CAERNARVON — CAFÉ
CAFARD (Æntomologie). voyez BLaïre.
CAFE, CAFÉYER. Le caféyer est un arbusre de la famille des rubiacées de Jussieu et de la pentandrie monogynie de Linné, qui est devenu par ses graines un objet d'utilité journalière et d’un vaste commerce, à cause de la boisson excitante qu'on en prépare maintenant chez la plupart des peuples civilisés.
L’enthousiasme inspiré par cette boisson à quelques savants leur fit supposer que le fameux népenthès d'Homère, donné par la belle Hélène à Télémaque, dans un repas pour le réjouir, ne pouvait être autre que le café. Hélène tenait ce népenthès d’une dame égyptienne. Homère assure qu'elle le mêla dans du vin; mais, outre que les Orientaux nomment toute boisson vin ou kawa, Avicenne parle d’un vinum elcahve; ainsi l’on a préparé du café au vin (comme on le fait encore chez certains peuples du nord), ce qui ne lui a point ôté sa propriété exhilarante. Les érudits n’ont pas toutefois accueilli cette opinion ; mais on lit dans la Bible, disent-ils, que la belle Abigaïl, épouse de Nabal, offrit aux guerriers qui accompagnaient David des provisions de bouche et cinq mesures de k£ali. Is soutiennent que ce mot, signifiant une graine torréfiée, ne pouvait être autre chose que le kawa ou cahué, c'est-à-dire le café. Cepexdant la plupart des rabbins expliquent le mot kali par de l'orge torréfiée. Rien ne prouve, d’ailleurs, que le café füt découvert à ces époques reculées ; les musulmans assurent aw’il fut révélé à Mahomet par l’ange Gabriel.
On a prétendu qu'Avicenne avait voulu désigner le café sous le nom de bunch ou bunchum; qu'il fut apporté de l'Yémen; mais comme il ajoute qu’on l’obtient des racines d’un végétal nommé anigailen , devenu vieux , ceci n’a plus de rapport avec le café. On n’a donc aucune certitude que celui-ci fût anciennement connu, et ce n’est que vers l'an 656 de l’hégire (le treizième siècle de notre ère), que l’historien Ahmet-Effendi attribue sa découverte, vers la Mecque, en Arabie, à un derviche. Nos histoires des croisades n’en font aucune mention. Cette boisson paraît ne s'être d'abord répandue que dans la Perse et quelques régions de l'Abyssinie, car c’est le muphti Djemel-Eddin, surnommé Dhabbani, qui, voyageant en Perse, en rapporta l'usage à Aden, sa patrie , où il mourut, l'an 865 de l’hégire (1459). Lorsque Sélim conquit l'Égypte, en 1517, l'usage du café passa à Constantinople.
L'époque de son introduction en Europe est connue. Rauwolff fut le premier qui parla du café, en 1583. Prosper Alpin vint ensuite, et décrivit l'arbre du café en Égypte, sous le nom de bon, ou bun, ou boun. Son ouvrage parut en 1591. Bacon de Vérulam, en 1614, fit mention de cette boisson des Orientaux , et Meisner en publia un traité dès 1621. Ce n’est cependant que vers 1645 que l’on commença d'en prendre en Italie; les premiers cafés furent ouverts à Londres en 1652, et à Parisen 1669, époque où la livre de café valait jusqu’à quarante écus. Ce fut surtout Soliman-Aga, ambassadeur de la Porte, qui mit à la mode le café à Paris. En 1674 il avait pénétré en Suède, où on le vantait contre le scorbut. Le premier qui essaya le café au lait fut Nieuhoff, ambassadeur hollandais, en Chine, à limitation du thé au lait. Antome de Jussieu puhlia la première description botanique du caféyer dans les Mémoires de l'Académie des Sciences , en 1713, avec figures.
Personne n’ignore qu’à la fin du dix-septième siècle, le caféyer fut transporté par les Hollandais , de Moka, en Arabie, à Batavia; qu’on en cultiva quelques pieds à Ainsterdam vers 1710, où ils donnèrent des fruits productifs ; qu’en 1713 M. Resson , lieutenant général d'artillerie, en France, en donna un pied venu de Hollande au Jardin des Plantes de Paris; qu’en 1720 un autre pied élevé dans les serres de ce jardin fut transféré aux Antilles par le capitaine Declieux, qui aima mieux pendant la traversée souffrir de la soif, pour arroser avec l’eau de sa boisson ce précieux arbuste, que
de risquer sa perte. C’est de ce pied que sont venus tous les caféyers cultivés à la Martinique, à la Guadeloupe et à Saint- Domingue, comme dans les äutres Antilles. Le café était déjà cultivé à l’île de la Réunion en 1717, où il vint d’Arabie directement.
Le caféyer présente des feuille ovales, entières, brillantes, opposées, sur des rameaux quadrangulaires. Sa fleur, blanche, monopétale, à cinq divisions, est analogue à celle du jasmin, odorante, naïssant'en bouquets à l’aisselle des feuilles; elle porte cinq étamimes, avec un style au milieu ; elle est suivie d'une baïe d’abord ronge comme une cerise, puis noirâtre dans sa maturité; .ce fruit est mucilagineux, un peu fade et sucré ; on en peut obtenir par la fermentation de l’eau-devie, et les nègres en sucent la chair, Dans l’intérieur sont les deux semences ou fèves accouplées sous une coque, et entourées d’une arille. Cette enveloppe, nommée improprement, fleur de café, est employéeen Orient et par les Arabes pour faire le café à La sultane.
Quoique l'usage ordinaire soit de torréfier le café, ce qui développe beaucoup son odeur et une sorte d'huile pyrogénée, excitante, cependant plusieurs médecins ont recommandé l’emploi du café non brûlé, ou seulement séché et pulvérisé. La décoction qui en résulte est d’un jaune verdàtre, moins agréable, mais c’est un bon remède contre les fièvres intermittentes ou d’accès, comme s’en est assuré Grindel. En cet état, il peut même remplacer le quinquina. On sait que l’on a extrait du café un principe cristallin et amer nommé caféine; outre cette huile empyreumatique très-odorante, le café torréfié contient ‘du tannin.
On connaît les effets physiques du café : il accélère la circulation du sang , cause une agréable chaleur dans l’estomac, favorise la digestion et anime les fonctions du cerveau; il aide donc le travail intellectuel en tenant aussi éveillé longtemps, car il chasse le sommeil; non-seulement il excite la transpiration, mais il porte aussi fortement vers l'appareil urinaire. Les’ individus très-irritables Paiment quelquefois avec passion, témoin plusieurs femmes, quoiqu'il les dispose aux tremblements, mème à un mouveinent d’exaltation fébrile. Des personnes très-sanguines peuvent en éprouver des pälpitations, des vertiges, des exanthèmes à la facé ; on l'a même accusé de disposer à l’apoplexie et à la paralysie; cependant des hommes de lettres, tels que Fontenelle et Voltaire, en ont fait un emploi constant et presque abusif; si c’est un poison, il faut convenir avec Fontenelle que c’est un poison lent :: ces deux hommes célèbres l’ont bien prouvé. Le café a la propriété de combattre les effets de l'opium, puisqu'il écarte le sommeil et les affections soporeuses. On l’a vu dissiper la migraine, l’asthme humide; il excite les règles chez les femmes ; il peut redonner du ton aux organes digestifs affaiblis, et combattre les relâchements diarrhéiques. On pense qu’il nuit dans les maladies des reins et de la vessie, à cause de la sécrétion urinaire, qu'il augmente. Le café n’en est pas moins aujourd’hui une boisson dont la puissance sur nos habitudes intellectuelles ou morales n’a peut-être jamais été calculée comme elle le mérite, depuis qu’on'en fait emploi chaque jour, et qu’elle a presque supprimé l'ivresse, que se permettaient nos bons aïeux dans leurs grands repas.
Les aliments et les boissons ne se bornent point à modifier nos corps seulement à mesure que ces substances agissent sur notre organisation ; il est certain que notre manière de penser et de sentir en éprouve aussi des changements, par la relation perpétuelle du physique et du moral en nous. Le même effet s’observe dans Éemploi du thé comparé à l'usage du vin, pour boisson habituelle.
La Chine, routinière sous le bâton de ses mandarins, et qui compte plus de 200 millions d'habitants, asservis par une poignée de conquérants fatares, à plusieurs reprises el pendant des siècles, accuse hautément une lâcheté et une mollesse radicales, entretenues, fomentées sans cesse par