et de se rendre par l’Illyrieen Macédoine, près de Marcus Junius Brutus. Mais, abandonné de ses troupes, trahi par Octave, réduit à quelques escadrons de cavaliers gaulois, ayant pris lui-même leur costume, après avoir erré quelque temps dans les Gaules, il fut fait prisonnier par Camelius, prince séquanais , qu’il avait autrefois aidé de son crédit près de César, et qui le fit tuer sur l’ordre d’Antoine (706). La plupart des historiens accusent Décimus d’avoir bassement demandé la vie; ils ont peut-être pris pour des prières les reproches que Décimus avait le droit d’adresser au prince gaulois. On dit que le triumvir considéra d’un œil inquiet la tête de son ennemi, qui lui fut envoyée à Rome. T. ToussEnEz, BRUXELLES , capitale du royaume de Belgique, et en même temps chef-lieu de la province du Brabant méridional, autrefois capitale des Pays-Bas, espagnols et autrichiens, est entrecoupée par plusieurs canaux se reliant à la Senne , rivière dont différents bras parcourent la ville, et au canal de l’Escaut , lequel la met en communication avec Anvers et la mer du nord. Elle est bâtie en partie sur une hauteur et en partie dans une belle et fertile plaine; et malgré l'extrême inégalité du sol qui a nécessité au centre de la ville la construction d’un grand nombre de rampes et d’escaliers, elle est généralement bien bâtie. On peut même dire que Bruxelles est aujourd’hui l’une des plus belles villes de l’Europe.

On la divise en ville Aaute et basse; cette dernière est raversée par la Senne et par les canaux. Dans la première, que lon préfère, parce que lair y est plus pur, habite la partie riche ou aisée de la population; dans la seconde , aux yues généralement étroites et tortueuses, exposée aux effets morbides des brouillards , se logent les petits commerçants et les artisans, tandis que les bords du canal sont le refuge de la classe nécessiteuse. Plus on s'éloigne de la ville haute et plus le flamand devient la langue dominante, et le français ou wallon n’est guère en usage que dans un quart de la ville. Les anciens remparts qui entouraient la ville sont aujourd’hui rasés, et ont été transformés en boulevards, où se prolongent, sur une étendue de plus de deux lieues, de larges allées garnies de beaux arbres. L'A/lée verte, double rangée d'arbres longeant le canal de l’Escaut et conduisant au

château de Laeken, château de plaisance situé à une lieue de Bruxelles et séjour de la famille royale, forme une des plus charmantes promenades qu’on puisse voir.

Indépendamment du Parc, situé au centre de la ville, d’une étenduede treize hectares, etorné de bassins et de nombreuses statues en marbre, Bruxelles renferme un grand nombre de places, la plupart décorées de fontaines, dont la plus curicuse et la plus intéressante sous le rapport historique est l’ancienne fontaine du Mannekepisse. Parmi ces places on cite : la place Royale, où l’on voit le monument colossal de Godefroi de Bouillon, par Simonis, terminé en 1848; la place de l’'Hôtel-de-Ville, tout entourée de maisons à pignons, dont la construction remonte à l’époque de la domination espagnole ; la place de la Monnaie; la place des Martyrs, où sont inhumés les défenseurs de la liberté morts dans les journées de septembre 1830; la place du Grand-Sablon ; la place des Barricades, avec la statue en pied du célèbre anatomiste Vésale; enfin la place du Congrès, que l’on achève en ce moment, située à l’extrémité de la rue Royale, et d’où lon découvre le magnifique panorama formé par la ville basse et par les campagnes voisines.

La plus belle des onze églises catholiques qu’on compte à Bruxelles est celle de Sainte-Gudule et Saint-Michel, édifice de style gothique, dont la construction remonte au douzième siècle, avec deux tours restées inachevées, un grand nombre de fenêtres, hautes de dix-sept mètres et garnies de beaux vitraux, et où on voit les tombeaux de plusieurs ducs de Brabant et de quelques personnages illustres. Les autres églises paroissiales sont l’église Saint-Jacques en Candenberg, de style antique, et dominant la place Royale (transformée, aux temps de la Convention, en temple de la Raison) ; Notre- Dame de la Chapelle; Sainte-Catherine ; Notre-Dame de Finistère, et l’église du Sablon. Il existe en outre quelques petites chapelles protestantes; mais depuis 1830 la belle église des Augustins, que le gouvernement hollandais avait affectée au culte évangélique, ne sert plus qu’à des solennités musicales et scolaires. Enfin Bruxelles possède aussi une synagogue.

Les édifices civils les plus remarquables sont le célèbre hôtel de ville bâti de 1401 à 1442, dans le style gothique, avec une four Ge forme pyramidale, haute de 121 mètres, dominant toute la ville basse et surmontée d’une statue dorée de 5,66 de haut, représentant saint Michel-Archange, patron de la ville de Bruxelles, et tournant à tous les vents sur un pivot; en face le Broot-Huys, ou maison du roi, reconstruit en pierre en 1518, qui avant 1794 servait de local à plusieurs cours de justice, où les comtes d'Egmont et de Horn furent détenus prisonniers, et occupé aujourd’hui par diverses sociétés particulières; le palais de justice, ancien couvent des Jésuites; la monnaie, et le grand théâtre, qui lui fait face; l’entrepôt grandiose construit sur les bords du canal; le marché couvert dans la rue de la Madeleine; l'hôpital Saint-Jean, avec six cents lits, bâti en face du jardin botanique, lequel est établi dans le plus pittoresque emplacement ; le grand hospice, asile pour six cents vieillards; l'observatoire, l’un des plus beaux qu’il y ait en Europe, placé sous la direction du célèbre Quételet ; le magnifique bâtiment servant de local à la bibliothèque nationale ainsi qu'aux expositions des arts et des produits de lindustrie, et l’ancien palais du gouverneur général ; le palais de la nation, où siègent les deux chambres; le palais du roi, siége de la préfecture au temps de la domination française, assez insignifiant sous le rapport architectural, mais orné de tableaux du plus grand prix; l’ancien palais du prince d'Orange, auJouw’hui propriété nationale, d’une extrême magnificence intérieure; l'hôtel du due d’Aremberg, avec sa riche collection de tableaux. Le passage de Saint-Hubert, long de 100 mètres, surmonté d’une toiture en cristal, avec trois étages, et garni de brillantes boutiques , qui fut terminé en 1847, n’a encore son pareil ni à Londres ni à Paris,

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