‹ Dictionnaire de la conversation et de la lecture inventaire raisonné des notions générales les plus indispendables a tous (volume 2)Chapitre 102 sur 556 · CADOUDAL — CADRAN · texte numérisé non relu

CADOUDAL — CADRAN

Mort sept heures du soir, rue Saint-Hyacinthe, dans un cabriolet de place où il se trouvait avec Léridan, son secrétaire. Georges tua d'un coup de pistolef un des agents de police, en blessa un autre du second coup, et fut ensuite saisi par un garçon boucher, M. Thuriot de la Rosière, ancien conventionnel et conseiller à la cour criminelle spéciale de Paris, instruisait avec beaucoup d'activité la procédure contre les personnes déjà arrêtées. Le suicide de Pichegru enlevait à l’affaire une grande partie de son intérêt; car on ne doutait pas de l'absolution de Moreau. L’arrestation de Georges vint de nouveau stimuler la curiosité; mais dès ce pre-

| mier moment, et dans tout le cours des débats, Georges re-

fusa d'entrer dans des explications quelconques. Apostrophant ironiquement M. Thuriot , son interrogateur , et faisant allusion à un vote mémorable, il disait : « Monsieur Tue-Roi, | vous aurez beau faire, vous. n'aurez pas de moi une seule réponse à vos questions. » Apercevant un jour , dans un coin du cabinet du juge, un dessinateur qui faisait son portrait, il s’écria : « Ma tête n'appartient qu’au bourreau; personne ici n’a le droit de la prendre d'avance! » Le jeune artiste se retira sur un signe du conseiller ; cependant le portrait, fort ressemblant, de Georges a paru dans la collection du procès | slénographié.

Aux débats cet accusé montra un flegme imperturbable, et garda un silence obstiné. L'agent de police qu’il avait blessé disputait vivement au garçon boucher la gloire d’avoir mis le premier la main sur le célèbre proscrit. « J'adjure, dit-il, monsieur le conspirateur de faire connaitre la vérité sur ce fait, qui est d’un haut intérêt pour moi; car on à donné la croix d'Honneur à celui qui l’a le moins méritée. » Georges haussa les épaules sans proférer une parole. J1 ne montra quelque émotion qu’à la lecture d’une lettre signée Gédéon , que les experts écrivains lui attribuaient,

| et qui aurait été un indice de sa participation à la machine infernale de la rue St-Nicaise, exécutée par Saint-Réjan et Carbon, le 3 nivôse, et qui fit de nombreuses victimes sans atteindre le premier consul. Il ne se défendit toutefois sur ce point que par un signe négatif; et l’on a vu sous la Restauvation les anciens chefs royalistes accusés d’avoir trempé dans cet odieux attentat en repousser avec énergie la responsabilité. Pendant le procès de Georges, tout l'intérêt se concentra sur le général Moreau. Une phrase heureuse qu'il improvisa lors de son interrogatoire fut vivement applaudie, et plusieurs gendarmes témoignèrent hautement leur approbation. La séance fut suspendue; les gendarmes de la Seine furent relevés par des gendarmes d’élite , et des dragons firent au fond de la salle le service à la place des fantassins. J'étais à l'entrée du couloir lorsque les prisonniers, conduits parleurs gardes , furent ramenés de la Conciergerie dans l’intérieur de la salle. Georges, qui entrait toujours le premier, dit en passant auprès du vainqueur de Hohenlinden : « Si j'étais le général Moreau, j'irais coucher ce soir aux Tuileries. »

Condamné à mort avec M. Armand de Polignac, M. le marquis de Rivière et un grand nombre d’autres, Georges ne manifesta aucune émotion. M° Dommanget, qui l’avait défendu avec une hardiesse dont on ne trouverait pas aujourd’hui d'exemple, le pressa de signer un mémoire pour demander sa grâce. Le défenseur ajoutait que le prince Murat était tout prêt à l’apostiller ; Georges hésita d’abord, puis il refusa net en voyant que la requête était adressée à sa majesté l’empereur et roi. MM. de Polignac et de Rivière furent l’objet de la clémence impériale. Le bruit s'était répandu que Pindulgence s’étendrait sur Georges lui-même, malgré sa résistance stoïque. Cette rumeur vint jusqu’à Bicêtre; et l’on entendit un soir les compagnons d’infortune de Georges chanter dans leurs cabanons ces deux vers du Déserteur :

Quel bonheur, il a sa grace!

C’est nous la donner à tous !

L’illusion ne farda pas à être détruite. Le lendemain

matin, 25 juin 1804, Georges et plusieurs anciens chefs de chouans, Noël Ducorps et Picot, ses domestiques, furent conduits sur la place de l'Hôtel-de-Ville, Suivant les règles, Georges, comme le principal condamné, devait être exécuté le dernier ; il demanda el obtint, non sans peine, la faveur d’être livré le premier à l’exécuteur. « Messieurs, ditil à ses compagnons, vous allez voir comment on meurt pour son roi! » Noel Ducorps avait lu dans les journaux que sa vieille mère, s'étant jetée aux genoux du premier consul, avait obtenu pour lui une commutation de peine. Cet article était le résultat d’une confusion de noms. Le malheureux Ducorps soutenait qu’il ne pouvait y avoir d'erreur dans des journaux qui recevaient toutes leurs communications de l'autorité. Les exécuteurs ne voulaient pas l’entendre. II prétexta enfin le désir de faire des révélations, et il fallut Je conduire auprès du commissaire de la cour criminelle, qui se tenait dans un corps de garde voisin, pour dresser procèsverbal. Ducorps renouvela ses instances. Le commissaire eut beaucoup de peine à lui faire comprendre que les journaux même censurés pouvaient se tromper, et qu'iln’avait d’ailleurs aucun pouvoir pour redresser la méprise, si elle eût existé. Le malheureux Ducorps fut supplicié le dernier, et subit ainsi une lente agonie. Georgesétait, au direde Napoléon, une bête féroce, ignorante et douce de courage, mais sans aucune autre qualité. Les royalistes en ont fait un martyr de la foi monarchique. Après la Restauration, la famille de Georges a été anoblie et comblée de places et d’honneurs. BRETON.

Son frère, Joseph CanoupaL, né sur la fin de 1780, servit sous les ordres de Georges, dès qu’il fut en état de porter les armes, dans les guerres vendéennes de 1793 à 1800. Forcé, après que son frère fût mort sur l’échafaud, de quitter le Morbihan, Joseph Cadoudal, surnommé Joyou, alla vivre à Blois sous la surveillance de la police, ralluma plus tard l'insurrection royaliste avec Guillemot, disparut après l’arrestation de celui-ci, ne se montra plus qu’en 1814, aux environs dé Vannes, à la tête de 8,000 paysans, fut nommé par Louis XVIII colonel, par Charles X gentil-homme de sa chambre, et mourut septuagénaire, en juin 1859, avec les épaulettes de général. Un dernier frère, Louis CapoupaL, né en 1790, colonel de gendarmerie en 1830, est mort en 1853.

CADRAN (Horlogerie), plaque circulaireen bois, carton, faïence, porcelaine, verre, métal argenté, doré, émaillé, sur laquelle on note les heures, les minutes , etc.

Voici comment .on fabrique les cadrans en émail: Pour faire un cadran de montre , par exemple, on prend une lame de cuivre rouge, mince comme une feuille de papier; on la taille en rond, de la grandeur convenable, après quoi on lui fait prendre, en la pressant dans un creux, la forme boin bée que doit avoir le cadran. On perce ce rond d’un trou, au centre, pour le passage des pivots qui portent les aiguilles, plus, d’un autre sur le eôté, lorsqu'on doit y introduire la clef pour remonter la montre. Enfin, on soude vers la circonférence du rond trois chevilles, ou pieds de cuivre rouge, destinées à fixer le cadran sur la platine qui portela cadrature. La circonférence et les bords des trous sont relevés du côté de la surface convexe pour empêcher l’émail de couler quand il est en fusion.

La plaque ainsi disposée est plongée dans de l'acide sulfurique étendu d’eau pour être dérochée, car l’émail ne prend sur le cuivre qu’autant que celui-ci est dépouillé de toute impureté. Cela fait, on couvre la surface convexe de la rondelle de cuivre d’émail blanc en grain, bien purifié dans de l’acide nitrique; la surface concave est en même temps couverte d'émail impur ou contenant les parcelles métalliques qui se sont détachées du mortier d’acier dans lequel on a pilé l'émail. On émaille la surface concave de la plaque, moins pour la fortifier que pour contrarier l’action de la couche d’émail appliquée sur la face convexe. La rondelle chargée d’émail est introduite petit à petit sous une pièce de terre

à creuset, dont le profil a la figure de la lettre C, et qu’on appeile moule; elle est placée dans un four à réverbère, chauffé avec du charbon de boïs de hôtre. Sitôt que l'émail est fondu, ce qui est facile à reconnaitre, on retire le tout avec lenteur, parce que le verre qui forme le fond de l'émail se fendille quand il passe brusquement d’une température à une autre plus basse ou plus haute. On émaille la rondelle à trois reprises différentes, et toujours de la même manière, sinon que les dernières couches sont d’émail plus fin que la première. Si quelque point de la plaque est resté à découvert, ou si l'émail ne s’est point attaché au cuivre, on répare ces défauts en couvrant les places nues de nouvel émail.

La rondelle étant émaillée en blanc, on la divise en parties égales : c’est sur ces divisions qu'on peint grossièrement en émail noir et tendre les chiffres des heures, des minutes, etc. On attend que la couche soit sèche pour rectifier les signes : pour cela, on fait usage d’un compas dont une des pointes en cône tourne dans l'ouverture centrale du cadran, et d’une petite règle très-mince ; on remet la rondelle au feu; l'émail noir fond , se fixe sur les couches de l'émail blanc , et le cadran est terminé.

Les cadrans en émail d’une seule pièce ont tout au plus une quarantaine &e centimètres de diamètre. Ceux qui ont de plus grandes dimensions sont formés de plusieurs morceaux appelés cartouches. Le plus extraordinaire de ces derniers cadrans est celui de l'horloge de la ville de Paris, construit vers la fin du dernier siècle : il a 4°,90 de diamètre, se compose de 13 morceaux, dont un au milieu, de figure circulaire, et les 12 autres disposés tout autour. Il coûta dans le temps 25,000 francs.

La construction des cadrans en carton pour les horloges en bois, ou en cuivre doré ou argenté, n'offre rien de particulier, pas plus que les cadrans en porcelaine, en plomb recouvert de plusieurs couches de blanc verni. Les cadrans en carton sont recouverts d’une feuille de papier imprimée et vernie; les cadrans en métal sont ordinairement guillochés, et les chiffres y sont peints en émail.

Les cadrans en verre se construisent ainsi : On entoure le rond de glace d’un cercle de cuivre doré; on garnit aussi d’une virole de cuivre les trous dont la rondelle doit être percée; on peint en noir sur cette dernière les divisions des heures, des minutes, etc., et l’on recouvre le fout d’une couche de chaux vive, bien lavée et délayée avec de la colle de poisson. On conçoit combien il est facile de varier la construction d’un cadran de cette espèce. TEYSsÈDRE.

CADRAN (Histoire naturelle). On donne ce nom, en conchyliologie, à un genre de mollusques gastéropudes pectinibranches, à coquille univalve, et dont plusieurs espèces sont recherchées des curieux. Le genre cadran, séparé des toupies par Lamarck, n’est qu’un simple sous-genre pour beaucoup de conchyliologistes. Il se distingue cependant des toupies par une spire en cône très-évasé, dont la base est creusée d’un ombilic fort large, où l’on suit de l’œil les bords intérieurs de tous les tours marqués par des cordons crénelés. On en connaît sept espèces, propres aux mers australes et à celle des Indes ; une seule, le cadran strié, se trouve dans la Méditerranée.

On donne aussi dans quelques parties de la France le nom de cadran à l'oronge vraie.

CADRANS SOLAIRES. Ces instruments, qui sont tantôt fixes, tantôt mobiles et portatifs, sont construits sur le principe que la terre n’est qu’un point relativement à la grandeur du cercle que le soleil parait décrire tous les jours autour d’elle. En effet, la distance du soleil à notre planète étant de 33,000,000 de lieues, le diamètre du cercle qu'il parcourt chaque jour est de 66,000,000 de lieues; celui de la terre n'est que d’environ 2,892. On peut donc, sans inconvénient notable, supposer que le cadran et celui qui le consulte sont placés au centre de la terre, puisque le point

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